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t<i. iiatériol ftlii disposition du
, çtHU' j "■.!!! i isit ÛHt Hï&ylllis ijans les
gares. Ces premiers moulins se trouvèrent insuffisants ; l'usine Cail établit dans ses ateliers 30t) paires de meules d'un système particulier, et désormais on put moudre au jour le jour une. quantité de grains suffisante pour Talimentation de la ville.
Le gouvernement devait en outre fournir la viande à la population. Il disposait de bœufs et de moutons achetés par l'administration impériale et entretenus sur pied dans Paris. La viande avait été rationnée à partir du 10 octobre. Le gouvernement avait renoncé à faire lui-même la distribution aux habitants, un tel travail étant par son immensité jugé impossible, il se bornait à délivrer en bloc à chaque arrondissement une quantité de viande proportionnée au chiffre de sa population. Dans les mairies on faisait ensuite la répartition des 200 grammes alloués tous les. deux jours à chaque personne. La mise en pratique du rationnement fut plus ou moins heureuse, selon le savoirfaire des administrateurs des différentes mairies, et les facilités ou les difficultés qui naissaient des circonstances locales. Dans le courant de décembre, on avait consommé toute la viande de boucherie et on commença à manger les chevaux, Qn recensa les animaux chez les particuliers pour les réquisitionner ensuite au fur et à mesure des besoins.
La vie de la ville à mainteuir dans des conditions si anormales, demandait la mise en jeu d'une foule de rouages nouveaux. Tout le monde se trouvait donc appelé à participer à la défense ou à prendre part aur affaires publiques. Les ingénieurs civils s'employaier
aux travaux de fortiQcalioB, les industiièls fondàioiit des canons, transformaient les vieux fusils, confecliou-
naieut des équipemeuts. Les savauLs avnieut formé des commissions d'hygiène ; ilsdii'igeaieuL la fabrication des poudres; ils appliquaient l'élGClricité à l'cclairage du terrain en avant des foits pour faciliter le tide nuit; ils utilisaient pour l'alimentation les substances susceptibles d'être transformées par la chimie en produits alimentaires (I), Les mairies d'arrondissement se chargeaient d'uu énorme ti'avail que n'eût pu opérer à elle seule la mairie centrale. On avait constitué dans chaque arrondissement des comités d'armement pour la garde nationale, des comités pour le recensement de la population et la distribution des caries de rationnement; des comités pour l'installation et le fonctionnement des cantines municipales destinées à nourrir les nécessiteux. Aux mairies d'arrondissement incombait encore le soin de réquisitionner les appartements vacants, pom' procurer des logements aux populations des environs réfugiées dans Paris. De toutes pai'ls, en dehors de la grande société internationale de secours aux blessés, s'étaient constitués des comités de quartier pour la réception et lo soiu des blessés.
Il ne fallait en ^ effort pour faire i le siège se prolonj
ns qu'un gigantesque ^ mesure que
214 LA J)ÉFENSE NATIONALE.
bustible et il l'employait exclusivement à la fabrieatioQ des armes, à la mise en mouvement des moulins, à la cuisson du pain. On avait cessé de fabriquer le gaz; les rues, mal éclairées par de rares lampes à pétrole, étaient plongées la nuit dans l'obscurité. Les boutiques, dont un certain nombre n'ouvraient même plus le jour, se fermaient dès la tombée de la nuit. On avait d*abord tenu les théâtres ouverts, pour continuer l'emploi à leur nombreux personnel, mais maintenant que la lumière et le chauffage manquaient, ils demeuraient clos. Les journaux, faute de papier, se trouvaient ramenés à un tout petit format. La circulation des voitures diminuait, à mesure qu'on mangeait les chevaux, et les rues devenaient désertes et silencieuses. Du même coup étaient arrivées la disette et les souffrances. Presque toutes les familles aisées avaient disposé, pendant les deux premiers mois, d'approvisionnements de réserve , mais il n'était point entré dan^ les prévisions que le siège dût autant se prolonger, et elles avaient vite épuisé leurs ressources. Les denrées à acheter étaient devenues d'un prix fabuleux, et du reste leur quantité était presque nulle, tout le monde, à partir du mois de décembre, se trouvait donc réduit au pain et à la viande de cheval allouée par le rationnement , c'était pour beaucoup une source d'alimentation insuffisante. Le combustible manquait, l'hiver était très-rigoureux, aussi le froid était-il des plus pénibles à supporter* Les affaires étaient interrompues, la gêne était dever générale, les cantines municipales devait"* '^'
LE SIËGË DB PARIS. 21o
tains quartiers fournir gratuitement des aliments à une grande partie de la population. Toutes ces causes de soulTi-aace' se faisaient de plus na plus sentir sur la mortalité ; d'une inoyeone de moins de mille par semaine en temps ordinaire, les décès montaient à deux mille eu novembre et à trois mille en décembre (1). Cependant la prolongation du siège, les privations sans cesse accrues u'ébranlaient aucuuemeut le courage delà population. La ville était devenue un camp; aux yeux des habUauts le point de vue militaire dominait. On se sentait engagé d'houneurà ne pas capituler et à ne point entrer en arrangements avec l'ennemi tant que, d'une manière quelconque, on pourrait prolonger la résistance. On se pliait aux habitudes que le siège était venu imposer ; on supportait, sans se plaindre, toutes les privations; on se soutenait, on s'exaltait, on s'égayait quand même les uns les autres. Le sentiment du patriotisme surexcité, le besoin de faire quelque chose qui relevât le nom français de la honte des capitulations de Sedan et de Metz remplissaient toutes les âmes. Aussi bien, quelles que fussent les haines sourdes des classes et des partis, au dernier moment, à la pensée de la défense à soutenir eu commua et de l'ennemi piêt à profiter des dissensions, les iu'iiies s'.il'-ii^^-iiciil , ul lus ci'isLd iiij^iii'S s'ajouniaieiiL L,a vtUi i: -;uj^ injlici', le soir sans lumière, cejnunlaiif "l - - iuiiiuioltiiil. ^ilus de crinics,les tribuiiaiu: m ' i;\f ']<■ ' -^.'r^nc et pou-
