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PREMIERES NEGOCIATIONS A VIENNE

indispensables, d'importantes concessions. Malheureusement la question de Schwiebus mettait le Brandebourg et l'Autriche en conflit, et indisposait les ministres impériaux.

Après des insinuations plus ou moins indirectes, faites sans succès auprès de l'ambassadeur Fridag, à Berlin, Frédéric résolut d'ag^ir à Vienne. Il faisait une cure à Carlsbad, au mois de mai 1693, quand son envoyé, Z^icolas Barthélémy Danckelman, vint le trouver de la part de Léopold ; il en profita pour lui révéler son projet et lui donner de vagues instructions. Danckelman les compléta en rédigeant tout un plan de négociation : il se proposait, pour garder le plus grand secret possible, de ne s'ouvrir qu'à quelques ministres impériaux, et, pour ne pas trop les effaroucher, de demander d'abord la reconnaissance officielle du titre de duc de Prusse. Cette conduite prudente, approuvée par l'électeur, mena, comme on l'a vu plus haut, à l'accord du 20 décembre 1694, stipulant la rétradition de Schwiebus, moyennant la reconnaissance du titre de duc en Prusse. L'acte fut signé à Gœlln sur la Sprée, et dans quelques conférences ultérieures avec le successeur de Fridag, Kolowrat, les conseillers électoraux remirent sur le tapis des questions de cérémonial ; néanmoins, celle de la couronne ne fut pas traitée à Berlin.

La vraie négociation avait lieu à Vienne, où N. B. Danckelman s'était décidé à mettre au courant trois ministres influents, Stratman, Kœnigsegg et Kinsky (octobre 1693). En dépit d'un accueil réservé, l'affaire paraissait en bonne voie quand la mort enleva coup sur coup Stratman, le ministre le mieux disposé, et Kœnigsegg le plus accessible à la corruption. Le parti hostile au Brandebourg prit alors le dessus à Vienne, et Kinsky, surveillé par les comtes d'Œttingen et de Windischgrœtz d'abord, puis par les comtes d'Harrach et de Waldstein, ne put témoigner sa bonne volonté. 11 était d'ailleurs persuadé, comme ses collègues, que le projet de Frédéric était dangereux, et pourrait coûter un jour la dignité impériale à la Maison d'Autriche : une « conférence " secrète, tenue le 23 juillet 1694, conclut qu'il ne fallait donner à

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l'électeur aucune espérance. Dans ces conditions, les efforts de Danckelmann étaient voués à un échec certain. Le malentendu, provoqué par les événements de Mecklembourg- Giistrow, ag^grava la situation ; l'accès de la cour impériale fut même interdit à Danckelman qui, le 3 mai 1G97, reçut l'ordre de quitter Yienne. Les relations diplomatiques entre Brandebourg et Autriche se trouvèrent interrompues durant près d'un an, et la négociation de la couronne forcément ajournée. Les déceptions du congrès de Ryswyk ne firent que stimuler le désir de Frédéric IIL Eberhard Danckelman tomba en partie pour l'avoir combattu, et son successeur, Wartenberg, ne crut pouvoir mieux s'affermir qu'en entrant « aveuglément» dans les vues du maitre. Il songea à renouer le plus vite possible avec l'Autriche. Les circonstances étaient plutôt favorables. A côté du vieux Kinsky, dont l'influence allait diminuer jusqu'à sa mort (février 1699) , deux personnages nouveaux avaient pris place dans la conférence impériale : le comte de Kaunitz, qui devint vice-chancelier d'Empire en 1698, le comte F. B. de Harrach, qui fut bientôt nommé grand maître de la cour, l'un fort de sa capacité, l'autre de sa faveur. Ces deux hommes étaient relativement faciles à gagner, le premier à cause de ses besoins d'argent, le second à cause de sa vanité. En outre, si Gonsbruch, secrétaire de la conférence, était assez mal disposé, la tâche était du moins facilitée par la situation gênée de l'Empereur. Sans doute, la paix avec la France donnait à Léopold un peu de répit, et la guerre turque était près de se terminer glorieusement pour lai à Garlowitz; mais des complications de tout genre le menaçaient. L'érection du neuvième électoral et l'article IV du traité de Ryswyk lui avaient valu la défiance de beaucoup de princes allemands ; la succession d'Espagne était à la veille de s'ouvrir, et devait certainement provoquer une lutte terrible avec la France; en même temps, la pénurie d'argent était telle qu'on songeait à réduire l'armée. L'Empereur avait besoin de s'assurer des alliés puissants pour la guerre prochaine, et l'électeur pouvait faire ses conditions.

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Celui qu'on choisit pour reprendre l'affaire de la couronne fut le conseiller de justice, Frédéric Christian Bartholdi. Instruit dans l'histoire et dans la science du droit, habile, affable, et pénétrant vite les caractères, cet homme de trente ans avait en lui l'étoffe d'un diplomate. Il savait suivant l'occasion être pressant ou patient; ses connaissances de juriste allaient lui permettre de réfuter les arguments les plus subtils, son énergie de supporter les lenteurs énervantes d'une négociation traînée à dessein en longueur.

Arrivé à Vienne vers la fin de mai !698, Bartholdi se g^arda de rien « précipiter » . Ses premières instructions ne contenaient pas un mot de la dignité royale, pas plus que celles du comte de Dœnhof, qui vint recevoir avec lui en 1699 l'investiture des fiefs impériaux et bohémiens. Il reprit cependant la discussion où elle en était, puis s'adressa plus particulièrement au vice-chancelier Kaunitz ; celui-ci, en octobre 1699, conseilla de peser encore mûrement un projet qui pouvait embarquer l'électeur <> dans une mer de difficultés " , et posa la question sut le terrain des intérêts positifs, demandant ce qu'on offrirait à l'Empereur (quid nvhi dnhis?). Heureux de sortir enfin des généralités, Bartholdi prit aussitôt la route de Berlin, pour en aviser l'électeur et s'éclairer sur ses intentions.

L'instant était solennel. Frédéric ordonna au ministre Fuchs, au secrétaire d'État Ilgen et à Bartholdi, de rédiger leur avis motivé, et cette consultation ouvre aux Archives de Berlin le recueil des Dvjniidtsahien, dont les vingt et un volumes manuscrits contiennent toute la suite de la négociation. Ilgen et Bartholdi n'osèrent pas se déclarer positivement, et après avoir fait valoir également les avantages et les difficultés de l'entreprise, se bornèrent à indiquer la marche à suivre : Ilgen était d'avis de gagner d'abord l'Empereur, Bartholdi de se proclamer roi auparavant. Quant au vieux Fuchs, au risque d'une disgrâce, il se prononça contre l'exécution immédiate, conseillant à l'électeur de préparer son armée, de mettre de l'argent en réserve, et d'attendre une occasion propice. L'opi-

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