CHAPITRE VII
Les dernières déflaites.
Les succès des Prussiens sur la Loire et dans le Nord, qui leur avaient permis d'occuper Orléans, Amiens, Rouen, n'avaient cependant point eu le résultat de briser la résistance de la province. Quelque pertes que les armées françaises eussent subies, elles devaient se retrouver promptement eu état de tenir la campagne.
Le G'* Faidherbe, commandant la division militaire de Constantine, avait été choisi pour remplacer le 6'* Bourbaki à la tête de l'armée du Nord. Les Prussiens, parvenus jusqu'à Dieppe et à la mer, séparaient les départements de la Somme, du Pas-de-Calais et du Nord, où il allait commander, du reste de la France et rappelaient ainsi à opérer sur un terrain clos, entièrement abandonné à lui-même. On s'était hâté à Lille, après la bataille de Villers-Bretonnaux, de renforcer le 22" corps qui formait le premier noyau de l'armée du Nord ; ce corps sous les ordres du G'^ Lecomte fut. porté de trois brigades à trois divisions. On procO . en même temps à la formation d'un nouveau cr le 23«, sous les ordres du G** Paulze d'Ivoj
G*' Faidherbe aussitôt arrivé d'Algérie, prit Toffensive avec le 22® corps et ces fractions du 23" qu'on avait pu organiser. Il se dirigea d'abord sur Ham et La Fère, il enleva le château de Ham et y fit 200 prisonniers, mais il ne put reprendre La Fère où l'ennemi tenait garnison. Les Allemands, pour arrêter l'armée du Nord, rappelèrent sur Amiens une partie des forces qui avaient pénétré en Normandie . Le G'* Faidherbe attendit l'ennemi en face d'Amiens, à Pont- Noyelle, au confluent de la Somme et de l'Hallue ; son armée placée sur des hauteurs était protégée par les deux rivières coulant devant elle; il fut attaqué le 23 décembre. On combattit toute la journée, sans obtenir de part et d'autre de résultat décisif. Le lendemain les armées restèrent immobiles ; mais les Allemands appuyés sur la citadelle d'Amiens pouvaient recevoir rapidement des renforts soit de la Normandie soit de l'armée d'investissement de Paris. Le G»* Faidherbe se touvait ainsi trop exposé sur la Somme ; il revenait en arrière et se plaçait sur la Scarpe entre les villes fortes d'Arras et de Douai. Les Allemands renonçaient à le suivre jusque-là.
' Le G** Faidherbe, informé que lesPrus^ens venaient d'investir Péronne, reprit l'offensive pour secourir cette ville. Il rencontra en avant de Bapaume les forces ennemies qui couvraient le siège de Péronne. Le ^ janvier des engagements de détail eurent lieu à ' ' 'ûet-le-Grand et à Béhagnies et le 3 janvier la baengagea à fond. Les Français enlevèrent à l'envill^ii *il occupait devant Bapaume et
couchèrent sur le champ de bataille; toutefois leur succès demeura sans résultat, car ils n'occupèrent pas Bapaume et surtout ils n,e réussirent point à faire lever le siège de Péronne. Le G*^ Faidherbe non-seulement ^s'arrêta, mais il se reporta une fois de plus en arrière et prit ses cantonnements autour de Boileux en avant d*Arras. Il eût été, en effet, par trop téméraire, s'il se fût laissé entraîner au loin avec une armée improvisée et d'un faible effectif. Les places fortes du Nord étaient son seul appui et sa seule protection en cas de défaite, et il ne pouvait s'en éloigner au point de courir le risque d'en être coupé. Puis l'ennemi, si on l'eût longtemps serré de près, pouvait subitement se renforcer, on puisant à volonté dans l'armée d'investissement de Paris, et alors l'armée du Nord eût été à coup sûr écrasée.
Le G'* Faidherbe passant une troisième fois à l'offensive (1) reprit le chemin de Bapaume pour reconnaître la situation de Péronne. Le il , arrivé à Bapaume, il* apprenait la capitulation de Péronne. Il avait compté que cette place, qui était relativement forte, ferait une défense prolongée. Mais les Prussiens avaient, selon leur habitude, dirigé le feu de leurs batteries, par dessus les remparts, sur les maisons de la ville. Les ravages causés par le bombardement furent très -considérables, les habitants avaient été un instant soutenus par le canon de la bataille de Bapaume qu'ils avaient entendu ; lorsque l'armée du Nord se fut
(I) G** Faidherbe. Campagne de l'armée du Nord, p. 49.
LES DERMËRES DÉFAITES. 251
reportée ea arrière, ils perdirent tout espoir, et la ville, menacée d'une reprise du bombardement, avec des pièces de siège de gros calibre, avait capitulé.
Gepeûdaut le moment était venu pour l'armée du Nord de tenter un grand effort {I). Un télégramme de M. de Freyciuet recommandait au G" Faidherbe d'attirer à lui le plus d'ennemis possible, pour diminuer d'autant les forces qui seraient opposées à une grande sortie que projetait l'armée de Paris. L'armée du Nord était à Albert ; dans cette position la Somme et les villes d'Amiens et de Péronne occupées par l'ennemi, lui présentaient au sud une barrière infranchissable. Le G" Faidherbe cherche une autre ligne d'opération, il se porte latéralement sur Saint-Quentin d'où il pourra menacer l'ennemi dans la direction de Paris vers La Fère et Noyon. L'armée du Nord se mit en mouvement par un froid terrible, le verglas qui couvrait les routes, rendait la marche excessivement pénible ; l'armée avait été grossie de tous les éléments qu'on avait pu réunir en leur donnant une organisation quelconque, elle avait atteint un effectif de pi-ès de 40,000 hommes. C'est ainsi qu'une division était en partie composée de gardes nationaux mobilisés incorporés dans les régiments de ligne.
Les troupes ennemies que l'armée du Nord combattait, appartenaient aux I" et VI I'-' ror^^-i placés en dernier lieu sous les ordres du (.i" 'le ild'iteo -tonnerai prussien maître du cours de la boimaf'"
(I) G'' Faidlierbe. Campagne lU
252 LA DÉFENSE NATIOiNALE.
ber ses mouvements et concentrer ses forces en toute sécurité. Lçrsqu*!! a vu le G** Faidherbe marcher d'Albert sur Saint-Quentin (1), il s'est rapidement trouvé prêt à se jeter sur lui, et le 18 janvier il attaquait son arrière-garde à Vermand entre Péronne et Saint-Quentin. Le (i** Faidherbe serré de trop près prenait position à Saint-Quentin pour faire tête à Tennemi. Il rangea son armée sur les hauteurs en avant de Saint-Quentin des deux côtés de la Somme et du canal, le 22* corps sur la rive gauche, le 23® sur la droite. Les Prussiens étaient supérieurs en cavalerie et en artillerie, ils avaient en infanterie un nombre d'hommes moindre que celui des Français, mais la qualité de leurs troupes compensait bien au delà cette infériorité. On se battit toute la journée du 19; les Français montrèrent une grande ténacité et ne furent délogés de leurs positions et refoulés dans Saint- Quentin qu'à la nuit. Les Allemands, au moment de la bataille, avaient reçu des renforts de l'armée dlnvestissement de Paris ; les hommes transportés par chemin de fer jusqu'à La Fère (2) n'avaient eu qu'une étape à parcourir pour atteindre Saint-Quentin. L'armée du Nord laissait aux mains de l'ennemi quelques canons, un certain nombre de combattants faits prisonniers dans la ville, tous ces traînards, écloppés et fuyards, au nombre d'environ 8,000, que les souffrances d'une pénible campagne d'hiver et la démoralisation de la défaite faisaient sortir des rangs. Mais le G** Faid-
(1) G** Faidherbe. Réponse à la relation du G'^tie Gœben, p. 20
(2) Jacqmin. Les chemins de fer pendant la guerre^ p. 174.
LES DËHNIËRËS DÉFAITES. 253
herbe avait réussi à conserver sa ligne de retraite sur Cambrai et il parvenait une fois de plus à se dérober derrière les places du Nord, sans être inquiété sérieusement. Il réorganisait rapidement son armée qui, en peu de jours, se trouvait en état de tenir de nouveau la campagne, même avec un effectif accru. Les Prussiens s'avancèrent jusqu'à Cambrai et Landrecies, puis revinrent en arrière.
Dans rOuest le répit procuré à la 2"** armée de la Loire par sa retraite sur le Mans devait être de courte durée. Le G** Chanzy s'était appliqué au Mans à reformer ses troupes, puis il avait détaché vers l'ennemi des colonnes mobiles. Le G'* Joufiroy se portait avec une division sur la Bray à Bessé et Lavenay. Il pénétrait jusque dans les faubourgs de Vendôme, sans toutefois pouvoir chasser Tenùemi de la ville. A droite du G** Joufiroy, le G'* de Curten s'était emparé de Château-Renault sans coup férir. A gauche une colonne, sous les ordres du G*^ Rousseau, atteignait Nogent-le-Rotrou et prenait position autour de la ville. Ce retour offensif s'était opéré sans grandes difficultés ; il avait même procuré certains avantages sur les détachements auxquels l'ennemi, en se repliant, avait confié la garde du pays. Cependant les Prussiens se décidaient à reprendre la lutte avec la 2™® armée de la Loire. Le prince Frédéric-
Ïarles laisse une division à la garde d'Orléans et du fr< r\o, la Loire et se met en marche sur le ■ois corps d'armée, les IIP, IX« et X% la "à du y n 1 ^^ trois divisions de ca-
Valérie et 200 pièces de canon. Ces forces s' étendant sur un front égal à celui qu'étaient allé occuper en avant du Mans les colonnes mobiles françaises, eurent une série d'engagements avec elles. Quelques efforts que fissent les Français pour tenir tête, les colonnes mobiles furent refoulées sur le Mans après des pertes sensibles.
Le G»* Ghanzy avait fait choix pour recevoir l'ennemi d'un terrain accidenté en avant du Mans, retranché le plus possible. Les positions situées des deux côtés de THuisne, qui se jette dans la Sarthe au Mans, se divisaient, par suite des mouvements du sol, en trois parties distinctesou secteurs: au nord deTHuisne, les hauteurs qui vont de Montfort à Sargé formaient la gauche de la ligne française ; au sud de THuisne le plateau d'Auvour qui s'élève isolé et domine tout le pays, marquait son centre; enfin les collines en arrière de Changé s'étendant jusqu'à la Sarthe vers Armage, constituaient sa droite. Le 21^ corps, amiral Jaurès, défendait le secteur au nord de THuisne; il se reliait au 17® corps. G** de Colomb, chargé d'occuper le plateau d'Auvour et une partie des positions en arrière de Changé; le reste de la ligne, jusqu'à la Sarthe au sud, était tenu par le 16® corps, amiral Jauréguiberry.
Les Français furent attaqués sur tout leur front le il janvier. Au nord de THuisne deux des trois divisions du2i® corps furent seules sérieusement engagées. L'amiral Jaurès se maintint à Montfort et à Pont-de-Gesse où il se rattachait à l'Huisne; à sa gauche ^a deuxième
division pressée par l'ennemi cédait du terrain ; toutefois, en ae reportant en arrière, elle évitait d'avoir à défendre uu front trop étendu (1), et elle possédait le soir venu de bonnes positions défensives. Maia c'était au sud de l'Huisne que devait se décider la bataille.
L'Huisne rencontre d'abord le plateau d'Auvour à une de ses extrémités, àCbampagné; elle se détourne, passe au noi-d de lui et revient le toucber près d'Yvrél'Evéque. Les Allemands, en même temps qu'ils abordaient le plateau de front, dirigeaient de vigoureuses attaques sur Champagne et daosla direction d'Yvrél'Evêque. En s'emparant des points qui donnent accès aux extrémités du plateau, ils pourraient combiner une attaque venant de trois côtés différents. Ils ne gagnèrent point de terrain du côté d'Yvrél'Évéque, mais ils enlevèrent Champagne. Vers 2 heures ils montent de ce village, et prennent en flanc la division Paris, qui avait jusqu'alors résisté aux corps ennemis, attaquant le plateau de front. La division Paris perd trois canons et descend sur l'Huisne en arrière , dans une complète débandade (2). Si le plateau d'Auvour est laissé à l'ennemi, le centre des positions françaises est forcé et l'arméo n'a plus i]ii';\ liiiUr-" ■■.''[■■, ■; , ., i-lrull,:. i.ij G" Gougr.ii'i r,i':s." ....||e;i il
peut leplii^ i-oiii|ji''i . -, les uio-
bilisés de itoueil, lia bataille
les zouaves pontificaux (1), il leui* adresse quelques paroles énergiques et gravit avec elles les pentes du plateau (2). L'ennemi attend l'attaque de pied ferme et à vingt pas fait une décharge qui cause des pertes énormes, surtout parmi les zouaves pontificaux qui sont en première ligne (3) ; mais l'élan est donné et les assaillants, avec la vieille furie française, se jettent en avant. On se bat corps à corps, oii se fusille à bout portant dans les taillis. Un fort détachement du 10* bataillon de chasseurs, qui s'était maintenu (4) inébranlable sur les pentes, prend part à l'attaque. A la nuit le plateau était réoccupé, sans qu'on pût cependant pousser l'avantage jusqu'à chasser l'ennemi de Champagne et des crêtes qui dominent ce village. A la droite l'amiral Jauréguiberry s'était maintenu toute la journée sur les collines en arrière de Changé.
Il était près de six heures, la nuit tombait et le succès paraissait acquis. Au dernier moment, les Prussiens font une tentative contre la Tuilerie qu'ils n'avaient point encore attaquée. C'est une position à l'extrême droite de la ligne française, qui coupe la route de Tours au Mans, elle est très-forte et bien protégée par des redoutes et des épaulements pour l'artillerie, aussi en a-t-on laissé la garde aux derniers renforts arrivés à l'armée, les mobilisés bre-
(1) G'* Gougeard. Division de Vannée de Bretagne j p. 51.
(2) G*i Chanzy. La 2* armée de la Loire, p. 315.
(3) Jacquemont. La campagne des zouaves poniificauXf p. 155.
(4) Id., ibid., p. 156.
LES DERNIÈRES DÉFAITES. iSl
tous du camp de GoDiie. L'état d'instructioa et d'organisation de cette troupe est fort imparfait, les hommes soat armés de simples fusils à percussion (I). A peine l'ennemi a-t-il fait avancer uu bataillon et tiré quelques coups de canon, que les mobilisée, pris d'épouvante, fuient en tous seoa (2). Les généraux donnent l'ordre aux troupes de réserve à Pontlicue de reprendre la Tuilerie, mais la fuite des mobilisés, à laquelle les soldats viennent d'assister, la nouvelle que l'ennemi est maître d'une position dont la force est connue s'ajoutant à la fatigue, au froid et à la faim, produisent une prostration complète ; les officiers sont impuissants à faire marcher les hommes ; ceux-ci, après quelques pas, se couchent dans la neige (3). Le lendemain matin tous les efforts pour reprendre l'offensive restaient vains, la démoralisation et le découragement s'étendaient au contraire et gagnaient de proche en proche. Les Prussiens maîtres de la Tuilerie avaient tourné les positions françaises (4) ; ils avaient à parcourir, pour atteindre le Mans et la Sartbo, beaucoup moins de chemin que les corps français placés à Auvour et à Montfort. L'armée de la Loire devait doue battre immédiatement en retraite sous peine d'être prévenue et coupée au Mans par l'enneini. En outre le plateau d'Auvour venait ti'''ii ' ivisioû Paris, qu'on y avait rame-
D. Hallet. la
née n'avait pu retrouver sa cohésion ; le G*^ dé Colomb avait dii lui faire repasser THuisne pour la reformer (1).
Le 12 janvier les 16* et 17® corps traversaient la Sarthe au Mans et se retiraient sur Laval et la ligne do la Mayenne. L'ennemi ne se montra point entreprenant. Le prince Frédéric-Charles n'avait appris qu'assez tard le succès remporté à la Tuilerie. Les Français n'eurent donc à soutenir que quelques engagements d'arrière-garde ; ils eurentle temps d'évacuer 1 ,200 wagons accumulés à la gare et ne perdirent qu'un certain nombre de voitures, arrêtées par l'encombrement à la tête des ponts du Mans. Le 21® corps au Nord de l'Huisne avait été plus sérieusement engagé. Attaqué par des forces considérables autour de Souligné, il avait tenu tête sans se laisser entamer ; dans la matinée du 13 janvier, il passait à son tour la Sarthe à Beaumont, au nord du Mans, et rejoignait les autres corps en retraite.
L'armée, pour gagner Laval, suivait deux routes parallèles. L'état des 16® et 17® corps était des plus tristes; l'effectif était très-réduit par les prisonniers tombés aux mains de l'ennemi, par la débandade et la désertion. Des soldats s'enfuyaient jusqu'à Rennes (2). On s'arrêta pour éviter qu'une retraite trop précipitée ne vînt accroître la désorganisation. Le 14 janvier le 16® corps soutenait à Saint-Jean sur Evre un combat auquel on ne mettait fin, pour re-
(1) D. Mallet. La bataille du MaYiSf p. 175.
