‹ Histoire de PrusseChapitre 60 sur 410 · AFFAIRES D'ALLEMAGNE ET DU ÎNORD · texte numérisé non relu

AFFAIRES D'ALLEMAGNE ET DU ÎNORD

de lui en septembre-octobre 1700, n'est pas plus heureux que son frère, et ne rapporte de promesse ni pour la succession d'OraUjCje, ni pour celle du stathoudérat.

Dans l'Empire, le Brandebourg reste uni à l'électeur de Hanovre contre la ligue des princes « opposants « ou a correspondants " , qui veulent annuler, comme illégale, la création du neuvième électorat. Il accentue même son attitude. Après la mort d'Ernest Auguste de Hanovre (23-24 janvier 1698), des négociations s'engagent avec sou fils, Georges Louis, pour confirmer \e fœdus perpetuum de 1693, ce qui a lieu à Amsterdam le 4 novembre 1700, sous la signature d'Alexandre de Dohna. Georges Louis a été malheureux en ménage et s'en est mal consolé, quoique « avec beaucoup d'autres » , comme disait sa mère; c'est un prince sombre et taciturne, mais sur lequel son beau-frère peut compter davantage que sur Ernest Auguste. Cela n'empêche pas d'ailleurs de conserver l'alliance défensive avec les ducs de Wolfenbiittel (renouvelée en janvier 1698). Toutefois, et en dépit de ses bons rapports avec les électeurs de Bavière et de Saxe, et avec son cousin de Hesse-Cassel, Frédéric se sent plutôt isolé, et ses visées honnies.

Tandis qu'il s'accorde péniblement avec l'Empereur au sujet de son « grand dessein " , il surveille les intrigues qui se nouent dans le nord et l'est. Quatre puissances s'agitent autour de la Baltique, prêtes à en venir aux mains et désireuses de s'assurer l'appui du Brandebourg ou au moins son amitié. Suède et Danemark, Russie et Pologne. L'électeur veut les ménager toutes; il aspire uniquement, comme il l'écrit à sa belle-mère, Sophie de Hanovre, le 30 mars 1700, à demeurer tranquille en simple spectateur (siitle siizen und zusehenj. Mais il est malaisé d'être l'ami de tout le monde, quand il y a des querelles dans l'air, et cela ne va pas sans quelque duplicité. Frédéric ne peut échapper à d'assez louches compromissions.

Il renouvelle en 1698 son alliance défensive avec la Suède et conclut une série de conventions, de 1697 à 1699, avec le

88 EMRE SUEDE ET DA^'EMARK

jeune roi Charles XII et son beau-frère, Frédéric IV de Holstein-Gottorp ; l'envoyé de Brandebourg à Stockholm, le comte de Dohna-Carwinden, assez médiocre diplomate du reste, multiplie les bonnes paroles et fait des ouvertures pour un mariage entre le prince électoral et la sœur de Charles XII, Ulrique Éléonore. La situation n'en reste pas moins fausse, et les ministres suédois accueillent froidement des avances qu'ils ont des raisons de croire peu sincères. L'attitude de l'électeur vis-à-vis des ennemis de la Suède est, en effet, plus que suspecte; c'est ainsi que par Falaiseau, puis par Yiereck à Copenhague, il resserre ses liens avec le Danemark ; la mort du roi Christian (1699) ne change rien, et son successeur, Frédéric IV, fait signer à Cœlln (en avril 1700) une alliance, dirigée contre la Suède : l'article IV envisage l'acquisition de la Poméranie antérieure et même de Wismar par le Brandebourg, s'il s'unit à la coalition contre Charles XII. Le roi insinue ensuite qu'on pourrait s'emparer par surprise de Stettin, dont la garnison n'est que de I 200 hommes. Sans doute, l'alliance susdite est secrète, et la proposition d'attaquer Stettin n'a pas d'écho, mais les allures de la cour de Berlin inspirent à Charles XII une défiance légitime, au moment où Danois, Polonais et Russes le menacent. Après 1 écrasement du Danemark au milieu de 1700, le Brandebourg prend part à la négociation de la paix de Travendal et réussit à adoucir le sort de son allié. Il ne recueille aucun fruit du rôle ingrat de conciliateur : le roi danois lui en est peu reconnaissant, en pensant à ce qu'il aurait pu faire; Charles XII le considère de plus en plus comme un ennemi caché, et les apparences ne lui donnent pas tort.

Non seulement l'électeur recherche l'amitié du Danemark, mais il courtise assidûment le tsar et le roi de Pologne.

L'histoire de la Russie ou " Moscovie » , comme on disait au dix-septième siècle, entre dans une nouvelle phase avec le règne de Pierre le Grand; le j>remier voyage du tsar en occident (1697) marque en particulier une transformation des rapports de la Russie avec lEurope et, par suite, avec le

Page 1