vaient ■* ' ■ ' ^
216 LA DÉFENSE NÀTIOxNALE.
. Sur ces entrefaites une nouvelle cause d'angoisse, le bombardement,, vint s'ajouter à toutes les autres. On avait attendu le commencement du bombardement pour divers anniversaires qu'on supposait devoir être fêtés de cette manière par Tarmée allemande, mais les jours s'étaient écoulés sans que l'ennemi démasquât une seule batterie. C'est que les Allemands avaient besoin, avant d'entreprendre une attaque de vive force, de faire arriver un énorme matériel. Le transport de ce matériel avait été retardé par la résistance prolongée de la ville de Toul puis par la' nécessité d'amener d'abord les vivres et l'approvisionnement indispensables à l'entretien de l'armée d'investissement. Cependant à la fin de décembre les canons de siège étaient arrivés et l'érection des batteries terminée. Au sein de Tarmée et en Allemagne on était profondément mécontent de la longueur hors de toute prévision du siège de Paris. On voulait en finir n'importe comment, aussi le 27 décembre le feu fut-il ouvert contre les forts de l'Est, de Noisy à Nogent. Le 5 janvier les batteries érigées contre les forts du Sud, Issy, Vanves et Montrouge furent à leur tour démasquées. Les forts et les remparts de Paris répondirent avec énergie et la canonnade ne s'interrompit plus jusqu''à la fin du siège.
Le bombardement dépassa au sud la limite des forts et des remparts et atteignit la ville. Les batteries allemandes lançant les projectiles à l'extrême portée des pièces de siège, les obus tombèrent sur les quartiers de la rive gauche depuis le Jardin des Plantes
LE SIEGE DE PAEllS. 217
jusqu'aux Invalides; au centre les rues voisines de la Seine se trouvèrent seules protégées par la distance. L'espérance que l'ennemi avait pu avoir de hâter la reddition de Paris par le bombardement fut complé- ' tement déçue. Les emplacements vacants, les jardina et les cours, les larges rues étaient si nombreux dans la partie de la ville bombardée que la puissance de destruction des obus se trouvait fort atténuée. Oa voyait des maisons éventrées, des commencements d'iacendies, mais aucun de ces grands feux et de ces écroulements qui se produisent dans les villes resserrées et que l'imaginatiou s'était par avance représentée. Les premiers jours, les habitants des lieux bombardés quittèrent en assez grand nombre leurs logements pour se réfugier dans les quartiers pi'éservés, mais bientôt rémigratton se restreignit; le soir on se réfugiait dans les caves, pu matelassait les portes et les fenêtres et on prit l'habitude de vivre sous les bombes. Les sentiments que le bombardement fit naître daas la population, furent avant tout l'indignation et le mépris. Les vivres diminuaient et le siège approchait de sa un, la chute des obus destinée à rester sans . résultat par suite de l'immense superficie à bombarder, n'en faisait pas moins péri chaque jour un certain nouihre du de femmes et d'enfants; les éialjlis.scmeuLshosptU les écoles, les édifices coussués ans f le Muséum, nombreux dans cette ï^ trouvaient atteints. Le bunjbai'o" ■ ■ de telles conditions, était un a' *
qui révoltait d'autant plus les Parisiens que, d'après Topinion qu'ils s'étaient faite de la civilisation allemande, beaucoup d'entre eux s'étaient refusés à eu croire l'ennemi capable.
Le bombardement en exaspérant la population accrut le désir qu'elle éprouvait de voir renouveler les attaques contre les lignes ennemies. C'est que, loin de se décourager, à mesure que le siège se prolongeait, on se maintenait au contraire dans l'optimisme. On se reprenait toujours après la défaite à espérer le succès. On s'était accoutumé à négliger les faits désavantageux pour mettre en relief ceux qui paraissaient favorables. Dans cette voie, c'était surtout l'au-delà, l'inconnu, les événements de province qui prêtaient au grossissement et au travail de l'imagiïiation. Ainsi on avait cru, pendant la sortie de Champigny, entendre le canon de l'armée de la Loire vers Fontainebleau. Les nouvelles que l'on recevait du dehors étaient épiloguées et passées au crible, on ne manquait point d'y découvrir quelque côté favorable, quand il n'y avait rien de tel, on créait de toutes pièces des avantages (1). Ghanzy sur la Loire, Faidherbe dans le Nord, Bourbaki dans l'Est fixaient tour à tour l'attention et, passant de l'un à l'autre, on attendait chaque jour une armée de secours. Il semblait que la France, en perdant sa suprématie militaire, dût absolument s'abîmer. La patrie ravagée, menacée de démembrement, si elle succombe définitivement, pourra-t-elle
(I) Voyez entre autres, Francisque Sarcey. Le siège de Par^' p. 23i.
jamais se relever? Le patriotisme sous le coup d'aussi terribles appréhensions, prenait un degré d'exaltation singulier. Un mot revenait sans cesse et résumait toutes les discussions : n II faut avoir la foi. » On avait donc foi dans le succès définitif et, pour garder sa coiiliaDce, on se rejetait de l'analyse positive des faits dans des effusions de seutimeut, dans des élans mystiques. Les écrivains, M. Vitet dans la Revue des Deux Mondes, MM. Victor Hugo, Louis Blanc, Edgar Quinet dans les journaux républicains encourageaient la population et, comme personne ne voulait se laisser dépasser en sérénité à supporter le malheur, leurs écrits à tous respiraient non-seulement la résignation à soufiiir, mais encore la conviction que les épreuves subies conduiraient à la délivrance. La république exerçait un prestige magique, elle était aux yeux des républicains le talisman qui devait donner la vicloire. Ou prenait pour modèles, sans remarquer la différence des temps et des situations, les volontaires de 1792 et on rappelait les succès qui, après une série de revers au début, avaient couronné leurs efforts. Dans ces dispositions on décrivait les faits de guerre et les combats du siège de Paris de telle sorte qu'on n'eût pu trouver de termes [.lu ., . ■ . -nier 1rs vicliiires des moil-
Icin ■■ I - I ' ■■■■iic- l'ompléteuieut perdu de
vm '" '■ • T'iniii.- «l'on avait im-
proM ' ' 'I ' - vidvse mÊÊàe» et qui, an
feu, ti'l.t ponvoii '
valeur très-relative. Mais si on se trompait ainsi sur rarmée qu'on avait au milieu de soi et qu'on eût pu observer, à plus forte raison portait-on de faux jugements sur celle qui assiégeait la ville. Là tout était obscur, rien de précis sur le nombre, l'organisation» les dispositions prises pour Tattaqùe ou la défense, n'était connu. Aussi se figurait-on les troupes allemandes sous les murs de Paris comme soumises à de grandes souffrances et capables de se lasser de la résistance opposée.. Or rien n'était moins vrai.
