‹ Histoire de PrusseChapitre 52 sur 410 · A LA SOLDE DES ALLIES · texte numérisé non relu

A LA SOLDE DES ALLIES

compensée par la mort de Schomberg^, son meilleur général, et par les défaites de la flotte anglaise à Beachy-head, de Waldeck à Fleurus; à l'est, les Turcs reprenant l'offensive enlevaient Nisch et Belgrade ; la Hongrie était de nouveau menacée. La cour de Vienne se vit forcée de ménager le Brandebourg, dont elle sollicita, moyennant finances, des renforts pour la guerre turque. Et Frédéric accueillit la requête, sans se faire trop prier : il empêchait ainsi un rapprochement redouté entre Léopold et Louis XIV; il atténuait sa détresse financière; il se donnait un prétexte de plus pour ne pas lâcher Schwiebus. Le 24 décembre 1690, la convention de Cœlln sur la Sprée stipula la remise à l'Empereur d'un corps auxiliaire de 6 100 hommes (4 700 fantassins, 1 000 chevaux et 400 dragons) pour la prochaine campagne en Hongrie ; l'Empereur dédommageait l'électeur par le paiementde 150 000 thalers, et en versait en outre 200 000, en acompte, sur les subsides dus depuis l'alliance de 1686.

Au commencement de 1691, le Brandebourg se trouvait engagé dans deux terribles guerres, contre la France et contre le sultan. Sans doute la situation était meilleure qu'en 1688 : le péril suédois et le péril polonais étaient momentanément écartés, et des relations cordiales établies avec Angleterre et Hollande ; le Danemark était bien disposé, et Christian V allait le prouver en j uin 1692 par un nouveau traité d'alliance . Pourtant il restait bien des points noirs à l'horizon . La disette d'argent se faisait cruellement sentir, vu l'insuffisance des subsides étrangers; l'armée, plus nombreuse et aguerrie que jamais, était dispersée de l'Escaut au Danube, et de Hongrie en Piémont, où un bataillon, plus tard suivi de plusieurs autres, fut envoyé pour la première fois en 1691; l'effusion du sang brandebourgeois ne rapportait rien à l'État qu'un peu de gloire, et l'électeur, en dépit de son grand effort militaire, restait subordonné à ses alliés ; enfin il ne parvenait pas à régler d'une manière satisfaisante ses différends avec l'Empereur. Son loyalisme avait beau s'affirmer à chaque instant, on lui en tenait rarement compte, sans se soucier du reproche d'ingratitude.

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