(2) Id., iàifJ.f p. 239. De Freycinet, La guet^re en province, p. 285.
jrgBfire la iiarche. .[u'apras iTOir rwïi:>ic i l'jiint.'!ui peniiant plusieurs heures. Lûmèti» jour le H' oorti*. piiaTait jonserré ime biea meiiLeura attituile ^{Uti les. i^nx aiilres. .jouteaaic à Silié-le-Guillauiiw l'enuami lui le pùuraoivait et refoulait ses 'JÎtes de ooiouiie. U ae reprenait la retraite {ue lorsque le 17" o>r^ plaoi à àes -lôtès eul reculé precipîtamuietit. Le G*" Chauiy arrÎTé i Laval s'établit autour Je !a viLle, pour réor» jjamsfer ;me foisiie plus sou armée. Le* .Cletuauils. renoncèreut à s' avancer jusquà Laval. Ilsr«viur4ut an Mang. et euvoyèreut des liéUichenieiits duu Cijle occuper Tours, de l'autre se r^'Uer i celli.'s de leurs fijrces qui tenaient tiL'jà !a Normandie.
La déié^aUoa du ^ouvL'raemeut de lu Doteuse uaùaoale, à la suite de l'êvacuatiou d"Oriêaus, avait quitté Tours le 9 déceuiire et s'était établie i Bordeaux. Elle avaii coutinué sau:» reldobe i^ former de nouveaux corps et, aprèa les défaites, ik recùustituer et à réoryauiaec les ancieus. C'était eu eSet utte tdche tmmeu^e que de conserver en état de tenir la campagne des armées improvisées. A chaque revers les parties faibles amenaient des brèches qu'il fallait rét>arer. Aussi la Délégation, malgré tous ses efforts, u'obteuait-elle que des résultats relatifs. Rien ne pouvait i.-outi-^bHlaikoer pour les Frauçais l'avantage que don uait »ux Allemanila U sapériorité d'iuslruction et do discipline ito l.-avn ofttders et de leurs soldats ; lechîQredes homme > Ukiuliéa sur le champ de bataille en témoignait; les AU-'ot'xio infligeaient en presque toute occasion des p< supérieures h celles qu'ils sulùsaaieut ei
dans toute la période de la défense nationale ils ne devaient avoir que 51,000 hommes mis hors de combat. Du reste, si la Délégation était impuissante à refouler Tinvasion, elle réussissait cependant à la limiter. Après quatre mois de lutte, loin que Tennemi eût réussi, comme il se Tétait promis au début, à s'avancer jusqu'aux extrémités du territoire, il n'avait encore pu dépasser Orléans au sud, le Mans et Alençon à l'ouest, Dijon et Auxerre à l'est ; chaque pas en avant lui coûtait un effort et un combat. Les nouvelles armées mises sur pied par la France montraient en définitive une constance qui pouvait étonner après de si grands revers. On voyait se produire à leur tête des généraux du plus grand mérite ; du milieu de ces régiments où officiers et soldats apprenaient les rudiments du métier en allant au feu, se faisaient jour des actes éclatants de courage et de dévouement. Cependant plus la lutte se prolongeait, moins les Français étaient capables de résister avec succès, et cela par deux causes : d'abord les défaites répétées finissaient par amener un découragement auquel une minorité d'élite échappait seule; puis les renforts envoyés aux armées diminuaient sans cesse de qualité.
L'invasion allemande disposait de grandes masses d'hommes et il n'y avait aucun espoir de la repousser sans lui opposer d'énormes effectifs. Tous les appels d'anciens soldats, des conscrits de 1870, des hommes des anciennes classes et enfin des gardes mobiles ne donnant guère qu'un chiffre de 450,000
hommes (1) qui paraissait iasuMsaat, la Délégation avait eu recours à la levée en masse. Elle avait rendu le 2 novembre un décret pour mobiliser et tenir à la disposition du ministre de la guerre la totalité des ho mmes mariés ou non jusqu'à quarante ans. Cependant, par une atténuation au décret, elle se bornait à appeler immédiatement, sous le titre de gardes nationaux mobilisés, les seuls célibataires de vingt et un à quarante ans. C'était encore une masse de 5 à 600,000 hommes à équiper et instruire sur-lechamp.
La garde nationale mobilisée ne pouvait devenir un boninstrumentdcguerre. Les hommesétaienten grand nombre arrivés à un âge où, parles habitudes contractées et les arrangements pris pour la vie, les sacrifices qu'exige le service militaire sont des plus pénibles à faire, surtout lorsqu'on n'y a pas été préparé par un séjour antérieur sous les drapeaux. Le ministère de la guerre avait déjàgdaus l'organisation des troupes de la ligne et de la mobile, une œuvre qui absorbait toutes ses forces, il s'était donc déchargé, sur le ministère de l'intérieur, de la levée des mobilisés. Ceux-ci étaient ainsi remis à des autorités civiles, et par conséquent les trniliLiouB, l'c^priL et la discipline militaires iflliifuL Iciit . -.'utT alors que, par leur faiblesse u;it,i.ii('llL', uit ou parliculic-remeiU besoin. L'inimeo^ '"A^lSlIl^libligeaient de Ini' • '♦^t *■■. ^u con-
trôle immédiat de la délégation , d'abord ces territoires comme les départements du Nord, la ville du Havre, qui étaient entourés par Tennemi, puis les départements menacés dlnvasion, où se formaient des comités de défense locale, enfin ces grandes villes, Lyon, Marseille, qui étaient le centre de formations de troupes considérables. Cette multiplicité d'action avait l'inconvénient d'élever le prix des fournitures, par la concurrence que se faisaient les divers comités d'achats, elle était cause en outre que le choix et la réception des armes fussent remis à des personnes peu compétentes. Aussi les fournisseurs, en faisant des offres simultanées sur divers points, réussissaient-ils le plus souvent à faire accepter des armes et des effets défectueux (1). On établit, pour instruire les mobilisés, onze camps ^régionaux à Saint-Omer, Cherbourg, la Rochelle, les Alpines, Nevers, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Toulouse, Montpellier, Sathonay et Conlie. Une pareille création à réaliser de suite fut la source de complications nouvelles ; les emplacements dans plusieurs cas se trouvèrent mal choisis, la nature du sol fut défavorable. On plaça à la tête de chaque camp un conseil administratif , composé d*un commandant militaire avec rang de général de division, d'un chef instructeur avec rang de général de brigade ou de colonel, d'un chef du génie, d'un administrateur faisant fonction dlntendant. Mais les hommes spéciaux auxquels ces postes fussent revenus en temps
(1) Le Cesne, Commission d'armement f ip. 20. Naquet, Enquête piriem.f tome II, p. 526.
LSS DERNIÈRES DÉFAITES. 263
ordinaire manquaient absolument, et oa avait dû improviser tout un personnel. D'anciens officiersdegrad es Irès-inférieurs, des civils même étaient devenus, à titre auxiliaire, commandants militaires de camps, le génie était tenu par des ingénieurs et l'intendance par des négociants. C'est-à-dire qu'ici encore, comme en toute improvisation, on avait obtenu, selon le hasard des choix, les résultats les plus divers. Cependant, comme tout le monde apportait un grand, dévouement et que l'activité déployée était énorme, les camps eurent tous un commencement d'organisation et plusieurs furent mis en état de recevoir de 30 à 35,000 hommes.
L'équipement des immenses levées qu'on appelait offrait toutes sortes de difficultés. Les fournitures no pouvaient parer aux besoins, et, dans la hâte, on livrait aux troupes des objets de qualité inférieure. L'équipement imparfait, qui eût suffi dans la belle saison, devenait au contraire une source de terribles soufilrances, pour des hommes faisant campagne en plein hiver. Les armes perfectioimées manquèrent. Quoiqu'on eût mis toutes les manufactures d'armes k fabriquer des chassepots, la production était restée insuffisante. On acheta à défaut les fusils à tir rapide Remingtons, Suydeia.quc l'élrauger put fournir. C'était déjà nu .■ivin.ii.'i tiii .!r;ti.>ctueux, qui exigeait des caroUquait aiusi, d'une LDJtions sur le ciiituj.:.. . ^"Vtrouvèreut
distribuer que des fusils d'anciens modèles transformés ou se chargeant par le canon. Les hommes ainsi armés furent profondément découragés. Cependant, lorsque les mobilisés furent réunis, un vice plus grand que tous les autres, et celui-là absolument ruineux, se fit sentir, le manque de cadres. Les anciens soldats jusqu'à trente-cinq ans, les officiers et sousofficiers en retraite avaient repris le service actif et étaient aux armées, les marins, les hommes énergiques aptes au commandement étaient déjà employés à titre auxiliaire, ou avaient formé des corps de volontaires et de francs-tireurs, et il ne restait aucun élément à utiliser dans la nation pour instruire et encadrer les dernières recrues*
Les impossibilités de toute nature que rencontrait remploi de la garde nationale mobilisée apparaissaient surtout au camp de Conlie, où les essais d'organisation avaient lieu le plus en gr^^nd. M. de Kératry avait quitté Paris en ballon le 14 octobre. Le 22 un iéctei de M. Gambetta l'investissait, avec le titre de général de division^ du commandement des francs- tireurs^ gardes mobiles^ et gardes nationaux mobilisés des cinq départements formés de rancienne Bretagne. M. de Kératry avait parcouru la Bretagne, tous les partis, toutes les classes avaient rivalisé d'ardeur, 50,000 hommes répondaient à son appel (1); M. de Kératry devait former des contingents placés sous se ordres une atmée distincte, dite armée de Breta
(1) Jajr, V'armée de Breta^net p. 81.
gae. Il avait choisi, pour instruire ses troupes, uu vaste plateauj à Gonlie, eii arrière du Mans, sur la l'oute de Laval. L'eau manqua, sur cet emplacemeat, et ou employa d'abord les hommes à de péuibles corvées pour aller la chercher. On remédia à ce vice par une pompe à vapeur et des conduits qui distribuaient l'eau dans toutes tes parties du camp. Lorsque les pluies d'automne survinrent, elles détrempèrent le sol, d'une nature argileuse, et une mer de boue rendit les manœuvres des plus difficiles. M. de Kératry ne trouvait point à former ses cadres parmi les mobilisés eux-mêmes, il demanda divers officiers qui étaient aux armées devant l'ennemi, qu'on ne lui accorda qu'à contre-cœur et qui furent en nombre insuffisant (1). 11 avait promis dans ses proclamations et ses discours de Bretagne des fusils à tir rapide, des canons perfectionnés, mais les hommes réunis à Conlie ne i-eçurent que des fusils vieux modèles ; les armes nouvelles manquaient, ou l'administration de la guerre n'en possédait pins qu'un petit nombre qu'elle réservait pour parer aux be' soins extrêmes. L'organisation de l'armée de Bretagne ne fit dans ces conditions aucun progrès, l'instruction des hommes resta en retard. Le ministère dut abandonner l'idée d'employer cette grande masse comme
I, agissant par elle-même, pour la frac-
Luées & âtre Ëéparément incor-
^try, dont les espérances
s'évanouissaient et qui ne pouvait tenir ses promesses, donna sa démission. L^inaction, les souffrances d*un campement d'hiver, le sentiment de tout ce qui leur manquait avaient d'ailleurs éteint chez la plupart l'ardeur du premier moment et, sauf quelques bataillons mis à part, sous les ordres du G** Gougeard, les mobilisés de Bretagne ne rendirent aucun service (1).
En définitive, l'effort militaire utile que la France pouvait faire était épuisé. Le recrutement s'adressait de chute en chute à des hommes impropres à la guerre. Les armées impériales avaient eu leurs premiers corps composés des vieux soldats et des troupes d'Afrique, puis avaient reçu, comme renfort, l'élément déjà inférieur des réservistes ; ce qui restait des réservistes était au contraire devenu le noyau relativement instruit des armées de la République, formées de mobiles et de conscrits ; maintenant qu'en dessous encore des mobiles et des conscrits, on voulait constituer, avec la garde nationale mobilisée, de nouvelles armées, on tentait l'impossible. Et c'est à cette impuissance que devait, en dernier ressort, conduire le système militaire depuis longtemps pratiqué en France. En n'appelant chaque année par la conscription qu'une fraction des jeunes hommes, en diminuant encore, par le remplacement, le nombre de ceux qui pussenl acquérir l'instruction militaire, on avait laissé la population sans connaissance du métier des armes et sans organisation, et, dans le plus grand des périls, elle se trouvait incapable de résister à l'ennemi.
(1) Voir la note D.
Les Français conservaient, il est vrai, la domination indisputée delà mer, mais la configuration des côtes de l'Allemagne et les événements les eippêchaient de retirer aucun fruit de cet avantage. Au début des hostilités, la France avait formé deux escadres de vaisseaux cuirassés, l'une à destination de la Baltique sous les ordres de l'amiral Bouet-Willaumez, l'autre de la mer du Nord, successivement commandée par les amiraux Fourichon et de Geydon. Les côtes dans la Baltique étant trës-basses et parsemées de hauts-fonds, les cuirassés avaient un trop graud tirant d'eau pour pouvoir approcher «lilement du rivage. Le port de Kiel, par sa profondeur, était seul accessible, mais, situé au fond d'une baie étroite, bordée de falaises sur lesquelles l'ennemi avait élevé des batteries armées de pièces du plus gros calibre, l'essai qu'on eût tenté d'en forcer l'entrée eût pu amener la perte de plusieurs bâtiments, sans que le bénéfice de l'opération, en cas de succès, compensât les risques à courir. L'arsenal de Kiel en voie d'établissement ne renfermait qu'une vieille frégate en bois et une autre en construction. La flotte française se horna donc dans la Baltique au blocus des côtes, jusqu'à ce que les glaces eussent interrompu la navigation.
Les Allemands avaient leur- propre flotte de cuirassés ili'ms \;i iNiT 'lu N'iri. Il.s la liiirent renfermée dans les 1m^-,m- ■ ■ i^ii h l'ombouchure
delaJalidt!. La m ■ i ilulii était des plus
périlleuses, l'aDOjR -^ et éteint
les phaiw^^ "^ V arlifl-
ciellement dans les terres, était entouré d'une enceinte et protégé par des forts. La flotte française ne pouvait donc l'attaquer sans une armée de débarquement qui lui manquait, et elle dut se restreindre au blocus de la Jahde, de TElbe et du Weser. La marine française tint en outre bloqués les bâtiments de guerre allemands en station sur des points lointains. La corvette Augmta eut seule la hardiesse de prendre la mer ; elle traversa la Manche, à la fin de décembre, enleva un navire de commerce français devant Brest, fit deux autres prises à l'embouchure de la Gironde, puis se réfugia à Vigo où elle resta bloquée. Le commerce allemand perdit, il est vrai, un assez grand nombre de navires que les croiseurs français capturèrent. Mais lorsque les Allemands eurent conquis une partie du territoire français, les pertes que leur commerce subissait par le blocus et les prises leur devenaient indifférentes, puisqu'ils étaient certains de pouvoir toujours à la fin de la guerre s'indemniser avec usure des dommages subis. Ils s'étaient du reste hâtés d'arrêter à Dijon et dans les autres villes de Bourgogne, pour les envoyer à Brème comme otages (1), un nombre de notables égal à celui des capitaines de navires marchands que la France avait capturés en mer et qu'elle retenait prisonniers. Dans cette situation le nombre des cuirassés français fut réduit au chiffre strictement nécessaire pour retenir la flotte militaire allemande
{\)De Dijon à Brèmes p. 86.
LES DBRNIËRES DËPAITES. 269
dans la Jahde, et toutes les ressources de la marine en hommes et en matériel furent employées aux armées.