Les Allemands avaient trouvé d'excellents (1) logements dans les villes,- villages, châteaux et maisons de campagne qui forment autour de Paris une ceinture continue. Ils s'étaient hâtés de rétablir les voies de communication et, entre autres, autant qu'ils avaient pu, les chemins de fer. Ils recevaient directement d'Allemagne leurs approvisionnements, leur armement de siège, leurs munitions; le service sur les lignes françaises était fait par des employés allemands avec matériel allemand (2) et jusqu'à Orléans, de Juvisy on voyait circuler des trains réguliers. Ils avaient pour le camionnage et le transport sur les routes, en outre des équipages de l'armée, les nombreuses charrettes réquisitionnées en France, et celles des convoyeurs venus du fond de l'Allemagne à la suite de .l'armée (3). Dans les bourgs et les villages du rayon même d'investissement que les habitants avaient abandonnés, des
(1) Guerre franco-allemande. Seconde partie,
(2) D' Louis Fleury. Occupation et bataille de (3J Idem. Ibid,, p. 162.
LE SIÈGE DE PARIS. m
boutiques ouvertes par des Aliemauds(l), meltateat à la disposition du soldat les objets nécessaires à son bieuétre. En arrière du rayon d'investissement, les troupes appliquaient à leur usage par réquisitions, par achat (2), par la voie de marchés tenus dans les villes et les bourgs (3), les denrées de toute sorte que le pays fournit en temps ordinaire à l'alimentation de Paris.
Ainsi établis les assiégeants avaient tout disposé pour repousser les sorties des Parisiens. Ils avaient rendu leur ligne d'investissement aussi solide que possible, par des travaux variés se complétant les uns les autres (4). lia avaient transformé les bourgs et les villages en véritables forteresses, ils avaient crénelé et soutenu par des levées de terre les murailles ayant vue sur la campagne, surtout' celles des parcs et jardins, qui donnent un grand développement de feux. Ils avaient relié par des tranchées-abris les villages et les maisons isolées et, lorsque l'espace découvert entre deux points était considérable, ils avaient, en retrait de la première ligne, creusé des tranchées latérales ou élevé des épaulements de batterie, pour prendre en flanc l'assaillant qui aurait pénétré dans l'intervalle. Dans les bois, ils avaient fait des abattis. Ils avaient a des redoutes, les hattories de position avec lUtonnaienl les forls et (jui, an cas d'une
sortie des assiégés, devaient, à de longues distances, décimer ses rangs et démonter son artillerie.
En face d'un adversaire ainsi préparé, l'armée sortie de Paris devait effectuer les opérations compliquées que nécessite l'attaque, combiner la marche des corps et des colonnes, manœuvrer, se déployer. C'était une armée improvisée, les hommes n'avaient qu'une instruction militaire fort incomplète, les officiers d'élite étaient rares, et, dans certains corps, faisaient absolument défaut. Les vices du mécanisme se révélaient donc, dans les opérations entreprises, par toutes sortes de manquements et d'acoups. Les troupes françaises attaquant à découvert étaient exposées au feu sûr et précis d'un adversaire abrité et invisible. Elles avaient au premier moment l'avantage du nombre, mais l'ennemi possédait sur elle toutes les autres supériorités; ses soldats aguerris, quelque fût d'abord leur petit nombre opposaient une résistance tellement acharnée qu'ils parvenaient à conserver leurs positions jusqu'à l'arrivée des renforts. Les réserves des Allemands une fois survenues, les Français n'avaient plus aucune chance de percer la ligne d'investissement. Ils finissaient donc par être invariablement repoussés, et les deux armées, étant ce qu'elles étaient, et se trouvant dans la situation respective qu'elles occupaient, il est impossible de concevoir aucune combinaison militaire qui eût pu amener un résultat différent.
Aussi, le mois de janvier arrivé, les généraux, auxquels la connaissance du métier ne permettait ^ d'illusions, ne conservaient-ils plus d'espéran
LE SIÈGE DE PARIS. iiil3
un conseil de guerre convoqué le 31 décembre, en présence du gouvernement, l'avis presque unanime des officiers fut qu'il était désormais impossible de percer la ligne d'investissement. Les habitants de Paris et l'armée se trouvaient donc dans des dispositions d'esprit diamétralement opposées, et portaient sur les affaires militaires les jugements les plus différents. La population, dans l'état d'illusion où elle se maintenait, faisait remonter de plus en plus la cause des insuccès aux hommes à la tête du gouvernement et de l'armée. Si on ne battait pas l'ennemi, si on ne forçait pas ses lignes, c'est que les chefs étaient des incapables ou même des traîtres. La pensée que les généraux ne voulaient pas vaincre par attachement à l'empire déchu, et pour ne pas aider au triomphe de la république, finit donc par s'emparer de beaucoup d'esprits (I), Le ûot grossissant des soupçons et du mécontentement se fixait en dernier ressort sur le G" Trochu, Ses partisans et ses défenseurs avaient graduellement diminué etavaient enfin complètement disparu, à la suite d'un incident qui prit aux yeux du public une très-grande importance, l'évacuation du plateau d'Avron.
Le plateau d'Avron constituait une position isolée oniP' .. .<>-i:-r-, il .■■(.■lit iliflicile
sinon llir. ■ i'i j1 -i'r:ii( SOU-
mis au IVc ■ "Hmit plus
224 LAl DEFENSE NATIONALE.
cher profondément. Mais il commandait le cours de la Marne, et, pour s'assurer le passage de la rivière lors de la sortie de Champigny, on l'avait occupé, puis on y était demeuré, en faisant certains travaux de défense. Lorsque les Prussiens démasquèrent leurs batteries contre les forts Est de Paris, ils dirigèrent d'abord leur feu sur Avron. Le plateau fut reconnu intenable et, dans la nuit du 28 au 29 décembre, il fut abandonné. Cette évacuation produisit dans Paris, comme l'affaire du Bourget, un violent accès de colère. A partir de ce moment, le déchaînement contre le général en chef devint universel. Tout le monde accusa le G*^ Trochu de manquer de confiance, de décision, de vigueur et entendit lui imposer une conduite plus énergique. Le général finit même par perdre l'appui de ses collègues du gouvernement, qui pour le remplacer se mirent en quête d'un chef supposé plus capable.
