RAPPORTS AVEC L'EMPEREUR
quait, sans même lui donner la satisfaction de le traiter en égal. Et quand elles voulurent bien tenir compte de ses légitimes désirs, ce ne fut que partiellement et à des conditions onéreuses. Après son accession « pure et simple » à la grande alliance, le Brandebourg continua à être traité en puissance mercenaire et subalterne, dont les troupes pouvaient être réparties par petits paquets sur tous les théâtres de la guerre, au gré des bailleurs de fonds. Cependant quelques phrases de Guillaume III sur la succession d'Orange, interprétées trop favorablement, suffirent à contenter son crédule cousin, qui le quitta plein d'illusions.
Il lisait mieux dans le jeu de l'Empereur, sans oser lui résister en face, et pour cause : le pacte secret de 1686 ne le livrait-il pas pieds et poings liés, pour ainsi dire ! Dès le début de son règne, on &'était empressé de le lui rappeler; il avait répondu qu'il tiendrait la parole donnée, mais qu'il ne fallait pas trop le presser : l'affaire le préoccupait extrêmement et l'empêchait de dormir, tant il craignait les reproches de ses ministres qui ne se doutaient de rien (juillet 1688) . L'ambassadeur impérial, Fridag, avait accordé le délai, d'accord avec les ministres Kœnigsegg et Stratman, dont l'humeur conciliante contrc-balançait dans la « conférence " impériale l'intransigeance de Kinsky; mais ce n'était qu'un répit. Au milieu de l'année suivante, Fridag revint à la charge; il se montra si pressant que l'électeur, cette fois, dut mettre ses ministres au courant. Danckelman, désolé, déclara à Fridag qu'on avait certainement surpris la bonne foi de son maître ; à son instigation, Frédéric tenta de regimber. Le moment semblait bien choisi, l'Empereur ayant besoin de la complaisance des électeurs pour nommer Roi des Romains son fils, l'archiduc Joseph, à peine âgé de douze ans; peut-être la circonstance permettrait-elle d'obtenir l'annulation du Revers de 1686. Le 19 septembre 1689, dans l'instruction rédigée par Fuchs pour Sylvestre Danckelman, envoyé à Augsbourg, où allait se réunir la diète électorale, Frédéric III donna des ordres en conséquence : les ministres impériaux devaient être avisés
74 L'AFFAIRE DE SCHWIEBUS
que Félecteur n'irait pas à Aug^sbourg et ne consentirait à rien avant d'avoir reçu satisfaction " dans une si juste cause» , Lang^age étonnamment ferme, qui surprit les Impériaux sans les intimider. Ils savaient Frédéric trop honnête au fond, et aussi trop faible pour leur échapper; le traité du 1" avril 16S6 le mettait à leur discrétion, aussi bien que la promesse sig^née de sa main. Ils firent connaître que, sur Je point contesté, ils ne céderaient pas l'épaisseur d'un cheveu.
Frédéric dut baisser le ton. S'il s'excusa de se rendre en personne à Augsbourg^, il s'eng^agea à munir ses représentants d'instructions favorables; Fuchs insinua même à Fridag qu'on se résig^nerait à restituer Schwiebus contre un équivalent en argrent. L'Empereur consentant à donner les 100 000 thalers prévus en 1686 (1), et n'ayant pas la somme sous la main, l'affaire siibit un nouveau retard. Elle n'était pas près d'être liquidée. L'électeur espérait toujours s'en tirer sans rendre le petit cercle silésien, se flattant, bien à tort, de fléchir à force de services la rigueur des Impériaux.
C'est dans ces conditions qu'eut lieu en janvier 1690 1 élection du Roi des Romains, véritable triomphe pour l'Empereur, car malgré les efforts des envoyés de Brandebourg (Sylvestre et Nicolas Barthélémy Danckelman) , on raya de la capitulation électorale, calquée sur celle de 1658, les articles les plus gênants ; à peine si les Danckelman obtinrent, de leur côté, qu'on supprimât l'obligation de reconquérir les possessions de l'Ordre Teutonique, clause outrageante pour l'électeur, duc de Prusse!
Quand la question de Schwiebus fut reprise dans le courant de 1690, Frédéric formula de nouvelles exigences : outre les 100 000 thalers convenus, il réclama l'expectative de rOst-Frise, où son père avait déjà cherché à étendre son influence. La colère des Impériaux fut vive. Toutefois les déboires de la campagne en modérèrent l'explosion. A l'ouest, la victoire de Guillaume sur la Boyne, en Irlande, était
(1) A la place des seigneuries westphaliennes de Gimborn et Neusladl, qu'on se préparait à remettre à Frédéric, et que celui-ci avait paru d'abord préférer.