CHAPITRE V
Strasbourg, Metz et Belfort.
Les Allemands, en s'avânçant en France, avaient dû faire le siège des forteresses qu'ils laissaient derrière eux. Strasbourg, par sa position à Textréme frontière, avait été la première ville investie; dès le 12 août, six jours après Fiœschwiller, elle était coupée de toute communication avec le dehors. A la division badoise qui avait d'abord cerné la ville, vinrent bientôt se joindre la division de landwehr de la garde, la !'• division de réserve de landwehr des corps spéciaux d'artillerie, de génie, de pionniers, le G*^ de Werder commandait en chef (1). Rien n'avait été préparé à Strasbourg pour soutenir un siège. La garnison improvisée était formée d'éléments disparates. Le 87® régiment de ligne et un bataillon du 21®, laissés dans la ville par le 1" corps étaient les seules forces d'infanterie sur lesquelles on pût réellement compter. A ce noyau s'ajoutaient les hommes des dépôts de plusieurs régiments fixés à Strasbourg, les fuyards de toute arme revenus de Frœschwiller, des douaniers, un bataillon de garde
(I) Guerre franco^allemande^ !'• partie, p. 1270.
128 LA DÉFEHSB HATIOHALE.
mobile, des gardes nationaux sédentaires. Le ser- Tice de Tartillerie était Hait par un r^îment de pontonniers, un certain nombre de marins fournis par la flottille qu'on avait espéré lancer sur le Rhin et des artilleurs de la garde mobile. Cet ensemble s'élevait à 20,000 hommes; leC* Uhrich commandait en chef et, le 14 août, le général d'artillerie de Barrai, qui s'était glissé dans la ville sous un déguisement, prenait la direction de l'artillerie. La garnison fit une sortie, le 16 août, elle fut ramenée en désordre laissant trois canons aux mains de l'ennemL Cette épreuve du peu de solidité des troupes fit renoncer à de nouvelles entreprises hors des murs.
Le G^ de Werder avait, à son arrivée, sommé la ville de se rendre, le G^ Uhrich avait répondu qu'il se
défendrait jusqu'à la dernière extrémité. La canonade
entre les assiégeants et les assiégés avait commencé le 19 août. Les Allemands ayant bombardé la citadelle, à l'aide de batteries établies sur la rive droite du Rhin près de Kehl, les Français, dans la riposte, tirèrent sur cette ville (1). Le feu dirigé contre Strasbourg fut d'abord assez faible, Tennemi avait besoin d'un certain temps pour amener sa grosse artil]^rie; lorsqu'elle fut rendue le 21 août, le G** de Werder envoya de nouveau demander qu'on lui remit la ville avec menace de la bombarder en cas de refus. La réponse du G*^ Uhrich fut la même que précédemment. Poiur s'épargner un siège régulier, les Allemands se résolurent
(1) Guerre franeo- allemande, 1"* partie, p. 1280.
à soumettre la ville au bombardement le plus violent, ils espéraient par là amener la population à peser sur la garnison et le général commandant pour les obliger à se rendre. Ce ne fut cependant pas sans quelque hésitation, qu'ils se décidèrent à l'emploi de pareils moyens, maisFespérance d'obtenir une prompte reddition, qui leur permettrait d'utiliser ailleurs l'armée de siège, l'emporta. Ils mirent en avant, pour calmer leurs scrupules, le tir de la citadelle sur Kehl et ils prétendirent, en bombardant Strasbourg, rendre simplement la peine du talion aux Français (1). Le 23 au soir les obus du plu5 gros calibre commencèrent à pleuvoir sur Strasbourg (2). Les ravages que firent les projectiles tombant sur les maisons et les rues resserrées furent énormes. Dans la nuit du 24 au 25 août le Temple neuf un des principaux édifices religieux de Strasbourg, le Musée et la galerie de tableaux, enfin la bibliothèque renfermant près de 200,000 volumes et une précieuse collection de livres rares et de ma^ nuscrits, furent réduits en cendres. Le 26, dans la nuit, la toiture de la cathédrale prît feu à son tour. On avait établi un poste d'observation sur la cathédrale, l'ennemi tira dessus, atteignit et dégrada partiellement la flèche. Le 26 l'évêque, M. Rœss, se rendit auprès du G'* de Werder, pour l'implorer démettre fin au bombardement; il rentra sans rien obtenir. Strasbourg manquait de casemates et d'abris blindés (3).