Ce qui rendait particulièrement puissante la demande d'agir, c'est que la population exigeait que les nouvelles sorties fussent faites en totalité ou en partie par la garde nationale prise dans son sein. Les Allemands renonçant à un siège en règle et se contentant de bombarder la ville dé loin, la surveillance du mur d'enceinte assignée à la garde nationale était restée sans danger. Le rôle exclusivement défensif et dénué de risques auquel on la restreignait, avait donc fini par mécontenter profondément la garde nationale. « Et quoi I disait-on, nous <( sommes dans Paris plus de 300,00^ "^^^
kWlWkrk^ fl ■
LE StËGE DE PARIS. iio
« l'enoeini nous tieut bloqués depuis cent jours, il «bombarde nos monuments, tue nos femmes et nos « enfants, et nous persistons à ne pas nous ruer sur .« lui! Laisserons-nous les vivres s'épuiser, serons- « nous contraints de rendre nos armes sans avoir « tenté au moins un suprême effort î » Il était impossible de ne pas faire droità ces réclamations d'un sentiment généreux qui s'élevaient de toute part et dont les maires de Paris, les membres du gouvernement se faisaient les interprètes. Le G" Clément Thomas, dans le conseil de guerre du 31 décembre, avait demandé qu'on opérdt une nouvelle sortie et qu'on y associât la garde nationale qu'il commandait. Le G" Trcfchu avait résumé" la discussion eu disant qu'il fallait persévérer dans la lutte aussi longtemps qu'elle serait possible, qu'un succès imprévu couronnerait peut-être une suprême tentative, qu'en cooséqueucc on livrerait une dernière bataille à laquelle, selon le désir de la population, la garde nationale participerait (1).
On avait fait d'énormes efforts depuis le 4 septembre pour l'armement et l'instruction de la garde nationale. On avait élevé la solde à 1 fr. 50 par jour, pour fournir aux hommes des moyens d'existence. Les gardes nationaux s'étaient exercés sans relâche, r^me la nuit à la lueur du gaz. Les résultats obtenue iiiisii.ir'r;ibley, toulofois ils n'étaient que ,^(.uro des choses ne [lurmettait pas qu'il I S'il u''i "u rûsistur derrière les
murs, dans des tranchées ou sur des barricades, on eût pu compter sur le courage de la garde nationale et sa discipline et son instruction eussent été suffisantes. Mais il s'agissait de l'offensive, et il était impossible aux hommes de guerre de croire qu'une troupe comme la garde nationale, improvisée en trois mois avec des citadins sans instruction militaire, pût être employée avec succès dans des tentatives où la ligne et la mobile avaient échoué. Aussi la participation de la garde, nationale aux opérations actives, contre laquelle les généraux n'avaient cessé de s'élever, continùait-eUe à soulever chez la plupart d'entre eux de vives répugnances.
La divergence qui existait dans les jugements que les chefs de l'armée et la population portaient sur les affaires militaires, était surtout très-grande à l'égard de la garde nationale. Dès que la garde nationale avait eu un commencement d'instruction, on avait exalté ses mérites sans aucune réserve. On trouvait dans l'éloge des motifs d'encouragement et puisqu'il fallait se battre, le doute sur sa valeur, l'hésitation à croire en soi eussent paru lâches et criminels. D'ailleurs, comme c'était soi-même que l'on vantait, les louanges avaient été vite, prises au pied de la lettre. L'emploi de la garde nationale pour les opérations actives avait été l'une des demandes persistantes faite dès le début du siège par les partisans de la Commune. Le refus d'accéder à cette demande alors qu'aucune organisation n'existait encore, puis les délais apportés à y faire droit lorsque les préparatifs furent commencés» ''*
LE SIEGE DE PARIS. %i1
parmi les priucipaux griefs élevés par les tnéconteats . Daus les clubs, dans les journaux, parmi les stratégistes improvisés, on proposait de faire un colossal déploieiueut de tous les hommes ai'més dans Paris pour se jeter sur un point choisi des lignes ennemies. On réclamait ce qu'on appelait une sortie « torrentielle n. Telle était la surexcitation des esprits, que ce projet avait beaucoup d'adhérents convaincus, tandis que chez les autres la crainte de paraître lâches retenait les ciitiques, aussi n'eût- il dépendu que du G" Trochu de faire réellement sortir de Paris tous les hommes armés. Conduire au combat une multitude confuse de citadins de tout âge eût été courir au-devant de quelque grande catastrophe; aussi, se refusant à essayer rien de semblable (I), le G" Trochu se bornait-il à préparer pour l'offensive les seuls éléments de la garde nationale jugés aptes au service actif.
Dès le mois d'octobre, on avait, sous la pression de l'opinion publique, extrait des bataillons les hommes les plus jeunes pour en composer des compagnies de marche. On avait d'abord eu recours aux enrôlements volontaires. Mais on n'avait obtenu qu'un nombre d'hommes insuffisant et, le 8 novembre, le gouveme- H^nt renduit un décret par lequel chaque bataillon leurutées q ans. Ces
garde du mur d'enceinte, elles furent employées aux avant-postes, à partir de la fin de novembre. Maintenant qu'on s'était décidé à agrandir encore le rôle de la garde nationale et à l'étendre jusqu'à l'offensive, il fallut grouper les compagnies de plusieurs bataillons en régiments. On forma ainsi cinquante-neuf régiments de garde nationale mobilisée. On créa pour les commander des lieutenants-colonels choisis parmi les chefs de bataillons jugés les meilleurs. Puis, comme les généraux n'avaient pas assez de confiance dans l'instruction et la solidité de la garde nationale pour l'employer seule, on répartit les régiments dans les brigades de l'armée active, afin de leur donner comme soutien des régiments de ligne. Toutes ces créations à réaliser, sans sujets pour former les cadres et les états-majors, prenaient beaucoup de temps et les préparatifs ne purent être terminés avant le milieu de janvier.
