‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873Chapitre 4 sur 13 · III · texte numérisé non relu

III

pour reprendre, disait-il, son rôle primitif de grand conseil de famille de la garde nationale.

La Commune, par Torgane de son président d'âge, débutait en déclarant que ses attributions seraient exclusivement municipales, puis aussitôt se démentait. Dès ses premières séances, elle usarpait en effet sur tous les droits de TEtat. Elle se partageait en commissions qui, presque toutes, devaient s'occuper d'affaires d'ordre national. Elle remplaçait les doyens des facultés de droit et de médecine par de nouveaux titulaires. Elle abolissait la conscription, décrétait qu'aucune autre force militaire que la garde nationale ne pourrait être créée ou introduite dans Paris. Elle interdisait Tafflchage des écrits émanés du gouvernement de Versailles. Après avoii' d'abord publié son journal sous le titre de Jou7'nal officiel de la Commune^ elle lui donnait ensuite celui de Journal officiel de la République française. Le garde des sceaux, M. Dufaure, avait déposé à l'Assemblée nationale un projet de loi sur les loyers arriérés, il ne concédait aucune réduction des sommes dues ; il accordait seulement des délais aux locataires pour se libérer. La Commune rendait, elle, un décret qui faisait remise pleine et entière des termes d'octobre 1870, janvier et avril 1871.

Les grandes villes de province étaient, depuis le 4 septembre, dans une effervescence qui les faisait tressaillir à chaque mouvement de Paris. Aussi après le 18 mars des tentatives ne pouvaient-elles manquer de s'y produire pour secourir Tinsurrection parisienne.

LE GOUVER?tEMENT DE LA COMMUiNE. 87

Le 24 mars, des officiers de la garde nationale de Lyou, réunis au nombre de plusieurs centaines, délibéraient s'ils adhéreraient à l'Assemblée de Versailles ou à la Commune de Paris. La majorité se décida en faveur de cette dernière, et, dans la soirée, la garde nationale des faubourgs, mise sur pied, s'emparait de rilôtel de ville. La Commune fut proclamée, une commission communale établie ; mais dès le lendemain celle-ci se trouva dans Tisolement. Le maire, M. Hénon, et le préfet, M. Valentin, se refusaient à toute transaction. Le général Crouzat s'était maintenu à la garde de Perrache avec les troupes sous ses ordres, les gardes nationaux fidèles au gouvernement se ralliaient à lui. Les membres de la commission communale délaissés de leurs partisans abandonnèrent l'Hôtel de ville dans la nuit du 24, annonçant, par une proclamation, qu'ils résignaient leur mandat. La Commune lyonnaise s'évanouit ainsi d'elle-même. Il n'y eut plus à Lyon qu'une insurrection locale à la Guillotière le 30 avril, que le préfet, M. Valentin, comprima énergiquement.

Les socialistes affiliés de l'Internationale avaient tenté de proclamer la Commune à Saint-Etienne dès le 31 octobre. Après le 18 mars, ils invitèrent inutilement le maire et le conseil municipal, composé d'ardents républicains, à se rallier à la Commune de Paris. Le 25 ils s'insurgent et s'emparent de l'Hôtel de ville. La préfecture est contiguë et le préfet, M. de l'Espée, demeure leur prisonnier. On lui demande, avec menaces, de proclamer la Commune ou de se dé-

88 La commune.

mottr-}. n sy reinie. En même temps les insurgé orcauisaient un oomiié chargé de gouverner, la ville Le pnMcî; ■?tai: gardé, dans la grande salle de l'Hôte de ville, -^or un ancien proscrit nommé Fillon, un serre l' ion .[\ yni an milieu du tumulte avait perdi :oii: s-iiiç -.'roid. La nuit était venue. La foule surez citée ^r-ssaiî: ie ^ius eu ;}lus le préfet de reconnaître 1 CoLnn::iiie : a :in moment où elle devient particulière menî: meLiaraiiie, Fillon décharge son revolver, tu un de:? issistaiirs y. en blesse un autre. Immédiatie ment li;.s hommes armés, lui se trouvaient dans 1 saile. .lio.iLssent leur-s l'usils et fout feu. Fillon est tu avec M. ie rEspée. Le Lendemain le comité insurrec tioii-'io. lomiuait la ville, mais le meurtre du préfc 'Oii..;7riii. iine telle réprobatiou, que personne ne s raili.iil ;t lui. Deux jours après, à l'arrivée de quelque trouji'îfT, il vida rilotel de ville. Ses partisans déposi ren!^. les armes.

Lti y) iTiars den iîaries uatiouaux du Creuzotarbc raidie !^ Iraneau rou:re et proclamaient la Commune Iji population resta iudiûerente et le lendemai la mairie fut reprise par la troupe.

Urifî partie des habitants des villes du Languedoc < du rivage de la Méditerranée inclinait vers la Con rnune C'j. n'était retenue de la proclamer que par l'adhe sion quo les députés républicains coatiuuaicut à pr< ter k i' A. -semblée et au gouveruemeut do Yersaille: C^'pfînl.mf. à Toîilou.se les gardes uali.uwux s'omparè rejir, 1 : Capitolc, puis nommèrent uue commissio

I, f>iiri",^. EnquHe parlementaire,'^, 3<i;.

executive. Celle-ci une fois installée chercha à atténuer son caractère insurrectionnel, dans l'espoir de rallier une partie des républicains demeurés fidèles au gouvernement de Versailles. Mais elle n'y réussit point. Le général s'était retiré à l'arsenal, que les gardes nationaux n'osèrent attaquer. Le 27 M. de Kératry, récemment nommé préfet, se mit à la tête des troupes et reprit, sans coup férir, possession de la ville. La commission 'executive se soumit par un manifeste.

La Commune avait été proclamée à Narbonne le 23 mars par Digeon, qui s'était emparé de l'Hôtel de ville, après avoir désarmé les quelques soldats de la garnison. Digeon, maître de Narbonne, avait élevé des barricades, repoussé le pardon qu'on lui offrait, s'il se soumettait» et montré la volonté de se défendre à outrance. Cependant il fut abandonné par les siens le 31 mars, lorsque le 6*^ Zentz arriva pour reprendre la ville, et l'autorité légale fut rétablie sans effusion de sang.

Les partisans de la Commune s'insurgèrent h Limoges le 4 avril. Ils désarmèrent, à la gare, un détachement de soldats qu'on envoyait à Versailles, et occupèrent la préfecture. Le colonel de cuirassiers Billet fut tué dirigeant une charge. Dans la nuit les insurgés sortirent de la préfecture et se dispersèrent.

Les tentatives de soulèvement ne devaient être suivies de résistance sérieuse qu'à Marseille. Les républicains exaltés de cette ville tenaient un club à l'Eldorado. Le 22 mars leur chef Gaston Crémieux y lisait une dépêche reçue de Versailles, qui apprenait

e M. Koulier, débarqué i Calais et menacé par la j^ulatiou, avait; été protégé par les autorités et éai^ite lais;>é libre, qu'eu outre il. Thiers avait accepté ^^ olires de service du M*^ Gaurobert. Gaston Créj^icux avait vu dans ces faits la preuve d'une trahison. Il proposait donc que le lendemain, après s'être emj3,xé ^® ^^ préfecture, ou se dédardt contre le gouveraetaeu t de Vei-sailles. Le préfet amiral Cosmer, informé a© ce projet, imagina de convoquer la garde nationale ;i une revue, pour obtenir une manifestation de sa part favorable au gouvernement. La revue eut lieu, mais avec un tout autre résultat que celui que le préfet en attendait. Les gardes nationaux venus à l'appel apparteuaieut eu majorité au parti exalté, ils marchèrent sur la préfecture, au cri do: Vive la Commune, retinrent le préfet prisonnier et nommèrent une commission executive présidée par Gaston Crémieux. A Marseille encore la commission executive se trouva isolée: Le G*^ Espiveut de la Villeboisset s'était retiré à Aubague, avec les troupes et les fonctionnaires. Le conseil municipal, qui d'abord avait paru incliner à une entente avec la Commission et qui lui avait envoyé des délégués, lui refusait ensuite tout concours. Aucune des villes des environs ne se ralliait à elle. Gaston Crémieux et la commission, sentant leur faiblesse, restaient inactifs. La Commune s'affaissait donc lorsque le 27 mars trois délégués, envoyés de Paris, Landeck, Amouroux et May, arrivèrent à Marseille. Landeck prit la direction du mouvement. Il excita à action énergique, nomma un général, fit arrêter,

