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VIE DES ÎSOBLES ET DES BOURGEOIS

semaine, la femme d'habitude travaillant avec l'homme, et parfois aussi un enfant.

Avec ses nobles privilégiés, gentilshommes campagnards pour la plupart, sa bourgeoisie peu cultivée, ses artisans prisonniers des corporations, ses paysans plus près du servage que de la libre propriété, la société est encore très arriérée au temps de Frédéric Guillaume. J'ai dit la vie de l'entou- na rage royal, vie où le travail discipliné tient la première place, ^ à laquelle les goûts du souverain donnent des allures simples, presque bourgeoises, en dehors de la pompe un peu raide des cérémonies militaires, et que n'embellissent ni la politesse des courtisans, ni le charme de plaisirs délicats, ni la majesté de fêtes somptueuses; telle nous la montrent les mémoires de la Margrave et de Pœllnitz, les anecdotes de Fassmann, de Morgenstern ou de Benekendorf, les récits du pasteur Frevlinghausen, les lettres du roi, du kronprinz, du prince d'Anhalt. L'existence des nobles et de la haute bourgeoisie est naturellement encore moins raffinée. Fassmann vante l'usage des bourgeois aisés de Berlin d'abattre chaque année chez eux au moins un bœuf et quelques porcs qui leur assurent une provision de viande fumée ou salée, de saucisses et de jambons. Les hommes ont pour principaux divertissements, soit les exercices en plein air, la chasse surtout, soit les repas plantureux, suivis de longues beuveries; les femmes partagent leurs journées entre les soins du ménage et la toilette; elles sont déjà orientées vers la cuisine et la pâtisserie, et en général vers les devoirs de la maitresse de maison accomplie, que célèbrent les revues morales et les recueils dédiés au beau sexe {FrauenzimmerUxicon) ; elles s'acquittent en revanche plutôt mal de leur rôle de mères et d'éducatrices, allaitant rarement leurs enfants et les laissant trop souvent entre les mains des domestiques, qui les maltraitent ou les corrompent. C'est ce que déplore le poète Neukirch dans une satire virulente de l'éducation de son temps. D'autres leur ont reproché d'aimer trop le jeu, la danse et les modes françaises qu'un auteur traite de diaboliques.

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Nobles et bourgeois font peu de cas des livres, bien que l'habitude de fréquenter l'Université et celle des voyag^es (au moins pour les jeunes gentilshommes) soient assez répandues ; les lectures à la mode sont des contes merveilleux, de fades romans (L'heureuse île de Felsenboui-g , Le Cavalier errant dans le labyj-inihe de l'amour), ou de plates productions comme les Dialogues des morts de Fassmann. L'amour ne perd pas ses droits, mais si les mœurs sont loin d'être irréprochables, la débauche se cache dans une société où l'adultère est puni à la fois comme un crime et comme un péché. Frédéric Guillaume n'entend pas la plaisanterie en pareille matière, et ordonne par exemple au fiscal général Duhram de faire cesser le spectacle scandaleux des Berlinoises mettant au monde des enfants, quoique séparées de leur mari depuis plus d'un an (14 décembre 1729). Des lois somptuaires empêchent, d'autre part, le développement du luxe, et de même qu'à la cour les perruques des hommes disparaissent, ainsi que les hautes coiffures et le maquillage des femmes, chaque catégorie sociale a une mise quasi réglementaire, le manteau rouge avecl'épée pour les personnes de qualité, les étoffes de couleur bleue pour la majorité des bourgeois, les manteaux noirs pour les avocats et les pasteurs. Ces vêtements sont d'ailleurs courts, étriqués, avec de petits chapeaux, et rappellent l'uniforme.

Le peuple des artisans dans les villes, des paysans dans les campagnes, mène une existence austère, sous la surveillance étroite des autorités locales et des pasteurs. Apprentis, compagnons et villageois ont leurs fêtes, mais la police et le clergé imposent à l'ordinaire un ordre presque monastique. Frédéric Guillaume, si exigeant par ailleurs pour la conduite et le labeur de la semaine, se montre indulgent pour les réjouissances du jour du repos, notamment pour la fréquentation des débits où l'on danse et où l'on boit, parfois avec excès; il plaide la cause du pauvre ouvrier ou cultivateur, qui n'a que le dimanche pour se récréer; il intervient à diverses reprises pour inviter les pasteurs à ne pas gêner sur

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