LENTEUR DES OPÉRATIONS
moins gênées par des hésitations. En 1689, les Brandebourgeois s'emparèrent d'abord de quelques bicoques comme Kaiserswerth, dont la prise fut célébrée à l'égal d'un rare exploit (juin 1689), puis le siège de Bonn, dirigé par l'électeur en personne, se prolongea jusqu'en octobre, retardé par des contre-ordres à plusieurs reprises. En 1690, un voyage de Frédéric en Prusse ralentit l'action de ses troupes, qui ne prirent pas part à la bataille de Fleurus ; elles se bornèrent ensuite à occuper des positions défensives en avant dé Bruxelles. Sans doute la mésintelligence des généraux ou leur insuffisance était cause en partie de cette inertie : pendant le siège de Bonn, Barfuss et Schœning avaient failli un jour en venir aux mains près de la tente électorale, et seul, le départ de Schœning, passé au service saxon en 1691, mit un terme à ces fâcheux incidents (1). Mais la lenteur des opérations tint surtout aux questions restées en suspens dans le nord et l'est, au peu d'empressement mis par les puissances maritimes à accorder certaines satisfactions vivement désirées, à la rudesse de l'Autriche, réclamant sèchement l'exécution d'engagements importuns. Je me borne à mentionner les difficultés continuelles soulevées par des princes allemands, comme ceux de la Maison de Brunswick, au sujet du partage des quartiers, c'est-à-dire des contributions imposées aux membres des cercles voisins pour subvenir aux frais de la lutte contre la France.
Du côté du nord et de l'est, l'électeur pouvait avoir maille à partir avec deux puissances en particulier, la Suède et la Pologne. Depuis longtemps le Brandebourg, plus ami du Danemark que de la Suède, quoiqu'il fût l'allié des deux, s'inquiétait de l'ambition suédoise et était soupçonné à son tour de menées louches en Poméranie : des conflits de limites surgissaient fréquemment, où s'entretenait cette mutuelle défiance, et depuis un an, reprenant les visées paternelles,
(1) Le comte Ménard de Schomberg avait eu aussi des démêlés avec Schœning, et le maréchal, père du comte, s'en est plaint vivement à l'électeur dans une lettre du 5 novembre 1689. Cf. A. B., England, R. XI, n 75, eonv. 11.