‹ Histoire de PrusseChapitre 90 sur 410 · I^E 18 JANVIER · texte numérisé non relu

I^E 18 JANVIER

tenait de personne » ; il couronna ensuite la reine. Ce g^este, conseillé dit-on par le cardinal-primat de Pologne, fut fort remarqué, et « Madame » , dans une de ses lettres, en a fait ressortir l'origfinalité.

Après le couronnement, un cortège pompeux se forma pour se rendre à la chapelle du château, où devait avoir Heu le sacre. Une série de gravures sur cuivre, œuvre de Wolfgang, permettent de reconstituer la scène; elles sont aux Archives de Berlin, et Besser les a reproduites dans son ouvrage. Le cortège ne comptait pas moins de quatorze groupes : on y remarque les énormes perruques du roi et des seigneurs, les costumes français avec culotte et bas de soie, les coiffures monumentales de la reine et des dames de fa cour. Derrière les grands maréchaux, munis de bâtons en argent massif, marchaient les Suisses habillés de satin blanc, avec des toques de velours noir ; puis venaient les autres grands dignitaires, grand chancelier avec le sceau royal, grand maître d'hôtel avec la pomme, grand burgrave avec Tépée nue. Après le Kronprinz et son gouverneur, le roi s'abritait sous un dais de velours rouge ; le grand chambellan, comte de Wartenberg, portait la queue de son manteau, et, plus loin, le doyen de la famille Dohna faisait flotter l'étendard du royaume ; la reine, également sous un dais, fermait la marche, conduite par deux de ses beaux-frères, et entourée de ses dames d'honneur. On eût dit une pompe des Mille et une Nuits.

Ce brillant cortège fut reçu à la porte de la chapelle par les deux évêques que l'électeur avait créés pour son couronnement, un réformé, Ursinus de Baer (1), et un luthérien, Bernard de Sanden. Il fallait, en effet, être sacré pour porter le titre de Sacra Majesias, et Frédéric avait suivi l'avis du P. Vota, qui dès juin 1700 recommandait cette solution. La création des évêques protestants marquait, mieux que tout le reste, l'indépendance du premier roi de Prusse en face du

(1) Anobli alors sous ce nom, avec un ours (Baer) dans ses armoiries.

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