‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873 (volume 4)Chapitre 18 sur 22 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La France et l'Allemagne à la fin de la guerre.

Les efforts de la France après Sedan, pour repousser riavasion Allemande avaient échoué. Non que la force de volonté et la somme d'énergie déployées eussent été en défaut ; la persistance apportée si longtemps à soutenir une guerre désastreuse et Tobstination mise à reprendre la lutte après chaque défaite^ placent la Défense nationale en parallèle des actes de résistance^les plus résolus, jamais entrepris par un peuple. Si la France n'a pu vaincre, c'est qu'elle a poursuivi la guerre dans des conditions d'infériorité trop grande envers rennemi. La France, après la perte de son armée permanente, a dû improviser fiévreusement de nouvelles armées, en puisant de toutes parts, pour remplir les rangs et créer des cadres et un armement. Des armées ainsi formées d'hommes dépourvus des connaissances qui constituent les vrais officiers et les vrais soldats, ne pouvaient battre l'armée allemande, qui, à l'entrée en campagne, était parfaitement organisée et qui avait de suite acquis l'ascendant moral que donne la victoire. Les capitulations de Sedan et de Metz, en

livrant à Tenuemi trois cent mille hommes, ont privé la France d'une partie de sa population réellement apte au service militaire, et dans des circonstances où le nombre d*hommes à mettre en ligne, était, pour la lutte, un élément de succès décisif, car la Prusse, avec son système militaire particulier, disposait de toute sa population jeune et valide. La plupart du temps, les peuples envahis compensent, en se soulevant, la mauvaise qualité de leurs troupes improvisées par la grande supériorité du nombre, mais cet avantage manquait cette fois, complètement aux Français, qui, après avoir subi au début une perte (Thommes sans précédent, avaient justement à repousser des armées immenses. La France, n'offrait du reste, aucune de ces particularités de sol et de climat, qui deviennent fatales à des envahisseurs, telles que la Russie en avait présentées dans ses plaines nues et ses glaces, et l'Espagne dans son soleil ardent et ses chaînes de montagnes. La France donnait au contraire, par son sol fertile, sa population dense, ses voies de communication nxultiples, toutes facilités aux armées ennemies pour subsister et se mouvoir facilement. La Défense nationale, a donc été poursuivie dans des conditions tellement défavorables que lesuccès en était impossible.

Du reste si les Français ont pu nourrir l'espérance de repousser l'invasion, en continuant la guerre, ce n'est cependant pas à la suite d'un calcul des chances de succès, qu'ils ont persisté à résister après Sedan; leur détermination a été alors instinctive, et le ré-

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sultat d'un soulèvement spontané. Ils ont rejeté la paix sans examen, aux conditions où elle leur était offerte. Et l'instinct qui les a guidés s'est trouvé juste, les résultats pour eux-mêmes au point de vue moral qu'ils ont obtenus en prolongeant la guerre, la position différente dans laquelle la France et TAllemagae se sont respectivement trouvées dans Topinion du monde, au lendemain de Sedan et à la fin des hostilités, sont des avantages suffisants, malgré la victoire qui a manqué, pour compenser les pertes et les douleurs subies.

Il semblait après Sedan que la France fût définitivement abîmée. On doutait qu'elle possédât les éléments d'une rénovation. L'empire, en déclarant la guerre, avait indisposé tout le monde contre lui ; aussi sa chute n'inspira aucune pitié; elle arrivait même comme une d^élivrance, non-seulement pour l'Allemagne, mais pour la Belgique qui s'était sentie en péril, pour l'Angleterre qui s'intéressait à celle-ci, enfin pour l'Italie qui détruisait le pouvoir temporel des papes. L'Europe ne se croyait du reste tenue à aucune commisération. En essayant d'intervenir en Allemagne, en violation du droit qu'ont les peuples de régler librement leurs affaires intérieures, l'empire avait trouvé sa perte ; il n'avait que le châtiment qu'il méritait. On dépassait le gouvernement impérial et on enveloppait la France entière dans l'expression du dédain et de la raillerie : voilà donc, disait-on, à quoi devait aboutir cette prétention des Français de posséder pour la guerre des facultés et des aptitudes spéciales! Et si la nation

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est ainsi tombée sur les champs de bataille, comment se relèverait-elle par ailleurs I Depuis vingt-ans, elle est à l'égard des institutions politiques en arrière des peuples voisins, la poursuite exclusive des jouissances, un relâchement de mœurs semblent avoir étouffé, dans son sein, les aspirations et les sentiments d'ordre él£vé. Si la France qui n'a gardé de ses anciens éléments de grandeur que la prépondérance militaire, perd aussi celui-ci, c'est que l'heure d'un affaissement définitif à sonné pour elle.