La nouvelle sortie a été fixée au 19 janvier. Le 18, dès sept heures du matin, la garde nationale mobilisée se mit en mouvement dans Paris; le défilé sur les boulevards et les Champs-Elysées, dura toute la journée au milieu d'une foule énorme. Les régiments marchaient mjisique en tête, chantant des chants patriotiques, beaucoup d'entre eux escortés de la partie sédentaire des bataillons. Les maires leur avaient fait des harangues enflammées. Le g vornement avait publié la proclamation suivante :
« Citoyens, « L'ennemi tue nos femmes et nos enfa
(I bombarde jour et nuit; il couvre d'obus nos hôpitaux. « Un cri : Aux armes I est sorti de toutes les poitrines. * Ceux d'entre noua qui peuvent donner leur vie « sur le champ de bataille marcheront à l'ennemi; , « ceux qui restent, jaloux de se montrer dignes de H l'héroïsme de leurs frères, accepteront au besoin les <■ plus durs sacriSces, comme un autre moyen de se a dévouer pour la patrie. Souffrir et mourir, s'il le « faut, mais vaincre. Vivo la République I «
Au sein de la foule, dans les familles dont les fils partaient, personne ne témoignait d'hésitation ou de faiblesse; tout le monde voulait la victoire et était prêt à la payer par tous les sacrifices.
Le G" Trochu avait proposé, dans un conseil de guerre, de prendre le plateau de Châtillon comme objectif de la nouvelle sortie. Les lignes prussiennes for'
- cées de ce côté, il aborderait Versailles par le sud. Les généraux furent d'avis de chercher à percer sur Versailles, mais l'enlèvement du plateau de GhÂtilloa leur parut impossible et ils demaûdèrent que la forteresse du mont Valérlen servit de point de départ & l'opération (1). Le G" Trochu se rendit à cette opinion. L'armée destinée à agir fut composée de 19 régiments d'infanterie de ligue, 32 bataillons de mobile et 19 i-é-
'gUnents de garde nationale parisienne mobilisée,
lOÂ (:.'). Li^s troupes ^^H
■naiil un lui ■•> y.. lin M ri'iiarlir luid Mjlnunes, l'une opérant à
raille, située hors des atteintes du mont Valérien, que les Prussiens avaient choisie comme défense; ils l'avaient crénelée et soutenue par une banquette en terre (1). L'infanterie du centre français placée à découvert, se trouva absolument arrêtée devant cet obstacle d'où partait un feu plongeant (2).
On voulut faire soutenir Tinfanterie par du canon , Les pièces étaient restées en arrière, retardées par l'encombrement, lorsqu'elles furent enfin à distance
sur les chemins, il fut impossible de les mettre en
position à travers champs. Le dégel était survenu,
une pluie fine et pénétrante ne cessait de tomber, le
sol détrempé à une grande profondeur était transformé en un véritable bourbier (3). Pour contre-battre avec avantage les grosses pièces de l'ennemi placées derrière des retranchements, on avait précisément laissé les légères pièces de 4 d'un calibre trop faible, et on n'avait emmené que des pièces de 12 et de ces pièces de 7 (4) se chargeant par la culasse, fondues à Paris pendant le siège, en partie à l'aide de souscriptions publiques et dont les Parisiens attendaient les plus grands résultats. Ou doubla les attelages, mais les chevaux afiaiblis par les privations et par la disette de nourriture, ne purent venir à bout de traîner les lourdes pièces embourbées (5) .
(1) Jézierski. Combats et batailles du siège, p. 427. (3) Charles Habeneck. Lfs régiments martyrs, p. 176.
(3) Jules Moret. La garde nationale aux avant-postes^ p. loi, Paul Malialin. Montretout, p. 21.
(4) G** Vinoy. Opérations du 13* corps, etc,^ p. 406.
(5) iDEy. Ibid.
La garde nationale, depuis qu'on l'employait pour l'offensive, avait éprouvé de ces défaillances et de ces paniques partielles inévitables au sein des troupes improvisées (1), elle en éprouva de nouvelles le 19 janvier (2) ; néanmoins les gardes nationaux firent en majorité bonne contenance, et plusieurs bataillons, dont- le commandement était échu à des hommes énergiques, montrèrent une réelle fermeté. Les régiments parisiens de la colonne du centre restèrent de longues heures dans le parc de Buzanval sous le feu des retranchements prussiens sans lâcher prise (3). Là fut tué entre autres le peintre Henri Regnault. Vers une heure de l'après-midi, la colonne du G*^ Ducrot s'engagea à son tour, mais prise d'écharpe par des batteries placées à Croissy, de l'autre côté de la Seine, qu'on ne put éteindre, de face, elle se heurta au mur crénelé de Longboyau qui lui opposa un qbstacle infranchissable.
Les Prussiens, surpris par l'attaque, n'avaient d*abord eu s^ir le terrain que de l'infanterie ; à partir de dix heures (4), leur artillerie arriva et ils garnirent successivement les embrasures de leurs nombreuses redoutes. Le tir des pièces prussiennes, soigneusement repérées était d'une justesse parfaite. Tous les efforts des Français du côté de Saint-Cloud,
(1) G'ï Vinoy. Opérations du 13» corps, p. 321.
(2) Louis Jézierski. Combats et batailles du siége^ p. 442. G** Vinoy. Opérations du 13* corps, elc, p. 411. G«i Ducrot. Enquête parlent, j tome ill, p. 105.
(3) Charles Habeneck. Les régiments martyrs ^i^» 177.
(4) Ballue. Les zotuives à Paris pendant le siégea p. 124.
pour mettre leur artillerie en batterie et particulièrement pour armer la redoute de Montretout échouèrent, aussitôt que les pièces paraissaient, elles étaient démontées et les attelages tués (1). Le soir venu, les Français conservaient les crêtes au-dessus de Saint-Cloud, et ils avaient repoussé diverses tentatives faites pour les reprendre ; mais l'ennemi restait déployé à* une faible distance sans qu'ils se sentissent assez forts pour revenir contre lui à Toffensive. Même les troupes manifestaient des signes de fatigue et d'épuisement qui donnaient à craindre qu'une nouvelle attaque ne vînt définitivement les faire fléchir (2). Le G** Trochu avait suivi l'ensemble de l'action du mont Valérien; sa droite et son centre s'étant trouvés impuissants à entamer la ligne adverse, et sa gauche, qui seule avait conquis du terrain, se sentant définitivement arrêtée, il dut ordonner une retraite générale. Les Français avaient3,000hommeshorsdecombat,les Prussiens 700. Les Français perdaient en outre un bataillon des mobiles de la Seine-Inférieure, placé à la villa Pozzo di Borgo sur le point le plus avancé de Saint-Cloud, avec ordre de se retrancher et qui fut oublié au moment de la retraite. L'ennemi victorieux réoccupa Saint-Cloud et y mit le feu. La petite ville brûla tout entière.
