‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873Chapitre 6 sur 13 · T. III · texte numérisé non relu

T. III

éSiss jréqcj&MBiîl. Dlîs «finrsiuBrîîf gimsamnitt ir&rolnitioaiDa^irss (^Da tâiadnîiliiiaij^an^&imetiti^ «m opailiiittê de soda-

des i^éâ^gmoes 'ônsciamDfsiSv. ID^io» pnigiramaie naquit ViEisû^ iqpe lis ji&ct!B^:ii$ i£C Ibs^ftftunpuBSites devaient fh2S Uri lésaBi!R£:sKar anix zsksnâiccsi et llntemationale, an sein de Ha CoimiQnuaiiSîe ^I ^

L'Ajsoda&ion internnafliiKWMilf lâ» ttnanaillleiiirs attira bientôt raltenlida de rEi3uniifie« S» CiMi&dalaaurs de direrses naSions se rêanùresni: ecD «roiOD^nr^ô^ psxÈT élucider les questions sodaîes : à Grnctèv^^ ec ll$Si5. à Lausanne en 1S6T, à Bnu>eîlles m IS^ i EJL^ m 1869. Ea France elle aTaîS piro2ajl«?siî2iitl exriî^ let? iilirmes du gouTememesiiî mjêrii! : ai&ssi ]^ jiiriiDdpauz membres dtes secHiiMits £ra!Ciçai;se!S éSai^ni-ils traduits à trois reprises derant les faribunaiiix, s.>u5 Tinculpation de société secrète, et chaifjie fjis c^sziiamnés.

Dans les congrès que riutemaùj»uaZe arait tenus, des dJTergences scellaient manifestées qui ddnnaieni lieu à des lutles ardentes et à un déchii^meofit* Les membres s'étaient diiisés, sur la question JToindamentale de la propriété, en mutuellistes et en collectiTistes. Les mutueltistes admettaient la propriété indiriduelle, et, sous réserve de la réglementation à lui imposer, la laissaient à la base de Tordre économique, tandis que les collectivistes prétendaient la détruire, pour lui substituer la possession en commua du sol et des instruments de travail. Puis le dissenti-

(1/ Toljdn, Enquête parlem., p. 420; Friboarg, Enqitête pirlem., p. 428.

ment s'était étendu à la conduite politique à tenir. Les modérés, la plupart mutuellistes, avaient cherché à maintenir à l'association son caractère de société d'é* lude, poursuivant l'amélioration du sort des travailleurs par des moyens pacifiques ; les plus ardents, presque tous collectivistes, avaient voulu au contraire en faire un instrument de combat, qui servît d'abord à renverser l'empire, puis à établir un gouvernement dévoué à leurs idées. Ces derniers l'avaient emporté. L'Internationale, surtout à partir du jour où elle est poursuivie devant les tribunaux, se mêle donc aux attaques dirigées contre l'empire. Après le 4 Septembre, pendant le siège de Paris, elle faisait cause corn- ^ mune avec les pires ennemis du gouvernement de la Défense nationale. Elle s'était par conséquent trouvée associée de la manière la plus active aux événements qui avaient préparé et amené l'insurrection da 18 Mars, aussi ses membres saluaient-ils avec enthou-' siasme l'inauguration de la Commune.

Cependant les socialistes éprouvèrent une réelle déception lorsque le résultat des élections du 26 Marsfut connu. Ils découvrirent qu'ils se trouveraient eo minorité dans le nouveau gouvernement, et ils s'aperçurent bientôt que les jacobins et lesblanquistes, qui allaient être les plus nombreux, leur feraient une part fort restreinte. Lorsque la Commuue se divisa en commissions, la majorité, après s'être assuré la prépondérance dans toutes celles qui donnaient la possession de la force et la faculté d'en user, laissa toutefois les socialistes se grouper dans la Commission des fi-

i48 LA COMMUNE.

Dances et dans celle du travail et de rechange, les deux qu'il leur importât plus particulièrement d'occuper. Jourde, comme délégué, présidant la Commission des finances et exerçant les fonctions de ministre, se trouva bientôt jouir d'une part d'autorité telle que n'en possédait aucun autre membre de la minorité. Mais il montrait de réelles aptitudes et, quoique les violents protestassent contre son modérantisme, la majorité le maintenait en fonctions ; l'ignorance de ses propres membres en fait d'administration et de finances le lui rendait indispensable.

