‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873 (volume 3)Chapitre 5 sur 14 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'affaire Hohenzollern .

La reiae Isabelle de Bourbon avait été détrônée et chassée d'Espagne en septembre 1868 à la suite d'un pronunciamento militaire. Les Cortès constituantes, appelées à statuer sur la forme du gouvernement, avaient écarté la république et conservé la monarchie. Cependant comme elles proclamaient en même temps la déchéance de la famille des Bourbons, elles avaient un trône sans roi. Elles établissaient provisoirement une régence. Les chefs militaires qui avaient fait la révolution partageaient le pouvoir ; le M** Serrano devenait régent; le M** Prim, président du conseil des ministres ; l'amiral Topete, ministre de la miarine. Quoique n'occupant que le rang secondaire, le M*^ Prim était le vrai souverain, et par le fait de la division des partis, de la faiblesse des Cortès et de l'ascendant qu'il devait à la vigueur de son caractère, il exerçait sur ^toutes choses une action dominante. On s'était mis à chercher un roi. Prim s'était chargé des démarches. Le premier candidat indiqué était le duc de Montpensier qui se rapprochait de l'ancienne famille par sa femme, sœur de la reine Isabelle.

Mais cette parenté lui créait précisément en Espagne des inimitiés, il avait d'ailleurs contre lui la cour des Tuileries qui éprouvait pour les princes d'Orléans autant de répugnance que pour la république. Le duc de Mon tpensier éliminé, on avait cherché hors d'Espagne. Les négociations ouvertes avec le roi de Portugal qui serait, par la réunion de la couronne d'Espagne à celle de Portugal, devenu roi de toute la péninsule, puis avec le duc de Gênes neveu de Victor-Emmanuel et enfin avec le duc d'Aoste son propre fils, avaient successivement échoué.

Parmi les candidatures auxquelles on s'était un instant arrêté, figurait celle du prince Léopold de HohenzoUern-Sigmaringen. Au commencement de 1869 cette candidature avait fait à Berlin l'objet des ouvertures d'un agent venu d'Espagne. M, Benedetti, l'ambassadeur français à Berlin, avait eu à ce sujet une conversation avec M. de Bismarck dont il avait rendu compte à son gouvernement; mais les pourparlers n'ayant pas alors abouti, la candidature Hohenzollern s'était confondue avec toutes les autres qui avaient échoué. On ne s'en préoccupait donc plus lorsque, le 3 juillet, un télégramme venu de Madrid annonce, sans aucune préparation, non-seulement que la tentative auprès du prince a été reprise, mais qu'elle a réussi. Le M** Prim, qui voyait l'intérim se prolonger indéfiniment, était revenu à la candidature Hohenzollern ; le nombre des princes parmi lesquels il pût choisir était très-limité et il n'avait rien trouvé ailleurs. Les négociations enta-

mées parl'Espagno pour avoir un roi, avaient été jusqu'à ce jour conduites sans secret, Prim avait vu ses démarches publiquement discutées échouer en raison même de la connaissance que les tiers en avaient eue. Le retour à la candidature Hohenzollern avait donc été fait par lui dans les conditions d'un secret absolu. C'est le 2 juillet au soir que le M** Prim dont le secret venait accidentellement de s'ébruiter (I), était amené à donner communication de son projet à l'ambassa* deur de France à Madrid, M. Mercier de Lostende. Le 4 juillet, le conseil des ministres espagnol, assemblé à San Ildefonse sous la présidence du Régent, approuvait l'arrangement ménagé par le M*^ Prim avec le prince de Hohenzollern, il décidait de proposer le prince comme candidat au trône et convoquait les Certes pour le 20 du mois à l'effet de ratifier la proposition. On apprenait donc presque en même temps le succès du M** Prim auprès du prince et de ses collègues, l'acceptation des Certes ne faisait de doute pour personne, de^ telle sorte que, par un véritable coup de théâtre le trône vide d'Espagne apparut du jour au lendemain près d'être occupé par un prince prussien.

La candidature Hohenzollern,' lorsqu'elle avait été une première fois entrevue, avait donné lieu en France et en Europe aux remarques de divers journaux, mais l'attention d'un petit nombre d'hommes politiques avait seule été attirée. Pour le public dans son ensemble la candidature était donc quelque chose

(1) CherbuUiez, V Espagne politique, p. 99.

d'absolument nouveau; tout ce qui s*y rapportait était inconnu, et en particulier la personne du prince restée jusqu'à ce jour profondément obscure. Aussi l'annonce de la candidature produisit-elle une profonde émotion. Depuis les changements survenus en Allemagne à la suite de Sadowa les relations de la France et de la Prusse étaient extrêmement tendues. Les deux pays éprouvaient l'un pour l'autre des sentiments chroniques d'appréhension. La Prusse avait été arrêtée à Prague par l'intervention de la France ; elle n'avait pu étendre son hégémonie à l'Allemagne du Sud ; mais on supposait qu'elle voudrait mi jour poursuivre son travail de domination en Allemagne, et on entrevoyait cette éventualité comme la source d'un conflit presque inévitable avec la France. D'un autre côté, la Prusse, en 1866, n'avait pu s'allier à l'Italie pour attaquer l'Autriche sans la connivence de l'empereur Napoléon. L'Empereur s'était trompé sur la force respective de l'Autriche et de la Prusse; les triomphes si rapides de cette dernière avaient permis à M. de Bismarck de former la confédération de l'Allemagne du Nord sans laisser prendre à l'Empereur aucune des compensations qu'il avait pu lui promettre ou lui faire entrevoir. L'agrandissement de la Prusse, réalisé dans ces conditions, était ressenti par le gouvernement français comme un dommage et une humiliation dont on prévoyait qu'il voudrait un jour obtenir réparation.

Le 5 juillet, M. Cochery déposait au Corps législatif une demande d'interpellation. Dès le lendemain le duc

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de Gramont donnait lecture à la Chambre de la note suivante préparée en conseil : « Il est vrai que « leM«* Prim a offert au prince de Hohenzollern la cou- (( ronne d'Espagne et que ce dernier Ta acceptée. Mais (c le peuple espagnol ne s'est point encore prononcé, (c et nous ne connaissons point encore les détails « vrais d'une négociation qui nous a été cachée. Aussi, « une discussion ne saurait -elle aboutir maintenant à « aucun résultat pratique. Nous vous prions, Mes- « sieurs, de l'ajourner.

« Nous n'avons cessé de témoigner nos sympathies à « la nation espagnole, et d'éviter tout ce qui aurait « pu avoir les apparences d'une immixtion quelconque « dans les affaires intérieures d'une noble et grande ce nation, en plein exercice de sa souveraineté ; nous « ne sommes pas sortis, à l'égard des divers préten- « dants au trône, de la plus stricte neutralité, et nous « n'avons jamais témoigné pour aucun d'eux ni pré- (( férence ni éloignement.

« Nous persisterons dans cette conduite, mais nous « ne croyons pas que le respect des droits d'un peuple « voisin nous oblige à souffrir qu'une puissance étran- (c gère, en plaçant un de ses princes sur le trône de (C Charles-Quint, puisse déranger à notre détriment « l'équilibre des forces en Europe et mettre en péril « les intérêts et l'honneur de la France.

« Cette éventualité, nous en avons le ferme espoir, no

« se réalisera pas. Pour l'empêcher, nous comptons à

« la fois sur la sagesse du peuple allemand et sur

« l'amitié du peuple espagnol.