La Délégation, sans se laisser détourner du soin de la défense, devait cependant veiller à maintenir la paix publique. Le même parti qui à Paris réclamait laCommune s'agitait enprovince, à Lyon,Mar8eille,Toulou8e, Saint-Etienne, à Bordeaux même, dans uue certaine mesure, depuis que la ville était devenue le siège du gouvernement. Il fallait tenir en échec les exaltas et les violents, sans se laisser entratner à l'emploi de la force, parce qu'on devait éviter la guerre civile en présence de l'ennemi, et aussi parce qu'en l'absence de troupes organisées, ou ne pouvait suffisamment compter sur le concours des modérés pour être sûr de rester maitre dans une lutte armée. La Délégation réussissait à. empêcher que les actes d'usurpation qui s'étaient produits , après le 4 septembre, ne se renouvelassent, mais elle était obligée de tolérer une situation qui ne ressemblait en rien à celle des temps réguliers (1). Elle faisait de nombreuses concessions et laissait souvent, dans les grandes villes, son action discutée et comme tenue eu suBputB. C'était toujours à Lyon que la tranquillité
était le pluj
Housse sei^^^^^^^^^^^^ou à d'obscures sectaires qoi^^^^^^^^^^^l^q^ iUl Jiiélet, l'avénemM
république universelle. Le 19 décembre la nouvelle du combat de Nuits arrive à Lyon, les mobilisés de Lyon ont été engagés et leurs pertes sont grandes; l'imagination populaire grossit la défaite et la transforme en désastre; tous ces soupçons accoutumés de trahison et de mauvais vouloir dans les chefs se font jour. Les habitués de la salle Yalentino décident qu'ils iront s'emparer de l'hôtel de ville de Lyon, pour se débarrasser des autorités réactionnaires. Le lendemain un rassemblement tumultueux se* forme à la Croix* Rousse ; des femmes vêtues de noir les précèdent avec un drapeau rouge. Les émeutiers avaient déjà arrêté le commandant d'un des bataillons de la garde nationale, 'Chavant, lorsqu'un autre commandant, Arnaud, un républicain éprouvé, se présente. Il est saisi et massacré, à la suite d'injures prolongées et de mauvais traitements. Les émeutiers n'osèrenib point après ce meurtre pénétrer dans Lyon ; les femmes seules se rendirent à l'hôtel de ville en députation. M. Gambetta arrivait à Lyon précisément le lendemain de l'événement; il suivit le convoi du commandant Arnaud et, après s'être fait sur la tombe l'interprète de l'indignation générale, il activa de la manière la plus énergique la recherche et l'arrestation des coupables. Cependant une source de difficultés pour la Délégation autrement dangereuse que l'agitation des grandes villes, venait s'ajouter à toutes ' les autres, l'accord parfait de toutes les énergies et de toutes les volontés qui, s'était produit à l'ar^' ' M. Gambetta n'existait plus; de grandes dii
d'opinion se faisaient jour; les partis réapparaissaient et commençaient à entrer en lutte.
Les classes rurales se refusaient à poursuivre plus longtemps la résistance. Sur la Loire, au contre et dans l'ouest delà Franco, où l'invasion s'était étendue, les ' habitants ne possédaient point ce dévouement des populations de la frontière, pour lesquelles le souvenir de guerres nombreuses a surexcité le patriotisme et créé la haiue contre l'étranger. Les campagnes ont bénéficié dans ce siècle d'un grand développement de richesse et les pertes matérielles que l'ennemi leur infligeait par ses réquisitions et son passage leur étaient intolérables. Du reste pour les paysans, dispersés dans les fermes ou les villages, l'impression de terreur produite par l'arrivée de l'ennemi, était autrement irrésistible que pour les habitants des villes qui supportaient leur malheut- en commun. Aussi, à mesure que des défaites répétées étaient tout espoir de repousser l'invasion et qu'on se demandait pour combien de temps on aurait à subir la domination étrangère, le peuple des campagnes perdait-il toute force de résistance. Non-seulement les paysans décourageaient les individus isolés qui, en voulant se défendre, eussent attiré desdommages sur une localité, mais ils montraient sniiv.'iit i]r 1,1 rii;ih'eil!aiico aux fraiics-lircuis et aux lrii..,"'S l•,:^ -r ■ îiMit sur uu tei-ritoirc pour y combutlnt^^lc,?' li'à refuser à tours compatriotes
11, pour s les dé- B par
leB villageois, qui les encourageaient à se soustraire aux réclamations des autorités.
Dans ces dispositions le décret sur la levée en masse avait jeté l'épouvante et avait profondément irrité les habitants des campagnes contre la Délégation qui l'avait rendu. Il n'était jamais venu à l'esprit de considérer les hommes mariés comme aptes à un seiTice de guerre actif et comme redevables à la patrie des sacrifices qu'il impose. Aussi aucune considération n'eût-elle pu amener les populations rurales à se résigner à leur départ. La Délégation avait donc atténué son décret en n'appelant que les seuls célibataires, mais même la levée des gardes nationaux mobilisés célibataires ne s'efîectuait-elle point dans certains départements sans difficultés ; les hommes quittaient leurs foyers avec désespoir, comme pour aller à la boucherie. Dans les campagnes l'imagination avait généralement idéalisé l'Empereur, elle en avait fait un être d'une sagesse et d'un génie incomparables. Les traditions, les chansons, la littérature et l'imagerie populaires avaient, à côté de l'Empereur, exalté, au détriment des jeunes soldats, les vieux grognards, les zouaves et les troupes d'Afrique. Soudain toutes ces puissances sont foulées aux pieds ; mais alors c'est que l'ennemi qui en a triomphé est doué lui-môme d'une force irrésistible 1 Et aux paysans restés les derniers sans instruction militaire on demande de se lever pour repousser cet ennemi I II était impossible de développer chez les mobilisés une force morale suffisante pour contré-balancer les causes
de terreur que le cours des anciennes idées suscitait dans leur esprit.
La bourgeoisie, les conservateurs de toute nuance avaient également fini par vouloir la paix, mais non plus par faiblesse morale. C'étaient en effet les représentants des classes moyennes et de la noblesse gui, en grande partie, contribuaient sur les champs de bataille à soutenir le courage des armées. Dans la grande improvisation militaire qui avait été faite, c'était môme la vieille noblesse qui avait fourni proportionnellement le plus grand nombre de sujets pour former les cadres, et les officiers de cette classe, par les traditions de famille et les aptitudes dues à l'hérédité, se montraient les mieux doués, pour supporter les responsabilités du commandement. Les conservateurs avaient commencé à désirer la paix après la reprise d'Orléans par les Allemands et la défaite de l'armée de la Loire, parce qu'ils avaient alors perdu toute espérance de vaincre. La résistance opposée leur semblait suffisante pour sauvegarder l'honneur et ils croyaient qu'on devait maintenant accepter les conditions de l'ennemi. Si, en concluant la paix avant d'être complètement épuisé, on pouvait obtenir des concessions sur ce que l'ennemi exigerait quand, Paris pris et toute résistance impossible, on serait à sa merci, on les réaliserait. D'ailleurs on limiterait, en traitant de suite, les dommages matériels et le poids des dettes que la continuation de la guerre, sans espoir de vaincre, accumulait, selon eux, inutilement sur le pays. Cette dernière considération était m
des plus puissantes auprès du parti conservateur, formé des classes riches en possession des capitaux. Quoiqu'il ne fît point connaître son opinion publiquement, M. Thiers, retiré à Bordeaux, laissait savoir que la paix lui paraissait nécessaire, et cette opinion lui rattachait les conservateurs et tous ceux qui, perdant espoir dans le succès de la résistance, voulaient la fin des hostilités .
Pendant que les populations rurales et les conservateurs passaient des idées de* lutte au désir de la paix, M. Gambetta et les républicains se maintenaient au contraire inébranlables dans leur volonté première de résister à outrance et de poursuivre la guerre en dépit de tous les revers. Â la surexcitation du patriotisme les républicains joignaient, pour ne pas faiblir, leurs passions et leurs intérêts de parti. Les républicains n'avaient jamais formé en province qu'une minorité. Ils se recrutaient presque exclusivement parmi les ouvriers et dans la petite bourgeoisie, et tout ce qui prenait la tête de la société, la noblesse, la vieille bourgeoisie, le clergé, la magistrature, l'armée les avait regardés de haut et traités comme inférieurs de rang social. Dans les campagnes et les petites villes, il avait fallu, pour rester ouvertement républicain, subir de continuels dédains, de véritables persécutions, supporter même des dommages matériels, aussi le parti républicain ne disposait-il, dans beaucoup de lieux, que d'adhérents isolés. Et ceux-ci, qui avaient tout bravé pour rester fidèles à leurs idées, étaient devenus des sortes d'apôtres , dont souvent
les opinions politiques étaient immuables à l'égal de dogmes religieux. En prenant, le 4 septembre, la direction de la défense nationale, les républicains, surtout en province, n*avaient donc cessé d'associer étroitement la cause de la République à celle de la résistance, se demandant avec angoisse, au cas où la France serait définitivement vaincue, si la République n'allait pas de nouveau sombrer, et si euxmêmes ils ne retomberaient pas dans le pays à l'état d'opprimés. D'ailleurs pour les républicains, qui croyaient au droit qu'ont les hommes à disposer d'eux-mêmes, consentir à la prise de possession violente que l'Allemagne voulait faire de TAlsace-Lorraiue, était un acquiescement donné à un acte inique, auquel on ne pouvait se résigner tant qu'il restait un moyen quelconque de poursuivre la guerre. Les républicains et les conservateurs différaient encore de sentiments parce qu'ils n'étaient point à un égal degré dans l'action. Chez les républicains se manifeste cette tension de la volonté que produit une lutte acharnée contre la mauvaise fortune, et le besoin de reculer sans cesse une catastrophe dont on sera tenu responsable. Et en effet cet état d'esprit était partagé par les conservateurs, partout où ils se trouvaient étroitement associés à l'effort, aux armées et dans les villes assiégées, à Paris et à Metz. Mais dans les départements les républicains, le 4 septembre, s'étaient exclusivement chargés du gouvernement et de l'administration. Les conservateurs mis à l'écart et sans responsabilité pouvaient donc envi-
sager les faits de sang-froid, en critiques dépris de Taction. Aussi, tandis que M. Gambetta et les siens se roidissaient à chaque défaite et cherchaient, par un nouvel effort, à écarter le dénoûment fatal qui apparaissait, les conservateurs ne voyaient jamais dans les événements que des motifs de cesser la résistance, puisque ce n'était pas à eux mais à leurs adversaires qu'on allait en attribuer l'issue malheureuse.
Les hommes qui soupiraient après la paix ne manifestaient point directement leur désir. Les Français avaient depuis des siècles montré en Europe une telle superbe, ils avaient prétendu à une telle supériorité guerrière que maintenant que des désastres inouïs leur faisaient reconnaître la nécessité de céder au vainqueur, ils étaient cependant retenus dans l'expression de cette opinion par une sorte de honte et n'osaient contredire ouvertement M. Gambetta, qui promettait le succès définitif en dépit de tous les revers. Aussi ceux qui croyaient que la résistance était désormais sans but prenaient-ils un biais pour la faire cesser, ils se bornaient à demander les élections et la nomination d'une assemblée. Gela leur suffisait en effets car ils savaient bien que, dans les dispositions modifiées du pays, l'assemblée nommée ferait la paix. Et comme tous ceux qui voulaient la paix avaient pouf obstacle M . Gambetta, la demande des élections se motivait sur la manière inhabile, dont on prétendait qu'il usait d'un pouvoir auquel une assemblée mettrait fin. Lorsqu'en octobre la Délégation avait rap^
LES DERNIËHBS DÉFAITES- 277
porté son décret sur les élections, il s'était bien trouvé un certain nombre de candidats pour murmurer, les journaux hostiles à la République avaient fait entendre des protestations, mais toutes les plaiutes s'étalent perdues dans le grand concert d'^ipprobation qui avait accueilli les débuts de M. Gambetta. Cependant, à mesure que le désir de la paix grandissait, la voix de ceux qui n'avaient cessé de demander les élections trouvait de l'écho, et le nombre des réclamants allait croissant. Dans le milieu de décembre les conservateurs étaient unanimes à demander les élections, et des hommes considérables, entre autres M. Quizot, ae prononçaient publiquement pour la convocation d'une Constituante.
Lorsqu'il fnt évident que le pays, dans son ensemble, leur retirait son adhésion, M. Gambetta et le parti républicain cherchèrent, par tous les moyens, à comprimer les conservateurs et à retenir le gouyernement qu'on voulfût leur enlever. Les républicains refusent donc d'obtempérer à la demande des élections, par le double motif que la nomination d'une assemblée serait nuisible au pays, en faisant cesser la résistance, et à la Bépubliquei en la livrant à ses ennemis. La révolution du 4 septembre n'avait, de tous les corps électifs établis sous l'Kmpiro, respecté que les seuls conseils ^m > 'x. La Corps législatif avait disparu, lc>. -Uiùcipaux
avaient été dissous quand B lions municipales, pm'?
été remplaces
-uiucipaux .^^^
Lorsque M. Gambetta et ses conseillers sentirent s'élevei: contre eux l'inimitié des classes rurales et conservatrices, ils entrent qu'ils avaient trop longtemps laissé subsister les conseils généraux qui, composés presque exclusivement de conservateurs et en partie de personnages anciennement dévoués à l'Empire^ formaient autant de corps politiques dont rinfluence leur semblait un danger. M. Gambetta résolut de prendre occasion de Touverlure d'une nouvelle année pour les briser. Le 26 décembre un décret les déclarait dissous. Us devaient être immédiatement remplacés par des commissions départementales nommées par les préfets. Si la dissolution des conseils généraux eût eu lieu au lendemain du 4 septembre, elle eût probablement passé inaperçue et n'eût pas soulevé de plus vives protestations que la dispersion du Corps législatif, mais survenant après de longs retards, dans les dispositions modifiées du .pays, elle eut les conséquences les plus désastreuses, pour le gouvernement de M. Gambetta, et le parti républicain. M. Gambetta, en les frappant, donna précisément aux conseillers généraux la puissance d'action qu'il redoutait. Il les traitait en ennemis et, par là, il les recommandait aux électeurs des campagnes, qui voulaient se défaire de lui, parce qu'il leur imposait la continuation de la guerre. Les conseillers généraux dissous se trouvèrent ainsi tout naturellement appelés , dans les départe- , ments, à prendre la direction du mouvement électoral. Â partir de la dissolution des conseils généraux. Tac*
cusation dirigée contre M. Gambetta et les républicains d'imposer au pays la dominatiou d'une minorité, sans tenir compte des droits du suSrage universel, parut fondée dans les campagnes. Car on ne pouvait prétexter, pour légitimer la mesure prise, l'inl^rét suprême de la défense nationale ; les conseils généraux n'avaient point fait d'opposition, ils avaient accordé, pour l'armement des départements, des sommes considérables, la Délégation avait trouvé en eux de dociles auxiliaires (1). Aussi M. Gambetta n'invoquait-il, dans son décret, d'autre raison que l'intérêt politique du parti républicain, le motif mis eu avant était que ces conseils, nommés par une loi qui leur accordait neuf ans de durée , « constituaient « une représentation départementale en opposition « complète avec l'esprit des constitutions républi- <i caines. »
La dissolution des conseils généraux ne nuisit pas seulement à M. Gambetta, en fournissant des armes à ses adversaires naturels, elle l'affaiblit encore, en diminuant ses adhérents parmi les républicains. Les modérés, opposés aux mesures d'intimidation, recalèrent lorsque, autour de M. Gambetta, on 5'eiig,if;i?;i dans une lutte ouverte avec la majon^ Tous ceux encore qui, dans mnj avaient les regards fixés sur leaj et qui reconuaissaîeul carttf^^^»|^ mesures impopulaires bP
(1) Amiral Fourlchon. Enafi
croyaient devoir manifester leur désapprobation. Sous l'influence de ces causes complexes, on voyait par exemple M. Pascal Duprat réclamer les élections et la convocation d'une assemblée, et M. Lanfrey écrire contre M. Gambetta une lettre amère, appelée au plus grand retentissement. Quelques préfets avaient déjà témoigné de l'hésitation à appliquer, dans toute sa rigueur, le décret sur la levée des gardes nationaux mobilisés, mais devant la désapprobation que rencontre le décret sur les conseils généraux, un plus grand nombre manifeste du mécontentement ou donne sa démission ; aucuns, pour atténuer Teôet de la mesure, composent en partie leurs commissions départementales avec les anciens membres des conseils généraux. Les conseillers généraux dissous rédigèrent des protestations dont les journaux conservateurs s'emparèrent, pour diriger de violentes attaques contre la Délégation. On chercha alors, dans l'entourage de M. Gambetta, à intimider la presse par des suspensions .
M. Esquiros avait une première fois suspendu un journal légitimiste de Marseille, la Gazette du Midi\ mais M. Gambetta s'était hâté de faire rapporter (1) la mesure. Une seconde fois on avait arrêté au Mans M. Le Nordez, rédacteur de V Union de la Sarthe. Amené à Tours, il était retenu prisonnier quatorze jours (2) avant d'être reconnu innocent. Il est vrai que l'arres-
(1) Esquiros. Enquét. parlern.^ tome II, p. 5C
(2) Le Nordez. Enquét. pariem,, tome IV, p. 5
LES SERMËRES DËFAIïES. 281
talion se molivait sur l'accusation précise d'avoir publié, au sujet du camp de Coulie, des renseignements utiles à l'ennemi. La presso légitimiste et catholique allait être de nouveau frappée et cette fois sans réserve, M. Engelhard, préfet de Maine-et-Loire, suspendait pour deux mois, avec Tapprobatlon de M. Gambetta, Vl/nion de FOuest et VAmi du Peuple d'Angers. Et dans ce cas c'était bien à l'occasion d'un dissentiment politique que la Délégation imposait silence à ses adversaires. h'I/nion de l'Ouest avait engagé les conseils généraux à ne pas reconnaitre la validité du décret de dissolution et à résister aux mesures illégales dont ils étaient l'objet. M. Gambetta suspendait le journal, lui imputant de provoquer à la désobéissance du gouvernement dans un déparlement menacé d'invasion, et de se rendre, par là, coupable de connivence avec l'ennemi et de trahison envers la pairie. M. Gambelta, informé en outre que le prince de Joinville suivait l'armée de la Loire sous le nom d'un colonel américain, envoyait au Mans le directeur de la sûreté M. Ranc, qui faisait escorter le prince jusqu'à Saint^Malo avec ordre de quitter la France (1).