La Commission du travail et de l'échange avait été créée, sur la demande expresse des socialistes, pour résoudre les questions sociales. Comme les jacobins et les blanquistes ne prétendaient nullement intervenir dans l'examen des réformes économiques telles que les concevaient les socialistes, ils avaient laissé ceuxci occuper seuls la commission qu'ils avaient réclamée. Les socialistes delà Commune étaient de deux sortes. Les uns étaient des (c bourgeois », la plupart hommes de lettres qui, sauf exception, ne prétendaient point avoirfait une étude approfondie des réformes sociales, et qui se bornaient, en toute circonstance, à afQrmer la nécessité d'améliorer le sort du <c prolétariat » ; les autres, au contraire, étaient des ouvriers, ce des travailleurs» au sens du socialisme, c'est-à-dire des hommes adonnés, pour vivre, au travail manuel et presque tous ceux-là, entrés d'abord dans l'Internationale, avaient pris une part active à ses études et à ses travaux. Or c'étaient précisément les socialistes de cette der-

nière catégorie, les plus autorisés à formuler le programme des réformes intéressant les ouvriers, qui composaient en entier la Commission du travail et de réchange.

Les ouvriers socialiste^ figuraient avec avantage au sein de la Commune. Alors que tant de membres, véritable déchet, ne s'y trouvent que pour avoir manqué de se faire une place ailleurs, eux y sont au contraire entrés comme un choix. Ce sont des hommes qui, obligés à un travail manuel quotidien, ont cherché à s*instruire et qu'une supériorité de culture ou d'intelligence a recommandés aux électeurs de leur condition. Ils sont d'ailleurs parfaitement sincères, car ils ne se donnent point pour les initiateurs de la pensée de transformer la société. Ce ne sont que des disciples. En entrant dans la vie, ils ont vu leur entourage croire à la possibilité de renouveler l'humanité, et il n'est point surprenant qu'ils se soient persuadés que les conditions d'existence de leur classe pouvaient être absolument métamorphosées par des mesures de législation. La Commune, par la faculté qu'elle procure aux ouvriers socialistes groupés à part, de formuler leur programme de réformes économiques et leur plan de transformation sociale, permet donc d'assister aune expérience du plus haut intérêt. On va voir ce que valent enfin, lorsqu'il s'agit de les appliquer, ces sys-* tèmes préconisés depuis si longtemps sous le nom de socialisme.

La Commune, après trois semaines d'existence, ne s'était encore occupée d'aucune réforme sociale. Enfin

le 16 avril, sur la proposition d'Avrial, à la fois membre de rinternationale et de la Commission du travail et de l'échange, elle rendait un premier décret prétendant au caractère social. Il s'agissait d'une enquête à opérer sur les ateliers abandonnés.

« La Commune de Paris, considérant qu'une quan- « tité d'ateliers ont été abandonnés par ceux qui les <( dirigeaient afin d'échapper aux obligations civiques, « et sans tenir compte des intérêts des travailleurs;

« Considérant que, par suite de ce lâche abandon, « de nombreux travaux essentiels à la vie communale <( se trouvent interrompus, l'existence des travailleurs « compromise ;

« Décrète :

« Les chambres syndicales ouvrières sont convo- « quées à l'effet d'instituer une commission d'enquête « ayant pour but :

(( t^ De dresser une statistique des ateliers abandonce nés, ainsi qu'un inventaire exact de l'état dans lequel « ils se trouvent et des instruments de travail qu'ils « renferment ;

« 2® De présenter un rapport établissant les condi- « tions pratiques de la prompte mise en exploitation ce de ces ateliers, non plus par les déserteurs qui les « ont abandonnés, mais par l'association coopérative « des travailleurs qui y étaient employés ;

« 3° D'élaborer un projet de constitution de ces « sociétés coopératives d'ouvriers ;

« 4* De constituer un jury arbitral, qui devra sta-

(( tuer, au retour desdits pastrons, sur les conditions « de la cession définitive des ateliers aux sociétés ou- « vrières, et sur la quotité de Tindemnité ctu'aùront « à payer les sociétés aux patrons.

(( Cette commission d'enquête devra adresser son « rapport à la Commission communale du travail et de t( réchange, qui sera tenue de présenter à la Commune, « dans le plus bref délai, le projet de décret donnant (I satisfaction aux intérêts de la Commune et des tra* « vailleurs. »

Ce décret ne reçut point d'exécution, il passa comme inaperçu et aucune enquête n'eut lieu.