Mais on commence à suspendre ce jugement lorsqu'on voit surgir un nouvel ordre politique constitué par la petite élite, qui avait revendiqué, sans se lasser, les droits populaires et les libertés publiques. La partie intelligente et progressive de la nation reprenait donc le dessus. Dès lors Tempire n'était plus qu'un accident, les aspirations nobles qu'on avait supposées à jamais disparues, n'avaient été que momentanément étouffées. Puis les sympathies se prononcent et s'affirment, lorsqu'on voit tous les partis politiques d'accord, pour poursuivre sans hésitation la plus inégalp des luttes. Ces Français qu'on avait pu croire absolument dégénérés et désormais impropres à la guerre, montraient qu'ils savaient affronter le plus horrible danger, qu'ils étaient capables de tout subir, pour défendre l'intégrité de leur sol et sauvegarder leur honneur. La France se relevait donc aux yeux du inonde par son courage à supporter le malheur, par les souffrances qu'elle endurait pour une cause devenue juste et noble; et les sympathies qu'elle recueillait

s'accentuaient d'autant plus qu'en sens inverse, TAllemagne, par sa conduite et son abus de la victoire, détachait d'elle les partisans qu'elle avait eus au début.

Les Allemands avaient été pris d'un véritable délire au spectacle de leurs victoires et de cette grandeur qui les amenait à exercer, en Europe, la prédominanca politique qui avait auparavant appartenu aux Fran- .çais. Pour comprendre leur ivresse et la nature des passions qui les ont à ce moment-là possédés, il faut se rappeler les longues souffrances de lepr patriotisme. L'Allemagne n'avait encore jamais été une nation. Le territoire occupé au centre de l'Europe, par la race germanique restait mal défini, il se confondait aux frontières avec celui d'hommes de race différente ou bien était devenu partie intégrante d'empires voisins. Cependant les Allemands, longtemps retardés dans leur développement par les divisions et les guerres amenées par la Réforme, avaient fiui par produire une littérature originale; dans la science, ils avaient rejoint et au moins égalé les peuples leurs devanciers; en philosophie et dans* un grand art, la musique, ils les avaient dépassés. Pendant que l'Allemagne se développait dans l'ordre intellectuel, elle restait dans le même néant politique. Où est la patrie de l'Allemand? Arndt avait répondu, partout où l'on parle allemand, mais à ce vaste territoire, ni l'ancien Saint-Empire romain, ni la moderne confédération germanique, sortie des traités de 1815, n'avaient donné d'organisation unitaire et de gou-

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vernement pour raclion. L'Allemagne demeurait partagée en une multitude d'états, régis par des princes indépendants. Il n'est guère de moment dans Thistoire où par leur mauvais gouvernement, leurs caprices, leurs abus de pouvoir, quelques-uns de ces princes n'aient fait subir toutes sortes d'avanies à leurs sujets ; et encore les souffrances qu'ils infligeaient à l'intérieur, n'étaient- elles rien en comparaison des dommages qu'ils attiraient de l'extérieur. C'était toujours par l'appel de quelque souverain, par une alliance nouée avec un état particulier que Tétranger s'immisçait dans les affaires allemandes et entretenait, au sein de l'Allemagne, la division et la faiblesse. La bassesse et la servilité que tant de princes allemands avaient montrées jjour des monarques étrangers puissants, pour Napoléon P', par exemple, puis pour l'empereur Nicolas, étaient une cause d'humiliation profonde pour l'Allemand, qui en échange de l'oppression qu'il subissait au dedans, n'obtenait au dehors, ni protection, ni considération. Pendant que l'Anglais, le Français, le Russe trouvaient au loin, pour les protéger, des agents parlant au nom de grands empires, l'Allemand devait s'adresser au représentant de quelque minime prince qui lui-même, auprès des potentats étrangers, avait peut être pris la position d'un dépendant ou d'un homme lige.