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comme otages, le procureur de la république, son substitut et le fils du maire, menaçant de les fusiller si on cherchait à les délivrer. Cependant le !•' avril le G'^ Espiventse mettait en marche, avec des renforts, pour reprendre Marseille. Des marins débarqués l'appuyaient. Les partisans de la Commune, refoulés de toute part, se concentrèrent à la préfecture, vaste bâtiment isolé qui, barricadé, devenait une véritable forteresse. Le G** Espivent, pour s'épargner la perte d'hommes qu'une attaque directe lui eût coûtée, le fit bombarder du haut de la montagne de Notre- Dame-de-la-Garde. Une grande partie de ses défenseurs l'abandonna et les marins l'enlevèrent ensuite facilement. Gaston Crémieux fut pris au cimetière israélite où il s'était caché, Landeck réussit à se dérober.

Le peu de durée des insurrections de province, le petit nombre de leurs fauteurs, même dans les villes les plus républicaines, montraient bien que l'explosion qui donnait naissance à la Commune était sans prise sur la grande masse du peuple. Par là on peut juger que si, au contraire, la Commune ralliait momentanément une majorité à Paris, c'est à la condition morale née du siège que cette exception était due.

Pendant que le gouvernement étouffait l'insurrec tion en province, il s'occupait de réunir une grande armée à Versailles pour attaquer et reprendre Paris. Il lui fallut d'abord faire modifier l'arlicle des préliminaires de paix, limitant à 40 mille hommes l'armée

qu'il eut le droit d'entretenir dans la région de Paris le chiffre fut d'abord porté à 80 mille, puis, un pei •après, surélevé encore. Il obtint également de h Prusse la libération immédiate d'une partie des pri sonniers de guerre, qui seuls pouvaient former un( armée solide et aguerrie. Les prisonniers, à leui arrivée à la frontière, allaient subir un triage. Cein dont le temps de service était expiré recevaient leui congé définitif, les autres seraient envoyés à Cherbourg et à Cambrai, à des camps commandés par lei généraux Ducrot et Clinchant. Là on les verserai dans des régiments provisoires qui, aussitôt orga nisés, seraient dirigés sur Versailles. Sans attendri .les hommes revenant d'Allemagne, on s'était hât< d'appeler à Versailles les meilleures troupes des ar mées^ du Nord et de la Loire (l)..On réunit ainsi L noyau de cinq nouvelles divisions, et dès le 2 avri on se sentit assez fort pour prendre l'offensive contr les gardes nationaux fédérés.

La division Bruat et la brigade Daudel (2) appro obèrent de Paris, l'une par Ville-d'Avray et Montre tout, l'autre par Bougival et Rueil. Les fédérés pari siens occupaient Puteaux et Courbevoie, avec un avant poste au rond-point de Courbevoie. Ils étaient ei nombre inférieur. Attaqués à l'improviste, ils fu rent facilement délogés de leurs positions et refouléi en désordre au delà de la Seine. Les Versaillais, aprèi avoir continué la poursuite, par le pont de Courbe

(1) G«* y \noy. L'armistice et la Commune j p. 246. (2)Id., îôf'/., p. 257.

voie, jusque dans l'avenue de la Grande- Armée, s'arrêtèrent, et le soir même reprirent leurs cantonnements autour de Versailles.

Le canon versaillais, entendu à Paris, y suscita un mélange de stupeur, d'indignation et de colère. La retraite précipitée du gouvernement et de l'armée, le 18 mars, avait eu tellement les apparences d'une fuite dictée par la peur, que les partisans de la Commune ne s'attendaient point à un retour aussi prompt. Depuis les défaites des armées impériales et les capitulations, le peuple parisien s'était si bien habitué à mépriser les généraux et à les traiter de lâches et de capitulards, que la pensée qu'ils pussent le dompter lui demeurait étrangère. Car on avait fini par prendre au pied de la lettre dans Paris ces louanges surfaites et ces descriptions exagérées de ses mérites auxquelles on s'était abandonné pendant le siège, et on croyait que, réellement, la garde nationale, par son courage et son instruction, était capable de braver toutes les attaques. Depuis le 18 mars on vivait donc dans la quiétude, sans se préoccuper de l'armée de Versailles, persuadé que la Commune était assez forte pour défier M. Thiers et l'Assemblée. Aussi, lorsque le 2 ^vrii au soir, on apprend que les fédérés à Courbevoie avaient subi un échec, l'idée de répondre par une sortie naît immédiatement et, dans la garde nationale, le cri : à Versailles I s'élève de tous côtés.

La Commission executive de la Commune, composée des citoyens Eudes, Tridon, Vaillant, Lefrançais, Duval, Félix Pyat, Bergeret, se réunit. Elle rédigea

94 lA COMMUNE.

une proclamation : « Les conspirateurs royalistes ont « attaqué... Ce matin les ch'ouans de Gharette,les bre- « tons de Trochu, les gendarmes de Valentin ont court vert de mitraille et d'obus le village inoffensif de « Neuilly et engagé la guerre civile avec nos gardes « nationaux.» La Commune décrétait, en même temps, d'accusation MM. Thiers, Jules Favre, Picard, Dufaure, Jules Simon, Pothuau, et mettait leurs biens sous séquestre, jusqu'à ce qu'ils eussent comparu devant la justice du peuple. La Commission executive délibéra si, se rendant au désir de la garde nationale, on marcherait sur Versailles. Les généraux Duval, Bergeret et Eudes recommandaient l'opération; les membres civils hésitaient, doutant du succès (l). La commission décida que les généraux fourniraient, avant d'agir, un état détaillé de leurs forces, puis elle nomma le G** Cluseret délégué à la guerre, conjointement avec Eudes. La Commission s'était séparée, sans interdire la marche sur Versailles d'une manière formelle, aussi les généraux dans la nuit résolurent-ils de l'entreprendre. D'ailleurs ils ne faisaient que suivre l'impulsion venue de leurs hommes. La garde nationale prenait spontanément les armes, pleine d'ardeur et déterminée à partir.

Les bataillons de la rive droite furent concentrés place Wagram, ceux de la rive gauche à la barrière d'Italie et au Champ de Mars. On marcherait sur Versailles en trois colonnes. A droite Bergeret et Flourens se dirigeraient, par Nanterre et Rueil, sur Bou-

(1) Lefrançais, Étude sur le mouvement communaliste^ p. 219.

LE GOUVERiNEMENT DE LA COMMUNE. 95

gival; à gauche liiival et Eudes prendraient, séparément, par le plateau de Châtillon et Meudon. Les forces réunies s'élevaient vraisemblablement à une cinquantaine de mille hommes. Cette grande sortie que les partisans de la Commune n'avaient cessé de réclamer, ils allaient enfin FefFectuer et non plus contre les Prussiens victorieux et invisibles derrière des retranchements, mais contre les troupes françaises toujours battues dans la dernière guerre et combattant en rase campagne. On allait enfin juger de quoi était capable la garde nationale abandonnée à elle-même, et ce que valait la science de ces slratégistes qui, depuis si longtemps, accusaient les généraux et le gouvernement de la Défense nationale d'incapacité et de lâcheté. L'épreuve devait être en effet décisive. Les hommes que la Commune avait appelés au commandement ne tinrent aucun compte, en marchant sur Versailles, des règles les plus simples de Tart de la guerre. En divisant leurs forces à droite et à gauche du Mont-Valérien, ils les exposaient à être battues isolément, sans qu'elles .pussent se prêter appui ; ils partaient avec peu ou point d'artillerie, sans ambulances, sans état-major organisé pour transmettre les ordres et unifier le commandement. La colonne de droite avec Bergeret, le 3 avril au matin, gravissait le plateau des Bergères, sur la route de Rueil, lorsque soudain des obus lancés du Mont-Valérien tombent dans les rangs. Bergeret faisait passer ses hommes sous un fort, tenu par Tadversaire qu'il allait combattre et ils le suivaient de confiance : un grand

nombre ignorait que le Mont-Yalérien fût occupé par Târmée de Versailles, d'autres croyaient que son corn* mandant s'était engagé à ne pas tirer, certains allaient même jusqu'à se persuader que les soldats, à leur approche, mettraient la crosse en Tair. Les obus du Mont-Yalérien, tombant sur la colonne en marcbe, y jettent la panique. Les hommes se débandent aussitôt, rebroussent chemin et s'enfuient vers Paris, où ils rentrent dispersés. La tête de la colonne, qui avait déjà dépassé le point où les obus balayaient la route, arriva seule à Rueil, avec Bergeret, et y fut renforcée d'un millier d'hommes, amenés d'Asnières par Flourens.