A la suite lie ces iui'idL'uU, l'iioslililé di's ooiiserviilfuis ■jMiiiH' l'/ ' ■i-.uMi' iiiiis :tii puiivoii' ne connut aucdii" l"iruw 1 1, «'«iitu- -- '11.' la pressi.', i^'irLi^'iilièremonl 'It^ ^^qjnntt^B^^^iHk, di^vti'rinRiit. de plus lit tumul-
tueux dés grandes villes, à chaque mesure arbitraire à laquelle un fonctionnaire républicain ou les hommes qui participent au gouvernement peuvent se laisser entraîner, les conservateurs évoquent le fantôme de la terreur et leurs craintes sont hors de proportion avec le danger couru ou le dommage subi. M. Gambetta avait à supporter, en dernier ressort, tout le poids des haines et des accusations. On ne lui reconnaissait plus aucun mérite. Les défauts, les vices et les lacunes qui s'étaient naturellement produits dans l'organisation d'armées improvisées, étaient mis à sa charge personnelle. C'était à sa prétendue incapacité et à celle de son délégué M. de Freycinet qu'on attribuait maintenant Tavortement de la défense nationale. On s'entendait surtout pour transformer la dictature de fait, créée à son profit par Télau du pays et l'effacement de ses collègues, en une prise de possession violente et audacieuse du gouvernement, et on se servait du refus qu'il continuait à faire des élections, pour le représenter comme un véritable tyran, désireux de prolonger indéfiniment son usurpation à l'encontre des volontés du pays.
Le vide se faisait autour du parti au pouvoir. La Délégation ne trouvait plus d'appui que dans les villes, devenues des sortes d'oasis républicaines au milieu des campagnes hostiles. Aussi les républicains tendent-ils toutes leurs forces, pour une lutte suprême et désespérée. Leurs attaques dans la presse contre les hommes qu'ils qualifient de réactionnaires, à commencer par M. Thiers, deviennent de plus en plus acerbes;
ils multiplient les réuaioas publiques, ils prodiguent les discours et, pour en imposer à leurs adversaires, affichent une confiance qu'au fond ils n'ont plus. A défaut de Paris, qui jusqu'à ce jour avait permis à la minorité républicaine de compenser sou infériorité numérique par la puissance de ses manifestat.ions, Bordeaux était devenu le centre d'où la propagande essayait de rayonner au dehors. Le conseil municipal de Bordeaux, composé d'ardents républicains, fêlait M. Crémieux, en séance solennelle, le 27 décembre. Le maire M. Fourcaud lui disait : « C'est un houa neur poyr le conseil municipal de recevoir le chef « honoré de ce gouvernement, qui a pris l'énergique « résolution de sauver la patrie et de sauver la Répuu blique désormais iodissolublement unies. » M. Crémieux répondait par une harangue pleine des mêmes sentiments. Le surlendemain le préfet de la Gironde, M, Allain-Targé, en distribuant les drapeaux à la garde nationale, déclarait : « Vous avez à garder le gouver- « nement de la République, vous avez en dépôt l'idée a républicaine. Vous ne souffrirez pas que cette idée, n pendant que Paris est enfermé dans un cercle de « fer, soit amoindrie ou attaquée. »
M. Gambetta, en voyage dans le Nord, devait être rentré à Bordeaux le 1" janvier. Les rép"' voulurent célébrer son retour ol l'onverturo velle année par une grande manifestation vier cinquante raille personne?
de la préfecture. M. Gambetta entendre les paroles suivantes
« Mes chers concitoyens,
« A la vue de ce magnifique spectacle, en face de a tous ces citoyens assemblés pour saluer Taurore « d'une année nouvelle, qui n'aurait confiance dans « le succès, dû à la persévérance et à la ténacité de « nos efforts? Succès mérité pour deux raisons : la (( première, parce que la France n'a pas douté d'elle- « même ; la seconde, parce que seule dans l'univers « entier, la France représente aujourd'hui la justice « et le droit. (Acclamations prolongées.)
« Oui, qu'elle soit à jamais close, qu'elle soit à ja- « mais effacée de votre mémoire, si faire se peut, cette tt horrible année 1870, qui, si elle nous a fait assister « à la chute du plus imposteur et du .plus corrup- « teur des pouvoirs, nous a livrés à l'insolente fortune « de l'étranger. C'est à ce moment que la République, Cl apparaissant pour la troisième fois dans notre his« « toire, a assumé le devoir, l'honneur et le péril de (c sauver la France. (Cris enthousiastes de Vive la « République.)
(c Ce jour, c'était le 4 septembre, l'ennemi s'avançait (( à grandes joiurnées sur Paris; nos arsenaux étaient « vides, notre armée à moitié prisonnière, nos res- « sources de tous côtés disséminées, éparpillées. Deux « pouvoirs: un pouvoir passé captif, une Chambre (I que sa servilité rendait incapable de saisir le gou- « vernail. Oh I ce jour-là, nul ne contestait la légi- « timité de la République. Ce fut plus tard, lorsque •c la République eut mis Paris dans cet état d'invio-
« labilité sacrée (bravos), lorsqu'il fut établi que ia « République avait tenu sa promesse du 4 septem- (I bre : sauver l'honneur du pays, organiser la dé- « fense et maintenir l'ordre , lorsqu'il fut démon- « tré, grâce à la République, que la France ne saurait « périr, ce fut alors que ses adversaires commencèrent H à contester sa légitimité et à discuter ses origines. « La République liée, associée comme elle l'est à la a défense et au salut de la patrie, la République est H hors de question, elle est immortelle. Ne confondei; « pas d'ailleurs la République avec les hommes de son '( gouvernement, que le hasard des événements a n portés passagèrement au pouvoir; ces hommes, a quand ils auront rempli leur tâche, qui est d'expul- « ser l'étranger, descendront du pouvoir et se sou- II mettront au jugement de leurs concitoyens. (Accla- A mations prolongées.)
« Je ne veux pas terminer sang vous dire que le « gouvernement ayant pour unique base l'opinion, 11 nous n'entendons servir qu'elle, à l'eiicoutre des fi gouvernements despotiques qui nous ont précédés, « et n'ont servi que leur convoitise dynastique. Je re- « mercie la patriotique population de Bordeaux, ainsi « que la population accourue des villes 'et des Garnir pagnes voisines, du concours éclatant qu'elles ap-
II portent au gouvernement réjjuljlicain iin— "' --
a tante manifestation de ce premier jn « 1871. Je les remercie surtout an >■' n assiégés , au nom de not « l'exemple nous soutient,
« flamme. Ah! que ne soat-ils témoins, nos chers « assiégés, de toutes le^ sympathies, de tous les dé- « vouements que suscite leur vaillance ; leur joie dans a le succès s'en accroîtrait encore, si toutefois elle <( peut s'accroître. Nous leur transmettrons vos vœux, (( citoyens; puissions-nous bientôt, nous frayant un <( passage à travers les lignes ennemies, les leur por- « ter de vive voix, avec Texpressiou de Tadmiration <( du monde et de la profonde et impérissable grati- « tude de la France. Vive la République I »
M. Gambetta, malgré les événements, n'avait rien modifié à ses premières espérances, rien changé au langage qu'il avait d'abord tenu à Tours. Les défaites, l'épuisement des armées, l'affaissement de l'esprit public passaient sur lui sans faire impression. Il se prodiguait pour faire durer la défense, et- le travail qu'il accomplissait était énorme. Il visitait les armées dans l'Est et sur la Loire, allait trouver le G*^ Chanzy au Mans, le G'* Faidherbe à Lille, se rendait à Lyon et partout cherchait à ramener l'espérance et à raffermir les courages. Il avait, à son arrivée, réellement enflammé le pays, mais à mesure que les défaites s'étaient accumulées, sa voix avait commencé à se faire entendre comme dans le vide, et maintenant, quelle que fût la surexcitation de la passion, elle ne touchait plus qu'une minorité de partisans politiques.
Le gouvernement de la Défense nationale, après le 4 septembre, s'était abstenu d'exercer aucune poursuite contre les hommes du régime déchu. Tout au plus
Les DERNIËKES DÉFAITES. 287
quelques personnes coimues pour leur attachement à l'Empire 3'étaieut-elles vues passagèrement exposées à la viadicte publique ou avaient-elles eu à subir uu emprisonnement momentané da la part de certaines autorités locales ; dans aucun cas les peisécutions eadiuées n'avaient étéréellemeut graves. En province les républicains demandaient cependant qu'on sévîl contre les magistrats qui, associés en 1851 à l'œuvre de proscription des commissions mixtes, avaient ensuite été appelés à siéger dans les cours et les tribunaux. Il est vrai que, pour les atteindre, il fallait violer le principe de l'inamovibilité de la magistrature ; aussi le ministre de la justice M, Grémieux témoignait-il de l'hésitation. II annulait même des arrêtés que les préfets du Var et de la Haute-Garonne avaient rendus de leur autorité propre, pour interdire l'exercice de la justice à ceux de ces magistrats qui siégeaient dans leurs départements. (I). Toutefois il entrait bien dans les intentions dernières de MM. Grémieux et Gambetta d'arriver à frapper d'indignité les anciens membres des commissions mixtes. M. Grémieux, désireux de so fortifier de l'autorité du gouvernement de la Défense nationale tout entier, demandait à M. Jules Favre à Paris de rendre un décret contre eux (2). Celui-ci, tout eu admettant le bien fondij de la demande, renvoyait à uu moment plus favoi'ablti pour prou sion. La Délégation de Burdeau.'., lasso d'
(l) Crémleui. Actes de la Déléga (3) Crémieui. Ibid., ibid., p, Vi
elle-même et le 20 janvier, après avoir flétri les magistrats autrefois entrés dans les commissions mixtes, elle les déclarait déchus de leurs sièges et exclus de leurs magistratures. Cet acte reçut l'approbation des républicains, comme œuvre trop longtemps différée de justice et de réparation; il souleva au contraire la désapprobation des conservateurs, qui ne virent 'que l'atteinte portée à l'inamovibilité de la magistrature. Les magistrats frappés devinrent, pour beaucoup de personnes, de simples victimes de la vindicte républicaine. Se sentant soutenus ils furent loin d'accepter leur condamnation. Le président du tribunal de la Rochelle M. Chaudreau ne tint pour sa part aucun compte du décret, il persista à exercer ses fonc* tions (1). La Délégation ordonna de suspendre les audiences du tribunal de la Rochelle (2). Le commissaire général des départements de l'Ouest M. Ricard ferma le tribunal, et le cours de la justice se trouva interrompu (3).
Tous les yeux en France, dans le mois de janvier, se fixaient, sur la frontière de l'Est, où s'accomplissait une entreprise militaire dont on attendait les plus grands résultats. Pendant que la 2™** armée de la Loire s'était repliée d'Orléans sur Vendôme et le Mans, la 1*® armée, sous les ordres du G*^ Bourbaki, était restée entre Vierzon et Bourges. La Délégation l'avait réorganisée et grossie, en y versant 20,000 hommes
(1) Chaadreau. Enquête parlem,, tome V, p. 2.
(2) Crémieux. Enquête, parlem,, tome V, p. 49.
(3) Ricard. Enquête parlem,, tome V, p. 39.
LES DERMËBBS DÉFAITES. 269
de nouvelles troupes et en renvoyant aux corps les fuyards arrêtés sur divers points (1). L'ennemi s'abstenait de toute entreprise contre cette armée. Il fallait donc, sous peine de la laisser inactive, arrêter un plan d'offensive. M. Gambetta allait trouver le G" Bourbaki, il le pressait d'agir et lui recommandait de s'avancer sur la rive droite de la Loire (2). Le général, dans cet ordre d'idées, projetait de gagner Nevers, puis Moutargia, pour attaquer les Prussiens venus jusqu'à Gosne (3). Le G" Gbanzy, désireux d'obtenir une action combinée des diverses armées, suggérait à M. de Freycinet de diriger la 1" armée de la Loire sur Cbâtillon-sur-Seine et de l'établir entre la Marne et la Seine (4). M. de Freycinet refusait son adhésion à ces deux projets, qui avaient la direction de Paris pour commun objectif. Il s'arrêtait à une opération complètement différente, qui était d'envoyer la l" armée dans l'est, d'abord sur Dijon, puis sur Belfort. On ferait ainsi lever le siège de Belfort et même, si les circonstances étalent favorables, on chercherait à couper les commuuicatious des armées ennemies avec l'Allemagne. M. Gambetta se rallia à ce plan de campagne, sur les explications que M. de Freycinet lui fit présenter par un attaché de sou cabinet, MJ^^gyjeWSj. Le G"
(1) Da Freycinet. La guerre (!) G"i Bourbiki. ErtquéU
(3) U., ibid., tome El, p.4fiO--'
(4) G" Chanzy, La ?■ ^ -'
)iaet, M^^^^jjfiWSJ. Le G"
i90 LA DÉFENSE NATIONALE.
Bourbaki y adhéra de son côté, aussitôt qu'il lui fut soumis (l), car il était heureux de discontinuer le mouvement sur Montargis, qui lui paraissait des plus périlleux et auquel il ne s'était déterminé qu'à contrecœur (2).
' On décida que des trois corps qui composaient la !'• armée deux seulement, les 18® et 20®, seraient envoyés dans Test. Le 15° resterait à Vierzon, où sa présence servirait à dissimuler à l'ennemi le départ des autres. Les 18® et 20® c^rps durent être transportés vers Dijon par chemin de fer , et on comptait beaucoup, pour le succès de l'entreprise, sur la rapidité du trajet. Cependant on fut sur ce point complètement déçu. Le transport et le débarquement d'une armée nombreuse avec son matériel et ses muùitions, sont des opérations compliquées qui nonsèulement exigent une entente préalable entre les généraux, l'intendance et les compagnies de chemins de fer, mais, de leur part à tous, une connaissance acquise des conditions à observer pour la réussite (3), Or, à cette époque, on ne s'était jamais livré en France à une étude approfondie du transport des armées par chemin de fer, L'état^major se borna donc à faire connaître à la compagnie de Lyon-Méditerranée le nombre d'hommes et la quantité approximative de matériel à envoyer, sans se préoccuper des détails nombreux qu'il eût fallu régler par avance et
(1) De Serres. Enquête parlem.t tome lU, p. 36.
(?) G*^ Bourbaki. Enquête parlem., tome Ël» p. 351.
(3) Jacqmin. L€tf chemins de fer pendant Ifi guerre, p. II^I.
LES DEQNIÉRES DÉFAITES. 291
des difficultés d'exécution à prévoir (1). Le transport, de Bourges à ChaloQ et S Ghagoy,de3l8''ot 20* corps prit huit jours, du 21 décembre au 29. Les Prussiens s'aperçurent alors du mouvement des Français. Ils évacuèrent Dijon et se replièrent sur Vesoul (2). Puis que la lenteur apportée à l'opération ne permettait plus d'agir par surprise et allait au contraire donner à l'ennemi le temps de se renforcer, on jugea utile de soutenir les 18' et 20' corps par les 15° et 24°. La Délégation avait demandé à la compagnie de Lyon- Méditerranée de faire arriver le 15' corps en treute-sîx heures, en réalité il fallut douze jours (3). L'ennemi s'était retiré en arrière de Dijon et la concentration des corps, pour marcher à lui, devait s'effectuer maintenant plus en avant, à Dôle, Dampierre et Besançon. Au lieu d'acheminer les troupes déjà débarquées par les routes de terre, on les remit en chemin de fer. Dès lors, l'encombrement des lignes et des gares devint complet (4). Les convois d'hommes, de munitions, d'approvisionnements se confondent et s'encbe vétrent. Des trains stationnent immobiles pendani plusieurs jours, en pleine campagne. Il faisait 16 de grés de fi-oid, les souffrances des hommes fureiv excessives, des chevaux gelèrent. On avait désigné Clervat, entre Besaugon et Montbcliard, comme point avancé pour débarquer le 15° cara%^bKâlation aituce
(!) Juqiuin. Les cUinias (!) De Freycinet. La (3) Jacqmln, Le> ch-ymm ri} Fritnt. Enquête pir -
dans une vallée encaissée se trouva sans quais de débarquement, sans voies d'évitement, absolument impropre à la réception de grandes masses d'hommes (1). Les corps d'armée ne purent donc entamer les opérations que le 5 janvier (2), quinze jours après le pre- ' mier départ de Bourges. L'armée du G"' Bourbaki, désormais connue sous le nom d'armée de TEst, se trouva définitivement composée des 18® corps G** Billot, 20« G** Glinchamp, t5« G«^ Martineau, 24° G*» BressoUes, plus une division séparée sous les ordres du G'^ Cremer, formant un effectif d'environ 130,000 hommes.