Pendant qu'on combattait à Buzanval, Paris était dans une attente fébrile. La foule s'était portée sur les Champs-Elysées et les boulevards, dans la direction
(1) G*' Vinoy. Opérations du 13» corps, p. 409. Paul Mahalin. Montretout, p. 51.
(2) G" Vinoy. Opérations du 13* corps, etc. p. 415.
du combat pour recueillir plus vite des nouvelles. On avait appris le matin l'occupation de Moutretout. Le bruit courait que l'armée avançait de toutes parts, qu'elle approchait de Versailles, les plus ardents l'y voyaient déjà. La garde nationale faisait preuve, ' d'après les récils qui circulaient, d'un courage incomparable et tout lo monde, grâce à elle, espérait enfin arracher une victoire. On était encore plein de confiance lorsqn'arrivèreiit les télégrammes du G*' Trochu annonçant l'abandon du champ de bataille et la retraite derrière le mont Valérien. La population de Paris se trouvait donc une fois de plus brusquement enlevée à ses illusions et ramenée à la contemplation de la plus affreuse réalité.' £t dans cette circonstance, ou ne pou* vait plus conserver d'espérance; tout le monde sentait que la fin du siège approchait; après les troupe» de ligne et les mobiles, la garde nationale venait d'écbouer à son tour, et après elle il n'y avait plus
La colère et le désespoir de la population commencèrent à se manifester dès le soir du 19 et grandirent lo lendemain. Le G'' Trochu s'était jusqu'alors défendu de l'absolu découragement qui régnait dans l'armée, il avait persisté presque -oui <'>'-< -l'uériiux à^ vouloir faire droit à la demande iJos Parisiens il'jj treprendrede nouvelles sorties (1) ; mais, au spâoC de l'impuissance définitive qui se révéliri
(I) G** Trocbu. Une page dhitlùire etmleinpor^ reiniy. Enquête parlem., tome I[, " "
parlent., lame 111, p. 101.
il fut pris d'un trouble et d'une angoisse profonds. Un de ses télégrammes publié le 20 dans Paris y porta la consternation, en faisant croire à des pertes d'hommes, hors de proportion avec la réalité : « Il faut, disail- . <c il, parlementer d'urgence à Sèvres pour un armis- « tice de deux jours, qui permette l'enlèvement des « blessés et l'enterrement des morts. Il faudra 'pour <( cela du temps, des efforts, des voitures très-solide- « ment attelées et beaucoup de brancardiers. » Cette fois- ci l'exaspération contre les membres du gouvernement et avant tout contre le G** Trochu, se manifesta violente et irrésistible. Des attroupements se formaient réclamant la déchéance du gouvernement. Des bandes passaient devant l'hgtel du gouverneur, dans la rué de Rivoli, criant : A bas Trochu! La Commune s'agitait de nouveau et l'insurrection se préparait ouvertement dans les clubs.
Les membres du gouvernement avaient plus ou moins partagé les espérances de la population et à la douleur de la défaite qui leur était commune avec elle, vint s'ajouter l'anxiété que leur causaient les manifestations de la colère publique. Pour comble d'amertume, ils recevaient ce soir même l'avis d'une défaite subie au Mans par le G'* Chanzy et perdaient ainsi tout espoir d'être secourus par l'armée de la Loire (1). Les membres du gouvernement prirent le parti d'enlever le commandement au G»* Trochu; c'était le seul moyen qu'ils eussent d'apaiser la popula-
(1) Jules Favre. Gouvernement delà Déf, na(,y tome H, p. 334.
LE SIÈGE UU PARIS. ï;n
tioE et de l'empêcher de ae soulever, Los maires do Paris consultés se prononçaient 6nergiqiioment jiour cette mesure. On exposa les difficultés de la. situation au général et l'état de l'opinion publique k son égard, et on le contraignit à, donner Hîid/imixHion. Oli lo vnmplaça à la tôte de l'armée par le G" Viiioy, en lui conservant cependant la présidencedugouvernement.
Le G" Trochu succombait bou8 le poidi âcn haine» et du mécontentement. Les accusations qui le pour* suivaient variaient selon les partis et Iv» opiniofli», elles étaient impossibles à concilier et «ouveiit mâm« absoloment contradictoires, il n'y avait acmrd (jue pour le déclarer insutâsant comme ch(;f militairfï. Après Sedan on doutait que la ville de t'arlspi'il *oi(teair nn siège, et certes jiersonne dans le moiuie n'efll cra à une défense de pins àf, quatre moi» cmirne celle que le G^ Trhjchu araîl (ait«. Il xetiitAnit tirmt qu'ayant léa^si à prcil^tager la nt^btartw aii AtAk ée
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préjugés du chauvinisme encore subsistants, il était impossibleà cette époque que les Français fussent définitivement vaincus sans accuser leurs chefs d'incapacité et de trahison.
Le G"^ Trochu était loin de partager, au début de la guerre, l'opinion si favorable qu'on se formait de l'armée française. Il n'avait point compté sur la victoire avec la vieille armée intacte et il pouvait encore moins y compter après des désastres qui ne laissaient que des conscrits. Il s'était dévoué à l'idée de prolonger la résistance de la France en faisant durer le siège de Paris, pour sauver au moins l'honneur national. Tous ses actes avaient donc été subordonnés. à cette pensée. Il avait d'abord, sans être bonapartiste, offert sa popularité à l'Empereur pour le ramener à Paris avec l'armée, tentative -tellement ardue qu'elle avait fait reculer l'Impératrice et son conseil ; puis au 4 septembre, il s'était joint, sans être républicain, aux hommes qui pouvaient contenir la révolution et poursuivre la défense. Esprit élevé, caractère noble et désintéressé, il avait su maintenir son autorité sans employer la force, en faisant appel aux seuls sentiments généreux de la population, et il avait réussi jusqu'au dernier jour à rallier ses collègues du gouvernement par son éloquence. Maintenant il acceptait sa chute sans amertume et sans plainte, comme la conséquence naturelle du rôle auquel il s'était sacrifié.
