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TRISTE SITUATION DES PROFESSEURS

les maigres salaires qu'il leur a donnés, les facéties incroyables et les brimades qu'il s'est permises à leur égard, la manière brutale dont il les a parfois frappés. Sans doute, l'enseignement était médiocre en général. Haller, assistant en 1726 à un cours du médecin Hoffmann, note que ce vieillard, qui « dicte en latin et commente en allemand » , se trompe à chaque instant et demande à ses auditeurs où il en est. On se figure ce que pouvaient être certains cours de philosophie, de physique, ou d'éloquence. Mais il y avait des maitres savants, et le roi ne les a guère encouragés. La plupart avaient à peine de quoi vivre ; quelques-uns commençaient sans traitement, comme l'anatomiste Goschwitz dont Haller conte la pénurie. Tous étaient à la merci de fâcheux incidents : tels ceux qui se succédèrent à Francfort, où l'on vit une sorte de fou, le docteur Bartholdi, " sieur des pandectes » , enseigner le droit, et, en 1737, un des bouffons de la tabagie, Morgenstern, nommé chancelier, soutenir une discussion grotesque sur la science et la folie. La plus regrettable affaire fut celle du professeur Wolff ; elle est si connue qu'il est inutile d'y insister. Je rappelle seulement que Christian Wolff, professeur de mathématique et de physique depuis 1706 à la Faculté de théologie de Halle, maître influent et auteur d'une quinzaine de volumes de science et de philosophie, fut accusé par Francke et les piétistes, parce qu'il prétendait, pourtant bien faiblement, soutenir les droits de la raison, d'enseigner des choses contraires à la foi et à la morale chrétiennes. Frédéric Guillaume, surpris et indigné, incapable d'ailleurs de reconnaître le mal fondé de ces accusations, prit ah irato une résolution déplorable : le 8 novembre 1723, un ordre de cabinet fut expédié, enjoignant à Wolff de quitter Halle dans les quarante-huit heures et d'évacuer le royaume. Le philosophe persécuté, après avoir refusé d'aller en Russie où l'appelait Pierre le Grand, se retira dans les États du landgrave de Hesse-Gassel, qui lui offrait une chaire à Marbourg, et il y resta jusqu'à la mort de Frédéric Guillaume, malgré les offres du roi repentant.

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