LES DERNIÈRES VOLONTÉS
gnation d'un chrétien » , suivant avec son doigt les vibrations du pouls qui faiblit, et étudiant dans un miroir ses traits altérés (1) . Enfin, à trois heures et quart de l'après-midi, il expire en invoquant le Christ rédempteur.
Telle a été la fin du « tourmenteur d'hommes » qui a eu *=^^^ sa large part de tourments. Wilhelmine a pu la qualifier de « fin singulière et héroïque » , et Fritz proclamer de même, dans ses lettres et dans ses ouvrages, que son père avait conservé jusqu'au dernier moment une présence d'esprit admirable, « ordonnant de ses affaires en politique, examinant les progrès de sa maladie en physicien, et triomphant de la mort en héros » .
Frédéric Guillaume a laissé plusieurs testaments : de bonne heure il a décidé que ses funérailles coûteraient peu, et qu'elles seraient simples, avec une pompe militaire et religieuse. Dans le premier de ces testaments (juillet 1714) , il défend de dépenser plus de 20 000 thalers; dans un autre (septembre 1733), il ordonne de déposer son cercueil sous l'autel, dans l'église de la garnison à Potsdam. Pœllnitz a reproduit les dispositions prises en dernier lieu et lues par le secrétaire Eichel au lit de mort : tout y est prévu dans le moindre détail, depuis le lavage et l'ouverture du corps, jusqu'au choix du char de deuil et des cantiques à chanter, jusqu'au texte de l'oraison funèbre fJ'ai combattu le bon combat), jusqu'au nombre des salves d'artillerie et de mousqueterie qui seront le suprême adieu au chef de l'armée prussienne. Au reste, le roi ne tient pas à ce qu'on fasse » tant de façons » avec lui, et il ajoute : « On ne parlera ni en bien ni en mal de mes actions, de ma conduite, ni de rien de ce qui me regarde; on se contentera de dire à l'assemblée que je l'ai défendu. . . » . Le règlement reflète d'un bout à l'autre les préoccupations de l'administrateur économe, pour ne pas dire plus, du soldat et du chrétien.
(1) La Margrave lui prête cette parole : « Je suis bien changé; je ferai une vilaine grimace en mourant » ; mais elle n'était pas là, et le mot n'est peut-être pas authentique.