A la suite du soulèvement d'opinions qui s'était produit contre les hommes du parti extrême au 31 octobre, et aussi longtemps que la population s'était pro-
LE SIÈGE DP. PARIS. 23il
mise de grands résultats des sorties quel'on préparait, ta Commune avait disparu de la scène, ses journaux avaient perdu tout crédit et l'un des principaux La Patrie en danger de Blanqui avait même cessé sa publication faute de lecteurs. Les chefs du parti s'étaient réfugiés dans des conciliabules secrets et dans quelques clubs de Belleville et des quartiers excentriques, où ils continuaient leurs attaques contre le gouveroement sans attirer l'attention. Mais à mesure qu'avec les insuccès militaires la population perdait conâauce dans le gouvernement de la Défense nationale, les . adhérents reveoaientaux hommes qui, par la continuité de leurs critiques et l'assurance avec laquelle Us présentaient des plans de guei're, et, dans le cas de leur adoption, promettaient la victoire, paraissaient offrir une dernière chance de vaincre. Les défaites, en même temps qu'elles faisaient baisser les hommes du 4 sep' tembredans l'opinion, relevaient donc du même coup ceux de la Commune : aussi chaque incident qui affectait la population était-il pour ces derniers l'occasion de quelque tentative nouvelle (1). Le 6 janvier, au commeucemcut du bombardement, le parti de la Commune faisait paraître un manifeste, dans lequel il cherchait à exploiter contre le gouvernement les griefs et les ,soupi:ûLii qu^^yilesPii
plus 00 moinsi j
des vingt arroi^^^^^^^^^aciï, él&it placardé sous forme de |
« Au peuple de Paris I
« Le gouvernement qui le 4 septembre s'est chargé « de la défense nationale .a-t-il rempli sa mission ? « Non.
«Noussommes500,000combattants et 200,000 Prus- « siens nous étreignentl  gui la responsabilité, si- « non à ceux qui nous gouvernent? Ils n'ont pensé « qu'à négocier, au lieu de fondre des canons et de fa- « briquer des armes. •
« Par leur lenteur, leur indécision, leur inertie, ils « nous ont conduits jusqu'au bord de Vabîme-,. ils n'ont « su ni administrer ni combattre alors qu'ils avaient « sous la main toutes les ressources, les denrées, les « hommes. Ils n'ont su rien prévoir; là où pouvait « exister l'abondance, ils ont fait la misère ; on meurt « de froid, déjà presque de faim ; les femmes souf* « frent; les enfants languissent et succombent»
« La direction militaire est plus déplorable encore : ((Sorties sans but; luttes meurtrières sans résultat; « insuccès répétés qui pouvaient décourager les plus « braves. Paris bombardé.
(( Le gouvernement a donné sa mesure, il nous tue. « Le salut de Paris exige une décision rapide. Si les « hommes de l'Hôtel de ville ont encore quelque pa- (( triotisme, leur devoir est de se retirer, de laisser le (c peuple de Paris prendre lui-même le soin de sa dé- (( livrance. La municipalité ou la Commune, de quel* « quenom qu'on l'appelle, est l'unique salut du peuple, <c son seul recours contre la mort. i
Sil
n Le graad peuple de 89 qui détruit les Bastilles et n leuverse les trônes, attendra-tril, dans ua désespoir « inerte, que le froid et la famine aient glacé dans son « cœur, dont l'ennemi confpte les battements, sa dernière goutte de sang ! Non.
H La population de Paris ne voudra pas accepter « cette honte. Elle sait qu'il est temps encore, que 'i des mesures décisives permettront aux travailleurs « de vivre, à tous de combattre:
i( Réquisitionnement général;
« Rationnement gratuit;
« Attaque en masse.
« La politique, la stratégie, l'administration du 43ep' (I tembre continuées de l'empire sont jugées. Place au « peuple! Place à la Commune I »
Un autre groupe prenant le titre d'Alliance républicaine, faisait paraître une proclamatiou dans le mâme sens. Des rassemblements formés sur la place de la Bastille essayaient d'entraîner la foule au cri de Vive la Communel Le G" Trochu répondit aux accusations des partisans de la Commune en protestant de sa ferme détermination de poursuivre la défense, il déclara qu'il ne capitulerait pas, et le gouvernement, après avoir fait lact-rt,:- li^s africlics si'dilieiisoe, iiTcsUiliou des principaux signataires.
L Delescluze demandait h ses collègues ^onoucer c^lre le gouvernement; I et continuaient lus municipales ; us avec osten-
tation leur démission. M. Jules Ferry, qui avait déjà remplacé la municipalité du XIX® arrondissement formée de Ranvier, Millière et Flourens par une commission municipale, remplaça de même Delescluze et ses adjoints.
Lorsque Paris s'abandonna une fois de plus à la colère après la défaite de Buzanval, les partisans de la Commune crurent trouver une occasion meilleure que jamais de s'emparer du pouvoir. Le cri de « Vive la Commune! » sort de nouveau des attroupements; les proclamations de TAUiance républicaine reparaissent ; les clubs décident une attaque en règle de l'Hôtel de ville. Ces appels furent encore impuissants à entraîner le peuple. Les hommes prêts à s'insurger se trouvèrent en petit nombre ; ils ne renoncèrent pas dour cela à agir.
Flourens recherché pour sa participation à Tinsurrection du 31 octobre, s'était longtemps dérobé ; le 7 décembre, il avait enfin été arrêté et incarcéré à Mazas. Le 21 janvier à onze heures et demie du soir, cent trente de ses partisans en armes (1) surprirent la prison et s'en emparèrent. Flourens délivré se rendit à la mairie de Belleville. Il chercha à convoquer ses anciens chefs de bataillon et ses tirailleurs ; mais, ne trouvant pas de concours suffisant, il renonça à la résistance et se réfugia dans une maison amie, où il se tint caché. Pendant que Flourens échouait dans sa tentative de soulever Belleville, l'Hôtel de ville était attaqué. Le 22 janvier au matin la place de Grève
(1) Flourens. Paris livré, p. 230.
commença à se remplir de ces gardes nationaux qui avaient pris rendez-vous la veille dans les clubs. I.e commandant militaire de l'Hôtel de ville, à l'aspect hostile des rassemblements, avait fait rentrer les mo* biles chargés de la défense du palais et les tenait prêts. Deux députations conduites par M. Tony Révillon avaient été successivement reçues par Gustave Chaudey en l'absence de M. Jules Ferry, lorsr que vers deux heures, le 101® bataillon débouche de la rue de Rivoli et fait irruption sur la place au pas de course (1). Les hommes arrivés devant l'Hôtel de ville mettent le genou en terre, d'autres se sont embusqués aux fenêtres des maisons qui ont vue sur la place ; tous ensemble, font feu contre les mobiles placés aux fenêtres du palais. Ceux-ci répondent par des décharges, qui mettent en fuite les assaillants. Au nombre des morts se trouvait l'ex-commandant de la garde nationale Sapia, qui avait dirigé l'attaque.
