LES AFFAIRES DE L'EMPIRE
sans rire Max Emmanuel d'avoir choisi une épouse « aussi accomplie » (1) .
Parmi les électeurs, il n'avait garde de négliger le roi de Bohême, qui ne faisait qu'un avec l'Empereur : il ne continuait pas seulement à fournir à Léopold des troupes pour la guerre, turque ou française (traité de Gœlln du 18 mai 1696) ; il accueillait aussi une requête, tendant à lui restituer voix et siège dans la Diète en tout temps, prérogative que l'électeur de Bohême avait perdue durant les troubles du quinzième siècle, ne gardant que le droit de voter aux élections impériales. La « réadmission » de la Bohême était un des premiers objectifs de la politique autrichienne, et Frédéric ne s'y montrait pas contraire. En dépit de cette condescendance, il comptait pour bien peu dans les conseils de l'Empereur; on le constata quand s'ouvrit la succession de Gùstrovv.
Avec le duc Gustave Adolphe, mort à la fin d'octobre 1695, s'éteignait la ligne de Mecklembourg-Gûstrow. Une lutte de succession s'engagea entre les agnats, Frédéric Guillaume, duc de Mecklembourg-Schwerin, et son oncle, Adolphe Frédéric, propriétaire du petit pays de Mirow, noyau du duché de Strelilz. Le premier (2) réclamait l'héritage au nom du droit de primogéniture, contre le second, frère puîné de son père ; la question était litigieuse, le droit invoqué n'ayant été établi en Meckiembourg que dans le duché de Schwerin. L'électeur de Brandebourg était appelé à intervenir comme directeur du cercle de Basse-Saxe, avec ses co-directeurs, le roi de Suède et le duc de Brunswick-Celle ; tous trois s'entendirent à Hambourg (février et mars 1696) pour envoyer un corps d'occupation, que commanda le lieutenant-colonel suédois, lilinckowstrohm, avec le concours d'un agent brandebourgeois, Viereck. Par contre, l'Empereur ordonna au comte de Eck, son ambassadeur auprès dû cercle de Basse- Saxe, de séquestrer Gustrow, puis d'y installer le duc de
(1) Cf. A. B., Baiern, R. XI, 33, conv. 8, actes concernant le voyage de Thérèse Cunogonde (1694-1695).
(2) Neveu et successeur de Christian I" Louis, depuis 1692.
84 LA PAIX DE RYSWYK (l697)
Schwerin (décembre 1696-janvier 1697). Les directeurs du cercle de Basse-Saxe, en particulier Frédéric III, furent indignés de cette atteinte portée à leurs droits ; ils se liguèrent pour les faire respecter (Hambourg, 6 mars 1697) : un mois après, les troupes du cercle (un millier d'hommes) occupaient Giistrow ; le comte de Eck, qui se comportait insolemment, était empoigné sur l'ordre de Klinckowstrôhm, et emporté hors de la ville. A la suite de cet incident, la situation fut si tendue à Vienne que l'envoyé de Brandebourg, Nicolas Barthélémy Danckelman, fut rappelé (en mai). Les rapports diplomatiques entre Berlin et Vienne furent interrompus près d'un an (1) .
Pendant ce temps, les pourparlers en vue de la paix générale étaient activement poussés à Ryswyk, et le congrès, où Schmettau, secondé par Nicolas Barthélémy Danckelman, représentait le Brandebourg, aboutissait enfin en septembre et octobre 1697. Ces négociations furent pour Frédéric une suite de déboires ; on commença par refuser des honneurs semblables à ses deux plénipotentiaires, et les Impériaux ne voulurent donner la main et le titre d'excellence qu'au premier ambassadeur, Schmettau. L'affront fut sensible à l'électeur. Il se flattait, du moins, d'être regardé comme partie contractante, après avoir été un des principaux belligérants. Louis XIV déclara qu'il n'avait pas de traité séparé à faire avec quelqu'un qui n'était son ennemi " que comme prince de l'Empire » ; l'Empereur était trop heureux de rejeter le Brandebourg dans la foule anonyme des petits États pour réclamer contre cette manière de voir, et les puissances maritimes n'insistèrent pas davantage. Tout ce que Schmettau obtint fut de faire stipuler le rétablissement de la paix de Saint-Germain dans les traités franco-anglais et franco-hollandais (art. XV et XIV) , et de faire comprendre son maître
(1) L'affaire de Meckleinbourg ne devait être réglée qu'en mars 1701, par un traité partageant les possessions de Giistrow entre Frédéric Guillaume de Schwerin et Adolphe Frédéric, premier duc de Strelitz, mais établissant le droit de primogénilure dans les deux lignes, ce qui assurait leur union future.