Le-G** Vinoy se porta à la rencontre des gardes nationaux de Bergeret, avec trois brigades d'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie. Pendant qu'une partie de ses troupes, se dirigeant sur Bougival par la Celle- Saint-Cloud, les aborderait de front, une autre, passant par Garches, la Jonchère et la Pouilleuse, leur couperait la retraite sur Paris. Mais dès que les fédérés engagés à Bougival virent se dessiner le mouvement de flanc à la Jonchère, ils battirent précipitamment en retraite et, passant par Nanterre et Asnières, pour éviter les canons du Mont-Valérien, rentrèrent dans Paris. L'infanterie ne put les joindre; la cavalerie lancée à la poursuite atteignit seule les retardataires dans Rueil. Flourens, abandonné de ses hommes, fut découvert dans une maison ; il voulut se défendre ; un capitaine de gendarmerie le tua d'un coup de sabre. Bergeret, qui ne montait pas à cheval.

s'était mis en campagne dans une voiture de louage et une dépêche affichée avait dit : « Bergeret luimême » se rend sur le lieu du combat. Le général de la Commune devenu, après sa défaite, profondément ridicule, ne fut plus désigné que par le sobriquet de « Bergeret lui-même » .

Les fédérés, do l'autre côté du Mont-Valérien, s'étaient divisés en deux colonnes. Duval avec Tune d'elles, dépassant Ghàtillon et le Petit-Bicôtre, s*était avancé jusqu'à Villacoublay. La division Pelle Tavait arrêté sur ce point, puis rejeté sur la redoute de Châtillon. Eudes, avec la seconde colonne, repoussé par la brigade La Marieuse, fortement établie à Meudon, avait dû se replier.

Le 4 avril au matin les troupes versaillaises prenaient l'offensive, pour enlever la redoute do Châtillon. Pendant que la division Pelle la menaçait de front, la brigade Deroya la tournait par Fontenayaux-Roses. Les fédérés, qui ne savaient point se garder, furent absolument surpris. Le G'* Deroya, entré daus la redoute presque sans combat, y fit prisonniers Duval et quinze cents hommes. Le reste des gardes nationaux s'enfuit vers Paris dans le plus complet désordre (1). Le feu des forts d'Ivry et de Vanves solidement armés, arrêta seul les Versaillais.

La lutte engagée entre la Commune et Versailles devait être implacable. Le 31 octobre et le 18 mars Tinstinct sanguinaire d'une partie des adhérents delà Commune s'était spontanément révélé, par la de-

(1) D' A, Latour, Journal du bombardement de ChàtiJlon^ p. 9. lU.

98 LA COMMUiNE.

mande du sang des membres du gouvernement de la Défense nationale retenus comme otages et par le massacre des généraux Lecomte et Clément Thomas. A Versailles, on tenait indistinctement tous les fédérés responsables du meurtre commis et on accusait, contre toute vérité, le Comité central de l'avoir lui-même ordonné. Tous les hommes rangés du côté do la Commune étaient ainsi devenus des brigands et des assassins indignes d'aucune miséricorde. Aussi non seulement on fusillait les déserteurs ou les soldats laissés à Paris le 18 mars, qu'on prenait combattant à Châtillon parmi les fédérés (1), mais le G*^ Vinoy rencontrant, le 4 avril au matin, les prisonniers emmenés à Versailles, faisait-il sortir des rangs Duval et son chef d'état-major, pour les passer sommairement par les armes (2). La veille le G*^ de Gallifet avait saisi à Chatou trois des gardes nationaux de Bergeret qui venaient de traverser la Seine en bateau, et, quoiqu'ils n'eussent point résisté, il les avait fait immédiatement fusiller (3). Les prisonniers désarmés, lorsqu'ils traversèrent les rues de Versailles, eurent à subir toutes sortes d'insultes et môme des coups, de la part de ces fuyards que la peur avait chassés de Paris (4). Les déroutes qui terminaient la marche sur Versailles condamnaient désormais la garde nationale à la défensive, et comme, en même temps, les tentatives

(1) GuetTe des Communeux de Paris^ p. 130. — Lepage, Voyage aux pays révolutionnai res^ p. 142.

(2) Colonel Lambert, Enquélc parlementaire, p. 283.

(3) Gurrre des Coinmuneux de Paris, p. 127.

(4) Abbé Vidieu, Histoire de la Commune^ p. 191.

d'insurrectioQ avortaient oû province, la domination de la Commune allait être définitivement circonscrite à la seule ville de Paris. jVfais cette situation, qui eût semblé en tout autre temps si précaire, no parut point telle alors. Paris venait de supporter quatre mois de siège, sans que ses défenses fussent entamées. De ce fait, il passait pour imprenable. Aussi les fédérés, derrière ses murs, se flattaient-ils de repousser victorieusement toutes les attaques.

A partir du jour où la Commune entre ^n lutte armée avec Versailles, elle dédaigne les réticences et s'abstient des ménagements qu'elle avait pu garder jusqti'alors. Il n'est plus question de sa part d'attributions municipales restreintes aux seules affaires de la ville de Paris, elle s'arroge ouvertement toutes les prérogatives de la pleine souveraineté ; ses actes, ses décrets lui donnent le caractère définitif d'un gouvernement complet, prétendant se fonder et agir en opposition à celui de Versailles.

Le Comité central avait publié dans le Journal officiel du 23 mars une note reçue du G'^ de Schlotheim, chef d'état-major du III® corps d'armée prussien cantonné autour de Paris. Le général apprenait que les troupes allemandes, sans s'inquiéter des événements survenus, garderaient envers la ville de Paris une attitude passive et amicale, à moins qu'on ne so livrât contre elles à des actes d'hostilité. — Le général allemand avait réellement dit friedliche, pacifique, que le traducteur avait trouve bon de transformer en freundlicke, amicale. — Le Comité central avait répondu

que le moaTement aaqnel il présEdaity exdimTemeiit maniâpal, ue saurait porter Qmbnge aux armées allemandes, que d'ailleurs il ne se receauiaissait pas le droit de discuter les préliminaires de paix TOtés par FAssemblée nationale. La Commune faisait maintenant une démarche gui, contrastant axec cette réserre, révélait de sa part l'ambition de nouer des rapports diplomatiques. M. Paschal Grousset, délégué aux relations extérieures, adressait en effet le 5 avril une note aux représentants des puissances étrangères résidant à Paris, pour porter officiellement à leur connaissance la constitution du gouvernement communal de Paris.