Le 20 avril la Commission executive rendait un autre décret, celui-ci desiiné à être appliqué, qui devait réaliser une de ces réformes auxquelles les socialistes attribuaient le caractère social :

« Sur les justes demandes de toute la corporation « des ouvriers boulangers, la commission executive « arrête :

« Art. 1". — Le travail de nuit est supprimé.

« Art. 2. — Les placeurs institués par l'ex-police « impériale sont supprimés. Cette fonction est rem- « placée par un registre placé dans chaque mairie, «pour Tin scription des ouvriers boulangers. Un re- « gistre central seraétabliau ministère ducommerce. »

Le 27 avril la Commission executive rendait un nouveau décret ayant pour les socialistes le caractère social, et cette fois sur la proposition de la Commission du travail et de l'échange :

« La Commission executive.

tt Considérant que certaines * administrations ont « mis en usage le système des amendes ou des retenues « sur les appointements et sur les salaires ;

<( Que ces amendes sont infligées souvent sous les « plus futils prétextes et constituent une perte réelle « pour l'employé et l'ouvrier ;

« Qu'en droit, rien n'autorise ces prélèvements ar- « bitraires et vexatoires ;

« Qu'en fait, les amendes déguisent une diminution (c de salaire et profitent aux intérêts de ceux gui les « imposent ;

« Qu'aucune justice régulière ne préside à ces sortes « de punitions^ aussi immorales au fond que dans les (( formes ;

« Sur la proposition de la Commission du travail, de

l'industrie et de l'échange,

« Arrête :

•^ Art. 1". — Aucune administration privée ou pu- .< blique ne pourra imposer des amendes ou des rete- « nues aux employés, aux ouvriers, dont les appoin- <c tements convenus d'avance doivent être intégrale- «ment soldés.

« Art. 2. — Toute infraction à ces dispositions sera « déférée aux tribunaux.

« Art. 3. — Toutes les amendes et retenues infli- <( gées depuis le 18 mars, sous prétexte de punition, « devront être restituées aux ayant droit, dans un « délai de quinze jours, à partir de la promulgation du « présent décret. »

Le décret interdisant les retenues sur les salaires des ouvriers et des employés se rapportait à un objet tellement simple qu'il ne provoquait aucune résistance, au moins apparente, et ne donnait lieu à aucune remarque ; celui sur le travail de nuit des boulangers venait au contraire modifier à l'improviste les conditions d'exercice d'une grande industrie, il lésait une foule d'intérêts, il changeait les habitudes des consommateurs, eu les privant de leur pain aux heures accoutumées; aussi soulevait- il de nombreuses réclamations, et un débat s'engageait-il, à son sujet, au sein de la Commune. Les socialistes, surtout ceux de la Commission du travail et de l'échange, le trouvaient incomplet, ils se plaignaient qu'on l'eût rédigé à la hâte, sans prendre leur avis et sans consulter suffisamment les intéressés, patrons et ouvriers. Theiz en particulier, tout en réprouvant le travail de nuit, pensait que la Commune n'avait point à intervenir dans la réglementation de la boulangerie telle qu'on la proposait. Cependant les socialistes concluaient, malgré leurs réserves, à ce que l'abolition du travail de nuit fût sanctionnée par la Commune. Le président de la Commission du travail et de l'échange Franckel exprimait leurs sentiments, lorsqu'après avoir critiqué le décret de la manière la plus dure, il en réclamait le maintien, parce que, disait-il, il avait le caractère social : « J'ai dit et je répète que le décret « rendu par la Commission executive était incomplet, «parce qu'il était incompréhensible pour la majorité « de ceux qui s'occupent depuis longtemps des ques-

loi L\ COMMUNE.

« lions sociales. Néanmoins je le défends, parce que « je trouve que c*est le seul décret véritablement so- « cialiste qui ait été rendu par la Commune. Tous les « autres décrets peuvent être plus complets que celui- « là, mais aucun n'a aussi complètement le caractère « social. Nous sommes ici non pas seulement pour (( défendre des questions de municipalité, mais pour « faire des réformes sociales. » 'Comme résumé de la discussion, on croyait devoir accorder quelques jours aux patrons et aux ouvriers boulangers pour prendre leurs mesures. La Commission executive déclarait donc, par un nouveau décret, que la suppression du travail de nuit dans les boulangeries ne serait obligatoire qu'à partir du 3 mai.