« SU en était autrement, forts de votre appui, Mes- « sieurs, et de celui de la nation, nous saurions rem- « plir notre devoir sans hésitation et sans faiblesse. »

Les menaces qui terminaient la note du ministre des affaires étrangères avaient été accueillies par les applaudissements des députés bonapartistes, mais avaient au contraire soulevé les protestations de la gauche. M. Crémieux exprimait les craintes qu'il ressentait que le gouvernement ne cherchât à faire naître une occasion de conflit avec la Prusse. Mais M. Emile Ollivier repoussait absolument cette interprétation : « Demain, disait>-il, l'honorable M. Grèce mieux et les différents membres de cette Assemblée « reliront la déclaration qui a été lue à cette tribune, « après avoir été délibérée en conseil, et ils pourront « mieux en poser les termes. Ils se convamcront « qu'elle ne contient de provocation contre personne, « qu'elle ne porte aucune atteinte aux droits légiti- « mes du peuple espagnol, surtout qu'elle ne révèle « aucune incertitude dans la pensée du gouverne- < ment sur la question de savoir s'il veut la paix ou <c s'il appelle la guerre. Le gouvernement désire la « paix, il la désire avec passion, mais avec honneur, « Je supplie les membres de cette Assemblée d'être (c bien persuadés qu'ils n'assistent pas aux préparatifs <( d'une action vers laquelle nous marchons par des « sentiers couverts ; nous disons notre pensée entière, a nous ne poursuivons pas la guerre, nous ne sommes « préoccupés que de notre dignité. Soyez convaincus « de l'absolue sincérité de notre langage, je l'affirme

« sur l'honneur, il n'y a aucune arrière-pensée dans « l'esprit d'aucun de nous quand nous disons que « nous désirons la paix. »

Quoique pût dire M. Emile OUivier, la note lue par M^ de Gramont constituait une préface peu diplomatique aux négociations que Ton engageait. La manière dont l'action diplomatique allait être restreinte à la Prusse devait encore diminuer par ailleurs les facilités d'un arrangement amiable. Pour faire échec à la candidature par les voies pacifiques, un gouvernement qui n'eût point été placé vis-à-vis de la Prusse dans la position particulière du gouvernement français, eût également entamé des négociations avec les deux puissances en cause. Lorsque M. de Gramont venait dire que le gouvernement français n'était jamais intervenu dans la question du trône d'Espagne, et lorsqu'il déclarait vouloir persister dans cette attitude pour ne pas porter atteinte à l'indépendance du peuple espagnol, on savait très-bien que la nature des choses ne lui avait pas permis et ne pouvait lui permettre envers l'Espagne une indifTérence aussi absolue. Les liens de diverse nature qui existent entre l'Espagne et la France font que le choix d'un gouvernement pour l'Espagne ne peut manquer d'être influencé, dans une certaine mesure par les dispositions de la France. Du côté du prince prussien on eût mémo pu trouver le moyen d'exercer une action d'un certain ordre. Le prince Léppold de HohenzoUern n'était pas, comme l'avait été autrefois le duc d'Anjou, un fils absolument inséparable de la personne d'un roi

régnant; ses relations de famille lui créaient une position distincte; indépendamment de sa parenté avec le roi de Prusse, il était le frère d'un souverain, le prince Charles de Roumanie, il était marié avec une sœur du roi de Portugal, son père le prince Antoine était un personnage riche et important. La branche des Hohenzollern-Sigmaringen, dont ce dernier était le chef, avant de faire cession de ses droits souverains à la branche de Prusse, avait existé longtemps à l'état séparé. Les Hohenzollern-Sigmaringen étaient catholiques et le prince Léopold était petit-fils de Murât par sa mère. Cette parenté avec la famille Bonaparte devait même faire dire aii roi de Prusse qu'il n'avait pas cru que l'arrivée au trône d'Espagne d'un prince parent pût déplaire à l'Empereur des Français. Mais pour le gouvernement français placé dans la position humiliée où l'a mis Sadowa, tout ce qui n'est pas la Prusse dans la question de la candidature disparaît. On écarte donc l'Espagne et le prince ; on les ignore ; c'est à la Prusse seule qu'on s'adresse.

M. de Gramont avait, sans perdre de temps, entamé l'action diplomatique. Dès le 3 juillet il avait télégraphié à M. Le Sourd, chargé d'affaires de France à Berlin, en l'absence de M. Benedetti en congé à Wilbad, de se mettre en rapport avec le gouvernement prussien. Le 4, M. Le Sourd était allé demander des explications à M. de Thile, sous-secrétaire d'Etat aux affaires étrangères remplaçant M. de Bismarck en villégiature à Wartzin. M. de Thile répondait qu'il n'avait aucune connaissance de la candidature Hohen-

AFFAIRE HOHENZOLLERN. 8t

zoUern et, dans toute sa conversation, il s'appliquait à dégager la responsabilité de son gouvernement. Le lendemain M. Le Sourd rendait compte à M. de Gramont d'un entretien qu'il venait d'avoir avec M. de Rascon, l'ambassadeur d'Espagne à Berlin. Celui-ci lui avait affirmé qu'il n'avait été chargé personnellement d'aucune négociation fiuprès du gouvernement prussien ou du prince lui-même, et il rejetait sur le M'* Prim toute la responsabilité de l'affaire.

N'ayant pu obtenir d'explications du cabinet de Berlin, M. de Gramont se tourne vers le roi lui-même. Le roi Guillaume était alors à Ems. M. de Gramont, le 7 juillet, adresse à M. Benedetti à Wilbad l'ordre de s'y rendre. M. Benedetti part immédiatement et arrive à Ems le 8 au soir. 11 trouve en arrivant les instructions de M. de Gramont. Dans une première dépêche officielle en date du 7 juillet le ministre résume en ces termes la demande à présenter au roi : « Efforce cez-vous d'obtenir que' Sa Majesté conseille au (( prince de HohenzoUern de revenir sur son accep- « tatibn. » Dans une lettre particulière écrite en même temps le ministre, s' exprimant sans aucun des ménagements qu'il croit devoir garder dans un papier officiel , établit ainsi le terrain sur lequel il place la question : « Si vous obtenez du roi qu'il révoque l'acceptation du prince de Hohenzol- « lern, ce sera un immense succès, et un grand ser- « vice. Le roi aura de son côté assuré la paix de l'Eu- « rope.

« Sinon, c'est la guerre. Ainsi donc pas d'ambages « et pas de lenteurs. Jamais mission ne fut plus im- « portante, puissiez-vous y réussir.

i( P. S. Tenez- vous en garde contre une réponse « (jui consisterait à dire que le roi abandonne le <( prince de Hohenzollern à son sort et se désinté- « resse de tout ce qui arrivera. Nous ne pourrions acte cepter cette réponse comme satisfaisante, car le « gouvernement du roi ne peut se désintéresser au- « jourd'hui par de simples paroles d'une situation « qu'il a contribué à créer. Il faut qu'il la modifie, a qu'il la redresse, pour que nous acceptions Tas- « surance de son désintéressement. »

M. Benedetti est t)Our la première fois reçu en audience par le roi le 9, à 3 heures de l'après-midi. L'ambassadeur, en atténuant les instructions qu'il a reçues, dit au roi que le gouvernement français attend de lui qu'il veuille bien intervenir auprès du prince de Hohenzollern pour le faire renoncer à son entreprise. Le roi en réponse expose la position qu'il a prise vis-à-vis de la candidature et voici en quels termes M. Benedetti, dans sa correspondance officielle, rapporte ses explications : a Les négociations ouver- « tes au sujet de la candidature ont été poursuivies « entre le gouvernement espagnol et le prince de ce Hohenzollern ; le gouvernement prussien n'y est « pas seulement resté étranger, il les a ignorées; le « roi lui-même a évité de s'y associer, il a refusé de « recevoir un envoyé du cabinet espagnol porteur <( d'une lettre du M** Prim, en faisant part cepen-