Le gouvernement prit des mesures pour empêcher le retour de semblables tentatives. Il fwmales clubs ; il supprima le Combat et le Réveil^ et en fit rechercher les rédacteurs en chef, Félix Pyat qui réussit à se cacher, Delescluze qui fut arrêté; il créa deux nouveaux conseils de guerre pour le jugement des coupables. Le gouvernement devait, en effet, prendre une suprême m qui pouvait amener de nouvelles convul- (f'o nouveaux soulèvements ; il lui fallait négonnemi .et cesser la défense. La famine
^, tome II, p. 233.
2i4 LA DÉFENSE NATIONALE.
La provision de blé était presque entièremeiit épuisée. Ou faisait maintenaat le pain avec da l'avoine et du riz, mélangés à une faible proporlioa de farine de blé. On n'obtenait de la sorte qu'un pain noir, indigeste et visqueux, chargé de barbes d'avoine, ne pouvant se cuire convenablement. On avait mangé quarante mille chevaux ; on mangeait les chiens, les chats, les rats. Après avoir successivement interdit la fabrication du pain de luxe et du biscuit, on avait à la fin rationné le pain (1). On avait àù abaisser la ration de pain à 300 grammes, et celle de viande de cheval k 30 grammes, ce qui ne fournissait plus qu'une nouriiture insuffisante. Pour avoir la ration, on faisait quene, pendant de longues heures, à la porte des boucheries et des boulangeries dans le brouillard et au froid ; c'était là' une grande source de maladies. Tant de privations et de souffrances avaient énormément accm la mortalité. Les décès s'élevaient k 4,500 par semaine; la mort frappait particulièrement les vieillards et les enfants, les nouveau-nés succombaient presque tous. Au bombardement des quartiers sud de Paris qui continuait toujours, était venu s'iLiiii[i..T. d'une niaiiiiM" partîculièremcut violente, es^l Denis.
I^ commission des snbsistaun après une supputation aussi esa<a ressources qui restiiienl, ue trouvait^
(l)Clinia- ■- àniôl,
douze jours (1) au plus. Le pays autour de Paris était épuisé et ravagé, et on allait être obligé de se ravitailler au loin; les chemins de fer étaient rompus près de Paris, puis ^encore sur les divers points du territoire où les armées étaient en présence. On devait penser qu'avant le rétablissement dos chemins de fer, et l'arrivée des premiers convois de vivres, il s'écoulerait au moins une semaine. On avait donc atteint l'extrême limite de la résistance à opposer, sans courir le risque de faire absolument mourir de faim la population de Paris.
Le gouvernement s'était demandé s'il n'y aurait pas lieu, avant de traiter, de tenter un nouvel effort militaire. Mais tous les généraux supérieurs, Trochu, Vinoy, Ducrot, Clément Thomas, qui déjà avaient effectué la sortie de Buzanval presque sans espoir, comme suprême tentative réclamée par l'honneur, se prononçaient maintenant contre toute nouvelle entreprise qui, d'après l'impuissance constatée, eût amené uneeffusionde sang absolument inutile. La population se montrait pleine de défiance à l'égard des vieux généraux, elle demandait sans cesse que l'on cherchât, parmi les chefs jeunes et les officiers inconnus, des hommes d'ardeur et d'intelligence pour répéter les i\\[jli.ii[- ■■ JMiin'-: ,l:'''im'I';iiix de la première répuhlii]in'. "■'■i-i 1,1 ili.iitc fi .ippelerun certain nombre
' ^■■[i'' 1,^■l■ll: ri (le colonels à un conseil
luli.'^ Simon, en présence d'une . Ntiti - Dréa], p. US. Magnîn, Enquête
partie des maires de Paris. Les officiers convoqués furent unanimes à recoanaitre qu'aucune tentative ne saurait plus aboutir, et, tout en protestant qu'ils étaient personnellement prêts à faire le sacrifice'de leur vie, aucun d'eux ne se déclai-a capable de procurer le succès (1). Après ce dernier conseil, les mombres du gouvernement et les maires de Paris furent obligésd'admettre qu'il n'y avait plus aucune opération militaire à entreprendre.
Il fallait donc traiter avec l'eunemi. Mais de quelle nature seraientles négociations entamées, militaires? entreprises par les chefs do l'armée, ou municipales? ne coiiceruaut que la ville de Paris et dirigées par lesmaires, oubien politiques? embrassant le pays tout entier, et alors poursuivies par le gouvernement. On ne savait comment les ouvertures que l'on ferait seraient accueillies à Versailles, et on craignait que les conditions imposées à Paris ne fussent des plus dures. D'un autre côté, loin que la population fût abattue par les souffrances qu'elle subissait et résignée, elle se raidissait au contraire contre le sort, et, autant que la force d'âme peut le faire, elle lui restait supérieure. Le peuple persistait à croire de nouvelles tentatives militaires possibles, et cherchait des « veurs. Malgré Iqus les signes de la fd on voulait se persuader qiL 'il y avait dilra et comme le gouvernement, pour atàM^ horrible situation à l'ennemi, ne disait 1
(1) Julei Simon. Souueniis -lu i i-plemli
il cet égard, on prenait son silence pour une sorto d'acquiescement. Personne ne voulait donc entendre parler de capituler, personne surtout ne voulait se charger de négocier. Les maires, en apprenant l'extrémité où l'on était réduit par la famine, avaient versé des larmes ; lorsqu'on leur avait proposé de se faire les intermédiaires entre la ville et l'ennemi, ils avaient absolument refusé. Tout paraissait préférable à l'horreur d'aller trouver le vainqueur. Les propositions les plus désespérées avaient des prôneurs : ouviir les portes, s'abandonner à merci, laisser les Allemands devant Paris sans rien arrêter avec eux. On ,sentait surtout que, dans l'éiat d'exaspération de la population, celui qui se chargerait de négocier et de signer la convention deviendrait le bouc émissaire de la colère publique, et encourrait une énorme impopularité. Mais la famine était là implacable, et il fallaitque quelqu'un se dévouât.
M. Jules Favre, le 24 janvier au matin, envoyait un billet (I) à M. de Bismarck, pour lui demander une entrevue ;il recevait une réponse favorable et partait le soir même pour Versailles.
U) Jules Fnvre. Gouoeratmenl de ùi Dff. nal,, tome II, p. 378.