RAPPORTS AVEC LE TSAR PIERRE
Brandebourg. On connaît la méthode orig^inale du prince qui, pour dresser son peuple barbare et le mettre à l'école des nations civilisées, prétendait donner l'exemple, et monter de grade en grade dans sa propre milice, de même qu'il s'astreignit en Hollande au rude métier de charpentier, afin d'acquérir les principes de la construction navale. En route pour Amsterdam, Pierre arrive î/JCOi^njVo en Prusse (mai 1697 , dissimulé dans une nombreuse ambassade, où il laisse à ses ministres les honneurs et les corvées. Frédéric III, qui se trouve alors à Kœnigsberg, lui fait l'accueil le plus flatteur, fête son séjour par des festins, des chasses et autres réjouissances, et le comble de présents; il s'applique à satisfaire tous les désirs de son hôte, quitte à éluder des fantaisies féroces, comme celle d'assister au supplice de la roue. La Russie est une voisine puissante, qui s'accroit et se fortifie rapidement, et il importe de s'attacher son chef. Frédéric a la chance d'y réussir. Déjà, en 1696, il a correspondu plusieurs fois avec lui, lui envoyant des ingénieurs et bombardiers qu'il avait demandés, et faisant même rédiger un projet d'alliance défensive qui n'a pas abouti (1). En 1697, il gagne le cœur du tsar à force de bons procédés, et tandis qu'il festoie avec lui, ses ministres signent avec les ambassadeurs moscovites un traité d'amitié et de commerce, prélude d "une alliance prochaine (juin 1697) : les sujets d'un prince pourront librement commercer dans les possessions de l'autre, en payant les droits ordinaires; les sujets de l'électeur seront autorisés, par faveur spéciale, à traverser la Russie avec leurs marchandises pour se rendre en Perse et en Chine.
Après une dernière entrevue sur le yacht électoral qui le conduit à Pillau, le tsar fait à l'électeur les adieux les plus touchants; il le traite en ami de cœur et compte sur son appui éventuel. En traversant l'Allemagne centrale, il voit près de Hanovre l'électrice Sophie Charlotte et sa mère, et se laisse » apprivoiser » par les deux princesses qui sont enchan-
(1) Cf. A. B , Russland, R. XI, conv. 10 (1688-1696).