« dant à son premier nunistre, le comte de Bisce marck, de ces divers incidents. Il n*a consenti à « s'expliquer que quand le prince Léopold, ayant dé- « cidé d'acquiescer aux propositions qui lui étaient (( faites, a sollicité son consentement, ce qui a eu « lieu à l'arrivée du roi à Ems, et à ce moment sa « Majesté s'est bornée à lui déclarer qu'elle ne croyait « pas pouvoir mettre obstacle à son dessein. C'est « donc comme chef de la famille et nullement en sa (( qualité souveraine de roi de Prusse, qu'il a été insx( truit de la détermination du prince et qu'il est in- « tervenu; aussi n'a-t-il ni réuni ni consulté le con- « seil des ministres, et le gouvernement prussien ne « saurait être interpellé sur une affaire qu'il n'a pas « connue, et dont il n'est pas plus solidaire qu'un « autre cabinet européen (1). »

Ceci étant, le roi ne troyait pas, après avoir donné au prince son consentement, pouvoir intervenir auprès de lui pour lui faire retirer sa candidature. Sur le point précis de son intervention, qui faisait l'objet de la demande du gouvernement français, le roi ne donnait donc point satisfaction. Cependant il faisait valoir que, telles que les choses s'étaient passées, l'honneur de la France ne saurait être atteint, car l'initiative des négociations relatives à la candidature avait été prise par le cabinet de Madrid sans qu'aucun gouvernement étranger y eût été mêlé ; il n'y avait donc point lieu à un conflit et il se refusait à admettre

(1) Benedelti, Ma mission en Prusse, p. 3Q1*

que la guerre pût sortir d'un pareil incident. Le roi ajoutait qu'il s'était mis en rapport avec le prince Antoine qui se trouvait à Sigmaringen et qu'il lui avait demandé des explications sur ses intentions et sur celles de son fils ; il lui importait d'avoir la ré-

> ponse des princes avant de reprendre l'entretien; il n'avait pas de chiffre pour se servir du télégraphe, en •conséquence il demandait qu'on attendit. L'ambassadeur déférait à ce désir du roi et la question, dans cette première entrevue, n'allait pas plus loin.

M. Benedetti ayant été retenu à dîner par le roi n'avait pu envoyer que le 9 au soir d'abord un résumé télégraphique de Tentretien, puis un rapport détaillé par la poste qui ne pouvait parvenir à Paris que le 11 .

.. La journée du 10 à Ems se passait sans reprise des pourparlers. M. Benedetti ayant cependant rencontré le roi dans la soirée, ils étaient convenus ensemble d'une entrevue pour le lendemain matin.

Quelques heures avant de voir le roi le 9, M. Benedetti avait eu une conversation avec M. de Werther, l'ambassadeur de Prusse à Paris, qui se trouvait en ce moment à Ems. Par un premier télégramme il en avait rendu compte à M. de Gramontet il avait pu ainsi lu donner un aperçu préliminaire de ce que M. de Werther lui avait laissé entrevoir des vues du roi. A peine M. de Gramont a-t-il reçu ce premier télégramme à Paris le 10, à 10 heures et demie du matin qu'il écrit à M. Benedetti : « Nous ne pouvons plus attendre. Pen- « dant que le roi vous remet d'heure en heure sous <( prétexte de se concerter avec le prince de Hohenzol-

« lern, on rappelle en Prusse les hommes en congé, et « on gagne sur nous un temps précieux. A aucun prix « nous ne pouvons donner à nos adversaires aujour- « d'hui ces mêmes avantages qui ont été en 1866 si « funestes à l'Autriche. Et d'ailleurs je vous le dis « nettement, Topinion publique s'enflamme et va nous « devancer. Il nous faut commencer ; nous n'attendons (( plus que votre dépêche pour appeler 300,000 hommes « qui sont à appeler. Je vous en prie instamment, écri- « vez-nous, télégraphiez-nous quelque chose de bien « clair. Si le roi ne veut pas conseiller au prince de « HohenzoUern, eh bien! c'est la guerre tout de suite « et dans quelques jours nous sommes au Rhin. » Faisant suite à cette lettre, dans la nuit du 10 au 11 à une heure du matin M. de Gramont envoie un télégramme dans lequel il dit à M. Bcnedetti : « Vous « ne pouvez pas vous dire à quel point l'opinion puce blique est exaltée. Elle nous déborde de tous côtés et « nous comptons les heures, il faut absolument insister « pour obtenir une réponse du roi négative ou affir- « mative. Il nous la faut pour demain ; après demain « serait trop tard. »

Ainsi pressé par son gouvernement M. Benedetti a, le 11 , sur les midi, l'entrevue avec le roi convenue la veille au soir. L'ambassadeur sollicite de nouveau l'intervention du roi pour amener le désistement du prince. Comme dans le premier entretien, le roi déclare ne pouvoir intervenir personnellement auprès du prince ; cela changerait le sens de la position qu'il

a prise dès le premier jour dans l'affaire. Le roi per-

Aifttait donc à laisser la décision déânitive à prendre AUX princes eux-mêmes et, comme on était convenu d'tm sursis, il ne croyait point qu'il y eût péril à attendre un ou deux jours que la lettre des princes arrivât, fi'ambassadeur lui faisant observer que son gouvernement était pressé d'avoir une réponse et que, sollicité par l'opinion publique, il devait s'expliquer sans retard devant le pays, le roi remarquait que pareille insistance, quand il ne demandait plus qu*un délai trèsconrtpour K^assurcr des intentions des princes, pouvait donner h pt'nsor que la Franco voulait provoquer un conflit; il protestait de sa confiance dans le maintien do la paix ûon lui donnait lo temps d'y contribuer. L'onlreticn se terminait 1&; l'ambassadeur, quoiqu'il (M\t pressé lo roi beaucoup plus vivement que dans la promiùro audicnco, cotte fois-ci encore n'allait point jusqirau bout do ses instructions. Il n'exigeait du roi aucune nNponso définitive et, s*il le quittait sans lui rioU promcttro au sujet de la demande d'attendre, il ne la repoussait pas non plus (I) ; sur ce point il s'en téKnilt à sou gouvernement.

