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L'ACADÉMIE DES SCIENCES

Dès 1714, Frédéric Guillaume écrivait à l'Académie des Sciences qu'il réduisait sa dotation à 830 thalers, jug^eant ses revenus employés trop souvent à des « inutilités » ; Leibniz se plaigfnit en vain de ne plus recevoir de traitement comme président, et Frisch lui dépeignit dans ses lettres la torpeur, le déclin graduel de cette Société, dont un étranger disait en 1715 qu'elle deviendrait bientôt une « fable » (Fabula). De 1713 à 1740, l'Académie ne publia, en dehors des almanachs, que cinq minces volumes de Miscellanea . Du reste, elle fut placée successivement, après la mort de Leibniz, sous la direction des fous de cour, l'ivrogne Gundlin.w, l'ignorant Fassmann, le méprisable Graben Zum Stein (1718- 1733). En octobre 1731, le roi ordonna de verser au receveur Albrecht le traitement du président, sous cette rubrique : « pour tous les fous du roi » , et la farce dura jusqu'en 1740. L'Académie était tombée si bas qu'on la vit donner un avis détaillé à propos de la relation d'un chirurgien sur des personnes chang^ées en vampires en Serbie. La nomination du vieux pasteur Jablonski comme président, en 1733, ne suffit pas à la relever.

Parmi les sciences proprement dites, seules la chimie et la médecine jouirent d'une certaine faveur : Frisch continua ses études sur les matières colorantes, Pott et Margraff s'occupèrent des matières minérales et organiques; en même temps, la science médicale fut encouragée partout par la création de laboratoires d'anatomie ; les collèges médicaux eurent pour mission de poursuivre les charlatans et devins, et de réglementer l'exercice de la médecine ; des mesures furent prises pour procurer aux amphithéâtres des corps à disséquer (notamment les corps des soldats, et ceux des condamnés). Cependant Stahl, Hoffmann et EUer, peut-être aussi le pharmacien ISeumann, méritent seuls d'être mentionnés comme des savants parmi les nombreux praticiens de l'époque. A côté d'eux, ni l'astronome ou astrologue Kirch, ni les physiciens Sellius et Lieberkuhn dont le kronprinz attendait des merveilles, les qualifiant en 1739 de « roses qui n- 36

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croissent parmi les ronces et les orties » , n'ont laissé des noms clignes de passer à la postérité.

Les lettres n'eurent pas de représentants plus glorieux. Le roi n'y voyait que du « vent " , et il témoigna peu d'estime aux écrivains, assimilés lorsqu'ils défendaient ses intérêts à des fonctionnaires comme les autres, et facilement suspects dès qu'ils faisaient preuve de quelque indépendance de pensée.

La presse fut étroitement surveillée par le gouvernement, par les consistoires et par les Facultés de théologie. La censure des gazettes fut exercée par l'archiviste et conseiller aulique Guneau (ou Chuno) jusqu'à sa mort en décembre 1715, puis par G . H . Thulemeier de 1 7 1 6 à 1 740 . L'imprimerie et les éditions furent placées sous le contrôle du département ecclésiastique, et plus particulièrement de Cocceji, à partir de mars 1732. Les livres « athées » furent interdits erf 1727. Malgré les rigueurs de la censure, les journaux commençaient à prendre un certain essor, à Berlin surtout ; Lorentz et J. M. Rûdiger continuaient la publication de leurs feuilles d'avis (Avisen) ; le fils du second, Jean André Rûdiger, obtint en 1721-1722 le droit exclusif d'imprimer la Gazette privilégiée de Berlin, journal officieux qui parut trois fois par semaine (les mardi, jeudi et dimanche), et publia, outre des nouvelles de l'étranger et des faits divers sensationnels (apparition d'un serpent de mer, dès 1727), des ordres et édits du roi ; c'était la future Gazette de Voss. En outre, il y eut, à partir de 1727, Y Intelligcnzhlatt, feuille hebdomadaire d'annonces et de réclames, rédigée par le commissaire roval Wilckens, et qui vécut grâce à des abonnements imposés aux débitants et aubergistes. Quelques autres journaux parurent dans les provinces : tel le Mercure d'État de Haude, qui végéta à Potsdam, de 1735 à 1737. Quant aux revues ou Magazine, dont la vogue était considérable, c'est dans les autres États d'Allemagne qu'on les voit fleurir, notamment en Saxe et à Hambourg; les revues anglaises étaient très recherchées.

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