‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873 (volume 4)Chapitre 13 sur 22 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les dernières défaites.

Les succès des Prussiens sur la Loire et daus le Nord, qui leur avaient permis d'occuper Orléans, Amiens, Rouen, n'avaient cependant point eu le résultat de briser la résistance de la province. Quelque pertes que les armées françaises eussent subies, elles devaient se retrouver promptement en état de tenir la campagne.

Le G** Faidherbe, commandant la division militaire de Constantine, avait été choisi pour remplacer le G'* Bourbaki à la tête de l'armée du Nord. Les Prussiens, parvenus jusqu'à Dieppe et à la mer, séparaient les départements de la Somme, du Pas-de-Calais et du Nord, où il allait commander, du reste de la France et rappelaient ainsi à opérer sur un terrain clos, entièrement abandonné à lui-même. On s'était hâté à Lille, après la bataille de Villers-Bretonnaux, de renforcer le 22® corps qui formait le premier noyau de l'armée du Nord ; ce corps sous les ordres du G'* Lecomte fut porté de trois brigades à trois divisions. On procéda en même temps à la formation d'an nouveau corps, le 23% sous les ordres du G*^ Paulze d'Ivoy. L®

G»^ Faidherbe aussitôt arrivé d'Algérie, prit Toffensive avec le 22« corps et ces fractions du 23° qu'on avait pu organiser. Il se dirigea d'abord sur Ham et La Fera, il enleva le château de Ham et y fit 200 prisonniers, mais il ne put reprendre La Fère où l'ennemi tenait garnison. Les Allemands, pour arrêter l'armée du Nord, rappelèrent sur Amiens une partie des forces qui avaient pénétré en Normandie. Le G'* Faidherbe attendit l'ennemi en face d'Amiens, à Pont- Noyelle, au confluent de la Somme et de l'Hallue ; son armée placée sur des hauteurs était protégée par les deux rivières coulant devant elle; il fut attaqué le 23 décembre. On combattit toute la journée, sans obtenir de part et d'autre de résultat décisif. Le lendemain les armées restèrent immobiles ; mais les Allemands appuyés sur la citadelle d'Amiens pouvaient recevoir rapidement des renforts soit de la Normandie soit de l'armée d'invjBStissement de Paris. Le G»* Faidherbe se touvait ainsi trop exposé sur la Somme ; il revenait en arrière et se plaçait sur la Scarpe entre les villes fortes d'Arras et de Douai. Les Allemands renonçaient à le suivre jusque-là.

Le G*^ Faidherbe, informé que les Prussiens venaient d'investir Péronne, reprit l'offensive pour secourir celte ville. Il rencontra en avant de Bapaume les forces ennemies qui couvraient le siège de Péronne. Le 2 janvier des engagements de détail eurent lieil à Achiet-le-Grand et à Béhagnies et le 3 janvier la bataille s'engagea à fond. Les Français enlevèrent à l'ennemi les villages qu'il occupait devant Bapaume et

couchèrent sur le champ de bataille ; toutefois leur succès demeura sans résultat, car ils n'occupèrent pas Bapaume et surtout ils ne réussirent point à faire lever le siège de Péronne. Le G** Paidherbe non- seulement s'arrêta, mais il se reporta une fois de plus en arrière et prit ses cantonnements autour de Boileux en avant d'Arras. Il eût été, en effet, par trop téméraire, s'il se fût laissé entraîner au loin avec une armée improvisée et d'un faible effectif. Les places fortes du Nord étaient son seul appui et sa seule protection en cas de défaite, et il ne pouvait s'en éloigner au point de courir le risque d'en être coupé. Puis l'ennemi, si on l'eût longtemps serré de près, pouvait subitement se renforcer, en puisant à volonté dans l'armée d'investissement de Paris, et alors l'armée du Nord eût été à coup sûr écrasée.

Le G'* Faidherbe passant une troisième fois à l'offensive (1) reprit le chemin de Bapaume pour reconnaître la situation de Péronne. Le il , arrivé à Bapaume, il apprenait la capitulation de Péronne. Il avait compté que cette place, qui était relativement forte, ferait une défense prolongée. Mais les Prussiens avaient, selon leur habitude, dirigé le feu de leurs batteries, par dessus les remparts, sur les maisons de la ville. Les ravages causés par le bombardement furent très -considérables, les habitants avaient été un instant soutenus par le canon de la bataille de Bapaume qu'ils avaient entendu ; lorsque l'armée du Nord se fut

(l) G'i Faidherbe. Campagne de l'armée du Nord, p. 49*

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reportée en arrière, ils perdirent tout espoir, et la ville, menacée d'une reprise du bombardement, avec des pièces de siège de gros calibre, avait capitulé.