Le G** Bourbaki se dirigea d'abord sur Vesoul, dans ^ le but de couper le G"* de Werder de Belfort. Les 18° et 20° corps partant d'Auxonne et de Dampierre, dans les vallées de la Saône et du Doubs, passèrent TOgnon ' à Presles et Voray, et remontèrent la rive droite de cette rivière, pendant que le 24° corps s'élevait parallèlement sur la rive gauche. Cependant le G** de Werder abandonne Gray et Vesoul et se place à Villersexel, sur l'Ognon, entre Vesoul et Montbéliard. Le G** Bourbaki^ par un changement correspondant, se porte droit sur lui. Le 9 janvier, les Français attaquent les positions allemandes à Villersexel, des deux côtés de rOgnon, et, après une lutte prolongée, les enlèvent. Mais le lendemain, au. lieu de serrer Tennemi de près, ils s'arrêtent et perdent la journée à attendre le 15° corps et les vivres que l'encombro-
(1) Jàcqmin. Les chemins de fer pendant la guerre, p. 193.
(2) De Freycinet. La guerre en province, p. 229.
ment des chemins de fer et l'état des routes couvertes de neige et de verglas empêchent d'arriver. Le il janvier, les Français rcpreonent la marche, mais avec lenteur. Le 13 seulement ils abordent de nouveau l'ennemi à Arcey, à moitié chemin de Villersexel et d'Héricourt, et le refoulent nue fois de plus. Le 14 au soir, ils se trouvent devant les positions d'Héricourt, que l'ennemi a choisies pour livrer une dernière bataille, à' 10 kilomètres seulement en avant de Belfort.
Bi les Prussiens avaient été assez longtemps à reconnaître l'importance du mouvemeut entrepris par les Français dans l'est, ils avaient, aussitôt éclairés, pris les meilleures mesures de précaution. Le G'' de Werder replié à Héricourt s'y trouva renforcé de toutes les réserves qu'on avait pu envoyer rapidement d'Allemagne; il n'avait en que 88,000 hommes à Villersexel, il en eut maintenant 45,000. Il occupait à Héricourt, sur la rive gauche de la Lisaine, des hauteurs naturellement fortes, dont la valeur défensive était encore accrue par de grands bois, par le mont Vaudois qui s'élève isolé et par les remblais du chemin de fer de Montbéliard à Belfort. Il s'était couvert, particulièrement sur le, moiil \"auilois, de reLranciu'ments armés de piv<<-^ i\c '^i-q^ c:i!il'i ^■ms
le parc d'artillerie all'.'i W- an si.\L;r u. corps français durent abonlcr lus ]i:saine de front: à droifi' lu T ii i s'emparerde MonLl)rli;Li'l ■■ rait Bassuret et Bellrum,! ■
court et lo mont Vaudois. Pendaut ce temps le 18® corps et la division Gremer, formant à l'extrême gauche une masse de 40,000 hommes sous les ordres du G** Billot, déborderaient la droite ennemie, pour prendre à revers le mont Vaudois. On se promettait les plus grands résultats de cette diversion, qui avorta. La division Gremer et cette partie du 18® corps chargée spécialement du mouvement tournant, retardées par le mauvais état des chemins et divers accidents, ne purent s'engager en temps utile (1). Les premières troupes du G'* Billot arrivées en ligne, qui se liaient aux autres corps français, vinrent échouer contre le mont Vaudois (2). Les 20® et 24* corps n'eurent pas plus de succès. Seul le 15° s'empara de la ville do Montbéliard; du reste, comme il ne put se rendre maître du Ghâteau, cet avantage partiel restait sans résultat. L'attaque fut reprise le 16; la division Gremer à l'extrême, gauche entama les positions ennemies et enleva le village de Ghénebier (3), mais il était trop tard, maintenant que l'ennemi était averti, pour obtenir du mouvement de flanc les grands résultais qu'on s'en était promis le premier jour. Les corps français échouèrent sur tout le reste de la ligne, particulièrement contre le mont Vaudois. Le G'^ Bourbaki n'avait cessé sur le champ de bataille d'entraîner les hommes par sa bravoure et son élan ; sans se laisser décourager, ij recommença les tentatives le 17. Dans
(1) G*> Billot. Enquête par lem,^ tome IH, p. 474.
(2) Id., ibid., tome III, p. 476.
(3) Le G*^ Cremer. Ses opérations militaires, p. 70.
LES DEHNIËRES DÉFAITES. 295
-cette troisième journée il fut partout repousaâ et même il reperdit le village de Chénebier.
L'armée de l'Est était définitivement arrêtée. Eil« rencontrait à Héricoiirl des obstacles qu'elle était impuissante à surmonter. Tout espoir était perdu pour elle de faire lever le siège de Bclfort ; il lui fallait revenir en arrière. Le 18 janvier la retraite commença. La défaite, la rigueur de l'hiver, la fatigue et les privations avaient profondément démoralisé les troupes. On bivouaquait dans la neige, les chevaux n'avançaient qu'avec des peines infimes, sur les routes rendues glissantes par le verglas. Le chiffre des combattants avait déjà été réduit à Iléncourt par les hommes restés à la traîne ; le nombre des traînards s'accroît maintenant (1) dans d'énormes proportions, des corps entiers s'effondrent, et cèdent à l'ennemi presque sans résistance.
Le G" Bourbaki, au lieu de battre en retraite rapidement, s'arrête à Besançon, dans l'espoir de refaire ses troupes avec les ressources de la place. Il établit donc son armée sur les positions défensives que présentent les environs de Besançon (2) et particulièrement au nord, dans la direction de Montbéliard, il arrête le 24* corps aux défilés des monts Lomond. Toutes ces mesures avortèrent. Besaor iri f,<^ liouva dépourvu d'approvisionnements, lestrOi;.- iji.irv de garder les monts Lomond ae replii^iout prOc tamment à l'apparition du' G*" de ''"
{l) La ripuUiqtte tl la guerre à BeiaHfoii, ç (I) Colonel Leperthe- Enquête parlem., um
succès de la tentative faite pour se maintenir sous Besançon contre le G** de Werder eût eu peu de gravité si celui-ci eût été seul, car en reculant plus au sud, on pouvait toujours lui échapper. Mais en continuant à faire de l'armée qu'il avait combattue à Héricourt l'objet de ses principales préoccupations, le G** Bourbaki avait négligé un nouvel adversaire autrement dangereux pour lui : le G** de ManteufTel qui surgissait à l'ouest avec deux corps d'armée.
La 1" armée de la Loire, appelée à s'avancer entre Paris et la frontière de l'Est, opérait dans les condi* tions d'un désavantage irrémédiable ; elle était exposée à des attaques indépendantes sur chacun de ses flancs. Si elle se dirigeait à l'ouest vers Paris, l'ennemi, maître de Dijon et de Metz, et par derrière tirant des renforts d'Allemagne, se jetait sur son flanc droit ; si au contraire elle se tournait à Test vers FAllemagne, l'ennemi possesseur d'Orléans et de la Champagne et puisant dans l'armée d'investissement de Paris, l'attaquait par son flanc gauche. C'est en effet une agression sur sa gauche qui venait surprendi*e l'armée de l'Est.
Lorsque le grand quartier général prussien avait vu se dessiner le premier mouvement du G** Bourbaki sUr Montargis, il avait pris des mesures de précaution et, entre autres, détaché le IP corps de l'armée d'investissement de Paris pour l'envoyer à Montargis. Après qu'il eut reconnu que la 1'* armée de la Loire était au contraire dirigée vers Belfort, il s'empressa d'acheminer le IP corps sur Châtillon- sur-Seine et Nuits-sous-Ravière, et d'amener en même temps le
V1I° corps sur les mêmes points. Ces deux corps concentrés le 12 janvier, sous les ordres du Qu'île MantcufTel, forment un effectif do 45,OOU fantassins et 9,000 cavaliers avec 168 canons (1), Le G»' de Manteuffel quitte Cbâtillon-suivSeiae le 13 janvier; il se dirige eu droite ligne sur Vesoul, pour se reliera l'armée du G»' de Werder et tomber sur le flauc gauche du G»' Bourbaki.
Le G»' de Manteuffel doit passer entre Langres et Dijon, deux villes occupées par les Français. Langres était devenue une forteresse de premier ordre, depuis qu'on avait construit des forts détachés autour de sa citadelle. Elle avait une garnison de 15,000 hommes dont 5 ou 6,000 de bonnes traupes (2), mais sou commandant ne fit aucune entreprise sérieuse contre le flanc gauche du G" <ie ManteuS'el qui passait devant lui ; les détachements qu'il ât sortir (3) furent contenus sans difficulté par un corps ennemi maintenu en vue de la place. Dijou était gardé par le G»' Garibaldi, qui s'y était rendu d'Autun, lorsque le G" de Werder eut reculé devant l'armée de l'Est. Dijon était un nœud de routes et de chemins de fer, aussi, le G»' Garibaldi avait-il ordre de s'y fortilliT, on pit-visioii d'un retour Ô£ l'ennemi. Lorsque li/ G'' de Maiitcliflbl?
nord de Dijon, la 'jin^iiion si' [lusa pmT baldi, non plus seulement de^aBtt'*fl|
(1) Wartensleben, Ojifatimt'i ■
(2) Langres pendant ta guen
(3) Ibid,, p. 77.
mais de sortir pour chercher à lui barrer la route vers Test. L'armée des Vosges, sous les ordres du G** Garibaldi, s'élevait à 12,000 hommes environ (i);'ello était formée de corps francs armés de la façon la plus diverse. Les hommes étaient énergiques et se battaient bien, néanmoins la cohésion et la discipline pour agir en ligne, en rase campagne, leur manquaient absolument. Le G»^ Garibaldi disposait encore d'environ 17,000 (2) gardes nationaux mobilisés commandés par le G** Pelissier, mais sans instruction et entièrement dépourvus d'artillerie. Le G** Garibaldi, dans ces conditions, ne se crut pas de force à tenir tête à découvert aux troupes d'élite de Tennemi (3), il reste donc immobile derrière ses retranchements. Le G** de Manteufiel prend alors l'offensive et détache sur Dijon une brigade aux ordres du G*^ Kettler. Pendant trois jours, les 21, 22 et 23 janvier, le G** Kettler attaqua les positions tenues par l'armée des Vosges et les mobilisés autour de Dijon. Il fut repoussé et laissa môme un drapeau sur le champ de bataille, le seul perdu par les Allemands pendant toute la guerre. Quoique battu, il avait réussi à neutraliser les forces françaises placées à Dijon, et, derrière lui, le G** de Manteufifel poursuivait sa marche en sécurité.
Cependant le G** de Manteuffel a appris rinsuccôs
(l)G*i'Pelissier. Enquête parlem,, tome III, p. 51t< Bordone. Vai^mée des Vosges et la Commimon (V enquête , p. 157.
(3) G*^ Pelissier. Enquête pariem,, tome III, p. 511.
(3) Voyez G*i Garibaldi, Lettre à Fabrizzi, Bordone. Uarmée des Vosges et la Commission d'enquête, p. 1^*
dos Français à Héricourt. Le G'' de Werder peut donc se passer des renforts qu'il lui amène, puisque avec ses seules forces il a déjà repousse l'armée de l'ËsL. Le G" de Mauteuffel change alors d'objectif, il reiiouce au mouvement sur Vesoul ; il infléchit sa marche sur Gray et Dôle et se propose, non plus de tomber sur le Hanc des Français, mais de se porter plus an sud, droit sur la frontière suisse et, en interceptant toutes les routes, d'obliger le G" Bourbaki à se réfugier en Suisse. Le G'* de Manteuffel ne trouva pas plus d'obstacles, entre Dijon et Besançon, qu'il n'en avait rencontré entre Dijon et Langres. Si le G»' Garibaldî s'était renfermé dans Dijon, le G'' Bourbaki avait de son côté négligé de protéger ses derrières, en défendant Gray et Dôle. Il s'est bonié i. occuper la ligne de la Loue, Quincey et Mouchard, dans le voisinage immédiat de Besançon, au sud (1). Le G*' de Manteuffel s'avance rapidement, il a dépassé Dôle, il commence à intercepter les communications do l'armée de l'Kst, son avant-garde est à Quincey- Vaudrey et touche à la route de Besançon à Lons-ie-Saunier. Tous les yeux s'ouvrent enfin du côté des Français sur l'immense danger que court l'armée de l'Est, et, le 24 janvier, le G>' Bourbaki réunit un conseil de guerre à Château-Farine, près de Besançon. Deux partis s'ofliji ,.: '.-'.]■ !.■ ; ] L .■ Ir.'iit-; sur Lyon par Aiaonne (1 !-■ '..(!."'. !■■ I.-; ■! !■[ du Doubs, comme M. de l< I i il'uae auuUv« pressante,
OU bien par Pontarlier et Gex, le long de la frontière suisse. La retraite par Auxonne parut impraticable au G«* Bourbaki et à la majorité des chefs de corps. Les vallées de la Saône et du Doubs étaient déjà au pouvoir de l'ennemi, et, dans Tétat de démoralisation de Tarmée , tenter le passage, c'était se jeter entre le G" de Manteuffel au sud et le G'^ de Werder au nord, et courir au-devant de la destruction (1). On décida donc que la retraite s'effectuerait par Pontarlier. Le G** Bourbaki avait été profondément affecté par les attaques dirigées contre lui à l'occasion de sa sortie de Metz et de sa mission auprès de l'Impératrice ; à cette première causQ de trouble se joignaient l'insuccès d'Héricourt et la crainte de voir son armée entièrement perdue, obligée de passer en Suisse ; il recevait enfin de M. de Freycinet des dépêches du ton le plus acerbe. Il perdit possession de lui et le 26 janvier se tira un coup de pistqlet dans la tôte ; sa blessure, sans être mortelle, le mettait hors d'état de commander. Le G'* Clinchamp qui le remplaça n'eut qu'à continuer la retraite commencée (2). Il arrivait à Pontarlier le 28 janvier, avec la plus grande partie de l'armée. Le lendemain un télégramme de la Délégation de Bordeaux, l'informait qu'un armistice général venait d'être signé à Versailles, entre M. Jules Favre et M. de Bisnaarck.
(1) G*l Clinchamp. Enquête parlem., tome m. p. 308.
(2) Id., i6iV/., tome UI, p. 308.
De grauds change ments s'étaieat acconiiilis en Europe, pendaut que la France poursuivait sa résistaoce: les italieus étaient entrésàRome, et la Russie avait dénoncé la clause du traité de Paris qui restreiguait son di-oit de naTigatiou duna la mer Noire. Le gouvernement français, dès les premiers l'evers, avait rappelé les troupes qu'il maintenait à Rome. Le pape n'avait plus eu, pour se protéger, que sapetite armée. Les Italiens, après Sedan, ne virent plus d'obstacles à leurs desseins sur Rome. Le 18 septembre, l'armée italienne arrivait devant Rome, le 30 elle commençait l'attaque. Le pape rendait la ville le jour même, après une courte résiâtauce, faite pour constater la violence qu'il subissait ; il se retirait dans le Vatican et riLaUo a'amiexail Uomc et lu territoire i[ui l'entoure, traité signé à l'aiis le . mis fin à la guerre de Crîr dans la
lui rappelait sans cesse sa défaite. La France, qui de concert avec l'Angleterre lui avait imposé le traité, se trouvant abattue, elle jugea que le moment était venu de s'afTranchir. Le prince Gortchakoff, dans une circulaire adressée le 29 octobre 1870 aux puissances signataires du traité de Paris, déclarait qu'à l'avenir, la Russie se tiendrait quitte de rengagement contracté et qu'elle entretiendrait dans la mer Noire telle marine qu'elle jugerait convenable.
C'était la Prusse qui à elle seule avait vaincu la France. L'Italie et la Russie, profitant de l'abaissement de la puissance militaire française, pour s'assurejr certains avantages, se trouvaient donc indirectement ses obligées. M. de Bismarck avait eu soin d'exploiter autant que possible cette situation, pour s'assurer les bonnes grâces de ces deux nations et les empêcher d'intervenir efficacement en faveur de la France. L'Allemagne avait encouragé les Italiens à marcher sur Rome; il est vrai que ceux-ci, sans engagements avec elle à l'égard du pape, n'avaient nul besoin de son agrément pour aller à Rome, et, par conséquent, M. de Bismarck ne pouvait mettre à très-haut prix l'appui moral que l'Allemagne donnait à l'Italie. Il en était autrement à regard de la Russie. En répudiant le traité de Paris, la Russie manquait à des engagements contractés en quelque sorte enversla Prusse elle-même,puisque celleci avait participé au traité, comme grande puissance signataire. Cependant M. de Bismarck était trop heureux que cette circonstance lui permît de cc^"*'
der quelque chose à la Russie, qui au début de la guerre était engagée avec lui dans une alliance à laquelle elle restait fidèle; la dénonciation du traité do Paris recevait donc son complet assentiment et il s'empressait de la faire accepter par l'Europe. Dans ceL état de choses, tous les efforts de la diplomatie française, pour obtenir l'intervention des neutres, devaient échouer.