' ^% Bm&iiMi à rissuâ de son second entretien inift|^w en plus à penser que le roi Guillaume iblk cherché dans raffiùro HoheuzoUern une h OMlBit 9,vtc la France, et qu'il ne deman- L tarminer on faisant venir la renondation n des princes eux-mêmes pour ne pas suMr niMil une trop forte humiliation. Après un

premier télégramme expédié d'Emsle 11, à une heure et demie du soir rendant compte de la conversation qu'il vient d'avoir avec le roi, M. Benedetti à 2 heures et demie en expédie un second à M. de Gramont pour l'informer que M. de Werther partait pour regagner son poste à Paris, et, dans ce télégramme, il donnait avis que M. de Werther cillait remplir une mission pacifique : <c J'ai cru comprendre d'après ce qu'il m'a dit qu'il n'a « d autre mission que de chercher à vous démontrer (( la sincérité des sentiments du roi, et du désir de Sa « Majesté d'arriver à une solution pacifique, sans « toutefois faire personnellement une concession qu'il « juge incompatible avec sa dignité ou, en d'autres terce mes, en laissant peser uniquement sur le prince de (( HohenzoUern la responsabilité de sa renonciation. » Le 12 à midi 45, M. de Gramont télégraphiait à M. Benedetti qu'il consentait à accorder au roi le délai qu'il demandait : a Notre dessein, disait-il, n'a ja- « mais été de provoquer un conflit, mais de défendre « l'intérêt légitime de la France dans une question « que nous n'avons pas soulevée. Aussi, tout en con- (( testant la justesse des raisonnements du roi et maince tenant très-énergiquement nos prétentions, nous c< ne pouvons refuser au roi de Prusse le délai qu'il « nous demande, mais nous espérons que ce délai ce ne s'étendra pas au delà d'un jour. » Mais un peu après, à une heure 40, M. de Gramont envoyait un second télégramme à son ambassadeur dans lequel il se reprenait à insister plus énergiquement que jamais sur la participation ostensible à obte-

nir du roi dans l'acte de la renonciation : « Em- « ployez toute votre habileté, je dirai même votre « adresse, à constater que la renonciation du prince de « HohenzoUern vous est annoncée, communiquée ou « transmise par le roi de Prusse ou son gouvernement. « C'est pour nous de la plus haute importance. La « participation du roi doit être à tout prix consentie « par lui ou résulter des faits d'une manière saisis- « sable (1). »

Le 12 juillet, la nouvelle arrive à Paris, venant de Madrid, que le prince Antoine a renoncé au nom de son fils, à la candidature. La nouvelle est connue depuis quelques heures lorsque M. Olozaga, l'ambassadeur d'Espagne, à 3 heures moins le quart, se présente au ministère des affaires étrangères pour donner communication d'une dépêche que lui adresse directement le prince Antoine l'avisant du désistement de son fils. Au moment où M. Olozaga entre dans le cabinet de M. de Gramont, M. de Werther s'y trouvait, arrivé le matin même d'Ems à Paris, le ministre venait de le recevoir et avait à peine échangé quelques mots avec lui lorsque l'ambassadeur d'Espagne avait demandé à être immédiatement reçu . M. de Werther était passé dans un salon à côté, M. Olozaga avait fait sa communication et était reparti. Le ministre avait alors fait revenir M. de Werther (2) et avait repris l'entretien avec lui. M. de Werther portem' des assurances pacifiques du roi de

(1) Gramont, La France et la Prusse avant la guerre^ p. 103.

(2) Gramont, La France et la Prusse^ p. 115.

Prusse qui est allé trouver à Ems M. Benedetti pour que celui-ci prévînt son gouvernement se trouve maintenant en téte-à-téte avec le ministre des affaires étrangères de France. La renonciation du prince de Hohenzollern est définitivement connue ; il n'y a plus aucune crainte que la Prusse s'empare de la couronne d'Espagne. Quelles dispositions l'ambassadeur de Prusse va-t-il trouver dans le gouvernement français?

M. de Gramont déclare à M. de Werther que le désistement du prince et de son père ne le satisfaisait nullement ; ce n'était là pour lui qu'un fait secondaire, car la France n'eût jamais permis l'installation du prince sur le trône d'Espagne (1); et continuant il dit que, quoique la candidature soit retirée, il craint qu'il ne subsiste, par le fait de la conduite du gouvernement prussien, des causes de mésintelligence entre les deux pays. On devait donc chercher des moyens d'apaisement. M. de Gramont soumet dans ce sens à M. de Werther le projet d'une lettre que le roi écrirait à l'Empereur ; le roi dirait simplement dans cette lettre qu'en autorisant la candidature, il n'avait cru heurter ni les intérêts ni la dignité de la nation française, et que maintenant il s'associe à la renonciation du prince, dans le désir de voir disparaître tout sujet de dissentiment entre les deux gouvernements. Séance tenante le ministre écrit de sa main un projet dç lettre pour le roi qu'il remet à M. de Werther (2).

(1) DéP^

(2) Gi *t la Prufset p. 12%.

L'ambassadeur restant sur la réserve (1), ni ne se rallie à la proposition ni ne la combat absolument, il fait seulement observer que la note lue au Corps législatif, le 6 juillet, rendait une pareille démarche bien difficile de la part du roi. En effet le roi dans les entretiens qu'il avait eus avec M. Benedetti, avait parlé du froissement que le ton de la note lui avait fait éprouver et M. de Gramont avait la mention des paroles du roi dans les rapports de son ambassadeur. Â ce moment on vient annoncer à M. de Gramont que M. Emile Ollivier le demandait; il s'excuse auprès de l'ambassadeur de Prusse (2), passe dans une salle voisine, met rapidement M. Emile Ollivier au courant de la conversation et l'introduit après cela dans le cabinet où était resté M. de Werther. M. Emile Olivier prie à son tour l'ambassadeur de soumettre au roi l'idée d'une lettre. Les deux ministres lui disent ensemble que s'il ne croit pas pouvoir faire cette communication au roi, ils seraient obligés d'en charger M. Benedetti.

M. de Werther et MM. de Gramont et Emile Ollivier se séparent à 3 heures et demie. L'ambassadeur va rédiger le rapport détaillé de l'entrevue qu'il vient d'avoir qui parviendra au roi le lendemain à Ems ; les ministres se rendent à Saint-Cloud auprès de l'Empereur où le conseil se réunit. Revenu de Saint-Cloud, M. de Gramont, à 7 heures du soir, adresse à M. Benedetti un télégramme contenant les instructions ar-

(1) Rapport Werther. Gramont, u/ supra^ p. 121.

(2) Gramont^ ut supra, p. 125.

rêtées dans le conseil qui vient de se tenir : « Nous (( avons reçu des mains de Tambassadeur d'Espagne a la renonciation du prince Antoine au nom de son (( ûls Léopold, à sa candidature au trône d'Espagne. « Pour que cette renonciation produise tout son efîet, « il nous paraît nécessaire que le roî de Prusse s'y « associe et nous donne l'assurance qu'il n'autorisera «pas de nouveau cette candidature. Veuillez vous « rendre immédiatement auprès du roi pour lui de- « mander cette déclaration qu'il ne saurait refuser, i< s'il n'est véritablement animé d'aucune arrière-pen- « sée. »

Vers 10 heures M. de Gramont reçoit de l'Empereur la lettre suivante : « Palais de Saint-Cloud, le 12 juil- « let 1870.

« Mon cher duc,

« En réfléchissant à nos conversations d'aujourd'hui « et en relisant la dépêche du prince Antoine, je vois « qu'il faut se borner à accentuer davantage la dé- « pêche que vous avez dû envoyer à Benedetti en fai- « sant ressortir les points suivants :

« 1® Nous avons eu affaire à la Prusse et non à « l'Espagne.

« 2® La dépêche du prince Antoine adressée à Prim a est un document non officiel pour nous, que personne « n'a été chargé en droit de nous communiquer.

(c 3"^ Le prince Léopold a accepté la candidature au « trône d'Espagne, et c'est le père qui renonce.

« 4® Il faut donc que Benedetti insiste, comme il « en a l'ordre, pour avoir une réponse catégorique par

ft laquelle le roi s'engagerait, pour Tavenir, à ne pas « permettre au prince Léopold (qui n'est pas engagé) « de suivre l'exemple de son frère et de partir un « beau jour pour l'Espagne.

« 5** Tant que nous n'aurons pas une communica- « tion officielle d'Ems, nous ne sommes pas censés « avoir eu de réponse à nos justes demandes.