Cependant le moment était venu pour Tarmée du Nord de tenter un grand effort (1). Un télégramme de M. de Freycinet recommandait au G'* Faidherbe d'attirer à lui le plus d'ennemis possible, pour diminuer d'autant les forces qui seraient opposées à une grande sortie que projetait Tarmée de Paris. L'armée du Nord était à Albert ; dans cette position la Somme et les villes d'Amiens et de Péronne occupées par lennemi, lui présentaient au sud une barrière infranchissable. Le G'* Faidherbe cherche une autre ligne d'opération, il se porte latéralement sur Saint-Quentin d'où il pourra menacer l'ennemi dans la direction de Paris vers La Fère et Noyon. L'armée du Nord se mit en mouvement par un froid terrible, le verglas qui couvrait les routes, rendait la marche excessivement pénible ; l'armée avait été grossie de tous les éléments qu'on avait pu réunir en leur donnant une organisation quelconque, elle avait atteint un effectif de près de 40,000 hommes. C'est ainsi qu'une division était en partie composée de gardes nationaux mobilisés incorporés dans les régiments de ligne.

Les troupes ennemies que l'armée du Nord combattait, appartenaient aux I" et VIP corps placés en dernier lieu sous les ordres du G** de Gœben. Le général prussien maître du cours de la Somme, pouvait déro-

(I) G'i Faidherbe. Compagne de l^avméedu Nord, p. 59.

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ber ses mouvemeûts et concentrer ses forces en toute sécurité. Lorsqu'il a vu le G** Faidherbe marcher d'Albert sur Saint-Quentin (1), il s'est rapidement trouvé' prêt à se jeter sur lui, et le 18 janvier il attaquait son arrière-garde à Vermand entre Péronne et Saint-Quentin . Le G** Faidherbe serré de trop près prenait position à Saint-Quentin pour faire tête à l'ennemi. Il rangea son armée sur les hauteurs en avant de Saint-Quentin des deux côtés de la Somme et du canal, le 22® corps sur la rive gauche, le 23® sur la droite. Les Prussiens étaient supérieurs en cavalerie et en artillerie, ils avaient en infanterie un nombre d'hommes moindre que celui des Français, mais la qualité de leurs troupes compensait bien au delà cette infériorité. On se battit toute la journée du 19; les Français montrèrent une grande ténacité et ne furent délogés de leurs positions et refoulés dans Saint- Quentin qu'à la nuit. Les Allemands, au moment de la bataille, avaient reçu des renforts de l'armée d'investissement de Paris ; les hommes transportés par chemin de fer jusqu'à La Fère (2) n'avaient eu qu'une étape à parcourir pour atteindre Saint-Quentin. L'armée du Nord laissait aux mains de l'ennemi quelques canons, un certain nombre de combattants faits prisonniers dans la ville, tous ces traînards, écloppéset fuyards, au nombre d'environ 8,000, que les souffrances d'une pénible campagne d'hiver et la démoralisation de la défaite faisaient sortir des rangs. Mais le G** Faid-

(1) G'' Faidherbe. Réponse à la relation du G'* de Gœben, p. 20.

(2) Jacqmin. Les chemins de fér pendant la guerre, p. 174*

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herbe avait réussi à conserver sa ligne de retraite sur Cambrai et il parvenait une fois de plus à se dérober derrière les places du Nord, sans être inquiété sérieusement. Il réorganisait rapidement son armée qui, en peu de jours, se trouvait en état de tenir de nouveau la campagne, même avec un effectif accru. Les Prussiens s'avancèrent jusqu'à Cambrai et Landïecies, puis revinrent en arrière.

Dans rOuest le répit procuré à la 2"® armée de la Loire par sa retraite sur le Mans devait être de courte durée. Le G** Chanzy s'était appliqué au Mans à reformer ses troupes, puis il avait détaché vers l'ennemi des colonnes mobiles. Le G*' Jouffroy se portait avec une division sur la .Bray à Bessé et Lavenay. U pénétrait jusque dans les faubourgs de Vendôme, sans toutefois pouvoir chasser l'ennemi de la ville. A droite du G*^ Joufiroy, le G'* de Gurten s'était emparé de Château-Renault sans coup férir. A gauche ime colonne, sous les ordres du G»* Rousseau, atteignait Nogent-le-Rotrou et prenait position autour de la ville. Ce retour offensif s'était opéré sans grandes difficultés ; il avait même procuré certains avantages sur les détachements auxquels l'ennemi, en se repliant, avait confié la garde du pays. Cependant les Prussiens se décidaient à reprendre la lutte avec la 2™® armée de la Loire. Le prince Frédéric- Charles laisse une division à la garde d'Orléans et du cours de la Loire et se met en marche sur le Mans avec trois corps d'armée, les 111% IX« et X®, là XXIV" division du XIII° corps, trois divisions de ca-

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