M. de Chaudordy, après MM. Jules Favre et Thlers, s'était lui aussi-adresse aux puissances européennes. Il les avait particulièrement solliciiées de s'entremettre auprès de la Prusse, pour les conditions de la paix. M. de Chaudordy, lié par le refus de cession de territoire que faisait le gouvernement de la Défense nationale, n'avait pu offrir que le démantèlement des forteresses. Les puissances avaient refusé d'intervenir sur cette base, la concession leur paraissait insuffisante (1). L'Italie avait cependant engagé la Prusse, dans une note, à conclure la paix sans démembrer le territoire français. L'empereur de Russie avait écrit au roi Guillaume, pour lui demander d'user de modération envei-s la France. Cette démarche restait sans résultat. C'était une marque' de sympathie purement gratuite que l'empereur témoignait à la France, afin de contre-balancer, dans mil' '■■ ■ ■ '■'■ .'.'■! ■■-■ '!-■ J.tiiiiie ami-
IH» LA ICFnSE XATIOrCALS.
Frt:D:)f^ -^iîsii sias doate fort exagéré, et il finit par >"eDri>t£rjr 5*? œiîsioas qui seraient mises à la
T:tL: ^ï r^* M. & Bis'-narck avait dit de ses intcn-
:.i:ii:5 ^ r^cD:c«r aTCc l'Empire et des empêchements
çtlL. «L'ur^T^Taî: «o zj^ariace, n'avait probablement
fmirî ii::! rD* TizipnKsîonner M. Jules Favre pour
4( :rf!i>Iz« :*jor. W^i. car aussitôt que celui-ci se fut
iijiirm* 5fis r.:cli:î>:is de la reddition de Paris,
£ rjor-in^iarA à ies I:n lévâer. Bien n*était encore
firtr^jf- fci:^ I* rx. le G"* de Moltke et lui, cepen-
iicK £1 rccsjiiéi:^:* jue rarmée devrait être prison*
xjiT* « ifi ^3Lr5^ rincaale désarmée. Quant à l'entrée
£w» Pir^ i^ r:û dc raitnée y tenaient tellement, qu'il
li^ Torrxz; ^^éàfS' :§s::r ce point, mais les troupes ne dé-
wssBciàeri jots jds Chimp^Elysées. M. Jules Favre
ii<icîu:na cpr-. à&qs Téut d^esprit des habitants, la
Tirîâ^ w TOSSie^:m alisc^oe de la ville pouvait seule
T^esm»?::;?^ 1 Te^niDeain de désarmer la garde nationale
C4 ^ iùre <on entrée avec sécurité. M. de Bismarck
s^ £; â^c:::>«r ^es a!:iseiTaùons par écrit, pour les sou-
ifi^x:?)^ a^ rûi« es les deux interlocuteurs se sépa-
M. J::j5§ Pjitt^p emportait de ce premier entretien HmjKnKsàctitî qtie M« de Bismarck traiterait avec lui. Il fixa oo.jC âjû^s son esprit les principaux points de la cd«iT(>riti.>]i 4 intoreoir. La reddition de Paris ue |»oûTait eue MTusèe, mais il y mettrait trois con- ^iiidos : rannèe prisonnière resterait dans Paris , la ^ai>àe nalioQale œas^ verait ses armes^ l'ennemi
n* entrerait pas dans la ville. M. Jules Favre était persuadé que la capitulation de Paris terminerait la résistance de la France, il entendait donc l'englober dans un armistice général, qui permettrait d'élire une assemblée pour coDclurelapaix. En obtenant la convocation d'une assemblée, il écarterait d'ailleurs la restauration de l'Empire et éviterait l'ingéreuce de l'ennemi dans les affaires intérieures du pays.
Lorsque M. de Bismarck revit M, Jules Favre le 24, il lui dit qu'il était autorisé par le roi à négocier avec lui. Il abandonnait donc son premier projet do traiter avec l'Empire, sauf à le reprendre s'ils ne parvenaient à s'entendre. M. de Bismarck admit sans objection l'armistice général et la nomination d'une assemblée. La durée de l'armistice fut fixée à trois semaines.
Le débat devint fort vif sur les clauses de la reddition de Paris et se prolongea. M. de Bismarck ne voulut point renoncer au droit, pour l'armée prussienne, d'entrer dans la ville, il en renvoya seulement l'exercice après l'expiration de l'armistice. M. de Bismarck consentait à ne pas emmener en Allemagne l'armée prisonnière, il se bornait à la faire garder par les troupes prussiennes hors de l'enceinte de Paris, dans la presqu'île de Genevilliers. M. Jules Favre fit ressortir quelle serait l'humiliation de soldats parqués prisonniers sous les yeux de leurs concitoyens, et aussi combien il serait cruel de tenir des hommes campés en plein hiver. M. de Bismarck aitui^ enfin que les troupes fussent laissées dans Ig^ .n^^ 1\ inaisVa daNanlage
rence finit par se réunir sans que la France fût représentée et elle se borna à ratifier les changements apportés par la Russie au traité de Paris.
Ainsi lorsque M. Jules Favre arriva à Versailles le 23 janvier pour négocier, il trouvait Tennemi dégagé de toute crainte d'une intervention de TEurope, et en même temps victorieux sur tous les points, au Mans, à Saint-Quentin et à Héricourt. M. Jules Favre dit à M. de Bismarck, en Tabordant, qu'il venait reprendre l'entretien où il Ta vait laissé à Ferriôres. «Vous arrivez (( trop tard, lui répondit celui-ci, nous avons traité avec « votre Empereur. Comme vous ne pouvez ni ne voulez « vous engager pour la France, vous comprendrez que « nous cherchions le moyen le plus efficace de terminer « la guerre. » Il ajouta : « Votre erreur après Sedan a « été de croire que vous pouviez refaire des armées; (( quel que soit le patriotisme d'une nation, elle ne peut «improviser des armées. Au commencement de la « campagne nous avons trouvé le troupier français (c avec toute sa valeur, seulement il était commandé « par des chefs incapables, et c'est pourquoi nous vous « avons battus. Aujourd'hui, ceux que vous nous op- « posez ne manquent ni de courage ni d'abnégation, « mais ce sont des paysans et non pas des soldats. « S'il suffisait de donner un fusil à un citoyen pour en (c faire un soldat, ce serait une grande duperie de dé* (c penser le plus clair de la richesse publique à former V et à entretenir des armées permanentes. Or, c'est « encore là qu'est la vraie supériorité et c'est pour l'a- « voir méconnu, que vous êtes dans la situation ac-
L'ARHIBTICE et les ËLECTIONS. 305
sances de son différend avec la Prusiie, aussi arfùtil fait d'avance ses réserves et spéciÛÔ que les diplomates, réunis pour s'occuper du traité de Paris, n'aborderaient aucun autre sujet. MM. GambeLta et de Chaudordy, sans tenir compte des restrictions de M. de Bismarck, s'étaient en effet promis d'exposer à la conférence les griefs de la France. Ils avaient accepté avec empressement l'invitation qui leur était faite, ils avaient cboisi M. Jules Favre pour représentant, et lui avaient envoyé, par pigeon, l'avis pressant do sortir de Paris, pour se rendre à Londres, où la conférence devait se réunir. L'offre de participer à la conférence ne reçut point à Paris, du public, de la presse et du gouvernement, le même accueil favorable qu'elle avait trouvée à Bordeaux. Ou étaità Paris CD proie à l'indignation qu'amenait le bombardement. La pensée de voir M. Jules Favre s'asseoir à côté du représentant de la Prusse, pour discuter paisiblement le droit de navigation dans la mer Noire, inspirait une profonde répulsion. M. Jules Favre était luimême partagé entre le désir de faire entendre à la conférence les protestations de la France et l'éloignomeut qu'il éprouvait à sortir de Paris bombardé. Il craignait que son départ n'eût l'apparence d'une fuite Qh lie semblât dicté p:ii- la f]i.';si]' de ^e -uiistraire aux d^yuMiii'tl''-'- .!ii la ca[.iLulaitijii i]i)i approchait. J jqj^Bai'C ltaviiiiMi iiiutlre toutes
1^^^ ***'F'P^"V^, Jules Favre de l'in-
Uissez-passer pour La confé-
France était sans doute fort exagéré, et ii finit par s'enquérir des conditions qui seraient mises à la reddition de Paris.
Tout ce que M. de Bismarck avait dit de ses intentions de renouer avec l'Empire et des empêchements qu'il entrevoyait en province, n'avait probablement d'autre but que ^d'impressio^iner M. Jules Favre pour le rendre conciliant, car aussitôt que celui-ci se fut informé des conditions de la reddition de Paris, il commença à les lui révéler. Rien n'était encore arrêté entre le roi, le G** de Moltke et lui, cependant il considérait que l'armée devrait être prison* nière et la garde nationale désarmée. Quant à l'entrée dans Paris, le roi et l'armée y tenaient tellement, qu'il ne pouvait céder sur ce point, mais les troupes ne dépasseraient pas les Champs-Elysées. M. Jules Favre déclara que, dans l'état d'esprit des habitants, la prise de possession absolue de la ville pouvait seule permettre à l'ennemi de désarmer la garde nationale et de faire son entrée avec sécurité. M. de Bismarck se fit donner ces observations par écrit, pour les soumettre au roi, et les deux interlocuteurs se séparèrent.
M. Jules Favre emportait de ce premier entretien l'impression que M. de Bismarck traiterait avec lui: Il fixa donc dans son esprit les principaux pointfe de la convention à intervenir. La reddition de Paris ne pouvait être refusée, mais il y mettrait trois conditions : l'armée prisonnière resterait dans Paris , •la garde nationale conserverait ses armes^ l'ennemi
n*entrerait pas dans la ville. M. Jules Favre était persuadé que la capitulation de Paris terminerait la résistance de la France, il entendait donc Tenglober dans un armistice général, qui permettrait d'élire une assemblée pour conclurelapaix. En obtenant la convocation d'une assemblée, il écarterait d'ailleurs la restauration de l'Empire et éviterait l'ingérence de l'ennemi dans les affaires intérieures du pays.
Lorsque M. de Bismarck revit M, Jules Favre le 24, il lui dit qu'il était autorisé par le roi à négocier avec lui. Il abandonnait donc son premier projet do traiter avec l'Empire, sauf à le reprendre s'ils ne parvenaient à s'entendre. M. de Bismarck admit sans objection l'armistice général et la nomination d'une assemblée. La durée de l'armistice fut fixée à trois semaines.
Le débat devint fort vif sur les clauses de la reddition de Paris et se prolongea. M. de Bismarck ne voulut point renoncer au droit, pour l'armée prussienne, d'entrer dans la ville, il en renvoya seulement l'exercice après l'expiration de l'armistice. M. de Bismarck consentait à ne pas emmener en Allemagne l'armée prisonnière, il se bornait à la faire garder par les troupes prussiennes hors de l'enceinte de Paris, dans la presqu'île de Genevilliers. M. Jules Favre -fit ressortir quelle serait l'humiliation de soldats parqués prisonniers sous les yeux de leurs concitoyens, et aussi combien il serait cruel de tenir des hommes campés en plein hiver. M. de Bismarck admit enfin que les troupes fussent laissées dans la ville. Il insista davantage
pour le désarmement de la garde nationale. D'ailleurs il donnait des raisons qui n'étaient pas seulement tirées de son intérêt d'ôter au vaincu tout moyen de résistance, il appuyait encore sur les dangers que courrait la paix publique dans Paris, si on; maintenait sous les armes une population surexcitée et animée de passions révolutionnaires. 11 demandait au moins qu'on ne conservât armés que les soixante bataijlons formés sous TEmpire, avec des hommes acquis aux idées d*ordre. Cette demi-mesure était impraticable; les anciens bataillons de la garde nationale avaient été grossis depuis le siège et plus ou moins fondus avec les nouveaux. Le gouverncT ment de la Défense nationale se sentait du reste absolument impuissant à désarmer la garde nationale eii totalité ou en partie. Il n'eût pu enlever les armes à la poivulation qu'en appelant les Prussiens à prendre entière possession de Paris. Mais M^ Jules Favre, chargé de défendre les droits et l'honneur d'une ville qui venait de résister pendant quatre mois, considérait au contraire comme le premier de ses devoirs d'écarter l'occupation de l'ennemi. Les arguments qu'il fit valoir contre le désarmement de la garde nationale amenèrent M. de Bismarck à céder encore sur ce point. M. Jules Favre se servit alors des remarques de sou interlocuteur sur le péril que courrait l'ordre public, pour demander qu'on lui laissât trois divisions armées, destinées à assurer la tranquil-» lité. M. de Bismarck n'accorda, après avis du G** de Moltke, qu'une seule division de 12,000 hommes qui.
avecla gendarmerie et la police, devait faire une force de 16 à 18,000 hommes.
M. Jules Favre revint à Paris le 24 au soir. Ses collègues du gouvernement l'attendaient dans la plus grande anxiété; les conditions obtenues leur parurent admissibles ; plusieurs d'entre eux les trouvèrent même relativement favorables (1). M. Jules Favre retourna dès le lendemain matin à Versailles, pour poursuivre la négociation. Chaque soir il revenait à Paris, soumettait les propositions au gouvernement et repartait le lendemain, pendant que M. de Bismarck de son côté voyait le roi et le G*^ de Moltke, et obtenait leur adhésion aux clauses nouvelles ou modifiées qu'il arrêtait. Le 25 on fixa la contribution de guerre que Paris aurait à payer. La veille, M. de Bismarck avait réclamé un milliard, sous prétexte que la ville de Paris ^tait un trop grand personnage pour que sa rançon pût être moindre. M. Jules Favre, en communiquant cette demande au gouvernement, avait été autorisé à accorder cinq cents millions. Revenu à Versailles, il offrit cent millions et transigea définitivement avec M . de Bismarck pour deux cents.
M. Jules Favre était laissé seul à conduire une négociation qui exigeait Texamen de questions militaires en dehors de sa compétence ; il en avait fait l'observation dès le 24, afin qu'on lui adjoignît un général. La difficulté était de trouver un officier qui voulût se rendre auprès de l'ennemi. Le G** Callier sur
(1) Rapport de M, Chaper (Notes Dréo), p. 148.
lequel le gouvernement avait d'abord jeté les yeux, avait trouvé un motif d'excuse (1). Le G*^ Trochu, à son défaut, choisit le G»* de Beaufort d'Hautpoul, qui avait autrefois pris part à des missions diplomatiques; il alla lui-même le 27 au matin l'inviter à partii*. Le général n'obéit qu'en pleurant (2), et la surexcitation du patriotisme lui fit tenir à Versailles un langage tellement cassant (3) que M. Jules Favre dut le soir mâme demander un autre auxiliaire. Enfin, M. Jules Favre emmena le 28 le G»* de Valdan, chef d'état-major du G»* Vinoy, et il arrêta définitivement avec son concours les clauses militaires de l'armistice : l'armée de Paris conserverait ses drapeaux; les armes, fusils et canons, seraient versés en magasin par les troupes et remis ensuite à Tennemi; les Allemands occuperaient les forts; les canons des remparts seraient démontés de leurs affûts et renversés en bas de la banquette, sur le chemin de ronde.
Lorsqu'il fallut tracer la ligne de démarcation aux armées que l'armistice immobilisait en province, M. Jules Favre et le G" de Valdan, sans renseignements sur la situation au dehors, se trouvèrent à la merci du vainqueur. La règle, en pai'eil cas, est de prendre pour base les positions respectives des belligérants à la signatm*e de Tarmistice, mais cette fois
(1) Rapport de M, Chaper (Notes Dréo), p. 107.
(2) Calvet. Enquête parlem,^ tomeUIi p. 168.
(3) De Beaufort. Enquête parUm,, tomem^ p. 165. Trochu. Ew quête parlent.^ tome I, p. 320.
l'armistice et les ELECTIONS. 313
les Allemands s*octroyèrent des positions importantes qu'ils n'occupaient point. Au nord ils acquirent ainsi la place d'Abbeville (1); en Normandie, ils s'étendirent dans la Seine-Inférieure et le Calvados; au sud de la Loire ils gagnèrent une partie des départements d'Indre-et-Loire et du Loiret, et les lignes du Cher et de la Vienne (2). Cette dernière perte allait devenir d'autant plus sensible en province qu'au moment môme où Tarmistice se négociait, le G»^ Pourcet, à la tête du 25® corps, avait reconquis du terrain de ce côté, et enlevé à l'ennemi le faubourg de Blois. Dans l'est, M. de Bismarck demandait la place de Belfort qui, prétendait-il, ne pouvait résister plus de dix jours. M. Jules Favre, en l'absence de tous renseignements, se refusait à la livrer. On avait fondé à Paris de si grandes espérances sur la marche de l'armée de l'Est et on avait été tellement encouragé à y persévérer par là nouvelle du succès de Villersexel, que M. Jules Favre était encore enclin à croire le G»* Bourbaki victorieux; M. de Bismarck le représentait au contraire comme complètement battu et entouré, sans autre refuge que la Suisse ; il déclarait, • du reste, que les lignes télégraphiques étaient coupées dans l'est et que les nouvelles de cette région étaient fort en retard ; il ne pouvait donc fournir de renseignements précis sur la position des armées. Dans cet état d'incertitude, on convint d'exclure provisoiittmant de l'armistice
Belfort et les trois dépai*temeaj^ Doubs, du Jura
(1) G*^ FûdheThe, Campagne deVca^ ^.