«6° Tant que nous n'aurons pas cette réponse, nous « continuerons nos armements.

« 7° Il est donc impossible de faire une commu- « nication aux Chambres avant d'être mieux ren- « seignés. « Napoléon. »

Ce dernier point n* 7 se rapportait à la réponse qu'il convenait de faire à une demande d'interpellation déposée ce jour-là même au Corps législatif par deux membres de la droite, MM. Clément Duvernois et de Leusse ; et cette demande rédigée de manière à formuler d'avance le sens de l'action que le parti bonapartiste voulait qu'on exerçât, était ce qui avait amené le conseil des ministres à faire faire par M. Benedetti de nouvelles démarches auprès du roi.

La lettre de l'Empereur venant dire d'accentuer le sens de la dépêche déjà envoyée à M. Benedetti, M. de Gramont, d'accord avec M. Emile OUivier, expédiait un second télégramme à il heures trois quarts du soir : « L'Empereur me charge de vous faire remarquer que « nous ne saurions considérer la renonciation que « nous a communiquée l'ambassadeur d'Espagne et (( qui ne nous est pas adressée directement, comme ce une réponse suffisante aux justes demandes adressées

« par nous au roi de Prusse; encore moins saurions- « nous y voir une garantie pour l'avenir. Afin que (( nous soyons sûrs que le fils ne désavouera pas « son père et qu'il n'arrivera pas en Espagne, i< comme son frère Ta fait en Roumanie, il est indis- « pensable que le roi veuille bien nous dire qu'il ne « permettra pas au prince de revenir sur la renoncia- « tion communiquée par le prince Antoine. Dites « bien au roi que nous n'avons aucune arrière-pensée, « que nous ne cherchons pas un prétexte de guerre, et « que nous ne demandons qu'à sortir honorablement (( d'une difficulté que nous n'avons pas créée. »

Or nulle part il n'est tracé avant ce moment d'une préoccupation que le gouvernement français pourrait avoir de ce qui se passera dans l'avenir après le retrait de la candidature. C'est qu'en effet toute crainte de ce genre était chimérique. De toutes parts, on s'est montré hostile à la candidature, l'opinion publique en France est soulevée, l'Allemagne désapprouve les signes d'ambition donnés par la famille HohenzoUern. Le régent d'Espagne et Prim se déclarent heureux d'être délivrés d'une afiEaire aussi compromettante ; le père du prince a renoncé au nom de son fils ; le roi de Prusse va approuver la renonciation. Toutes les puissauces, la Russie, l'Angleterre, l'Autriche, l'Italie, sont intervenues officieusement et se sont prononcées contre cette arrivée au trône d'Espagne d'un prince prussien. Prétendre avoir des craintes qu'une entreprise ayant échoué dans de semblables conditions pût être jamais reprise par le caprice individuel du prince

Léopold n'était donc pas sérieux. Aussi aucune préoccupation de ce genre n'était-elle apparue aussi longtemps que le gouvernement français se promettait d'obtenir le double but qu'il poursuivait, le retrait de la candidature et le roi en prenant l'initiative ; mais maintenant que la renonciation est venue non pas de l'initiative du roi, mais de celle des princes, il faut un autre moyen pour y associer le roi. Aussi ' bien la nouvelle de la renonciation est arrivée dans l'après-midi du 12 et le même jour M. de Gramont, d'accord avec M. Emile OUivier, s'arrête à deux combinaisons qui chacune constituent envers le roi de Prusse l'introduction d'une demande nouvelle ; à M. de Werther il réclame une lettre, à M. Benedetti il donne l'ordre de solliciter un engagement pour l'avenir. Ces deux demandes distinctes M. de Gramont les poursuit sans les ajuster l'une à l'autre ; elles se combineront en tombant sur le roi de Prusse commeelles pourront. La journée du 12 à Ems s'était passée sans incident. Vers les 6 heures du soir M. Benedetti s'était rendu auprès du roi. On n'avait pas encore à Ems la nouvelle du désistement envoyé par le prince Antoine à Madrid. Le roi avait dit à M . Benedetti que la lettre apportant la réponse des princes lui arriverait le lendemain et qu'aussitôt qu'elle lui serait parvenue, il le ferait demander. L'ambassadeur attendait donc d'être appelé par le roi, lorsqu'il reçoit le premier télégramme expédié à 7 heures du soir par M. de Gramont qui lui donne l'ordre de se rendre immédiatement auprès du roi et de solliciter son engagement pour l'avenir. Il

n'attend plus alors d'être appelé. Le 13 dès le matin il réclame une audience à l'aide de camp de service le prince Radziwil (1), qui lui répond que le roi le recevra après sa promenade. Sur ces entrefaites M. Benedetti, étant lui-même sorti, est aperçu par le roi dans une allée sur la Brunnen promenade. Le roi se dirige vers lui et, en l'abordant, lui montre la Gazette de Cologne (2) qu'on venait de distribuer et qui contenait un télégramme privé daté de Sigraaringen annonçant la renonciation du prince de Hohenzollern. Le roi observe qu'il n'a pas encore reçu la lettre des princes, mais qu'il l'attend le jour même ; M. Benedetti dit que de son côté il a reçu de Paris la nouvelle de la renonciation. A ce moment le roi peut considérer l'afîaire comme terminée, lorsque l'ambassadeur lui demande de prendre vis-à-v^sde la France l'engagement de s'opposer dans l'avenir à toute rc; prise que le prince pourrait vouloir faire de sa candidature. Le roi déclare sans hésitation qu'il ne saurait contracter un semblable engagement. M. Benedetti renouvelle sa demande en mettant en avant les meilleurs arguments qu'il croit pouvoir produire, mais le roi refuse de nouveau son acquiescement et met presque aussitôt fin à l'entretien.

Retourné à son hôtel, M. Benedetti reçoit le second télégramme que M. de Gramont lui a expédié la veille au soir à il heures trois quarts pour lui réitérer l'ordre de solliciter l'engagement du roi, Le roi

(1) Benedetti^ Ma mission en Prusse, p. 371.

(2) Rapport officiel rédigé sous la surveillance da roi .

rentré chez lui a de son côté trouvé de nouveaux documents; la lettre de Sigmaringen apportant la renonciation .des princes est arrivée, ainsi que le rapport de M. de Werther sur sa conversation de la veille avec MM. de Gramont et Emile OUivier. La veille le roi avait promis à M. Benedetti de le faire appeler aussitôt qu'il aurait reçu la réponse des princes, mais la demande imprévue que lui a présentée M. Benedetti à laquelle s'ajoute subitement celle d'une lettre que lui communique M. de Werther l'amène à modifier ses résolutions. Au lieu de mander l'ambassadeur pour lui faire part lui-même de la renonciation, il charge le prince Radziwil de la communication; celui-ci se rend auprès de M. Benedetti, il lui di t que la renonciation du prince de Hohenzoliern est arrivée et que le roi le prie de télégraphier à son gouvernement qu'après cela il considérait l'affaire comme terminée (1).

