ASPECT EXTÉRIEUR DE FREDERIC
Quand il monta sur le trône (9 mai 1688), Frédéric allait avoir trente et un ans. C'était, au physique, en dépit de certains témoigfuages, un prince d'aspect plutôt séduisant. Enfant, il était gentil et gracieux; tel le montre une toile du peintre de Baen, où on le voit, âgé dehuitou dix ans, portant une corbeille de roses dans un jardin. Sa délicatesse et sa constitution défectueuse l'empêchèrent de grandir et de se développer ; il resta petit et frêle, mais bien proportionne. « Quand on est accoutumé à sa taille » , écrivait la duchesse Sophie le 20 octobre 1684, « on le trouve beau; car son visage est engraissé et son teint fort frais. » Appréciation trop flatteuse sans doute, qu'arrache à une belle-mère le premier enthousiasme pour son gendre ! Cependant on est frappé de la retrouver presque identique chez un gentilhomme français, La Rosière, en 1694 : « L'électeur de Brandebourg. . . est assez beau de visage, mais il est bossu et petit. » Si les dernières épithètes sont un correctif nécessaire, il semble contraire à la vérité de les employer seules (1; , et Elisabeth Charlotte d'Orléans exagère quand, raillant l'amour aveugle du prince pour sa propre personne, elle le dit si mal fait que cela devrait l'affliger plutôt que le réjouir; elle ne juge d ailleurs pas de visu. Grâce à sa perruque, Frédéric n'avait nullement l'apparence d un bossu. Les nombreux portraits que nous possédons de lui, soit de peintres comme Weidemann et Wentzel, soit de sculpteurs comme Schlûter, soit de graveurs comme Wolfgang, permettent d'affirmer que son extérieur faisait bonne impression. On y retrouve, en réduction, les traits du Grand Électeur: la tête a diminué de volume; les cheveux un peu hirsutes (2) sont devenus une coiffure à la Louis XIV, avec une ample perruque bouclée; le grand nez aquilin s'est aminci ; les yeux, moins énergiques, ont un regard plus doux; la bouche, plus petite, a des lèvres minces sur lesquelles erre un sourire dédaigneux; bref, tout était
(1) Pœllnilz et Frédéric II, par exemple, se bornent à dépeindre l'électeur comme « petit et contrefait " .
(2) Avant que Frédéric Guillaume eût adopté la perruque.
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