‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873 (volume 2)Chapitre 8 sur 18 · II · texte numérisé non relu

II

Le sort de Strasbourg excitait une profonde commisération. Quoique les Allemands répétassent sans s'émouvoir que le bombardement d'une ville est dans les droits que la guerre confère, TEurope entière saignait au spectacle de femmes et d'enfants qui périssaient sous les bombes. Nulle part les malheurs de la population assiégée n'inspiraient plus de pitié qu'en Suisse, où de vieux souvenirs d'alUancè et de bon voisinage reliaient à l'ancienne ville libre de Strasbourg, lie D' Bischoff, secrétaire d'Etat deBâle, se préoccupa de secourir les Strasbourgeois (1) . Il forma un comité, des offres de concours vinrent de toutes les parties de la Suisse pour la réception, le logement et l'entretien des réfugiés strasbourgeois. Une députation partit de Suisse munie de lettres de recommandation de l'ambassadeur de Prusse à Berne et du président de la Confédération helvétique pour le G'^ de Werder, elle demanda au général de laisser sortir de la ville les vieillards, les femmes et les enfants, il y consentit. Les Suisses entrèrent dans Strasbourg le 11 septembre, pour régler avec les^autorités françaises le départ d'une partie des habitants. On forma divers convois, et environ deux mille personnes purent par ce moyen se réfugier en Suisse.

Les Suisses avaient apporté à Strasbourg la nouvelle de la capitulation de Sedan et de la chute de l'empire. La proclamation de la république fut accueillie avec enthousiasme; malgré le deuil public, un grand

(1) Schnéegans, La guerre en Alsace^ Strasbourg^ p. 186.

nombre de maisons se pavoisèrent en signe d'allégresse (1). Le préfet de l'empire, baron Pron, se démit de ses fonctions, le G*^ Uhrich donna son adhésion au nouveau gouvernement par une proclamation, On installa une administration républicaine. M. Gambetta avait nommé M. Valentin préfet du Bas-Rhin. Le nouveau préfet, en cherchant à pénétrer dans Strasbourg à l'aide d'un passe-port américain, avait été deux fois arrêté par les Allemands et renvoyé au loin. Secondé par la population, qui facilitait ses tentatives, il s'était caché dans la maison même où le G'^ de Werder prenait ses repas (2). Après avoir étudié les travaux et les positi;pns de l'ennemi, il parvenait à* franchir la tranchée et s'élançait vers les ouvrages de la forteresse sous une grêle de projectiles; il traversait les fossés à la nage, et le 20, se faisant reconnaître, prenait possession de son poste. Il n'arrivait que pour assister à la chute de la ville.

A mesure que les opérations du siège se poursuivaient, la supériorité de l'assiégeant se faisait de plus en plus sentir. Dès le 30 août, les Allemands avaient çu sur la rive gauche du Rhin vingt et une batteries en position, armées de 88 grosses pièces d'artillerie, A [partir du 9 septembre ils opèrent avec 96 pièces rayées et 38 mortiers (3). Ce jour- là, un des ouvrages avancés delà fortification, la lunette 44, était

(1) Raymond Signouret, Souvenirs du bombardement de StraS" bourg, p. 200.— Gustave Fischbach, Le ^ége de Strasbourg, p. 165.

(2) Raymond Signouret, Souvenirs ^ p. 238.

(3) Guerre franco'allemandey 2* partie, p. 109.

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