Mais M. Benedetti, depuis l'entrevue sur la promenade, a reçu de M. de Gramont le second télégramme, et il attend, pour reprendre sa demande auprès du roi, que celui-ci le fasse appeler comme ils en sont convenus la veille ; voyant que le roi ne lui fournit pas l'occasion attendue, il est obligé de faire au prince Radziwil la demande d'une nouvelle audience , et il lui dit que, s'il agit ainsi, c'est qu'il a reçu des ordres de son gouvernement qui l'obligent à insister sur un sujet dont il a déjà entretenu le roi le matin. M. Bene-

(1) Benedetti, Ma mission en Prusse^ p. 380.

detti à la manière dont le roi a absolument refusé d'acquiescer à la demande d'engagement pour l'avenir, soupçonne bien que la mission confiée à Taide de camp vient du désir que le roi éprouve de se soustraire à de nouvelles instances, mais il ne se doute en rien qu'à ce moment est intervenu en outre le rapport de M. de Werther. M. de Gr amont a laissé ignorer à M. Benedetti la demande d'une lettre qu'il a présentée à l'ambassadeur de Prusse (1).

Le prince Radziwil retourné auprès du roi lui communique la demande d'une nouvelle audience que fait M. Benedetti, et comme celui-ci a informé le prince du sujet qu'il entend traiter, le roi sait que l'ambassadeur veut poursuivre auprès de lui la demande qu'il lui a déjà présentée le matin. Le roi renvoie son aide de camp, le prince Radziwil, auprès de M. Benedetti. L'aide de camp dit à l'ambassadeur que le roi ne saurait consentir à reprendre avec lui la discussion relative à un engagement pour l'avenir, le roi ne lui accorde donc point l'audience demandée dans ce but ; mais l'aide de camp déclare en même temps que le roi n'avait aucune difficulté à approuver la renonciation du prince Léopold. M. Benedetti rédige pour son gouvernement, sous les yeux du prince Radziwil, la partie d'une dépêche relative à ce fait : « Le roi a consenti, « m'a dit son aide de camp, à donner son approbation « entière et sans réserve au désistement du prince de « Hohenzollern ; il ne peut faire davantage. » Le prince

(1) Benedetti. Ma mission en Prusse, p. 383.

sien.

Radziwil se retire après cette dernière communication, et, dans cette journée, les choses en restent là.

Pendant que ceci se passait à-Ems, M. de Gramont tentait par une autre voie de faire parvenir au roi sa demande de garantie pour l'avenir. Il remettait à Lord Lyons, l'ambassadeur d'Angleterre à Paris, le mémorandum suivant, en le priant de le transmettre à son gouvernement pour que celui-ci en fit, en qualité de médiateur, l'objet d'une communication au gouvernement prussien : « Nous demandons au roi de Prusse « de défendre au prince de HohenzoUern de revenir « sur son acceptation , s'il le fait l'incident est ter- « miné(l) ». Lord Lyons en recevant communication de cette demande, faisait observer à M. de Gramont qu'il ne devait point craindre, après ce qui s'était passé, que le prince de HoUenzollern s'offrît de nouveau comme candidat, et Lord Granville, le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, se refusait à transmettre le mémorandum au gouvernement prus-

j M. Benedetti dans la journée du 13 avait successive-

! ment informé M. de Gramont de ses démarches.

I A 10 heures et demie du matin il lui avait envoyé un

' télégramme rendant compte de son entrevue avec le

roi sur la Brunnen promenade. A 11 heures et ; demie il lui en expédiait un nouveau pour lui dire

qu'il venait de recevoir son second télégramme et î qu'il se conformerait à ses ordres. M. ^e Gramont,

4 (1) Gramont, La France et la Prusse, p. 178.

après avoir reçu ces deux dépêches le 13, télégi à 8 heui'es du soir à son ambassadeur : « Faites un <c dernier effort auprès du roi; dites-lui que nous nous « bornons à lui demander de défendre au prince de « HohenzôUern de revenir sur sa renonciation. Qu'il « vous dise : Je le lui défendrai et vous autorise à me « l'écrire ou qu'il charge son ministre de me le faire « savoir, cela nous suffira. Si, en effet, le roi ne nourrit « pas d'arrière-pensées, ce n'est pour lui qu'une ques- « tion secondaire; mais pour nous elle est très-impor- « tante. La parole seule du roi peut constituer pour « l'avenir une garantie suffisante. J'ai lieu de croire « que les autres cabinets d'Europe nous trouvent jus- « tes et modérés. L'empereur Alexandre nous appuie (c chaleureusement. Dans tous les cas, partez d'Ems et « venez à Paris avec la réponse affirmative ou néga- « tive. Il faut que je vous aie vu vendredi avant midi. <c Si cela est nécessaire, prenez un train spécial. Con- « tinuez toujours néanmoins à me télégraphier ce que « vous avez à me faire connaître. Peut-être pourriez- <c vous, en recevant la nouvelle de la renonciation du « prince de HohenzôUern, lui dire : Sire, Votre Majesté « se porte garante de la parole du prince de Hohen- <c zoUern, car elle n'ignore point que comme puissance « nous n'avons point de rapports avec le prince et que « par conséquent devant le pays notre garantie offl- « cielle est dans la parole du roi. »

M. Benedetti reçoit ce télégramme dans la nuit du 13 au 14, mais comme le jour même le roi lui a déjà fait répondre qu'il ne consentait pas à lui accor-

rler d'audience pour reprendre l'entretien au sujet de la garantie pour l'avenir, il est dans Timpossibilité de faire directement auprès du roi ce dernier effort que lui prescrit son ministre. Il trouve cependant une voie détournée. Le 14 au matin il profite d'un entretien qu'il a avec le ministre de l'intérieur de Prusse, M. d'Eulembourg, en ce moment à Ems. Il explique au ministre le sens précis que le gouvernement français attache à l'assurance demandée au roi. M. d'Eulembourg répond à M. Benedetti qu'il soumettra ses observations au roi et il lui promet même de revenir, mais, quelques instants après, il lui mande simplement qu'il n'a aucune communication à lui faire. M. Benedetti, obéissant aux ordres de son gouvernement qui le mandaient à Paris pour le lendemain 15 avant midi, quittait Ems le soir même. Il prie l'aide de camp de service d'exprimer au roi le désir qu'il éprouve de prendre congé de lui. Le roi lui fait répondre que, partant lui-même pour Goblentz à 3 heures, il le recevra à la gare dans son salon réservé. Le roi, dans cette dernière entrevue, se borne à lui dire que personnel- Jhément il n'a plus rien à lui communiquer, et que les négociations qui pourraient être poursuivies le seraient par son gouvernement.

Avant de faire connaître les dernières complications d'où sort immédiatement la déclaration de guerre, il nous faut exposer les agissements qui, en France, se sont produits à côté du gouvernement et qui ont décidé du cours qu'il a imprimé à la négociation.

Lorsque la nouvelle de la candidature Hohenzol-

lera éclata, elle produisit une impression d'autant plus profonde que Ton se demanda si ce n'était pas là une cause de rupture subrepticement amenée par M. de Bismarck pour provoquer avec la France une guerre dont Theure lui semblait venue. Cependant on put s'apercevoir bientôt que du côté de la Prusse, à laquelle on avait d'abord pensé, personne n'éprouvait le désir de se servir de l'incident pour engager une lutte avec la France. Du côté de la France il en est autrement. Là, dès la première heure, le parti bonapartiste a vu l'occasion favorable du conflit que depuis longtemps il veut avoir avec la Prusse.