(2) De Freicinet. La guerre en prov
et de la Côte-d'Or. MM. de Bismarck et Jules Pavre, enfin d'accord sur tous les points, signèrent la convention d'armistice le samedi ?8 janvier, à 10 heures du soir(l).
M. de Bismarck avait, dès le 26, jugé la négo* ciation assez avancée pour proposer à M. Jules Favre d'interrompre les hostilités autour de Paris ; celui-ci s'était empressé d'accepter, et à minuit, le 26 janvier, le dernier coup de canon était tiré par la ville assiégée (2). Au moment où Paris cessait sa résistance, toutes ses défenses étaient encore debout. Les forts d'Issy, de Vanves et de Montrouge, sur lesquels s'étaient concentrés au sud les efforts des Allemands, quoiqu'ils eussent beaucoup souffert, n'en continuaient pas moins à répondre au feu de l'ennemi. Ils étaient soutenus en arrière par les batteries du mur d enceinte, leurs garnisons réparaient la nuit les dégâts subis et rien ne faisait encore prévoir l'époque où ils pourraient être réduits (3). Les forts de la Briche et de la Doublé- Couronne, à Saint-Denis, par leur isolement, leur faible étendue, leur exposition au feu plongeant des hauteurs voisines, étaient, de tous les ouvrages extérieurs, les plus sérieusement menacés (4). Ils subissaient ^depuis quelques jours un bombardement terrible (5), auquel leur artillerie ne répondait qu'imparfaitement; l'ennemi avait commencé contre eux
(1) Jules Favre. Gouvernement de la Déf» nat», tome II, p. 408. . (2) Id., ibid,^ tome H, p. 406.
(3) G'* \inoy. Ij armistice et la Commune^ p. 38. (4)Id.,j6«e/., p. 62.
(5) Amiral La Roncière. La marine au siigede PariSf p. 884.
des travaux d'approche; cependant leur chute eût pu être encore assez longtemps retardée.
Le 29 janvier, les 'Allomanda occupèrent les forts et les ouvrages extérieurs, sauf le château de Vincennes. Ils établirent autour de Paris, entre les torts et le mur d'enceinte, un nouveau cordon d'investissement. Les garnisons françaises des forts et toutes les troupes rentrèrent dans la ville.
M. Jules Favre avait laissé ignorer à M. de Bismarck,pendant les négociaiîons, que Paris subissait la famine. Le gouvernement avait si bien attendu les derniers délaispour entrer en rapport avec l'ennemi, qu'à mesure que la discussion de l'armistice se prolongeait, il en était venu à craindre sérieusement de manquer de vivres. M. Jules Favre, aussitôt l'armistice signé, révéla à M. de Bismarck l'horrible situation dans laquelle on se trouvait. Celui-ci, fort impressionné, mit !i la disposition de Paris les farines dont l'armée allemande pouvait se priver, ce qui représenta une quantité de vivres suffisante pour nourrir la population pendant un jour et demi, et fournit ainsi à la ville un secours important. Il donna en outre toutes facilités pour que le ravitaillement pût s'effectuer de suite, en modifiant la clause de l'aimistico qui le renvoyait après le désarmement durenccliile et doIilgttnitBC Les compagnies de chemins de fer se li4^'' parer leurs lignes, des quanta rées avaient éto réunies au pour parer aux immenses t Paris éprouverait à la fl o du ■>
ai 6 LA DÉPENSE NATIONALE.
donc commencer plus promptement qu'on ne l'avait supposé. Dès le 3 février, un train de vivres arrivait par la ligne d'Orléans. Le 4 la ligne du Nord livrait passage à un immense envoi de provisions, que la ville de Londres offrait aux habitants de Paris. Â partir de ce jour, la famine cessa et Talimentation reprit peu à peu son cours régulier.
Le gouvernement avait révélé l'existence des négociations d'armistice par une note insérée le 27 janvier au Journal officiel. I/émotion dans Paris fut profonde. Des velléités de révolte et de résistance désespérée se produisirent (1). Néanmoins la population se contint, dominée par le sentiment de son impuissance et par la crainte de prolonger inutilement les souffrances que la famine faisait éprouver aux femmes et aux enfants.
La nouvelle de la signature de l'armistice arriva à Bordeaux le 29 janvier, à 9^ heures du matin, apportée l)ar un télégramme de M.Jules Favre à laDéléga-. lion (2). « Nous signons aujourd'hui un traité avec « M. le comte de Bismarck. Un armistice de viugt-et- « un jours est convenu. Une assemblée est convoquée « à Bordeaux pour le 15 février. Faites connaître cette « nouvelle à toute la France. Faites exécuter l'armis- « tice et convoquez les électeurs pour le 8 février. « Un membre du gouvernement va partir pour Bor- « deaux. » Le 30 janvier à 2 heures de l'après-midi, la Délégation n'avait reçu à Bordeaux aucune nouvelle
(1) Jules Claretie. Paris assiégé^ p. 311.
(2) Crémîeux. Gouve^m. de la Déf, natf V partie, p. 88.
dépêche, et l'envoyé annoncé n'était ni arrivé ni même signalé, aussi M. Gambetta télégraphiait-il à M. Jules Favre, pour obtenir les renseignements complémentaires, indispensables à la convocation des électeurs. Le télégramme de M. Gambetta, transmis par Versailles,, fut donné à M . de Bismarck qui répondit luimême : « Votre télégramme à M. Jules Favre, qui (c vient de quitter Versailles, lui sera remis demain « à Paris. A titre de renseignement, j'ai Thonneur de « vous communiquer ce qui suit : l'armistice conclu « durera jusqu'au 19 février. » Puis M. de Bismarck faisait connaître la ligne de démarcation tracée aux armées belligérantes et disait : « Les hostilités conte tinueat devant Belfort et dans le Doubs, le Jura et « la Côte-d'Or jusqu'à entente. » Il terminait par les conditions mises à la reddition de Paris.
Les rapports entre le -gouvernement de Paris et la délégation de Bordeaux avaient pris, depuis quelque temps, une certaine aigreur. On était porté de chaque côté à alléger sa part de responsabilité, en surchargeant celle de l'autre. Paris attribuait sa chute à l'impuissance de la province à faire lever le siège ; Bordeaux reprochait à l'armée de Paris de laisser écraser les armées de province, en ne sachant pas retenir un nombre d'ennemis suffisant autour de la ville. M. Gambetta avait, dans le cours de janvier, envoyé à M. Jules Favre des dépêches très-pressantes, pour l'exciter à une action militaire plu" Il s'était en outre élevé contre le G»* "^ dant qu'il fût remplacé par w^ '
Une dernière cause de dissentiment avait été le jiigement différent porté, à Paris et à Bordeaux, sur l'opportunité de participer à la conférence de Londres. Dans ces circonstances, des mesures aussi graves que la conclusion d'un armistice et la convocation des électeurs arrêtées en dehors de la Délégation , ne pouvaient manquer d'être mal accueillies par celle^ cL Les républicains en province se sentaient d'ailleurs doublement atteints par les décisions prises à Paris, comme patriotes et comme hommes de parti* Les grandes villes! s'abandonnaient à une sorte de fureur patriotique qui les empêchait de juger sainement la situation. Le parti de la guerre à outrance, à. la tête! duquel était M. Gambetta, persistait donc, mémo Pâlis: tombé, à croire la résistance possible ; il se promettait toujours de lasser l'ennemi par sa persévérance et de finir par le repousser. L'armistice amenait les élections ; les républicains de Bordeaux voulaient les renvoyer après la victoire qu'ils espéraient obtenir^ certains, qu'autrement elles leur seraient défavorables. A voir ainsi toutQs leurs combinaisons renversées par le. gouvernement de Paris, M: Gam^ betta et les républicains serrég autour de. lui éprouvaient une grande irritation. Le télégramme de M. do Bismarck les . surprenant dans ces dispositions les exaspéra.
M. Jules Favre avait transmis la nouvelle de l'armistice sans donner de détails. M. de Bismarck apprenait quels agrandissements il s'était assuré en traçant la ligne de démarcation. En même temps parvenaient
à Bordeaux les plaintes des généraux, contraints do céder des territoires qu'Us avaient eu tant de peine à protéger. M. Grambetta, dans l'igaorance où M. Jules Favre le laissait de l'exception faite pour l'est, avait naturellement étendu la suspension d'armes à cette région. II. était informé, après coup, par M. de Bismarcli, que les lïostiljtés devaient continuer dans l'est, et il recevait des télégrammes du G*' Clincharap qui déclarait que l'ennemi ayant continué à marcher, pendant qu'au contraire lui s'arrêtait sur l'avis de l'armistice, un temps précieux était perdu pour la retraite de son armée. Pois arrive la nouvelle d'un désastre irréparable ; l'armée de l'Est, coupée de toutes parts, a dû se réfugier en Suisse- Ou sefaisait à Bordeaux de grandes illusions au sujet de cette armée, on ignorait la véritable position des ennemis à sa poui'suite, l'assertion du G*' Clinchamp, qui attribuait la catastrophe au temps d'arrêt amené par l'annonce de l'armistice, fut donc acceptée comme exacte. La douleur de M. Gambetta, en apprenant la perte de l'armée de l'Est, fut immense, et alors sa colère déborda contre ceux auxquels il faisait remonter ce malheur. Comment! ce gouvernement dont l'action militaire à Paris avait paru si molle, tombé prisonnier aux mains de i'ennomi, signait un armistice pour toute !a Kj"'^'^"^ abandonnait à l'ennemi des tcnitoires no| il oubliait une année et amenait sa ds-»" ment il avait jugé que Pari^ cesserait toute résistance. Mai entourage ne l'entendaient pi
selon eux continuer à résister même sans Paris. Ou devait poursuivre les armements pendant l'armistice, pour être en mesure de reprendre plus tard la lutte dans de meilleures conditions. Au lieu de cela, la suspension d'armes, telle qu'on l'avait conclue, était devenue une nouvelle cause d'affaiblissement. M* Gambetta ne put maîtriser l'indignation qu'il ressentait. Il ût paraître une proclamation dans laquelle il déaonçait « la coupable légèreté » du gouvernement de Paris, excitait la nation à redoubler d'ardeur et l'invitait à poursuivre la guerre à l'expiration de l'armistice,
M . Gambotta déclara enfin^ dans le conseil de la Délé* gation , qu'il n'accepterait l'armistice et ne convoquerait les électeurs qu'à condition de prendre des précautions contre les hommes du gouvernement précédent. La pensée de frapper d'inéligibilité les serviteurs de l'Empire était d'ailleurs depuis longtemps arrêtée dans son esprit. Il l'avait manifestée, dans les conseils du gouvernement (1) à Paris, et depuis dans ceux de la Délégation (2), chaque fois qu'on avait traité la question électorale. Les circonstances difflciles dans lesquelles les élections allaient avoir lieu, ne faisaient que le confirmer dans son dessein. Ses collègues de la Délégation éprouvaient, il est vrai, de grandes répugnances à empiéter sur les droits du suffrage universel, en créant des catégories d'inéligibles, mais d'un autre côté la démission dont il les menaçait, leur faisait appréhender la guerre civile. La retraite
(1) Jules Simon. JSnguét, parlent. , tome I, p. 505.
(2) Amiral Fourichon. Enquét, parlem,, tome I, p. C37.
l'armistice et les élections. 321
de M. Gambetta, dans l'état d'agitation des grandes villes, devait en effet laisser la Délégation sans force pour se maintenir. Gomment alors procéderait-on aux élections? Que deviendrait même l'armistice? MM. Grémieux et Glais-Bizoin consentirent donc à signer les décrets que M. Gambetta leur présentait ; l'amiral Fouriclion résista plus longtemps, mais Suit lui aussi par donner sa signature (1). Les décrets fu< rent afâchés sur les murs de Bordeaux et insérés au Monûeur, le 1" février, au matin, avec la date du 31 janvier. Ils déclaraient inéligibles, les individus appelés aux fonctions de ministres, de sénateurs, de conseillers d'Etat, de préfets, ou investis de la candidature officielle aux élections législatives, depuis le 2 décembre 1851 jusqu'à»! 4 septembre 1870. Ils excluaient également les membres des familles ayant régné sur la France depuis 1789. Les bulletins qui porteraient les noms des inéligibles seraient considérés comme nuls et n'entreraient poiut dans la supputation des votes. Toutefois, par une circulaire explicative aux préfets, il était prescrit de conserver ces mômes bulletins, pour les annexer aux procès- verbaux des opérations électorales.
Quelques heures après l'appiiritioLi des décrets, M. Jules Simon, désigné par le i;oiivRrnen rendre auprès de la Délégation, arrivait avec MM. Lavertujon et Liouvillo. La " tenir un laissez-passer de M. d
(1} Glaiï-Biioln. Dictature de cinq
d'un voyage sur les ligues de chemin de fer coupées et encombrées, ne leur avaient pas permis d'arriver plus tôt. M. Jules Simon avait été nommé ministre de Tintérieur, pour reniplacer M. Gambetta qui ne devait conserver que le ministère de la guerre. Il était investi des pouvoirs les plus étendus (1) et muni du décret réglementaire des élections rendu à Paris le 29' janvier : la loi de 1849 était remise en vigueur, qui composait l'Assemblée nationale de 750 membres, élus au scrutin de liste par départements, avec le vote au canton ; tous les citoyens français, jouissant de leurs droits civils et politiques, étaient indistinctement reconnus éligibles.
Dans le conseil de la Délégation réuni aussitôt son aiTivée, M. Jules Simon demanda que le décret qu'il apportait fût déclaré exécutoire par la Délégation, qui elle-même rétirerait son décret sur les inéligibilités. M. Gambetta se refusa absolument à agir ainsi et, au cas où on prétendrait Ty contraindre, offrit de nouveau sa démission. Ses collègues de la Délégation, sans tenir en principe à la clause des inéligibilités, prirent cependant parti pour lui contre M. Jules Simon, ils croyaient plus que jamais . que sa . démission serait la cause de troubles profonds. D'ailleurs, la prétention de M. Jules Simon de faire prévaloir, d'emblée, un décret rendu à Paris par un gouvernement prisonnier de l'ennemi et sans connaissance de la situation au dehors, contre une mesure de la Délégation
(I) Rapport de M. Chape'r (Notes Dréo), p. 108.
qui depuisquatre mois gouvernait la province, leur paraissait excessive. Ils eussent voulu queM. Jules Simon entrât, comme simple membre du gouvernement, dans le conseil de la Délégation et qu'après examen, on décidât à la majorité des voix (1). A l'issue de la séance le maire de Bordeaux, M. Fourcand, se présente avec les membres du conseil municipal, qu'il amenait sur la demande même de M. Jules Simon, désireux de connaître l'état de l'opinion (2). MM. Jules Simon el Gambetta firent l'exposé deleurdiiFérendet les conseillei's municipaux se prononcèrent en faveur de ce dernier; les uns parce, qu'ils partageaient ses idées sur les inéligibilltés et la continuation de la guerre, les autres, tels que M. Fourcaud, parce que, tout en préférant le décret de Paris, ils pensaient que la démission de M. Gambetta menait à la guerre civile. M. Jules Simon ne ralliait donc personne et il était évident que dans les dispositions d'esprit où la capitulation de Paris, l'armisdce et les élections les avaient mis, les républicains de Bordeaux n'abandonneraient point M. Gambetta pour aller à lui.
M*. Jules SimoQ entra en rapport avec le G'' Foltz, commandant la division, avec l'intendant du camp do Bordeaux, avec le premier président M. Gélérier. Il reçut d'eux promesse d'appui au cas où il ue luiuwflit éviter une lutte ouverte (3); puis il chcrch' toute la publicité possible au décret de
(1) JulesSimon. Enquét.parkm.,'' (3) Fourcand. Enquéi. parlem,, t( . (3} Jules Simon. Ertquét, parlem.,
Moniteur officiel avait reçu Tordre de la Délégation de ne point insérer ses communications et le télégraphe celui de ne pas transmettre ses dépêches, il eut recours à la poste et envoya par lettres, dans toutes les directions, copie du décret.
M. de Bismarck avait reçu, dans Tintervalle, le décret sur les inéligibilités. Il l'avait trouvé en contradiction avec la clause de l'armistice, qui garantissait la libre nomination de l'assemblée appelée à décider de la paix ou de la guerre. Il se hâtait donc d'envoyer sa protestation à M. Gambetta : « Ver- « sailles, 3 février 1871. Au nom de la liberté des « élections stipulée par la convention d'armistice, je « proteste contre les dispositions émises en votre nom, « pour priver du di^oit d'être élus à l'assemblée des (( catégories nombreuses de citoyens français. Des « élections faites sous un régime arbitraire ne pour* (( ront pas conférer les droits que la convention d'ai** <c mistice reconnaît aux députés librement élus. » Les républicains de Bordeaux prirent cette protesta*tion pour une insulte et une ingérence de l'étranger intolérable. M. Gambetta, en insérant au Moniteur la dépêche de M. de Bismarck, la faisait suivre, d'un commentaire indigné, dans lequel il appelait la nation à se révolter contre Toutrage.
