VALEUR DE LA RJYAUTE
Le récit très sommaire des néjjociations concernant la royauté prouve que l'acquisition de la couronne a été vraiment la grande affaire du règne. Il importe maintenant d'en apprécier la valeur et de rechercher si les avantages qui en découlent compensent les sommes d'argent déboursées, les concessions faites, ou les dangers courus.
Un rapide examen suffit à montrer que la couronne a coûté fort peu.
Pour l'argent, il faut se garder des exagérations de Pœllnitz, qui parle de six millions de thalers, comme de l'optimisme de l'archiviste Cuhn (I) qui donne le chiffre insuffisant de 150 000. Les comptes soumis au roi par le conseiller de finances Kraut, ou par Bartholdi, complétés par le calcul des gratifications offertes en Pologne à quelques grands personnages, permettent de fixer approximativement un total de 300 000 thalers. Je laisse en dehors, bien entendu, tous les frais nouveaux dont la dignité royale fut l'occasion ou le prétexte, et l'accroissement de luxe dont elle fut le signal à la cour de Berlin. Un des principaux arguments de Danckelman et des adversaires de la royauté avait été l'énorme augmentation de dépenses qu'elle entraînerait ; il est certain que Frédéric I" tint à donner à sa cour tout l'éclat possible, à s'entourer dans sa capitale d'une magnificence vraiment royale. Du moins, pour 1701, une contribution volontaire, l'impôt de la couronne, fournit les ressources nécessaires. En somme, le prix de la couronne était modique : 300 000 thalers (t million 125 000 francs), c'était peu pour se mettre hors de pair en Allemagne.
Après l'argent les concessions. Elles se résument à vrai
(1) Auteur d'une histoire de l'acquisition de la couronne, qui est restée uiariuscrite aux Archives de Berlin.
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dire dans le traité de la couronne, conclu à Vienne avec l'Empereur, le 16 novembre 1700, et dont j'ai déjà indiqué les clauses. Or, la plupart des conditions imposées par l'Autriche avaient déjà été consenties, soit dans des accords particuliers avec d'autres princes (par exemple avec l'électeur de Hanovre) , soit dans des arrangements antérieurs avec Léopold, comme l'alliance secrète du I" avril 1686. Cette alliance notamment, qui liait le Brandebourg pour vingt ans (jusqu'en 1706 , ne contenait-elle pas l'obligation la plus onéreuse du traité de 1700, à savoir celle de donner 8 000 hommes pour soutenir les droits de l'Empereur à l'héritage espagnol! La clause était d'ailleurs moins onéreuse qu'on ne le croirait au premier abord : avant comme après son couronnement, Frédéric n'a jamais hésité à louer ses troupes à l'Empereur ou aux Anglo-Hollandais; c'étaient les habitudes du temps, et plus spécialement des princes allemands. En outre, si l'on compare au Krontractat le traité subi par Ernest Auguste de Hanovre pour obtenir le neuvième électorat, on constate que les sacrifices du prince welf ont été autrement considérables. La cour de Vienne n'a donc pas vendu cher la dignité royale.
Outre le calcul mathématique de l'argent dépensé et des concessions faites, il y a dans une question aussi complexe des éléments plus indéterminés, presque impondérables, ce que j'appellerai les risques de l'entreprise. Le traité avec l'Empereur pouvait avoir de graves conséquences : il a été signé avant qu'on eût connaissance de la mort de Charles II d'Espagne et de son testament; que serait-il arrivé si l'Empereur avait été légataire universel? La France aurait eu avec elle les puissances maritimes. Quel danger pour la Prusse s'il avait fallu lutter avec l'Empereur cotntre la moitié de l'Europe ! Mais tout tourna bien pour Frédéric. Le testament de Charles II en faveur d'un prince français brisa l'alliance de la France avec les puissances maritimes; bientôt les imprudences de Louis XIV et la force même des choses les rejetèrent vers l'Empereur, partant vers le roi de Prusse. La for-