Le parti bonapartiste a fait l'empire ; il le conçoit d'une certaine manière et il tient à ce qu'il garde sa forme propre entre les autres gouvernements. Le parti bonapartiste veut que la conception particulière qu'il fait de l'empire soit appliquée, parce que cette application donne la forme politique qui correspond le mieux au degré de culture des masses et à la somme de moralité des chefs qui le composent, et parce que le seul moyen qu'il ait de conserver l'empire pour lui est de le maintenir sous sa forme première. Les essais de transformation de l'empire entrepris dans ces dernières années ont donc été combattus par les bonapartistes. Lessénatus-consultesde 1860, 67 et 69 par lesquels l'Empereur avait modifié les institutions de 1852, la formation du cabinet du 2 janvier et l'arrivée au pouvoir des parlementaires, tout cela réalisé malgré les bonapartistes les avait momentanément fait passer à l'état de vaincus. Mais la

102 LA CaUTE DE L'EMPIRE.

résistance qu'ils avaient d'abord faite sans succès était devenue efficace le jour où le cabinet du 2 janvier avait abordé la question du pouvoir constituant du Sénat. Lorsque l'Empereur était intervenu pour con-

server sa prérogative césarienne d'appel au peuple, lorsqu'il avait eu recours au plébiscite pour ratifier la nouvelle constitution, les bonapartistes avaient enfin obtenu que l'empire rentrât dans ses voies originelles et restât fidèle à ses traditions. Le plébiscite avait redonné à l'Empereur la domination sur des assemblées retombées à une position secondaire. L'Empereur a obtenu cet avantage par un appel direct à la nation; mais qui lui a donné la prise qu'il possède ainsi sur elle ? Avant tout, l'impression produite sur l'imagination par la grandeur militaire de Napoléon Bonaparte. C'est par le prestige de la victoire, par l'éclat de la guerre que le Napoléon est devenu un homme plus grand que nature, c'est par là que l'empire a pu une première fois prendre naissance et plus tard être rétabli. Cependant à l'époque où l'on est parvenu, l'empire a subi une énorme diminution de prestige par suite de la grandeur militaire que la Prusse a développée à côté de lui. Les racines que le Napoléon a jetées au cœur de la nation se trouvent donc affaiblies et, lorsque la transmission de la couronne devra se faire du père au fils, si on n'a qu'un Empereur diminué, d'abord le passage sera difficile, puis le pouvoir du nouveau souverain demeurera précaire. Le fils a été déjà associé au père au plébiscite, il faut l'associer au père dans la guerre pour lui obtenir

L'âFFâIRE IIOHENZOLLERN. 103

Tauréole de la gloire militaire. Si l'Empereur français a sur sa frontière un rival qui projette sur lui son ombre, comment pourra-t-il rester en permanence dans la nation ce que les bonapartistes veulent absolument qu'il soit, un être sans pareil, chef absolu, maître de toutes choses. Déjà Napoléon I" s'était trouvé en présence du même dilemme, ne voulant pas subir de diminution, il s'était vu condamné à la guerre sans fin et avait dû s'attaquer, pour les détruire, à toutes les monarchies militaires du continent. La fatalité qui avait poussé Napoléon P' existe en ce moment pour les bonapartistes. Il faut, pour qu'ils puissent résister aux entreprises des républicains, des parlementaires, des libéraux de toute nuance, que l'Empereur retrouve toute sa grandeur et, pour cela, la guerre avec la Prusse est nécessaire.

Le parti bonapartiste comme parti agissant est peu nombreux et son influence sociale, sa valeur morale, sa position dans le pays, sont peu considérables ; mais par les liens qui l'attachent à l'empire, par la force que lui a donnée le succès du plébiscite, il se trouve posséder des avantages décisifs pour peser sur l'Empereur et le gouvernement. Le parti bonapartiste au Corps législatif compose la droite qui a montré son dévouement à l'empire en résistant aux entreprises des parlementaires, il est maître du Sénat, il a en communauté de vues avec lui les chefs de l'armée, les courtisans, les familiers et surtout l'Impératrice que le sentiment maternel porte à la guerre qui seule peut redonner à l'empire le prestige nécessaire pour

que la transmission de la couronne du père au fils se fasse avec sécurité.

A côté des bonapartistes sont les purs chauvins qui veulent la guerre quand même parce qu'ils ne peuvent tolérer les agrandissements de la Prusse et Téclat de ses victoires, Les hommes chez lesquels ce sentiment du chauvinisme existe à ce point d'exaltation ne sont pas très-nombreux, mais, unis aux bonapartistes, ils vont former une combinaison redoutable. Si les bonapartistes étalent seuls, leur intérêt de parti apparaîtrait avec trop d'évidence pour qu'ils pussent agir efficacement, tandis que lès chauvins, faisant cause avec eux, colorent l'action commune des. sentiments d'un patriotisme particulier qui trouve de l'écho, à des degrés divers, dans une grande partie de la nation.

Le gouvernement est en ce moment dans les mains d'hommes dont les tendances sont naturellement pacifiques. L'Empereur vieux, malade, fatigué, n'est point porté à courir de nouveau les hasards de la guerre. Le chef du cabinet, M. Emile Ollivier, a pris le pouvoir pour faire prédominer un programme dont une partie essentielle est la paix. M. de Gramont arrive de Vienne où toutes les tendances sont à la paix. Le ministre de la guerre a pour sa part accordé des économies sur son budget et une diminution du contingent. Les ministres venus des centres droit et gauche, à l'époque du grand mouvement qui a précédé la formation du cabinet du 2 janvier, ont signé des déclarations dont un des principaux articles est le maintien de la paix. Ces mêmes hommes débutent

cependant, le 6 juillet, par faire lire une note tellement comminatoire que Ton se prend de suite à douter de leur désir de préserver la paix. C'est qu'ils ont subi la pression du parti résolu de faire sortir la guerre de l'incident Hohenzollern.

Les bonapartistes qui veulent la guerre sont des hommes sans scrupules, habitués à tout pour réussir, ne reculant devant rien . Ils entourent l'Empereur et les ministres, ils les poursuivent de leurs obsessions, les pressent d'agir. Ce sont les familiers, les gens dont le dévouement à la dynastie est tel qu'ils ne craignent point d'agir en dehors de l'Empereur, et même contre lui (1). Ils ont déjà eu cette attitude après le 2 janvier lorsqu'ils ont résisté aux réformes, et aujourd'hui encore qu'ils comprennent les intérêts de la dynastie d'une manière diflérente de l'Empereur, ils n'hésitent point à la reprendre. Ils cherchent, à l'aide de leurs journaux, à surexciter l'opinion publique, ils provoquent l'Allemagne, couvrent la Prusse de menaces et d'insultes ; au Corps législatif ils agissent sur les députés timides, indécis, flottants, par des excitations de toute sorte. On voit ainsi tout à coup un parti exalté qui entoure le gouvernement, enveloppe le Corps législatif, a possession d'une partie de la presse et qui, se multipliant par son activité et se rendant fort par son audace, arrive, au milieu de l'indécision du reste de la nation, par être la seule volonté se faisant sentir sur le gouvernement.

(I) VOrdre, 15 octobre 18ÎI.