La colère de la Gonmiune contre Versailles avait débordé, à la suite de la défaite et surtout des exécutions sommaires d^offîciers et de gardes nationaux fédérés. A la séance du 5 avril, les membres les plus violents proposaient de fusiller, par représailles, un certain nombre de « réactionnaires y>, spécialement choisis parmi les ecclésiastiques (1). La Commune, tout eu repoussant cette proposition, prit des mesures d'intimidation. Elle rendit un décret portant que toute personne prévenue de complicité avec le gouvernement de Versailles serait décrétée d'accusation et incarcérée; qu'un jury d'accusation serait institué pour connaître des cas qui lui seraient déférés ; que l'exécution d'un prisonnier de guerre fait sur la Commune de Paris serait, sur-le-champ,

(1) Lanjalley et Corriez, Histoire de la révolution du IS Mars, p. 223.

suivie de celle d'im nombre triple des personnes condamnées par le jury. La Commune s'assura immédiatement des otages. Au président de la cour de cassation M. Bonjean^ incarcéré dès le 21 mars, elle joignit maintenant Tarchevêque de Paris M. Darboy, et un grand nombre d'ecclésiastiques, prêtres et religieux de divers ordres. Elle retenait encore emprisonnés des gendarmes, d'anciens sergents de ville^ des officiers de paix arrêtés le 18 mars ou depuis, et un assez grand nombre de soldats abandonnés par l'armée, lors de la retraite sur Versailles, qui refusaient de marcher avec les bataillons fédérés. En peu de temps les prisons se trouvèrent ainsi remplies de suspects et d'otages. Elleinterdisaiten outre lapublication desjournaux qui lui étaient le plus hostiles , le Jowmal des Débats , le Constitutionnel, le Pays, le Paris-Journal. Le Comité central se remettait en lumière. Il faisait paraître, au lendemain de la défaite, une proclamation, rappelant que la révolution du 18 mars devait être non seulement politique mais sociale, avec mission de relever les travailleurs de leur infériorité. Il excitait plus énergiquement que jamais le peuple de Paris à verser son sang pour le triomphe d'une aussi noble cause, contre l'esprit de réaction et d'oppression représenté par le gouvernement de Versailles. Des obsèques solennelles étaient faites, le 6 avril, aux gardes nationaux tués dans les sorties des 3 et 4.

C'était maintenant le G** Cluseret, délégué à la guerre, qui avait la haute main sur les affaires militaires de la Commune. Il cherchait à organiser la

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défense, et, dans ce but, reformait les bataillons de guerre de la garde nationale. Tous les hommes valides de dix-neuf à quarante ans étaient contraints d'en faire partie, quels que fussent leurs sentiments envers la Commune. En même temps il armait d'artillerie les remparts, du Point-du-Jour à la Porte- Maillot, et les positions avancées, Asnières,le château de Bécon. La Commune disposait de tout le matériel accumulé dans Paris pour soutenir le siège contre les Prussiens, ses ressources en armes et en munitions étaient donc énormes. Le 6 avril les Versaillais, prenant de nouveau l'offensive, attaquèrent le pont de Courbevoie défendu par Bergeret. Ils enlevèrent les barricades qui le fermaient, prirent huit canons, poussèrent jusqu'à Neuilly et s'établirent à demeure sur le terrain conquis. La Commune remplaça Bergeret par le polonais Dombrowski, qui organisa la défense à Neuilly et, soutenu par l'artillerie des remparts, sut s'y maintenir.

Cependant les forces concentrées à Versailles grossissaient tellement que le 6 avril on en formait deux armées. La première, sous les ordres du maréchal de Mac-Mahon, dite armée de Versailles, comprit deux corps d'armée à trois divisions d'infanterie chacun, le 1" commandé par le 6'^ de Ladmirault, le 2* par le G'* de Cissoy, plus un 3® corps composé de cavalerie commando par le 6*^ du Barail. La seconde armée dite de réserve» placée sous les ordres du 6*^ Vinoy, compta trois divisions (1). Les corps furent répartis

(1) G*' Vinoy, L'armistice et la Commune^ p. 28G.

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autour de Paris, qu'ils cernèrent d'une manière continue, depuis la Seine vers Choisy-le-Roi jusqu'à la presqu'île de Gennevilliers. Les chemins de fer et les routes furent coupés et tous les rapports interrompus. Paris allait donc subir un second siège, pendant lequel il ne communiquerait avec le dehors que par le côté de son enceinte entouré par les Prussiens, de Saint- Denis à Charenton.

La pensée dîintervenir entre les combattants était venue à un certain nombre d'habitants de Paris. L'Union nationale des chambres syndicales représentant cinquante-six chambres, auxquelles adhéraient plusieurs milliers d'industriels et de commerçants, prit l'initiative, au noni du commerce parisien, de porter à Versailles des paroles de paix. Elle demandait que le gouvernement fît des concessions aux Parisiens, telles que la reconnaissance de la République, comrne forme définitive du gouvernement, et l'octroi de franchises municipales (1). M. Thiers répéta aux délégués de l'Union des chambres syndicales, ce qu'il avait déjà répondu aux maires et aux députés de Paris, lorsqu'ils avaient réclamé des concessions analogues: qu'avant tout l'insurrection désarme, la République existait de fait, il n'était point question de la détruire, Paris jouirait des mêmes libertés municipales que les autres villes de France.

Dans le môme temps, quelques-uns des maires et des députés ayant fait partie de la réunion qui s'ëtait en-

(!) Lanjalley et Corriez, Histoire de la révolution du 18 Mars^ p. 209.

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tremise entre le Comité central et Versailles, se concertaient avec des répuldicains notables. Ils formaient ensemble la Ugue d'union républicaine des droits de Paris, pour peser simultanément sur la Commune et le gouvernement de Versailles et les obliger à la paix. Après avoir tenu plusieurs réunions privées, ils annoncèrent une grande réunion publique à la Bourse. Mais la Commission executive de la Commune Tinterdit, déclarant que la conciliation, dans les circonstances que Ton traversait, était de la trahison. La Ligue envoya malgré tout des délégués porter ses demandes à M. Thiers : c'étaient toujours la reconnaissance définitive de la République et Toctroi de franchises municipales. M. Thiers répondit conmie précédemment. Les délégués publièrent un compte rendu de leur entretien avec M. Thiers, après quoi la Ligue entreprit une démarche auprès de la Commune, analogue à celle qu elle avait faite à Versailles. Ses délégués furent reçus le 14 avril à l'Hôtel de ville, par la Commission executive. Ils lui communiquèrent le programme de la Ligue et la réponse qu'ils tenaient de M. Thiers. La Commune, informée le même jour de cette démarche, décidait de n'en point tenir compte et l'annonçait, par une note insérée le lendemain au Journal officiel. La Ligue ne put désormais acquérir d'influence et tout espoir d'un rapprochement s'évanouit.

Les arrestations d'otages continuaient. Le 11 avril M. Gustave Chaudey, ancien adjoint au maire de Pa- Hs, était arrêté dans les bureaux du Siècle, dont il était

rédacteur. Le Père Duchêne, une feuille écrite avec des plumes trempées dans le ruisseau, l'avait quelques jours avant violemment dénoncé, prétendant faire retomber sur sa tête le sang répandu le 22 janvier, à l'attaque que les partisans de la Commune avaient faite de THôtel de ville. De nouveaux ecclésiastiques étaient emprisonnés, choisis parmi les curés, les vicaires de Paris et les séminaristes (1). En même temps l'église de Montmartre était fermée, par un commissaire de police qui prenait un arrêté de la dernière violence : « Attendu que les prêtres sont des bandits « et que les églises sont des repaires, où ils ont assas- <c sine moralement les masses... Le délégué civil des « Carrières près Tex-préfecture de police ordonne que <c l'église Saint-Pierre de Montmartre sera fermée et «décrète l'arrestation des prêtres et des Ignorance lins.»

Cependant le combat engagé entre la Commune et Versailles, les arrestations répétées d'otages, les suppressions de journaux, la violence de ces feuilles qui demandaient le recours aux mesures révolutionnaires de 1793, la prétention de plus en plus accusée des socialistes d'inaugurer un régime économique nouveau, causaient dans la ville de profondes angoisses. L'émigration commencée le 19 mars parles fonctionnaires publics et des employés du gouvernement n'avait cessé de grSndir; elle menaça bientôt de s'étendre à des classes entières d'habitants. La Commune, pour retenir les jeunes gens qu'elle contraignait à servir

(1) A.RaStoul, L'Église de Paris sous la Commune^ p. 90.

i06 LA COMMUNE.

dans la garde nationale, interdit absolument de quitter Paris à tous les hommes ayant moins de quarante ans, et aux autres, elle ne permit plus la sortie qu'avec des laissez-passer et des passe-ports. Les jeunes gens qui se refusaient à combattre l'armée de Versailles, en butte aux perquisitions, durent se cacher ou s'enfuir la nuit par-dessus le mur d'enceinte. Peu de jours avaient donc suffi pour modifier les dispositions d'une grande partie de la population à l'égard de la Commune. Tous ceux qui, au début, se l'étaient représentée comme un conseil municipal, ou étaient allés vers elle, dans un accès de colère, sans se préoccuper de l'avenir, un grand nombre encore qui avaient cru qu'elle défendrait simplement la république contre l'Assemblée monar chique de Versailles, la délaissaient, en voyant Ci qu'elle était devenue et à quelles revendications ell( se prêtait.