Cependant tout ce qui leur manquait pour l'actionpolitique et Tinfluence extérieure, les Allemands le voyaient réuni par la France. Le spectacle d'un voisin

en possession indisputée des biens gui font vainement l'objet de vos désirs, suffit pour faire naître des sentiments de convoitise et d*envie, et ainsi en était-il dans ce cas. A l'envie se joignait le souvenir d'anciens dommages subis. Les nations européennes u'out jamais eu, dans leurs rapports entre elles, de règle de conduite inspirée par la justice ; toutes, lorsqu'elles ont eu la prépondérance en ont sans scrupule, fait sentir le poids à leurs voisins et ainsi avait fait la France pour TAUemagne. Depuis des siècles lorsque la France déclarait la guerre, elle devait à sa force et à sa concentration politique de la porter hors de chez elle. Pendant les guerres de Trente ans, de Louis XIV, de Sept ans, de la révolution et de Tempire, c'était l'Allemagne qui avait servi de champ de bataille à l'Europe et, parmi les nations qui avaient foulé son sol et apesanti sur elle leur bras victorieux, se trouvait la France.

A toutes ces raisons d'inimitié, s'en ajoutait uae plus profonde encore, sur laquelle il faut insister, pour expliquer le débordement de passion qui va se faire jour en Allemagne contre la France, car peut-être autant que toutes les autres réunies, elle a contribué à le produire : c'est l'inférioiûté, non pas seulement nationale, mais personnelle, dans laquelle individuellement, comme homme, l'Allemand était censé être vis-à-vis du Français (1).

La France avait eu son épanouissement littéraire

(I) Voyez entre autres : Ludwig Bamberger. Zur naturgesehichte

aux dix-septième et dix-huitième siècles, alors qu'aucune nation en Europe ne pouvait contrebalancer son influence intellectuelle. Elle était ainsi devenue le modèle et l'arbitre universels du goût ; sa langue s'était répandue dans toutes les cours et avait, particulièrement en Allemagne, supplanté Tidiome national, pour le commerce des gens policés. Lorsque l'Allemagne, avait eu à son tour son éclosion littéraire, elle avait substitué sur son sol sa langue et sa littérature à celles de la France, mais elle n'était jamais parvenue à exercer une action dominante à l'extérieur, et surtout elle n'avait rien produit de comparable à cette politesse et à cette élégance, que la cour de Louis XIV et les salons du dix-huitième siècle avaient affinées et qui, dans la haute société, continuait à placer tout ce qui venait de France hors de pair. Aussi, du fait de ces avantages nationaux, le Français ne manquait-il d'affirmer sa prééminence et de la faire sentir à l'Allemand. A cette première assertion d'une plus grande noblesse comme homme du monde, est venue s'ajouter, pour développer encore la croyance à une supériorité de race chez le Français, le sentiment de la suprématie militaire et des perfections guerrières. Ce sont ces dernières prétentions, entretenues par le souvenir des guerres de Louis XIV et enfin surexcitées outre mesure par les campagnes de Napoléon I", qui ont définitivement amené la France,

des Kriegesi p. 91. — Karl Hillebrand. Frankrexch und die Franzosen, p. 361. — Friedrich von Hellwald. Culturgeschichte, tome II, p. Ô54.

h se donner pour une nation privilégiée et qui, partout dans le monde, ont fait prendre individuellement au Français un air et une attitude d'homme supérieur à tous les autres. 11 est vrai qu'en Allemagne, Télégance française était présentée comme une faiblesse et une corruption, auxquelles étaient bien préférables la bonhomie et la rudesse germaniques, que les passions militaires, l'amour de la gloire du Français étaient dénoncées comme des restes de vieille barbarie à mépriser. Ce dédain n'était qu'apparent. Au fond la supériorité reconnue du Français, comme homme du monde et comme guerrier, que TÀllemand ne pouvait s'empêcher de ressentir à chaque instaut, était pour lui une source inépuisable de blessures d'araour-propre, et s'il prétendait la mépriser, c'est uniquement qu'elle lui manquait. Et môme à force do n'entendre jamais vanter que leur bonhomie, leur simplicité de mœurs, leur naïveté, les Allemands avaient fini par tenir leurs vertus en peu d'estime. Ne les traitait-on pas en môme temps de rôveurs, de métaphysiciens, de maîtres d'école ! Ces titres leurs paraissaient d'autant plus odieux qu'ils en étaient venus, après tant d'essais restés vains, à douter s'ils pourraient jamais, en politique, sortir des rêves et des abstractions et s'il n'y aurait pas réellement, dans une différence de racé, quelque chose qui, leur manquant pour l'action, les condamnerait perpétuellement à occuper, aux yeux du monde, un rang inférieur à celui du Français.

