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INSTRUCTIONS DONNÉES AU KRONPRINZ

Outre ses testaments privés, Frédéric Guillaume a rédigé en 1722 un testament politique, dont j'ai déjà souvent parlé, et il a donné de plus à son fils, le 28 mai 1740, des instructions que Podewils a mises par écrit, de mémoire, deux jours après. Ces documents font connaître les vues du roi sur son œuvre, et les espérances qu'il fonde sur son successeur.

Au point de vue extérieur, sa maxime principale a toujours été de garder les mains libres aussi longtemps que possible, et de ne pas diviser son armée; autrement, il n'aurait pu faire meilleure figure qu'un duc de Gotha ou un landgrave de Hesse. Parmi les puissances étrangères, il n'en est pas dont on n'ait à se défier : l'Empereur mérite de grands égards, non de la confiance; il faut être sur ses gardes visà-vis des Anglais, pour ne pas être traité en « subalterne » , et des Suédois, parce que ce sont « gens dangereux » ; la Pologne compte peu ; les pays dont il importe le plus de cultiver l'amitié sont la Russie, le Danemark, les Provinces- Unies et la Saxe ; quant à la France, si un traité secret a été récemment conclu avec elle, c'est afin de prendre pied solidement « une première fois » dans le duché de Berg, et il sera bon de ne pas se lier davantage avant d'avoir obtenu au moins Dusseldorf et le reste du duché. Frédéric Guillaume reste jusqu'au bout hypnotisé par la succession de Berg- Juliers, qui paraîtra vite bien mesquine à son héritier; il lui lègue toutefois une politique extérieure plus indépendante de l'Autriche, et le fait est digne d'être retenu; il a discerné, d'autre part, des acquisitions possibles en Mecklembourg, en Ost-Frise, en Poméranie, en Franconie ; il ne lui a manqué que de trouver les moyens de réalisation.

Au point de vue intérieur, le roi, sans fausse modestie, se pose en modèle. Il conseille au kronprinz de prendre lui seul en main le gouvernement, comme il l'a fait autrefois à la mort de son père, de voir tout par ses propres yeux, en particulier le budget, de réduire lui-même les dépenses, notamment le traitement des ministres et fonctionnaires, quitte à

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