Les démissions, les élections doubles, la mort d( Flourens et de Duval avaient successivement élevé i trente et une les vacances au sein de la Commune Le 16 avril les électeurs étaient appelés à les remplir Le chiffre des abstentions fut énorme et vint mon trer l'isolement dans lequel tombait le nouveai régime. Onze arrondissements, qui, aux élection du 26 mars, avaient fourni 119 mille votants sur 25 mille électeurs inscrits, n'en donnaient plus qu 59 mille. Les votes exprimés furent si peu nombreu que la Commune dut négliger la loi de 1849, respecté par tous les gouvernements, qui ne reconnaît élu

que des candidats ayant obtenu les voix du huitième au moins des électeurs inscrits. Elle déclara élus, sans se préoccuper du nombre des votants, tous ceux qui avaient obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés. Quelque faciles qu'eussent été rendues les conditions d'admission, plusieurs ne purent les remplir et furent éliminés. Deux des candidats validés, à qui manquait le huitième des voix des inscrits, refusèrent de profiter des facilités qu'on leur accordait et s'abstinrent de siéger. La Commune ne put ainsi se compléter. Elle ne compta que 79 membres au lieu des 90 que lui attribuait lo décret du Comité central.

Les perquisitions faiters par des gardes nationaux à la recherche des réfractaires, ou par des agents en quête de personnes suspectées de connivence avec Versailles, devenaient de plus en plus fréquentes et le nombre des détenus avait tellement grossi que la Commune réglait par décret la procédure à leur appliquer. Le 22 avril elle fixait le mode de formation du jury appelé à désigner les otages. La discussion de ces décrets l'amena à s'occuper du régime des prisons. Le citoyen Arthur Arnould, secondé par le citoyen M lot, réclama et obtint l'abolition du secret. Les membres de la Commune eurent le droit de visiter et d'interroger les détenus. Le délégué à la préfecture de police, Raoul Rigault, s'acharnait aux arrestations et aux poursuites. 11 avait réclamé avec énergie le maintien du secret et, lorsqu'on Tabolit, il donna sa démission de délégué à la pré-

fecture de police. Gournet lui succéda. Mais il se ût nommer aussitôt procureur de la Commune et, peu a près, un de ses amis, Ferré, remplaçant Gournet sous le titre de délégué à la Sûreté, il put disposer plu3 arbitrairement que jamais de toutes les ressources de la police.

L'armée de Versailles serrait maintenant de plus en plus la ligne des avant-portes occupés hors de Tenceinte et des forts par les gardes nationaux fédérés. Elle avait reçu le 24 avril deux nouveaux corps, le 4® et le 5*, formés avec des prisonniers revenus d'Allemagne et placés sous les ordres des généraux Douay et Glincbant. Ainsi grossie elle poussait ses attaques sur plusieurs points à la fois. Dans la direction d'Asnières, elle enlevait aux fédérés leurs positions sur la rive gauche de la Seine, le 17 avril le château de Bécon entre Gourbevoie et Asnières, le 18 le village de Bois-Golombes. Le 19, elle prenait 'Asnières môme. Les fédérés repassèrent la Seine en désordre. Ils se maintinrent cependant eu dehors des remparts de Paris sur la rive droite à Levallois et Neuilly. Sur ce dernier point les deux partis, abrités par des barricades et des murs crénelés, poursuivaient, sans résultats appréciables, un combat incessant. Les habitants, soumis à toutes les horreurs du bombardement, n'ayant pu fuir, s'étaient blottis dans les caves et les sous- sols des maisons. Leur sort excitait une commisération générale, aussi la Ligue d'union républicaine des droits de Paris s'entremit-elle en leur faveur. Ses délégués, après des

démarches répétées, firent consentir le gouvernement de Versailles à une trêve partielle de huit heures, et, le 5 avril, ils purent se réfugier dans Paris avec leurs effets et leurs meubles.

Les attaques de Tarmée de Versailles sur Asnières et Neuilly n'avaient eu pour but que de déloger les fédérés de leurs postes avancés. Cet avantage obtenu, on s'arrêtait, car il n'entrait point dans le plan des généraux de forcer de ce côté l'enceinte de Paris. L'attaque décisive était dirigée sur le saillant du rempart qui entoure le Point-du-Jour et s'avance vers Billancourt et Saint- Gloud. Dans le système des fortifications de Paris, cette portion de l'enceinte est protégée à droite par le Mont-Valérien, à gauche par le fort d'Issy. Les Versaillais occupaient le Mont-Valérien et par conséquent de son côté le rempart se trouvait vulnérable; s'ils s'emparaient en outre du fortd'Issy, ils auraient découvert la partie du mur d'enceinte qu'ils voulaient attaquer des deux côtés à la fois, et ils pourraient alors diriger sur elle de tels feux convergents, qu'il serait impossible aux fédérés de s'y maintenir. Le fort d'Issy est donc choisi, dans l'ensemble des fortifications de Paris, comme le premier point à enlever. En même temps que l'armée poursuivrait l'attaque d'issy, elle commencerait à côté celle du fort de Vanves. Les travaux nécessités par ces opérations furent confiés au 2^ corps, G"' de Gissey, et à la division Faron, de l'armée de réserve.

Les Prussiens, pendant le premier siège, avaient

construit de nombreuses batteries contre les loris T. m. \(N

110 Lk COMMUNE.

dlssy et de Vanves et le front sud de Paris, que les Versaillais utilisèrent en partie. Le 25 avril, les pièces de siège étaient placées et la canonnade commença sur les forts d'Issy, de Vanves et leurs approches. Les fédérés tenaient noQ seulement les deux forts, mais encore les avancées et le terrain intermédiaire, que les défenseurs de Paris avaient de leur côté fortifié et armé pondant le premier siège. Les Versaillais, sous la protection do leurs batteries, poussent rapidement les travaux d'approches. L'arpiée formée par le G** Trochu avait résisté avantageusement à Tattaque des Prussiens, sur ces mômes positions occupées par les fédérés, mais Torganisation et la science de ces derniers étaient tellement inférieures, qu'en peu de jours les Versaillais surent leur porter des coups décisifs. Dans la nuit du 29 ou 30 avril, ils enlevèrent à la baïonnette le cimetière, le parc et les tranchées d'Issy. Au jour les fédérés du fort d'Issy voient les Versaillais tout près d'eux, sur les positions qui avaient jusqu'à ce moment couvert et appuyé le fort. Ils s'alarment. Leur chef Mégy tient conseil (1). L'évacuation est décidée. Les hommes enclouent rapidement les canons et rentrent dans Paris avec leurs officiers. Le fort resta toute la journée sans défenseurs. Il ne fut réoccupé qu'à six heures du soir par les généraux Gluseret et la Gécilia, à la tôte de quelques compagnies. Le lendemain seulement une nouvelle et plus forte garnison y fut placée. *

(i) Lissagaray, Hiafoirt* dr ta CommutiPt P« ÎOâ.

Lï: GOUVERNEMENT DE LA COMMUNE. IH

L'annonce de Tévacuation du fort d'Issy vint porter le trouble et l'effroi parmi les partisans de la Commune. Un de ces forts, derrière lesquels ils avaient cru se mainteniràjamais, eût été perdu si l'adversaire, s'apercevant du départ des défenseurs, fût venu Toccuper. Ainsi la confiance inspirée par les fortifications de Paris s'évanouissait donc ; il fallait admettre comme possible une chute prochaine. L'idée d'une trahison n'avait pas manqué de se faire jour, et la Commission executive avait promis de rechercher les coupables. Le soir même, elle destituait et emprisonnait le délégué à la^ guerre, G*' Cluseret, sur qui s'arrêtaient ses soupçons.

