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AUGUSTE LE FOUT

encore davantage à l'amitié d'un prince qui commence à jouer un g^rand rôle dans l'Europe orientale, Frédéric Auguste de Saxe, plus connu comme roi de Pologne sous le nom d'Auguste II ou d'Auguste le Fort. On peut dire sans exagération que, durant les dernières années du dix-septième siècle, Auguste II a été du côté de l'est l'allié d'élection. Le personnage a son cachet original, comme Pierre le Grand, et mérite un bref portrait. Né en 1670 et électeur de Saxe à vingtquatre ans, c'est une sorte de colosse; la pratique de tous les sports a développé sa force herculéenne ; son visage aux traits accentués, aux sourcils noirs, épais et se rejoignant presque, respire l'orgueil têtu et la hardiesse. On raconte ses exploits de soldat, ses prouesses de cavalier, de chasseur, d'athlète, car il tranche d'un coup de sabre la tète d'un taureau ou brise dans ses mains des fers à cheval, ses mauvaises farces aussi, car il s'amuse à retourner les femmes la tète en bas; on suppute le nombre de ses conquêtes amoureuses, qu'on exagère à qui mieux mieux et qui font le sujet d'un ouvrage du baron de Pœlînitz (La Saxe galante). Bref, l'amant d'Aurore de Kœnigsmarck, le père du maréchal de Saxe, apparaît à tous comme la personnification du despote fastueux et brillant. Son caractère dissimulé, son ambition sans bornes, sa conscience élastique qu'aucun scrupule n'embarrasse, font de lui un voisin incommode, rival dangereux, ami peu sur. Quelle valeur attribuer à un serment de sa bouche ? Le P. Wolf, confident de l'Empereur, le compare à une anguille insaisissable; Frédéric III s'évertue à le fixer, sans se flatter d'y jamais parvenir. D'autre part, ce prince en jabot et manchettes de dentelle, dont le luxe éblouit, dont le cynisme scandalise, dont la perfidie inquiète, a eu de rares talents d'administrateur et des parties d'homme d'État. Un historien s'est récemment rencontré pour louer ses réformes économiques et militaires, son goût délicat pour les arts, sa tolérance unique dans la Sion luthérienne qu'est la Saxe au dix-septième siècle, et pour tenter une véritable réhabilitation.

Lié de bonne heure avec Auguste, l'électeur de Brande-

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bourg n'a pas d'abord favorisé toutes ses visées; il n'a pas appuyé notamment sa candidature au trône de Pologne, après la mort du roi Sobieski (juin 1696}. Dans la foule des prétendants, il l'a à peine distingué; s'il ne s'est pas mis lui-même sur les rangs, il n'a guère considéré comme ayant des chances que les fils de Sobieski, le candidat de la France, François Louis de Bourbon, prince de Gontl, et le candidat de l'Empereur, Louis de Bade. Il a résolument combattu le parli français, dirigé par le primat Radziejowski ; il a repoussé les ouvertures de La Rosière, envoyé par Conli à Berlin (1). Ses envoyés à Varsovie, le baron Jean d'Hoverbeck, le résident Werner et Scultetus, ont soutenu le margrave de Bade. Pendant ce temps, un habile agent, le comte Jacques Henri de Flemming, neveu du feld-maréchal brandebourgeois, négociait dans l'ombre et gagnait des suffrages. Bref, Louis de Bade ayant été mis de côté, une double élection s'est accomplie : le prince de Conti a été choisi le 27 juin 1697 par le parti français, mais le lendemain le parti contraire a fait annuler le vote et proclamer roi l'électeur de Saxe. Conti, sur lequel Sophie de Hanovre allait exercer sa verve ironique, est arri^■é à Danzig sans troupes ni argent, et n'a pu lutter contre son heureux rival; il n'a même pas débarqué, et Auguste a eu le champ libre. Surpris par l'issue de la diète, Frédéric s'est hâté d'évoluer, ordonnant à ses plénipotentiaires de s'en faire honneur, et comme Hoverbeck a devancé ces instructions, puis travaillé à aplanir les obstacles devant le nouveau roi, Auguste s'est cru tenu à quelque reconnaissance.

Dès lors, les deux princes font assaut de bons procédés. Ils s'écrivent des lettres amicales, s'envoient des ambassades extraordinaires, se promettent mutuellement secours. Les troubles civils s'apaisent en Pologne, grâce à la médiation du Brandebourg, et Frédéric III profite des besoins d'argent d'Auguste pour lui acheter divers petits territoires, avec l'avouerie héréditaire de l'abbaye de Quedlinbourg dans le

(1) Cf. A, E., Con: de Brandebourg, t. XXXV.

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Harz (1). Bientôt la correspondance ne suffit plus. Wartenber^ se rend à Varsovie pour proposer une entrevue qui a lieu à Johannisbourg en Prusse, du 4 au 7 juin 1698. En dehors d'une égalité parfaite pour tout le cérémonial, chose très sensible à sa vanité, l'électeur obtient à Johannisbourg le règlement d'une affaire, en suspens depuis quarante ans : le traité de Wehlau, en effet, a cédé au Brandebourg la ville d'Elbing en Prusse polonaise, en gage de 400 000 thalers dus par la République, et celle-ci détient Elbing sans avoir rien payé. Par un accord du 7 juin 1G98, Auguste autorise Frédéric à s'emparer d'Elbing, " par surprise " ou autrement; il reçoit eu revanche 100 000 thalers et en recevra 50 000 lors de la prochaine diète; on lui promet même éventuellement un appui militaire contre ses sujets polonais.

L'entrevue de Johannisbourg, où il a été certainement parlé de tout ce qui intéresse alors le Brandebourg et la Saxe, en particulier de la coalition projetée contre la Suède (2), est le point de départ d'une réelle intimité. Sans doute on ne s'accorde pas tout, et Auguste négocie en vain un arrangement qui lui donnerait le duché de Crossen, petite enclave brandebourgeoise sur l'Oder, entre Saxe et Pologne. Du moins la cordialité des relations est attestée par de fréquents échanges de vues, et quand l'occupation d'Elbing par le général de Brandt (1 1 novembre 1698) soulève en Pologne une vraie tempête, Auguste s'emploie activement à l'apaiser : il feint quelque temps la colère ; le résident Werner est obligé de quitter Varsovie, et des bandes polonaises, franchissant la frontière, vont piller Soldau dans le duché de Prusse. Mais les hostilités s'arrêtent là, et après des pourparlers, conduits par Marschall de Biberstein, Albert de Burfuss et Printzen, la diète polonaise remet le règlement de la question au roi et à des commissaires; au bout de quelques mois, tout s'arrange

(i) Parmi les territoires, il faut citer le bailliage de Petersberg, près de Halle. Le tout fut payé 340 000 thalers.

(2) Le résident impérial Heems et le Français Des Alleurs, qui surveillent l'électeur, se sont trompés en croyant qu'il y a eu dans cette entrevue plus de vin bu que d'affaires traitées.

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