‹ Histoire de PrusseChapitre 58 sur 410 · PÉRIODE D'ATTENTE · texte numérisé non relu

PÉRIODE D'ATTENTE

dans le traité entre France et Empereur (art. VII). L'électeur avait sollicité avec un beau désintéressement la rentrée en France des réfugiés huguenots ; la démarche fut vaine, naturellement. « Je vois bien » , écrivait Frédéric III avec amertume, " que le seul avantage que me procure cette paix malheureuse se borne à ce fait que j'y suis compris (1)... » D'ailleurs, ses envoyés refusèrent même de signer le traité du 30 octobre 1697, à cause de l'article IV, imposé par Louis XIV et accepté par l'Empereur, article odieux aux protestants, parce qu'il maintenait la religion catholique dans les territoires restitués à l'Empire (2).

Les trois années qui suivent la paix de Ryswyk constituent pour le Brandebourg, comme pour toute l'Europe, une période d'attente en quelque sorte. Du côté de l'ouest, tout le monde est suspendu aux nouvelles de la santé du débile Charles II d'Espagne, dont la mort peut ouvrir d'un jour à l'autre une riche succession, pomme de discorde entre les grandes puissances; du côté de Test, si la guerre austroturque s achemine vers sa fin, la force croissante de la Russie et l'ambition de l'électeur de Saxe, qui devient roi de Pologne, font prévoir à brève échéance une lutte formidable, dont les possessions suédoises sur la Baltique seront l'enjeu. Placé entre ces deux menaces de conflit, l'électeur en calcule anxieusement les suites, afin de tirer le meilleur parti des circonstances; mais il est gêné par la poursuite du dessein de royauté, qui le lie bon gré mal gré à l'Empereur comme au roi de Pologne, et le rend suspect aux princes allemands comme aux Polonais, tandis que la disgrâce d'Eberhard Danckelman refroidit la bienveillance de Guillaume III. Aussi le voit-on évoluer péniblement entre des amis plus ou moins sûrs, et des ennemis anciens ou nouveaux.

Il renoue avec la France et ordonne à Ezéchiel de Spanheim,

(1) C'est ce que disait plus tard Frédéric II dans ses Mémoireu de Brandeboury.

(2) Leibniz, dans un opuscule de 1697, flétrit la paix » honteuse pour lEnipire et ses alliés, et dangereuse pour les protestanis » .

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