L'évacuation du fort d'Issy, par les craintes qu'elle inspirait, devait amener la Commune à modifier, dans son sein, l'organisation des pouvoirs et à créer un Comité de salut pubhc.

Les membres de la Commune étaient hantés, sans relâche, de la peur d'une dictature et des trahisons, ils se partageaient en groupes autrefois ennemis ou se rangeaient derrière des chefs ombrageux, qui n'eussent point toléré que la direction supérieure échût à un rival. Les socialistes en particuher s'opposaient à toute initiative gouvernementale et à tout pouvoir concentré. Selon eux le peuple devait demeurerla source directe de toute impulsion, et ses mandataires, au gouvernement, n'auraient plus qu'à exécuter scrupuleusement ses volontés. Par ces divers motifs, la Commune n'avait point voulu remettre la direction du pouvoir exécutif à une seule main ou se donner un président permanent. Tous les pouvoirs reposaient indistincte-

112 LA COMMINE

meut dans le conseil formé par les élus du 26 mai-s et du 16 avril. C'était là la Commune, qui tenait ses séances à motel de ville. Chaque jour, un président et un assesseur nouveaux prenaient place au bureau ; aussi n*y a-t-il aucune suite dans les délibérations, aucun ordre dans les débats ; les discussions s'éternisent, s'arrêtent, reprennent au hasard lorsque, comme il arrive souvent, c'est un membre inexpéiimenté ou sans ascendant qui préside.

Pour Texercice du gouvernement les membres de }a Commune s'étaient répartis, au début, en commissions dites des relations extérieures, de la guerre, des finances, de sûreté générale, de la justice, de l'enseignement, du travail et de l'échange. Dans certains cas, les commissions avaient été doublées par des délégués. C'est ainsi que des délégués avaient été nommés à la guerre, aux finances, aux relations extérieures. Cherchant à imprimer de l'unité au gouvernement, la Commune avait formé une Commission spéciale dite executive. Mais on ne pouvait naturellement définir le partage à effectuer, daus la décision de chaque affaire, entre cette commission et celle de qui l'affaire, par sa nature, relevait plus spécialement. La Conjmission executive ne pouvait d'ailleurs l'emporter sur les autres, puisqu'ensemble elles étaient formées de membres de la Commune égaux en droits, aussi étaient-ce des couflits d'attributions perpétuels et un arrêt de tous les services. Les inconvénients de ce système furent reconnus et, le 20 avril, la Commune modifia l'organisation des pouvoirs. Elle nomma un délé-

gué à chaque service, pour exercer en réalité des fouctions ministérielles. Elle eut comme délégués :

Cluseret, puis RossEL et Delescluze, à la guerre.

JouRDE, aux finances.

ViARD, aux subsistances.

Paschal Grousset, aux relations extérieures.

Vaillant, à renseignement.

Protot, à la justice.

Raoul Rigault, puis Ferré, à la sûreté générale.

Frankel, au travail et à l'échange.

Andrieu, aux services publics.

La Commission executive fut dissoute; les délégués, en se réunissant, durent faire fonction de pouvoir exécutif. Cependant les autres commissions primitivement nommées subsistèrent, et alors la difficulté d'établir un partage d'atlibutions, fut plus grande que jamais. La Commune, cherchant à préciser le rôle des délégués et leur position complexe à son égard et à celui des commissions, arrêta : l<»les commissions ne doivent pas entraver les délégués, elles contrôleront simplement leurs actes et en référeront à la Commune; 2® chaque jour les délégués rendront compte à la Commune, en comité secret, des mesures arrêtées ou discutées par eux, et elle statuera. Mais aucun règlement nô pouvait faire fonctionner un mécanisme où des commissions permanentes s'interposaient entre les délégués et le corps souverain, et où le pouvoir exécutif était détenu par neuf personnes égales en droits, sans président pour les diriger. Aussi le manque

d'impulsion, les conflits constants, dont on s'était plaint avec la première organisation, se retrouvèrentils avec la nouvelle (1).

Dans Tespoir de créer enfin un pouvoir énergique et concentré, le citoyen Miot avait introduit à la Commune, le 28 avril, la proposition suivante :

« Vu la gravité des circonstances et la nécessité de « prendre promptement les mesures les plus radi- « cales, les plus énergiques ;

« La Commune décrète :

<( Article 1". — Un Comité de salut public sera « immédiatement organisé.

<c Art. 2. — Il sera composé de cinq membres « nommés par la Commune au scrutin individuel.

(( Art. 3. — Les pouvoirs les plus étendus sur « toutes Jes commissions sont donnés à ce Comité, « qui ne sera responsable qu'envers la Commune. »

Ce projet de décret avait suscité de vives discussions, encore pendantes lorsque survint Tévacuation du fort d*Issy. Ou comprit si bien alors que l'anarchie régnante était une cause de ruine certaine, que la majorité de la Commune, dans la pensée d'y remédier, adoptait, sans plus de retard, la proposition Miot. Arnaud, Léo Meillet, Ranvier, Félix Pyat, Gérardin furent choisis pour composer le Comité de salut public. Ils ne répondirent point aux espérances. Ils ne firent sentir nulle part Taction énergique et l'exécution rapide qu'on attendait d'eux, et lorsque, le

(l) P. Vésinier, History of the Commune^ p. 250.

9 mai, le fort d'Issy tomba définitivement aux mains des Yersaillais, la Commune se hâta de les destituer. Ranvier, Arnaud, Gambon, Eudes, Billioray furent chargés de reformer le Comité de salut public, qui désormais* siégea en permanence à THôtel de ville. Ce changement — le quatrième — dans la constitution du pouvoir exécutif fut le dernier, mais il demeura aussi inefficace que les précédents. Le choix des personnes ne pouvait remédier aux vices d'un système qui persistait à partager les pouvoirs publics entre des hommes sans préséance et des comités sans liens entre eux, aussi la Commune périt-elle avant d'avoir réussi à créer un véritable mécanisme de gouvernement.

Cependant c'était la bonne direction de ses forces militaires que la Commune devait rechercher pardessus tout, puisque son existence dépendait du succès d'une lutte armée. Mais, malgré des efforts répétés, elle réussissait encore moins dans ses services de guerre que partout ailleurs, à introduire de la méthode et de l'organisation. Au début la Commission executive, la Gomnaission militaire et les généraux nommés par le Comité' central, s'étaient partagé le soin des affaires militaires. Le 1" avril la Commune, pour obtenir l'unité de direction, nommait Eudes délégué à la guerre. Dès le 3 avril, elle le remplaçait par le G** Gluseret. Lorsque, le 30 avril, celui-ci eût été incarcéré, elle délégua à sa place le colonel du génie Rossel, déjà chef de l'état-major général. Rossel était un militaire expérimenté, un homme énergique, il avait appartenu

110, LA COÎIMCNE.

à l'armée du Rhia, il s'était évadé après la capitulation de Metz et, pi'oaiu au grade de colouel auxiliaire par M. Gambetta, était devenu chef du génie au camp de Nevers. La profonde irritation qu'il avait ressentie des capitulations de Metz et de Paris et du démembrement du territoire l'avait conduit à adhérer à la Commune, la supposant capable, par son énergie et ses résolutions désespérées, de relever la France pour reprendre la lutte contre la Prusse. Rossel, nommé délégué à la guerre, projeta de donner à la garde nationale Torganisation et la discipline qui lui manquaient. Il voulut créer des régiments dont il aurait choisi les colonels et qui, destinés au service actif, eussent été constamment casernes (1). Il déclara qu'il châtierait énergiquement la désobéissance et Tindiscipline, qu'il cannouerait au besoin les fuyards. Mais, aussitôt qu'il eut fait montre de volonté et d'initiative, il souleva la jalousie du Comité central qui, à côté de lui, prétendait être maître de la garde nationale.