Avrial proposait le 25 avril, à la Commune, de décider que tous les instruments de travail, meubles, objets de literie, de lingerie, habillements engagés au Mont-de-piété, pour une valeur ne dépassant pas ciûquante francs, seraient rendus à leurs possesseurs. Cette proposition avait donné lieu à une longue discussion. Tous les membres qui avaient pris la parole, la plupart socialistes, l'avaient appuyée au fond, le débat n'avait porté que sur les moyens d'exécution. Jourde avait montré que le retrait gratuit, accordé aux déposants, obligerait à verser au Mont-de-piété une indemnité de plusieurs millions, que l'état des finances ne permettait pas d'encourir une pareille dépense, sans s'assurer des délais et sans calculer au juste la somme qu'exigerait le taux de cinquante francs proposé pour les dégagements. La Commune se rendait

à ces observalioas et décidait que Jourde, après avoir pris les mesures financières nécessaires, lui soumettrait un projet de décret.

Cependant, au cours de la discussion, les socialistes avaient abordé une question autrement grave et complexe que la faveur qu'on voulait faire aux déposants nécessiteux, c'était l'abolition môme du Mont-de-piété. « L'institution du Mont-de-piété doit disparaître, » avait dit Avrial, en défendant son projet de décret. «Il faudra sans doute en venir là, » avait ajouté. Arthur Arnould. « Si la Commune triomphe, comme « c'est certain, avait continué Lefrançais, tout ce « qui s'appelle assistance publique, hôpital, maison a de secours, mont-de-piété disparaîtra sûrement ; t( mais ceci correspond à une série d'institutions que « vous ne pouvez formuler dans un article de dé- « cret. » Enfin Franckel avait dit : « J'espère que, « dans quelques jours, je vous remettrai un projet éla- (( bore par la Commission du travail sur la liquidation « du Mont-de-piété. » Un tel accord montrait bien que les socialistes devaient penser depuis longtemps à supprimer les monts-de-piété, et en effet le 1" mai le Journal officiel, en exécution de la promesse de Franckel, publiait-il un rapport de la Commission du travail et de réchange relatif à leur liquidation. Ce rapport faisait d'abord Thistorique des monts-de-piété, depuis leur création en Italie au quinzième siècle, jusqu'à l'organisation à peu près définitive qu'ils reçoivent en France sous le premier empire. Puis il se livrait à une critique détaillée de leur mode de

fonctionner ; il s'élevait contre les bénéfices exagérés qu'ils réalisent aux dépens des nécessiteux ; il blâmait le trafic et Tagiotage auxquels donnent lieu leurs reconnaissances. Le rapport contenait enfin un projet de décret, qui prononçait la liquidation et prévoyait les mesures à prendre pour l'efiFectuer.

Cependant les monts-de-piété remplissent certaines fonctions dans l'économie sociale ; laissera-t-on vide la place qu'ils tenaient ? La Commission du travail et de réchange était la première à reconnaître qu'ils ne pouvaient disparaître sans être remplacés, aussi, en terminant son rapport, disait-elle : « Il est bien en- « tendu qu'à la liquidation du Mont-de-piété, doit « succéder une organisation sociale qui donne au tra- « vailleur des garanties réelles de secours et d'appui, en « cas de chômage et de maladie. Certes, la suppression « de cette institution ne devra causer aucune appréhen- « sion à qui que ce soit, et, nous devons en être bien « convaincus, l'établissement de la Commune com- « mande de nouvelles institutions réparatrices, suscep- « tibles de mettre le travailleur à l'abri de l'exploita- <c tionpar le capital, à l'abri des nécessités d'emprunts « usuraires et d'installer à son foyer le calme et la « tranquillité, qui retrempent les courages et mora- « lisent l'individu. » Le socialiste Lefrançais, lors de la discussion de la proposition Avrial, s'était exprimé dans des termes analogues. Mais en quoi consiste la nouvelle organisation sociale que l'on annonce ? Lefrançais et la Commission du travail et de l'échange ne le disent point, et ni les discussions de la

Commune, ni les documents publiés au dehors, ne rélent quelles peuvent être les institutions que les socisv ;stes veulent substituer aux établissements de bienfaisâkM '6 et de secours qu'ils ont condamnés.

