LE 18 JANVIER
pouvoir ecclésiastique. En même temps, Frédéric affirmait, en partageant ses faveurs entre réformés et luthériens, son désir de rapprocher et d'unir les « évangéliques » .
La chapelle du château de Kœnigsbergf n'est ni spacieuse, ni belle, et la simplicité de l'intérieur semble peu favorable au déploiement d'une cérémonie fastueuse. Pourtant, s'il faut en croire les contemporains, le sacre de Frédéric fut splendide. Après un sermon et une prière, le roi vint à l'autel, où Ursinus lui donna l'onction; le sacre de la reine eut lieu ensuite. La cérémonie publique de l'intronisation suivit le sacre; puis les souverains sortirent, et on jeta sur la foule une pluie de médailles d'or et d'argent, portant d'un côté les portraits de Frédéric et de Sophie Charlotte, et au revers une couronne avec la légende : Prima meœ geniis.
A trois heures de l'après-midi, un festin colossal fut servi dans la salle « moscovite » du château. Au dehors, sur la place, rôtissait un bœuf entier, bourré de volailles, de quartiers de mouton, de cuissots de chevreuil, pour le peuple, et deux fontaines versaient du vin par des becs d'aigles. Les deux grands maréchaux apportèrent au roi sur un plat d'or une tranche de bœuf, et le grand échanson lui offrit dans un gobelet d'or du vin des deux fontaines. Le soir, toute la cour parcourut en carrosse les rues, illuminées par les soins de l'architecte Eosander de Gœthe. Kœnigsberg brillait de mille feux, et, malgré le froid vif, le roi fut très satisfait de sa promenade.
Il resta encore en Prusse tout le mois de février, allant de fête en fête, passant un joyeux carnaval, et jouissant des félicitations ou des panégyriques qui pleuvaient de toutes parts en prose et en vers (1). Il y eut de méchantes poésies et d'ennuyeuses harangues, mais Frédéric n'y prenait pas garde. Dans sa joie, il rédigea de sa main une prière pour remercier Dieu d'avoir exaucé son vœu le plus cher et pour demander
(1) Le grand Leibniz lui-même voulut rendre compte dans une espèce de journal des savants de tout ce qui paraîtrait sur la royauté, et il suggéra des devises pour des médailles à frapper.