De temps à autre le Comité central lançait des proclamations ou prenait des décisions. Il apparaissait ainsi dans l'ombre, par derrière la Commune, comme une sorte de second pouvoir indépendant. S'il- n'avait pu, quelque velléité qu'il en eût, garder d'autorité directe sur le gouvernement, il avait au moins fait en sorte de se conserver la garde natiooale. Il en était l'élu, le mandataire, le représentant, et il estimait que lui seul, à tous ces titres, avait des droits sur elle.

1) Rossel, Pajn'f'rs ponthumeHj p. 126.

C'était lui du reste qui avait réparti les bataillons eu légions d'arrondissement, lui qui avait veillé à Télection des officiers et obtenu le choix d'hommes dévoués au régime inauguré le 18 mars. La tentative faite par Rossel de transformer la garde nationale rencontra donc l'hostilité absolue du Comité central. Ses membres se concertent avec les chefs de légion opposés aux réformes, pour présenter des remontrances à la Commune. Rossel, considérant cette démarche comme une atteinte à la discipline, voulut user de rigueur. Il menaça les officiers récalcitrants et fit arrêter un des membres du Comité central. Les autres, fort peu intimidés, se rendent au Comité de salut public. Ils demandent* que leur droit de régler l'organisation et le service intérieur de la garde nationale soit reconnu, et qu'au délégué à la guerre soit seulement laissée la conduite des opérations sur le terrain. Le Comité de salut public, sous l'influence de Félix Pyat, entra dans les vues du Comité central. Le débat fut porté devant la Commune. Rossel et les membres du Comité de salut public durent s'expliquer. La minorité de la Commune, qui voyait avec inquiétude les velléités d'action séparée du Comité central, s'éleva contre ses prétentions et proposa même de faire arrêter ses membres. La majorité ne prit aucune résolution ; elle laissa le Comité de salut public libre de décider. Celui-ci fit alors le partage d'attributions que le Comité central avait réclamé. Rossel dut se résigner à voir son autorité amoindrie. Il eut bientôt à subir un nouvel empiétement. Le Comité de salut public, toujours

as LA COMMUiNE.

inspiré par Félix Pyat, remit à Dombrowski le commandement de toutes les forces actives (1). Rossel fit, il est vrai, revenir sur cette mesure, mais il n'en demeura pas moins annihilé par le Comité central. L'anarchie la plus complète régnait partout au ministère de la guerre. On avait été obligé d*y recruter à la hâté et de toutes mains des employés pour remplacer ceux qui, sur Tordre du gouvernement do Versailles, avaient quitté leur poste. L*unité de direction qui eût seule permis le bon emploi d'un personnel ainsi improvisé manquant absolument, les conflits d'attribution et le désordre s'étendaient à toutes les parties du service et empêchaient la décision, en temps opportun, des moindres questions (2). Le 9 mai le fort#d*Issy était définitivement occupé parles Versaillais, et Rossel, tenu responsable des événements, quoique sans autorité, donna sa démission.

La perte du fort d'Issy détermina la Commune à chercher des remèdes aux conflits dont soufl'raient les affaires de la guerre. Kilo tk^arta du Comité de salut public Félix Pyat, qui avait soutouu les prétentions du Comité central. Elle uoauna i^ la guerre un délégué civil, Delescluze qui, par l'autorité dont il jouissait, était bien Thomme le plus capable de se faire obéir. Et comme il ne pouvait se produire de revers sans qu'on ne criât à la trahison, elle décida l'arrestation

(1) Rossel, Papiers po!(tfiunws, p. 132. — Déposition Rossel, Affaire Rossel, 3*" conseil de guerre, p. 12.

(2) Barrai de Montaud, f/ètal (h* Paris durant la Commnnpy p. 44 et hïy.

de Rossel, accusé d'avoir laissé prendre le fort d'Issy. Rossel se présenta à l'Hôtel de ville, sous la garde d'un membre du premier Comité de salut public, Gérardin, pour être interrogé par la Commune. Après avoir vai- ' nement attendu qu'on le fît comparaître, apprenant qu'on avait appelé à présider la cour martiale chargée de le juger, un homme indigne, un certain Collet qu'il avait vu défaillir au combat (1), il s'évada avec son gardien et se tint caché.

Le désordre qui régnait dans les bureaux de la guerre s'étendait aux opérations sur le terrain. La Commune, par les mêmes motifs qui l'avaient empêchée de se donnerunprésidentpermanent, avait évitédemettreàla tête de ses forces un général, un chef. Quand les délégués à la guerre avaient été des militaires comme Cluseret et Rossel, ils avaient pu suppléer, dans une certaine mesure, à l'absence du commandement supérieur, leur connaissance du métier leur avait permis tout au moins de surveiller sur le terrain l'exécution des ordres donnés; mais lorsque le délégué fut un civil, Delescluze, il dut se restreindre dans le cabinet aux attributions purement ministérielles, et alors le manque d'un général, exerçant au dehors un contrôle incessant, se fit cruellement sentir. Les chefs auxquels la Commune avait distribué des commandements, n'étaient point préparés à suppléer à une direction d'ensemble supérieure. En même temps que des officiers qui, sans avoir atteint les hauts grades dans .les ar-

(1) Rossel, Papiers posthumes, p. 150.

mées, étaient cependant instruits et expérimentés, Dombrowski, Wrobleski, La Cécilia, le Comité central et la Commune avaient nommé généraux des hommes connaissant tout au plus les rudiments du métier, tels que Brunel, un ex-lieutenant de chasseurs d'Afrique, et Bergeret, un ancien sergent, ou même totalement dépourvus d'instruction militaire, comme Duval, un ouvrier fondeur, et Eudes, un ancien étudiant en médecine. Cependant le désaccord de chefs trop nombreux et rinexpérience des généraux absolument improvisés, étaient de telles causes de défaite que la Commune fut contrainte d'enlever successivement les postes importants aux chefs trop ignorants. Â la fin, lorsqu'elle trembla pour son existence, elle concentra le commandement aux mains des officiers éprouvés. Dombrowski, Wrobleski, La Cécilia furent ainsi placés à la tête de trois armées censées mises sur pied; mais, toujours poursuivi de la crainte de la dictature et de l'ascendant que pourraient prendre les militaires, le Comité de salut public déléguait aussitôt un membre de la Commune auprès de chacun d'eux, à titre de commissaire civil.

La Commune, déjà réduite à choisir ses généraux parmi des officiers de grades inférieurs, était absolument condamnée, en descendant aux commandements secondaires et aux cadres de la garde nationale, à employer des hommes dépourvus de toute instruction militaire. Aussi ne devait-elle jamais posséder ces services de guerre et ces corps spéciaux qui exigent le concours d'hommes doués de connaissances techni-

ques longues à acquérir. Elle demeurait sans intendance, sans véritable état-major, totalement privée de cavalerie et d'artillerie de campagne. Elle ne pouvait même utiliser, comme pièces de position, qu'une faible partie de ses canons, tant étaient peu nombreux les artilleurs qu'elle recrutait.

Les membres du Comité central, de la Commune et leurs partisans, dans leurs discours et leurs journaux, ne cessaient de répéter qu'ils sauraient repousser au rempart toutes les attaques des Versaillais, mais qu'enfin, au cas où les murs de Paris seraient forcés, ils poursuivraient derrière les barricades une résistance désespérée. L'érection anticipée de barricades, comme moyen de défense intérieure, était ainsi devenue un sujet de grandes préoccupations et donnait lieu à toutes sortes de projets. La Commune chargea de la Construction et de l'armement des barricades, le citoyen Gaillard père, avec le titre de commandant des barricadiers. Les ouvrages à construire ne pouvaient acquérir de réelle valeur qu'autant qu'ils seraient distribués avec art, sur des positions choisies, et combinés en lignes continues. Mais Gaillard, cordonnier de son état, n'avait aucune notion de la science de l'ingénieur. Il se contenta d'élever, sur certains points, au Trocadéro, à la place de la Concorde, des barricades très fortes en elles-mêmes, toutefois isolées et, par conséquent, faciles à tourner. Lorsque les travaux furent exécutés, leur manque d'ensemble apparut et Gaillard, dont l'incompétence frappait désormais tous les yeux, donna sa démission le 15 mai. La Commune ne put T. ni. vv

entrepreadre de travaux supplémealaires ; aussi les Versaillais, entrés dans Paris, n'eurent-ils pas besoin d'attaquer les barricades construites par traillard, ils les tournèrent par les rues latérales.