106 LA CnUTE DE L'EMPIRE.

De niôme cependant que la droite bonapartiste exerçait son action au Corps législatif dans le sens de la guerre, de môme la gauche faisait tous ses efforts pour préserver la paix. Dès le premier jour le ton de la note lue à la tribune par M. de Gramont avait fait craindre à la gauche que le gouvernement ne voulût la guerre. La gauche s'inquiétait particulièrement du secret qui planait sur la négociation et elle essayait d'amener le gouvernement à fournir des éclaircissements. MM. Picard et Jules Favre demandaient, le 7 juillet, qu'on fixât un jour pour discuter l'interpellation déposée par M. Cochery, ils proposaient le lendemain. M. Emile OUivier priait au contraire la Chambre d'ajourner le débat, ce qui amenait une exclamation violente de M. Jules Favre : « Indéfini- « ment afin qu'on puisse faire des tripotages de « bourse ! » La Chambre se ralliait à l'opinion de M. OUivier. M. Jules Favre repoussé dans sa demande s'écriait : « C'est après des discours comme celui que « vient de nous faire entendre M. le garde des sceaux a que l'expédition du Mexique a eu lieu, et on sait ce « qui est arrivé. »

Cependant le désir d'obtenir des communications du gouvernement était si universel que dans la séance du 1 1 juillet M. de Gramont prenait la parole : « Mes- « sieurs, le gouvernement comprend l'impatience de « la Chambre. Il partage ses préoccupations , mais « il lui est impossible de porter à sa connaissance a un résultat définitif. Il attend la réponse dont « dépend sa résolution. Tous les cabinets auxquels

L'AFFAIRE HOflENZOLLERN. 107

« nous nous sommes adressés paraissent admettre la « légitimité de nos griefs. J'espère être très-prochai- ^ « nement en mesure dëclairer la Chambre ; mais aufa jourd'hui je fais appel à son patriotisme pour la « prier de se contenter de ces explications incomplè- « tes. » Quoique le président déclarât l'incident clos, M. Emmanuel Arago parvenait à dire quelques mots : « Très-désireux d'une solution qui assurerait la paix « européenne, je demande à M . le ministre des affaires « étrangères si les questions adressées à la Prusse « n'ont trait qu'à l'acceptation éventueUe de la cou- « ronne d'Espagne par le prince de HohenzoUern. S'il « en est ainsi, je crois qu'on doit espérer une réponse a satisfaisante; mais si les questions sont complexes et « de nature à soulever d'autres discussions que Tinci- « dent HohenzoUern, nous serions malheureusement a obligés de les considérer comme offrant d'autres pré- « textes à une déclaration de guerre. » Le . ministre des affaires étrangères ne répondait pas et le président mettait fin à l'incident.

Le 12 vers midi la nouvelle arrive de Madrid q^e le prince Antoine vient de renoncer au nom de son fils à la candidature. L'agitation et l'anxiété étaient extrêmes dans Paris; les abords, la salle des Pas perdus du Corps législatif étaient constamment encombrés de députés, de journalistes, de boursiers à l'affût des nouvelles. M. Emile OUivier reçoit la nouvelle du désistement du prince avant l'ouverture de la séance, dans la sallodes Pas perdus. Il se laisse aller, au milieu de la foule, à manifester sa satisfac-

tion; allant à la rencontre de M. Thiers, il lui dit : « L'affaire est heureusement terminée, c'est la paix. » Les assurances pacifiques que le ministre a données se répandent avec rapidité parmi les députés, et les journalistes, les boursiers montent dans les voitures qui les attendent sur le quai et galopent vers la Bourse, où aussitôt une forte hausse se produit. C'est la paix ! mais à peine ce mot a-t-il été entendu et sait-on qui Ta proféré, que les bonapartistes et les chauvins se ruent sur M. Emile Ollivier et lui font de violents reproches sur l'attitude qu'il a prise ainsi en public et sur la déclaration pacifique qu'il s'est permis de faire. Tous les chefs du parti bonapartiste sont là, traitant les ministres de lâches, de misérables, les accusant s'ils acceptent la renonciation dans les conditions où elle se produit, venant du prince Antoine, de déshonorer la France (1).

La séance du Corps législatif commence. Le parti bonapartiste intervient pour faire savoir que le désistement pur et simple du père du prince ne lui suffit pas. MM. Clément Duvernois et de Leusse représentant en cette occasion le parti, demandent à interpeller le gouvernement « sur les garanties qu'il a stipulées ou « qu'il compte stipuler pour éviter un retom^ de com- « plications successives avec la Prusse. • M. Emile Ollivier quitte après cet incident le Corps législatif et se rend au ministère des affaires étrangères. Lorsqu'il arrive, M. de Gramont était en conférence avec M. de

(1) Thiers, Enquête parlementaire, t. I, p. 8.

Werther. M. Emile OUivier à la nouvelle du désistement du prince, dans la salle des Pas perdus, avait dit : c'est la paix, sans faire aucune réserve; mais sans doute les reproches que la communication publique qu'il a faite lui ont attirés et l'interpellation des députés bonapartistes, ont déjà agi sur lui pour modifier ses sentiments. A peine, eneffet,*M. de Gramont lui a-t-il fait connaître la demande d'une lettre qu'il soumet à M. de Werther, qu'entrant dans les vues du ministre des affaires étrangères il se met à l'appuyer.

L'Empereur avait reçu de son côté à Saint-Gloud la nouvelle du désistement. Elle avait produit sur lui la même impression que sur M. Emile OUivier. Dans l'après-midi, causant avec les ambassadeurs d'Autriche et d'Italie, il leur avait dit que la paix était désormais assurée et qu'ils pouvaient considérer l'affaire comme terminée.

Entre quatre et cinq heures les ministres et l'Empereur se réunissent en conseil à Saint-Gloud. G' est à l'issue de ce conseil que M. de Gramont enverra l'ordre à M. Benedetti de présenter au roi la demande de garantie pour l'avenir. L'Empereur et M. Emile OUivier ont l'un et l'autre déclaré, en apprenant le retrait de la candidature, qu'il n'y avait plus motif de conflit, et tout porte à croire que, s'ils eussent été laissés à eux-mêmes, ils se fussent contentés du retrait de la candidature tel qu'il se produisait sans penser à faire au roi de Prusse aucune

demande nouveUe. Mais le gouvernement français,

iO

no LA CHUTE DE L'EMPIRE.

par la manière dont il a engagé les négociations, s'est, dès le premier jour, placé au bord de l'abîme. où il va tomber. Il n'a cessé d'associer la demande accessoire de l'intervention du roi à la demande principale du retrait de la candidature ; il a dès le début et tout le temps ensuite demandé au roi de Prusse d'intervenir auprès du prince par un acte ostensible. Or si le roi s'emploie sous main à faire retirer le prince, il a grand soin d'agir de manière à ce que son intervention ne soit pas apparente, et il se borne à approuver, après qu'il est accompli, l'acte qui paraît être né d'une décision spontanée du prince. Pour que le gouvernement français se déclare satisfait il faut donc que, considérant la grandeur de la concession qu'a faite la Prusse par le retrait de la candidature concédé tel quel, il fasse de son côté la concession de laisser tomber la participation personnelle et ostensible deman dée au roi. C'est au moment où il faut agir ainsi que les bonapartistes demandent au Corps législatif qu'on stipule des garanties engageant la Prusse. Sous le coup de l'ascendant qu'il subit de laj)art des bonapartistes, le gouvernement n'ose dégager le roi de la demande d'intervention personnelle qui lui a été présentée ; au lieu de la laisser tomber, il se décide donc à la poursuivre. Mais la chose n'est maintenant pas facile, car le gouvernement français s'est borné à demander que le roi de Prusse agît ostensiblement pour faire retirer la candidature, et la candidature a été retirée sans qu'il ait paru agir. C'est alors que, pour ressaisir le roi qui leur échappe et l'amener à donnoi*

l'affaire HOUEiNZOLLEUN. Mi

des garanties personnelles, TEmpereur et ses ministres conçoivent la pensée de reprendre leur demande d'intervention du roi sous une forme nouvelle : qu'il s'engage à empêcher tout retour de la candidature qui pourrait se produire dans l'avenir. La démarche qu'ils faisaient ainsi allait lés mettre vis-à-vis de la Prusse dans une position absolument fausse où ils ne seraient plus maîtres de rien.

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