INFLUENCE DES IDÉES RELIGIEUSES
(le duc de Prusse ; combien plus le même prélat n'allait-il pas s'indig^ner du titre de roi de Prusse !
En dehors de l'Empereur, du roi de Polog^ne et des princes de l'Empire, l'Europe fut informée le plus tard possible. L'ambassadeur d'Espag^ne à Vienne ayant fait allusion au dessein d'acquérir la couronne, en janvier 1700, Bartholdi répondit sans hésiter que son maître n'y avait jamais song^é. Toutefois Frédéric avait été forcé de se départir un peu de sa réserve vis-à-vis de certains souverains, tandis que son secret avait été traversé par un grand nombre d'agents diplomatiques. Presque tout le monde en parlait dès les premiers mois de 1700. En dehors du sultan qu'on laissait de côté, comme ne faisant pas partie de la communauté chrétienne, et du tsar, que sa qualité de croyant « grec orthodoxe » rendait indifférent aux luttes de l'Europe catholique ou évangélique, les puissances étaient alors divisées en deux camps par les sentiments religieux : les catholiques semblaient devoir s'opposer à l'érection d'un nouveau royaume hérétique, les protestants, au contraire, devoir la favoriser. Mais certains catholiques nourrissaient l'espoir de convertir l'électeur, et certains protestants le jalousaient. Le projet ont donc dans les deux camps des partisans et des adversaires.
Dans le camp catholique, il est singulier de trouver trois de ses plus ardents promoteurs, trois ecclésiastiques, le P. Wolf, le P. Vota et l'évêque d'Ermeland, Zaluski. Tous trois se sont ingéniés, sans y avoir un intérêt personnel direct, à servir l'électeur auprès de l'Empereur, auprès du roi de Pologne, auprès du pape. Quelle était donc la cause de cette sorte de conspiration catholique en faveur d'un protestant? Le problème a été, depuis plus de soixante ans, tourné et retourné en tous sens, et une fouie de documents publiés : le résultat reste celui qu'on avait primitivement indiqué, à savoir que ces trois prêtres se flattaient secrètement de convertir un jour au catholicisme, soit Frédéric, soit sa femme, soit ses descendants. La propagande du Saint-Siège en Allemagne était plus active et plus heureuse que jamais