Les journalistes ennemis de la Bépublique ou simplement conservateurs, qui étaient depuis longtemps unanimes à réclamer les élections et à désapprouver la conduite de M. Gambetta, avaient, de leur côté, rédigé une protestation contre la clause des inéligibilités.
Lorsqu'ils apprirent que M. Jules Simoa apportait un décret contraire à celui de la délégation, ils le lui ârentdemander. M. Jules Simon en donna de suite copie. Cet incident accrut encore l'esaspération des républicains de Bordeaui. Ceux-ci en lutte avec les ennemis de tout ordre delà république, non-seulement se voyaient obligés de faire les élections, k un moment défavorable pour eus, mais le gouvernement do Paris, annulant la clause des inéligibilités, leur enlevait les moyens de protection dont ils croyaient avoir besoin et de plus il semblait qu'il eût envoyé un de ses membres pour soutenir leurs adversaires. M. Jules Simon, dans une lettre à la Gironde, avait beau répudier toute solidarité avec les journalistes qui étaient venu le trouver, expliquer gn'il devait donner la plus grande publicité possible à son décretpar toutes les voies indistinctement, la commu' nication qu'il avait faite à des feuilles hostiles, paraissait aux républicains une véritable trahison. M. Jules Simon eut à 'subir de violents reproches, non plus seulement de M. Gambetta, mais encore de M. Crémieux(I). Il produisit, alors le décret qu'il avait gardé secret, par lequel les pouvoirs les plus étendus lui étaient conférés. Ludûlégatiou a'eu refusii ].i;ls moins do céder. On se li'ouva plus i^urif^innUfii désafcord ; la délégation main tcuaui son ùf ■ 'liiî à inter-
dire de toutes inaaiêrâïi^^*- Paris, et M. Ju]«
(IJLrémieux, Le
faire exécuter les décisions du gouvernement, il accomplirait sa mission sans tenir compte des résistances. Les jouri^ux gui insérèrent le décret qu'ils tenaient de M. Jules Simon furent saisis par le directeur de la sûreté M. Ranc. M. Jules Simon afficha son décret, avec une proclamation ; M. Gambetta fit enlever les affiches.
A mesure que la connaissance du désaccord entre M. Jules Simon et la délégation se répandait, Témotion croissait en ville. Bordeaux depuis qu'il servait de siège au gouvernement, avait vu accourir plusieurs milliers d'agitateurs et d'aventuriers, qui se fussent facilement prêtés à des actes de violence (1). Des députations survenaient de diverses villes, pour recommander à M. Gambetta de persister dans la politique de guerre à outrance et le bruit s'accréditait de l'arrestation de M. Jules Simon. Dans cette situation tendue, les membres de la délégation, firent partir M. Crémieux, pour soumettre le différend au gouvernement de Paris. Le public fut informé de cette démarche par une note du Moniteur : « M. Jules Simon membre du gouvernement de « Paris, a apporté à Bordeaux, l'annonce d'un décret «électoral, qui serait en désaccord sur un point, avec « le décret rendu par le gouvernement siégeant à « Bordeaux. Le gouvernement de Paris, est investi (( depuis quatre mois, coupé de toute communication « avec l'esprit public, de plus, il est à l'état de pri-
1) Fourcatid. Ënquét • parlent,, tome H, p. 552.
« sonnier de guerre. Rien ae dil que, mieux informé, « il ne fut pas tombé d'accoi-d avec le gouvernement H de Bordeaux, rien ne dit noa pluS, qu'en dehors de H la mission de faire procéder aux élections, donnée « en termes généraux à M. Jules Simon, il aitentendu « régler d'une façon absolue et déHnitive, le cas parte ticulîerdes incompatibilités. Dans ces circonstances, « le gouvernement de Bordeaux croît devoir mainte- « nir son décret. Il le maintient, malgré les remon- « trances et l'ingérence de M. de Bismarck dans les M affaires intérieures du pays, il le maintient au nom « de l'honneur et des intérêts de la France. Un mem- « bre du gouvernement de Bordeaux, part aujourd'hui « môme, pour porter à la connaissance du gouverne- H ment de Paris le véritable état des choses. »
M. Jules Simon avait, en ce qui le concernait, déjà renvoyé M. Liouville à Paris. M. de Bismarck, dès le 3 février, avait d'ailleurs InforméM. Jules Favre de l'existence du décret sur les inéligibilités. Il lui avait en mênie temps communiqué la protestation qu'il transmettait à Bordeaux, et lui avait dit que les manifestationsbelliqueusesdeM.'Gambetta, si elles n'étaient désavouées, pourraient amener la rupture de l'armistice. Le gouvernement de Paris s'était de suite résolu k briser la résistance do la délégation, li avait se' " ment sursis, pour prendre ses mesures, jusqu' réception directe du décret et des proclaniatior Bordeaux (!}. M. Liouville arrivai'
(1) Rnpporf Chaper (Noies Dréo), p. 181.
328 Là Défense nationale.
avec les documents et les explications désirés. Le gou-' vernement, après Tavoir entendu, rendait alors un nouveau décret ^our confirmer son premier décret réglementaire des élections du 29 janvier, et annuler celui de la délégation sur lesinéligibilités. Il envoyait à Bordeaux trois de ses membres MM. Arago, Pelletan, Garnier-Pagès avec mandat de soutenir M. Jules Simon. Enfin comme il voulait prévoir le cas où M. Gambetta, refusant de céder, remporterait à Bor deaux, il convint de se transporter alors h Poitiers et d*y convoquer l'assemblée (1).
Les trois membres du gouvernement partis de Paris se croisèrent à Vierzon avec M . Crémieux. Celui-ci informé du but de leur voyage s'arrêta et retourna avec eux à Bordeaux. M. Gambetta, lorsqu'il eut connaissance du nouveau décret de Paris, qui annulait en termes formels la clause des inéligibilités, cessa de résister. Il persista seulement à donner sa démission qui fut acceptée. M. Jules Simon avait été désigné à Paris pour occuper le ministère de Tiiitérieur, mais dans Tétat de surexcitation des esprits, les membres du gouvernement réunis à Bordeaux, jugèrent inopportun de lui laisser tenir ce poste. Ils appelèrent au ministère, comme mesure d'apaisement, M. Ârago, resté étranger au conflit survenu. M. Gambetta en se retirant adressa une circulaire aux préfets, pour les invitei^ à suivre les instructions qu'ils recevraient de son successeur. M. Ârago fit immédiatement savoir que
(I) Rapport Chaper, (Notes Dréo), p. 184,
la souveraineté du suffrage uoiversel, ne serait atteinte par aucune restriction, et l'élection dos députés à l'Asseihblée nationale putavoirlieuaujourflxéle 8 février.
Les déclarations belliqueuses de M. Gambotta, en donnant des inquiétudes à l'état-major prussien à Versailles, avaient rendu M. de Bismarck très-exigeant, pour le règlement des questions de détail, qui naissaient de l'exécution de l'armistice. Il avait émis un moment des prétentions inacceptables, telles que do ne pas reconnaître au 6" Garibaldi et à son armée la qualité de belligérants, mais aussitôt que M. Gambetta se fut retiré, il reprit une attitude coociliante et accorda à M. Jules Favre, qui réclamait une durée plus grande de l'armistice, une première pi-olongation de deux jours, en lui en promettant une nouvelle, l'assemblée réunie.
Il restait toujours à mettre âii aux hostilités dans l'est et à tracer, de ce côté, une ligne de démarcation aux armées. M. Gambetta, lorsqu'il avait transmis les ordres pourexécuterl'armistice, laissé dans l'ignorance de l'exception qui atteignait les départements de l'est, avait représenté la suspension d'armes comme applicable à l'armée de l'Est et aux armées ennemies en face d'elle. La nouvelle d'uu armistice arrivait le 29 dans l'après-midi (1) au G'' Clincbamp, comniL' une faveur inespérée du sort. Son arniiV» était à co rtiu' centrée à Poatarlier, sans vivretî {ij ; elle
(1) Beiaqaier. Lt) derniirea campagntt t*»- ' (a) Betuqiiier. Les dtrnièrtt campagm' • '
ChâiFois et à Sombacourt, de subir de graves échecs et de perdre 4,000 hommes, 2 généraux et 12 canons. Elle n*avait conservé d'ouverte, avec la France, qu une seule route, celle de Mouthe. C'était un chemin longeant Textréme frontière, entre les montagnes, rendu des plus pénibles par le verglas et Tamoncellement des neiges. L'armée ne pouvait certes défiler par cette unique voie, en tenant tête à la fois aux ennemis qui, au nord de Pontarlier , la serraient de près et à ceux qui, au sud, arrivaient lui couper la retraite. Les colonnes du G'* de ManteufFel, dans leur marche vers la frontière suisse au sud de Pontarlier, avaient déjà le 29 au soir leur avant-garde aux Planches (1). Foncine-le-Bas, où la route de Mouthe pouvait être interceptée, se trouvait beaucoup, plus rapproché des Planches que de Pontarlier, par conséquent les Allemands, s'avançant des Planches, devaient à coup sûr fermer le passage aux Français, partant de Pontarlier. Aussi toutes les mesures adoptées parle G*^ Clinchampindiquent-eUes qu'il considérait comme impraticable de sauver ses troupes en les maintenant en France. Les positions qu'il avait prises autour de Pontarlier, sur lesquelles arrivé le 28 il reste immobile le 29 (2), révèlent avant tout la préoccupation de s'assurer la ligne de retraite sur la Suisse qui, à côté, offre le seul port de salut. Dès le 28 les Français avaient opéré des mouvements qui laissaient voir l'intention de se réfugier en
(I) Wartensleben. Operationen der Sud-armee^ p. 64. 2) G*> Clincliamp. Engvét, parlem.^ tome IH, p. 318.
Suisse (1) et déjà des hommes débandés, des groupes de soldats traversaient la frontière (2). Mais si l'année de l'Est n'eut pu utiliser la route de Mouthe, pendant que les Allemands continuaient h s'avancer, une suspension d'armes lui eut donné le temps d'y défiler à loisir et par là d'opérer sa retraite en France. Aussi le G»' CUnchamp, dès qu'il eut reçu la nouvelle de l'armistice, s 'em pressa- 1 -il de la communiquer àrennemi, avec injonction de s'arrêter. On lui répondit qu'exception était faite pour la région de l'est et, en effet, cet avis lui fut bientôt confirmé de Bordeaux par son propre gouvernement. L'armistice ne venant pus le sauver, le G»' CUnchamp n'avait plus qu'à passer en Suisse.
Par une convention conclue avec le G" Herzog commandant l'armé suisse, les Français à l'entrée en Suisse durent déposer leurs armes et remettre leiir matériel, qui seraient rendus à la France à la paix ; les soldats resteraient internés également j usqu'à la paix. L'armée partit de Poutarlier dans la nuit du 31 janvier et employa toute la journée du I"". février à franchir la frontière. La retraite fut protégée par le G»' Billot qui livra un vigoureux combat d'arrière-garde à La Cluze, près du fort de Joux et continl l'eniiei: G"' Cliachamp, dans un dernier ordre du jour, buait la nécessité de passer en Sui^ï^e, non ps la position désespérée dans laquelle il s'était )■■'
(I] HaK Debrit. La guerre de 1870 par un nen (i) Dsvstl. Rapport rédigé par ordre du déj.
fédéral, f.Zl.
à Pontarlier, mais à Tavis erroné de rarmisticô qui était venu inoportunément l'arrêter. Il avait par là, disait-il, perdu un temps précieux qui, utilisé, lui eût permis d'opérer une retraite encore possible, lorsque la nouvelle de l'armistice l'avait surpris* C'est là une assertion que l'examen scrupuleux des faits ne permet pas d'admettre (1). De toute l'armée de l'Est, environ quinze mille hommes envoyés en avant sur la route de Moutbe et les sentiers de montagne, parvinrent seuls à se maintenir en France, et furent ramenés à Lyon par le G** Crémer(2), 90,000 Français entrèrent en Suisse (3) ; ils y arrivèrenl à la débandade, épuisés par les longs bivouacs dans la neige, en proie à la faim, malades en grand nombre et presque tous atteints d'une toux sèche et continue (4). Les soldats réfugiés excitèrent en Suisse la plus profonde sympathie, un accueil touchant leur fut fait, la population s'empressa autour d'eux ; les dons, les offrandes, les secours de tout geure vinrent les trouver et mettre fin à leurs souffrances.
Les Prussiens, après avoir refoulé en Suisse le G** Glinchamp, profitaient encoi*e de ce que la convention de Versailles exceptait la région de l'est pour s'y étendre et s'y établir dans les meilleures conditions possibles. L'obstacle à la généralisation de
(1) Voir la note E.
(2)G*i Gremer. Enquét par lem., tome lU, p. S^t, Le général Cremer. Ses opérations militaires^ p. 103.
(3) Davall. Rapport, p. 83.
(4) Davall. Rapport , p. 44. Marc Debrit. La guerre de 1870 par un neutre^ p. 399.
l'arinistice avait été la reddition de BelfortqueM. Jules Favre n'avait voulu accorder, mais lorsque les départements de l'est se trouvèrent sans défense, ilfalluthien, pour les faire bénéficier de la suspension d'armes, coiisentir aux exigences de l'ennemi. D'ailleurs les nouvelles reçues ne permettaient plus de refuser Belfort. Les Prussiens maîtres des Hautes et Basses Perches avalentpu, à partir du 8 février, diriger directementleursattaguescontreleCtiàteau, qui faisait partie du corps même de la place. Le colonel Denfert, sans prêter attention aux propositions de l'eouemi, montrait l'inébranlable résolution de poursuivre la défense jusqu'aux dernières limites du possible ; mais la supériorité de l'artillerie ennemie était devenue trèsgrande, il avait lui-même presque épuisé ses projectiles, et le moment allait venir où la place succomberait, M. PicaM se rendit à Versailles le 13 février (1). 11 offrit Belfort, pour obtenir l'extension do l'armistice à la région de l'est, sous la réserve que la garnison sortit librement avec les honneurs de la guerre. Après une certaine résistance du 6*' de Moltke qu'il f^lut vaincre, M. de Bismarck souscrivit à ces conditions. Le 15 février une convention additionnelle signée à Versailles étendait l'annisiK'u aux départemmit do l'est. Le colonel Denfert avait étô infi^f vrierduconsentementdoiHMiparsoiigoui^ reddition de Belfort. Il refusa do a bante la dépêche transmise par
;■} G*! de Vaidan. Eaqvél. pm-lun
tait la nouvelle (1). Ce ne fut que lorsqu'il eut obtenu d'envoyer un de ses ofQciers sur le territoire neutre à Belle, se mettre en rapport direct avec son gouver* nement et que la confirmation de la première d6* pêche lui fut parvenue par cette voie, qu'il cessa enfin sa résistance. Les 17 et 18 février la garnison de Belfort, qui avait tiré dans cette guerre le dernier coup de canon, sortait avec ses armes et bagages, et les archives de la place. Elle franchissait la zone d'occupation marquée à l'ennemi par l'armistice et rentrait sur le territoire français libre ,par les vallées de l'Ain et du Rhône.
Pendant ce temps, l'Assemblée nationale s'était réunie à Bordeaux. Elle tenait sa première séance au Grand-Théâtre le 13 février, sous la présidence de M. Benoit d'Azy, président d'âge. M. Jules Favre venait, à la tribune, mettre fin à l'existence du gouvernement de la Défense nationale :
« Messieurs,
» Je remplis un devoir qui m'est particulièrement « doux, en déposant les pouvoirs du gouvernement de « la Défense nationale, entre les mains des représen- (( tants du pays. Depuis que les membres du gouver- « nement ont été chargés du fardeau qu'ils ont accepté, « ils n'ont pas eu d'autre préoccupation, ni d'autre « désir que de voir arriver le jour, où ils pourraient « se trouver en face des mandataires du peuple.
(I) Thiers et de La Laurencie. La défense de Belfort, p. 409.
<c Ils y sont dans les circonstances les plus doulou- « reuses ot les plus cruelles; mais grâce à votre pa- « trjotiame, grâce à l'ardeur de tous, nous réussirons « à bander les plaies de notre chère patrie et à recons- « tituer son avenir. G'eBt à TOUS, Messieurs, qu'appar- « tient cette grande œuvre. Quant à uous, nous ue n sommes plus rien, si ce n'est vos justiciables, R prâts à répondre de tous nos actes, ëq attendant qu'un a pouvoir nouveau soit constitué, je dépose sur le n bureau de l'Assemblée la déclaration suivante : Les a numbrei du gouvernement de la Défense nationale ont u fkonneur de déposer leurs pouvoirs entre les mains du « président de l'Assemblée nationale. lU resteront à leur « poste, pour le maintien de tordre et l'exécution des lois, a Jusqu'à ce qu'ils en aient été régulièrement relevés, w