Tout à coup, en 1866, TAllemagne réalise son unité

nationale el de la manière qui peut le plus l'enorgueillir, par la guerre et la victoire. Elle est encore dans tous les transports nçs de son heureuse fortune, que la France l'attaque, pour lui disputer la possession des biens inestimables qu'elle vient d'acquérir. Alors se réveillent, s'échauffent, s'exaltent contre la France, tous ces sentiments de courroux, d'envie, de besoin de vengeance, d'amour-propre froissé, couvés depuis si longtemps. En un mois, par une rapidité d'action qui égale tout ce que les Français avaient jamais montré en ce genre, les Allemands remportent des victoires inouïes, et ravissent à la France sa prépondérance politique et militaire. On chercherait en vain dans l'iiistoire, un autre exemple d'un peuple qui ait accompli, d'une manière aussi subite, un tel changement de fortune et qui, dans la réalisation de ses longs désirs, ait dépassé tous ses rêves et toutes ses convoitises. L'Allemagne, sous le coup d'un ébranlement profond, va donc traverser une de ces phases, où les nations prennent un aspect imprévu, par suite des particularités de caractère qui s*exagèrent subitement et des passions longtemps étouffées qui s'épanouissent.

On voit se produire en Allemagne cette surexcitation de l'imagination, qui ouvre la perspective d'une prospérité et d'une puissance sans limites et sans fin et qui, dans le premier moment d'un désir réalisé donne à croire que les sentiments d'ivresse auxquels on s'abandonne, garderont éternellement leur fraîcheur et leur omnipotence. En réaction contre cette

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bonhomie bourgeoise qu'oa leur avait prêtée et ces dispositions qui les avaient portés aux études désintéressées et aux spéculations métaphysiques, les Allemands se laissent envahir par la soif du butin et des conquêtes, et se montrent insensibles aux spectacles les plus horribles de la guerre. Aucune protestation ne s'élève au milieu d'eux, même contre les bombardements de Paris et de Strasbourg, qui rem» plissaient l'Europe d'horreur et qui eussent dû leur sembler d'autant plus odieux que l'un, celui de Paris, était sans résultat militaire possible, et l'autre, celui de Strasbourg, s'adressait à une population qu'ils déclaraient faire partie de leur chair et de leur sang. Cette dureté militaire qui avait été une des particularités de la Prusse, et qui, en Allemagne même, avait suscité de si vives répugnances, colorée par le prestige do la victoire, était devenue la plus précieuse des qualités. Toute l'Allemagne . se l'appropriait et, par cette adaptation, elle croyait s'assurer l'énergie pour l'action qui avait paru lui manquer jusqu'alors (1). Loin que le retrait des sympathies dé l'Europe, à mesure que la guerre se prolongeait, impressionnât désagréablement les Allemands, le mélange de trouble et d'effroi causé par leurs victoires, les remplissait d'un secret contentement. Il leur procurait la sensation de leur force et de leur puissance nouvelles. Ah! on les craignait, on tremblait devant eux, on se plaignait de leur dureté I Au moins on ne parlerait plus

(1) D.F. Straass. Briefe an Emst Kentm^ p. 46.

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d'eux comme de rêveurs et de maîtres d'école 1 Le sentiment national et le patriotisme si longtemps contrariés, maintenant que les événements leur donnaient satisfaction, prenaient le caractère de passions féroces, jalouses de tout partage. On voit le patriotisme allemand se manifester sous cette forme rétrécie du patriotisme antique, pour lequel le seul vrai patriote, est celui qui joint à l'amour du pays le dédain des peuples étrangers. Tout ce qui au sein de T Allemagne n'est pas exclusivement national, tout ce qui en religion, en politique, par origine ou par nature, peut avoir des affinités avec des formes analogues hors d'Allemagne, est regardé d'un mauvais œil, tenu pour suspect, ou même absolument dénoncé comme coupable envers la patrie allemande.

