FETES DU COURONNEMENT
Kœnig^sbergf était devenu fou » . A partir de ce jour, il fut défendu de parler de l'électeur sans le traiter de Majesté : quiconque y manquait à la coiir était mis à l'amende. Le 16 janvier, qui était un dimanche, la même proclamation fut faite dans les églises après le service. Le 17, eut lieu l'institution du nouvel Ordre de chevalerie destiné à perpétuer le souvenir du couronnement, l'Ordre de l'Aig^le noir. Les statuts exigeaient pour en faire partie qu'on fût bien né et sans reproche, et âgé de trente ans au moins. Les insignes de l'Ordre, qui est resté un des principaux de l'État prussien, furent : un cordon couleur orange, en mémoire de la mère du roi, princesse d'Orange; une croix, en forme de croix de Malte, émaillée en bleu, et une étoile d'argent, sur laquelle figure, comme dans les armes de Prusse, un aigle noir, tenant une couronne de lauriers dans une serre et une foudre dans l'autre, avec la fière devise : suum cuique (à chacun le sien) . Il ne devait pas y avoir plus de trente chevaliers : dix-huit furent alors créés, dont le comte de Wartenberg, chancelier de l'ordre. Sophie Charlotte avait plus envie de dormir que d'assister à la fête, qui, suivant le Grand Frédéric, « ressemblait assez à une mascarade ) ; en revanche, son vaniteux époux y prit un plaisir extrême. Il se fit peindre plus d'une fois, dans la suite, revêtu du costume magnifique de grand maître de son ordre.
Le 18 janvier fut le jour du couronnement. Jamais le luxe de Frédéric ne se déploya mieux que ce jour-là. Christophe de Dohna et Besser, tous deux témoins du spectacle, s'accordent à le dire merveilleux. Frédéric avait tenu à en régler lui-même les détails, et Besser, nommé pour la circonstance <i Grand Maître des cérémonies '» , en dirigeait l'exécution. Dès neuf heures du matin, le roi se fit habiller par le comte de Wartenberg; il portait un costume écarlate, enrichi d'or et de pierreries, et un manteau de pourpre, attaché par des boutons en diamant. La reine était aussi superbement vêtue. Frédéric prit sa couronne et de sa main se la mit sur la tête, " voulant désigner par là qu'il ne la