‹ Histoire de PrusseChapitre 376 sur 410 · NOBLESSE DE SERVICE · texte numérisé non relu

NOBLESSE DE SERVICE

en leur interdisant les mariages trop inéfjaiix, avec des filles ou veuves de petits bourgeois et de paysans ; le cas échéant, les fils ne pourront hériter, ni les filles recevoir de dot; si la personne épousée a mauvaise réputation, le noble perdra fief et armoiries.

Cette noblesse, toujours si estimée et tenue si haut, est en revanche étroitement bridée. Il n'y a plus de condominium^ et quand il impose à tous l'impôt foncier général, le roi n'admet aucune objection ; à Dohna qui parle de la ruine du pays, il riposte : «Je n'en crois rien, mais je crois que l'autorité des Junkers sera ruinée » . Diverses patentes de 1721 suppriment tout privilège n'émanant ni du roi, ni de son père, ni de son aïeul, ou non confirmé par eux. La vie privée même est surveillée. Waldbourg ayant critiqué le luxe exagéré des Junkers en Prusse, Frédéric Guillaume s'en indigne avec lui, car un Junker qui a 600 thalers de revenu « attelle à six chevaux >> , et c'est une prodigalité impardonnable. Enfin et surtout, plus que sous le Grand Électeur, les nobles sont astreints au service de 1 État. J'ai mentionné ailleurs les édits qui font passer ce service avant tout autre, ou qui défendent d'aller sans autorisation s'engager à l'étranger; c'est un des principes les plus arrêtés de Frédéric Guillaume. Il est prêta favoriser sa fidèle noblesse, à condition qu'elle obéisse « sans raisonner " comme les autres classes sociales. Le Testament politique de 1722, où il passe en revue les diverses provinces, est significatif à cet égard : à part les Prussiens, les Poméraniens « fidèles comme l'or » et les gentilshommes de la Marche électorale, il traite sans indulgence la plupart de ses vassaux : ceux de l'Altmark, en particulier, les Bismarck, les Schulenbourg, les Knesebeck, les x\lvensleben, sont durement jugés, ainsi que ceux de Magdebourg, d'Halberstadt, et des pavs de l'ouest. Les Junkers subsistent; ils sont même très honorés; ils doivent par contre à l'État leur temps et leur peine toujours, leur argent parfois, leur vie au besoin. La noblesse prussienne devient avant tout une noblesse de service.

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