UN MÉMOIRE DE LUDEVIG
Un document de premier ordre sur la vie universitaire du temps se trouve aux Archives de Berlin, dans les pièces relatives à l'Université de Halle ; c'est un mémoire (Gutachten) du professeur Ludevig, du 15 août 1730 (1). Des propositions ont été faites pour réformer l'Université, et Ludevig défend celle-ci contre les critiques exag^érées dont on l'accable. Il en profite pour faire d'abord sa propre apologie, insistant sur son travail acharné depuis 1692, avec sept et huit heures parfois de leçons par jour, sur l'éloquence, la philosophie et le droit, sans oublier ses ouvrages, si nombreux que leur valeur en librairie s'élèverait bien à 50 thalers (plus de 180 francs); en 1730, à soixante-deux ans, il fait encore chaque jour trois heures de conférences (collegia), alors que son prédécesseur Thomasius en faisait à peine trois par semaine. 11 proteste ensuite contre les bruits qu'on répand d'un prétendu déclin de l'Université : on y compte actuellement 1 258 étudiants, et il n'y en a jamais eu plus de 1 300. La discipline n'y est pas plus mauvaise qu'ailleurs, et les professeurs valent autant que leurs devanciers : on réclame un bon professeur de droit naturel, or il y en a trois, un bon professeur de philosophie alors que le conseiller aulique Schneider en est un excellent, un bon professeur de mathématiques et on peut, en effet, regretter le départ de Wolff qui avait une réputation européenne, mais Lange et cinq autres le remplacent de leur mieux, un bon professeur d'histoire et de droit public, mais Ludevig est là et espère qu'on lui rend justice. Si donc il y a de petites réformes à faire, rien de grave ne met en question la prospérité de l'Université ; surtout, il ne faut pas recourir à des inspections, dont l'utilité serait douteuse, et qui risqueraient de dégoûter les professeurs. Ceuxci ont « trois charrues " à mener, leur enseignement, les consultations qu'on leur demande du dehors, leurs travaux personnels ; il importe de les ménager, sans trop tenir compte des reproches de gens ignorants et incompétents.
(1) Cf. A. B., R. 52, 159 1.