La résultante, dans l'ordre politique, des aspirations et des besoins nouveaux, était la mise en pied d'un empereur, par la superfétation du titre impérial au titre du roi de Prusse. M. du Bois-Reymond, dans un discours prononcé comme chancelier de l'Université de Berlin, au début de la guerre, s'était pourtant fait applaudir de l'Allemagne, en déclarant que jamais prince allemand ne devrait être investi du titre d'empereur souillé par la famille Bonaparte (1). A plus forte raison après la fin de Napoléon III à Sedan, ce titre

(1) Es lebe Kœnig Wilhelni von Preussen — Kaiser der Deutschen dûrfen wir ihn nicht nennen, und vielleîchl môchtén wir es nicht einmal mebr, seit der Name Cœsar durcli das Haus Bonaparte von Neuf.m mit so viel Greueln besudelt worden ist. Lassen wir

dcvait-il paraître assez peu enviable, et peu en rappor avec les prétentions des Allemands de réagir contre les erreurs françaises. Mais si, en effet, on éprouve une certaine gêne, après les discours autrefois tenus, à manifester son enthousiasme pour le nouveau titre impérial, et si les publicistes embarx*assés en sont réduits, pour le dehors, à atténuer l'importance de la transformation (1), TEmpereur n'en n'était pas moins irrésistiblement appelé à ôtre, par des forces sociales devenues toutes puissantes qui, en l'élevant, assuraient leur propre grandeur.

C'était TAUemagne protestante qui triomphait avec la Prusse, mais avant de parvenir à une aussi haute fortune, elle avait eu de pénibles débuts, elle avait subi de grands revers et traversé de longues années de faiblesse. Le protestantisme à sa naissance avait vu se dresser contre lui la suprême autorité politique de l'Allemagne, l'Empereur. Dans la lutte que l'Allemagne catholique appuyée sur l'Empereur, avait entreprise contre l'Allemagne protestante, celle-ci avait été vaincue et très- près d'être absolument anéantie. Ce n'est qu'avec l'appui du dehors, d'abord de Gustave-Adolphe, puis, à la fin de la guerre de Trente ans, de la France elle-mêmoj que le protestantisme était parvenu à arracher à l'Empereur son droit à l'existence. Toutefois né de l'esprit de révolte contre la hiérarchie antique et illustre du catholicisme, sans autres

bIsd den Titel lateinischer Herkunft. — Du Bois-Reymond. -^ liedeam, 3 August. 1870 in der Universitât zu Berlin,^, 46. (1) Von Sybel. DerFriede von 1871, p 12.

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iéfenseurs îles princes secondaires, pendant que le catholicisme continuait à jouir de la protection impériale, le protestantisme restait en Allemagne dans une position humble et inférieure. Sa situation s'était améliorée, lorsque, par la création du royaume de Prusse, un prince protestant de haut rang avait surgi en Europe et, à partir de ce jour, sa grandeur s'était trouvée liée à celle des Hohenzollern. Dans la Confédération germanique, de 1815, le protestantisme paraissait enfin élevé à la dignité du catholicisme, puisque le roi de Prusse était placé sur le pied d'égalilé avec TEmpereur, réduit du titre d'empereur des Romains au moindre titre d'empereur d'Autriche. Il n'en n'était rien cependant. Le titre d'empereur gardait des traditions et des vieux souvenirs un prestige supérieur, et en effet, depuis 1815 jusqu'à l'époque absolument récente, la Prusse avait conservé, et presque accepté, une position secondaire à l'égard de l'Autriche. En 1866 contre l'Autriche, et en 1870 contre la France, l'Allemagne protestante, sous l'égide de la Prusse, développe une force inconnue, qui la place définitivement en Europe, dans une position prééminente. Mais quel peut être le couronnement d'une aussi grande fortune? N'est-ce pas l'agrandissement du roi de Prusse et sa transformation en empereur? Et n'est-ce donc pas le signe delà prépondérance définitive du protestantisme, que cette acquisition, par un prince protestant, du titre suprême impérial qui, jusqu'à ce jour, est resté l'apanage de princes catholiques ? N'est-ce pas, pour les protestants la

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