(1) Guerre franco-aiiemande, 1^ partie, p. 1283,
(2) Raymond-Signouret, Souvenirs, p. 124.
(3) C Uhrich, Documents relatifs au siège,- p. 48.
gées sur le centre et la gauche français. On se battit toute la journée avec acharnement sur un front de douze kilomètres. Le soir venu les Allemands étaient une fois de plus repoussés.
Après quatre jours de lutte la 2*» armée de la Loire conservait donc ses positions; Tennemi, pour les lui faire abandonner, cherchait à la tourner. Maître du passage de la Loire à Orléans, il avait fait descendre des troupes sur la rive gauche du fleuve, qui avaient surpris le parc de Ghambord et étaient apparues de* vaut Blois. Le pont de Blois avait été rompu, malgré un commencement de bombardement, on avait fait bonne contenance en ville et Tennemi s'était retiré sans effectuer le passage, mais il restait sur la rive gauche, et il pouvait réussir à traverser le fleuve par surprise, en jetant un pont de bateaux. La position de la 2<* armée de la Loire était donc des plus critiques. Le prince Frédéric-Charles envoyait comme renfort au grand duc de Mecklembourg, deux nouveaux corps avec lesquels il pouvait enfin espérer de rompre la ligne française ; si les troupes descendues vers Blois, parvenaient en môme temps à franchir le fleuve et à prendre l'armée de la Loire à revers, celle-ci pouvait éprouver un immense désastre. Le G*^ Chanzy pour se délivrer des appréhensions qui' lui venaient du côté de Blois, demandait au G** Bourbaki de se porter avec la 1'® armée sur cette ville, afin d'obliger l'ennemi à réplier sur Orléans. Le G** Bourbaki lui répondait qu'il allait se mettre en marche, mais que, dans l'état de désorganisation où était tombée son ar-
. l'armée de la LOIRE. 121
mée, il lui faudrait au moins six jours pour arriver devant Blois (1). Le G** Ghanzy ne pouvait attendre aussi longtemps, il se décida donc à abandonner la Loire pour prendre position sur le Loir à Vendôme.
Le flanc gauche de l'armée avait été jusqu'à ce moment protégé par la forêt de Marchenoir. La forêt s'étendant au nord jusqu'au Loir, devait continuer pendant la retraite à couvrir la gauche frandaise. Le danger serait sur la droite, alors que Tarmée qui de ce côté s'était appuyée à la Loire, l'abandonnerait pour «e retirer en plaine à découvert. Dans le but de dissimuler autant que poissible sa retraite à l'ennemi, le G*^ Ghanzy la fait faire en deux fois. Le 11, la gauche de Tarmée resta immobile contre la forêt de Marchenoir, le centre se replia sur Goncriers, la droite ' fit un mouvement en arrière plus prononcé sur Avaray, mais là elle touchait toujours la Loire, de telle sorte que l'ennemi ne pouvait encore juger si les Français étaient définitivement en retraite ou modifiaient simplement leurs positions. Il n'y eut pendant cette journée que des escarmouches insignifiantes. Enfin le 12 vint le moment décisif où il fallut lâcher la Loire pour entreprendre une grande conversion en plaine. Le G*^ Ghanzy commença son mouvement de très-bonne heure, le temps fort mauvais lui était favorable, la pluie et un brouillard épais couvraient la campagne, l'armée, ne fut donc point sérieusement inquiétée. Le soir les troupes bivoua-
. (1) G*ï Ghanzy, La 2* armée de la Loire, ^. 163.