La Commune disposait sur le papier d'une immense armée. Les états publiés le 5 mai au Journal officiel portent Teffectif des gardes nationaux touchant la solde à 190 mille, 94 mille sédentaires e^t 96 mille pour les bataillons de marche. En réalité le chiffre des hommes sous les armes resta toujours fort inférieur à ce déaombrement. Beaucoup en effet, qui par crainte n'osaient refuser le service d'une manière ouverte, savaient se soustraire à l'appel, tout en laissant leurs noms inscrits sur les rôles. D'un autre côté, les chefs de bataillon, dans le désir de plaire, les officiers payeurs pour accroître le montant de la solde à palper, se laissaient facilement entraîner à grossir les chiffres fournis à l'administration de la guerre. Malgré cela le nombre des défenseurs de la Commune* se fût encore trouvé énorme, si tous les gardes nationaux, répondant à l'appel, eussent été des partisans convaincus et de réels combattants. Mais ils ne prenaient en majorité les armes que parce que la Commune, maîtresse de Paris, contraignait au service , ou, s'ils le faisaient de plein gré, c'était dans l'unique but de recevoir la solde. Car, tout travail étant interrompu, la solde de la garde nationale pouvait seule fournir à vivre à une grande partie de la population.

On peut évaluer de 40 à 50 mille le nombre des gardes nationaux qui se battaient véritablement ; cepen-

dant comme ils étaient confondus dans cette masse qui, d'abord lâchait pied ou n'opposait qu'une courte résistance, leur courage se produisait presque toujours en pure perte. On éprouvait toutes sortes de difficultés, lorsqu'il fallait entreprendre à Timproviste une opération importante. Il était impossible de prévoir exactement l'efiectif qu'un appel fournirait. Selon l'esprit du jour ou l'opinion des quartiers, le même nombre de bataillons convoqués donnait un chiffre d'hommes fort différent. Souvent, lorsque les postes assignés sont jugés périlleux, ceux qu'on y envoie se refusent à les occuper ou les abandonnent aussitôt. On avait institué une cour martiale d'abord présidée par Rossel, pour connaître des cas de désobéissance les plus graves ; elle prononça à diverses reprises la peine de mort. La Commune n'osa exécuter les jugements, elle les commua en quelques années de détention, et la cour martiale, incapable désormais d'inspirer de terreur, ne put imposer la discipline. Ne sachant jamais, quand on relevait un bataillon sur un point exposé, si celui qu'on commanderait pour le remplacer répondrait à l'appel ou bien, une fois réuni, comment il se comporterait, on maintenait indéfiniment au danger les bataillons éprouvés ; pendant que certains s'épuisaient ainsi aux remparts ou aux avancées quinze et vingt jours, les autres touchaient la solde à l'intérieur sans faire aucun service utile. Le désordre de l'administration et du commandement, l'ignorance des officiers, Tindiscipline des hommes rendaient donc infructueux les actes de courage et de dé-

l'^i U COMMUNE.

vouement iadividuels qui pouvaient se produire, et chaque jour la garde nationale fédérée perdait du terrain devant l'armée de Versailles.

Lorsque M. Thiers et les ministres avaient abandonné Paris, ordonnant aux fonctionnaires et aux employés de les suivre à Versailles ou tout au moins de ne prêter aucun concours à Tinsurrection, toutes les administrations publiques s'étaient désorganisées. La Commune avait essayé de les rétablir, en appelant à les diriger ceux de ses membres ou de ses partisans que leurs aptitudes semblaient recommander. Â la poste, à la monnaie, dans les ministères, aux mairies d'arrondissement, les nouveaux chefs s'efforçaient de faire fonctionner les services, à Taide de quelques employés inférieurs ralliés à la Commune et promus en grade, puis d'un personnel supplémentaire improvisé. Les résultats obtenus étaient des plus médiocres, et aucune des administrations n'eût répondu aux besoins, si l'activité de la ville, au lieu d'être absolument suspendue, eût eu son cours habituel.

Un des premiers soins des vainqueurs du 18 mars avait été de s'assurer des ressources financières, en continuant la perception des impôts. Grâce à cette position double qui en faisait à la fois un pouvoir municipal et un gouvernement, la Commune s'appliquait, sans distinguer, le produit des impôts et des taxes perçus séparément, en temps ordinaire, par la ville de Paris et le gouvernement national. Malgré ce cumul, les rentrées étaient faibles. Les percepteurs s'étaient retirés, emportant les rôles des contributions. D'ail-

leurs les contribuables, avertis que les sommes versées ne seraient point admises plus tard à valoir par le gouvernement, se refusaient à rien payer. La Commune n'obtenait donc qu'une somme insignifiante de l'impôt direct ou mobilier. Les recettes de l'octroi, principale source du revenu municipal, étaient fort réduites, puisque la ville en partie investie ne recevait presque plus de denrées du dehors. Jourde, délégué aux finances, en entrant en fonctions, avait trouvé dans les caisses du trésor4,658,000 francs ; les impôts, contributions, redevances de toute nature . produisaient, pendant son administration, 24 millions environ, et comme les dépenses s'élevaient à plus de 46 millions, il lui avait fallu combler le déficit. Il s'était adressé, dans ce but, à la Banque de France. La principale des dépenses résultait de la solde de la garde nationale, qui exigeait chaque jour près de 350 mille francs (1). La Commune n'eût pu sans risques apporter le moindre retard à la payer, aussi, lorsque les caisses du trésor étaient vides, se tirait-elle d'embarras par une réquisition à la Banque. Le secours de cet établissement lui était ainsi devenu indispensable et, pour s'en assurer le contrôle, elle y avait délégué un de ses membres, le citoyen Beslay. Celui-ci, homme modéré, s'était entendu avec le sous-directeur, M. de Plœuc, demeuré à son poste. Il s'était engagé à faire tous ses efforts pour que la Banque fût respectée; la Commune s'abstenait en effet de l'occuper et la lais-

(1) Déposition Jourde, Procès des membres de la Commune.

sait à la garde du batailloa formé par les employés, mais il fat admis qu'elle y puiserait. Chaque fois que le délégué aux finances avait des besoins, il adressait donc une réquisition à la Banque. Le sousdirecteur résistait d'abord et cherchait à faire réduire la somme demandée le plus possible, puis il cédait, sur Tobservation péremptoire de Jourde et de Beslay, que le payement exigé était pour la Banque la rançon de son existence. Les délégués aux finances et à la Banque avaient en effet beaucoup de peine à contenir le parti violent de la Commune, qui voulait sans examen qu'on s'emparât purement et simplement de l'encaissé et du portefeuille. La Commune, même au dernier moment, devait respecter la Banque, mais elle lui arrachait, paracomptes successifs, 16,695,000 francs et remédiait ainsi à l'insuffisance de ses i*e venus.

Il était à prévoir que les hommes qui avaient fait trêve à leurs dissensions pour réclamer la Commune, se diviseraient de nouveau, une fois parvenus au gouvernement. Et, en effet, il apparut bientôt que les membres de la Commune ne resteraient unis qu'aussi longtemps qu'ils se borneraient aux généralités. C'est pourquoi la Commune venant le 19 avril exposer son programme, sous forme d'adresse solennelle au peuple français, se contentait d'émettre une série de propositions absolument vagues. Elle n'eût pu affirmer de préférences arrêtées en faveur d'une des opinions qui subsistaient dans son sein sans froisser toutes les autres. Elle faisait donc la part de chacune, en évitant si bien d'appuyer èl de s'expliquer sur aucun point, que sa décla-

ration laissait plus que jamais dans Tigaorauce de la forme exacte de gouvernement qu'elle cherchait à établir.

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