LE ROI ET LES CATHOLIQUES
églises nouvelles dont l'a doté Frédéric Guillaume, devientce qu'il est resté depuis, le centre de l'indifférentisine religieux en Prusse. Du moins la religion soutient et fortifie le pouvoir royal, et les aumôniers de toutes confessions que le roi entretient dans son armée, catholiques et grecs orthodoxes aussi bien que protestants (ces derniers sous la direction du consistoire militaire) , comptent parmi ses meilleurs collaborateurs pour établir le respect de la discipline.
A côté des Églises protestantes officielles, l'Église catholique conserve une assez grande liberté. Sans doute Frédéric Guillaume se regarde comme pape dans ses États; il n'admet aucune juridiction extérieure, et interdit toute ingérence, aussi bien en Prusse à l'évêque d'Ermeland qui s'obstine à revendiquer le titre d'évêque de Sambie, que dans le pays de Clèves au nonce de Cologne, ou en Gueidre à l'évêque de Ruremonde. Il met des conditions si rigoureuses à la création d'un vicaire apostolique pour son royaume que les candidats à ces fonctions (Hempelmann, abbé d'Huisbourg, en 1725, Martin, abbé de Neu-Zelle et évêque de Zama, en 1732, Schor, évéque d'Hélénopolis, en 1735) sont forcés d'y renoncer. Il se moque ouvertement de la crédulité des catholiques et du culte des saints. Il distribue à des officiers, à des bourgeois, ou à des grenadiers, les canonicats du duché de Clèves, maintient un de ses parents à la maîtrise de l'Ordre de Saint-Jean à Sonnenbourg, réserve les abbayes et couvents aux femmes et filles de la noblesse protestante : telles les abbayes de Wolmirstedt et de Quedlimbourg (dans les pays de Magdebourg et d'Halberstadt), données l'une en 1732 à Mlle de Sonsfeld, l'autre beaucoup plus tard à une des filles du roi (en 1756). Frédéric Guillaume proscrit, d'autre part, les jésuites, accusés de « favoriser l'Empire de Satan » , et séquestre ou rançonne, à l'occasion, de riches couvents. Malgré tout, les catholiques ne sont pas persécutés : ils ont accès aux fonctions publiques, et leurs missionnaires vont et viennent librement; plusieurs visitent le «marquis de Brandebourg » dans ses villes de résidence et sont accueillis avec