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LA BOURGEOISIE

Au-dessous des nobles, le second ordre est constitué, comme au dix-septième siècle, parles bourg^eois, en possession des chargées municipales dans les villes, et de la majorité des offices; le mouvement commencé dans ce sens depuis cent ans s'est accéléré, et la noblesse se voit disputer même les hautes fonctions civiles. En 1730, les villes de la Nouvelle Marche ayant réclamé l'aug^mentatiou du nombre des conseillers roturiers dans la rég^ence, il est fait droit à leur requête. Les fonctionnaires forment alors dans la bourg^eoisie une catégi^orie spéciale : fort peu payés encore (on voit des gages de 70 thalers, moins de 300 francs, par an, et les gros traitements dépassent rarement 2 000 thalers), ils ont l'orgueil des dépositaires de l'autorité et vivent en marge de la société urbaine. Un commissaire des taxes (Steuerrat) , qui surveille la gestion d'une municipalité, ne doit pas rester plus de six ans dans la même ville, afin de ne pas se mêler aux coteries locales et de garder son impartialité. Les officiers municipaux, qu'il faut distinguer des fonctionnaires de l'État, bien qu'ils soient de plus en plus dépendants du gouvernement central, forment eux aussi une catégorie : ils appartiennent d'ordinaire à quelques familles patriciennes où se recrute exclusivement le « magistrat » , par élection ou plutôt par cooptation ; de gros marchands, des brasseurs, des propriétaires d'immeubles, des professeurs dans certaines villes d'Université (à Francfort ou à Halle) accaparent les charges de bourgmestres, d'échevins, de conseillers. Si leur rétribution est médiocre (2 à 300 thalers en moyenne) et se paie en partie en nature (en blé), ils jouissent de privilèges appréciables (droits sur le gibier ou le poisson provenant des propriétés de la ville, redevances de villages suburbains, transports gratuits, etc.) ; ils sont dits « grands bourgeois » f Grossbiirger) , par comparaison avec les « petits bourgeois » fKleinburgerJ , simples locataires d'habitude, exclus parfois des maîtrises (à Kœnigsberg notamment) . Ces bourgeois mènent une existence laborieuse. Le nombre des capitalistes vivant de leurs rentes est faible, si l'on en croit Grumbkow,

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constatant dans un mémoire du 28 mai 1713 qu'il n'y en a pas plus de vingt à Berlin, alors qu'il compte 700 bourgeois rien que dans le quartier de la Friedrichsstadt. Rares sont ceux qui, comme Stanislas Riicker dans la capitale, ont des loisirs suffisants et la fortune nécessaire pour se vouer aux œuvres pieuses et philanthropiques.

Les bourgeois, qui constituent seuls, après la noblesse, un ordre privilégié, comprennent dans leurs rangs le clergé protestant et les hommes des fonctions libérales; néanmoins la plupart se consacrent aux affaires : ils dirigent l'industrie et le commerce; ils dominent les corporations, en tête desquelles se placent toujours celles des drapiers, des brasseurs, ou des épiciers, fMaterialisienJ. Frédéric Guillaume n'a cessé de s'intéresser à ces groupements; il a revisé leurs statuts, et s'est rendu compte de leur importance dans un siècle où la croissance continuelle des villes est un des principaux phénomènes sociaux. 11 n'a d'ailleurs pas amélioré le sort des artisans; ce qui l'a surtout préoccupé, c'est de réglementer leur existence, pour assurer l'ordre et le travail.

Les Juifs demeurent dans la situation la plus précaire, exploités par le gouvernement qui les regarde comme des bailleurs de fonds, taillables à merci et toujours exposés à l'expulsion; Frédéric Guillaume a peine à croire qu'un Juif puisse être honnête (redlich); ceux qui ont une lettre de sauvegarde forment une communauté, avec leur rabbin, leur synagogue, leur école, leur cimetière; ils font le métier de banquiers et changeurs, sans pouvoir prêter à plus de 12 pour 100 ; ils ne sont pas encore nombreux dans le royaume, peutêtre quinze à vingt mille en tout, car les campagnes leur sont interdites ; quand ils voyagent, ils paient à l'entrée des villes un droit d'octroi personnel (LeibzoU), comme des bestiaux. Ceux qui n'ont pas obtenu de patente sont assimilés à des vagabonds ; leur sort est pire que celui des plus pauvres manœuvres et journaliers ; ils sont aussi méprisés que les bourreaux et équarrisseurs.

Les ruraux sont nettement séparés des citadins et canton-

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