Le I. *Tiai Jourde faisait adopter par la Commune le décr^ i^a on Tavait chargé de rédiger sur les déga- ^f^iats gratuits. L'embarras des finances l'avait contraint de réduire à vingt francs la valeur des engagements appelés à profiter de la mesure. Les socialistes ne reparlèrent qu'incidemment de la liquidation du Mont-de-piété, sans chercher à la réaliser. Le dégagement accordé aux nécessiteux était du reste justifié parla misère qui régnait en ville, maisja Communene putrelTectUer en entier ; lorsqu'elle succomba, une partie des objets à dégager étaient encore retenus ; le temps avait manqué pour les rendre.

Pendant que la discussion relative au Mont-de-piété se poursuivait, la Commission du travail et de Téchange avait obtenu de la Commune l'autorisation d'envoyer des délégués examiner les marchés conclus par Tintendance. Les délégués firent surtout porter leurs investigations sur les fournitures d'habillements militaires. Il résultait de leur rapport que les industriels adonnés à la confection, avaient passé des contrats à des prix excessivement réduits. La Commune avait suivi les règles administratives qui prescrivent de donner la préférence aux soumissionnaires qui auront consenti le plus grand rabais. L'interruption de tout travail dans Paris rendait disponible une multitude d'ouvriers, prêts à se contenter T. m. 14

du moindre salaire; les industriels pouvaient donc réaliser une telle économie sur la main-d'œuvre que, mis en concurrence, ils s'étaient engagés, de réduction en réduction, à confectionner des effets d'habillement à des prix jusqu'alors inconnus, 3 francs 50 les vareuses, 2 francs 50 les pantalons. A ces conditions, disaient les délégués, il est impossible que les soumissionnaires qui entendent naturellement opérer un bénéfice, puissentrémunérer les ouvriers tailleurs et les couturières suffisamment pour les faire vivre.

La Commission du travail et de l'échange, en préaentant le rapport de ses délégués, demandait à intervenir dans les marchés de l'intendance. Franckel, Malon, Serailler, disaient que la Commune avait été établie pour inaugurer un régime qui changeât la condition des travailleurs. Elle ne pouvait ainsi, sous peinede se déconsidérer et de manquer àsespromesses, laisser se perpétuer l'oppression de la classe qu'elle était appelée à relever. Les socialistes voulaient donc qu'à l'avenir, les soumissionnaires de fournitures fissent connaître le taux des salaires à payer et que l'intendance ne passât de marchés que sur un cahier des charges, où seraient établis des prix, permettant de rémunérer convenablement les ouvriers. En outre, on devrait éviter les intermédiaires, que la Commission du travail et de l'échange qualifiait d'exploiteurs, en concédant les fournitures directement aux associations ouvrières. Les- plus impatients avaient proposé de résilier purement et simplement les marchés passés. La Commune ne voulut point revenir de la sorte sur

ses engagemenls ; elle se borua à décider qu'à l'avenir la Commission du travail iatervienârait dans les marchés pour appliquer, au profit des travailleurs, les mesures qu'elle avait suggérées; quant aux traités déjà conclus, ils seraient seulement révisés. La Commune formula ses décisions dans un décret rendu le 12 mai.

u La Commune de Paris

fi Décrète :

« Art. 1" — LaComniîssion du travailet del'échange « est autorisée à réviser les marchés conclus jusqu'à « ce jour par la Commune.

« Art. 2. — La Commîssiondu travail etde l'échange u demande que les marchés soient directement adju- « gés aux corporations et que la préférence leur soit n toujours accordée.

« Art. 3. — Les conditions des cahiers des charges « et les prix de soumission seront fixés par l'iu tendance,' « la chambre syndicale de la corporation et une délé- « gation de la Commission du travail et del'échange, le « délégué et la Commission des finances entendus.

« AvL, 4. — Les cahiers de charges, pour toutes les Cl fournitures à faire à l'admiiiistratiûn communale, « porteront dans If; ■■ -' -' :^-<. desdites fournitures " les prix minini' la journée ou h la a façon, à acconJL-i i uuvriares chargés e ce travailyn-: .

Le décret flb> ^^^^^^^BfiS|ttflk4wl ^^

moteurs, eût le caractère social. Les efforts des socialistes de la Commune ont donc eu pour résultat de faire rendre quatre décrets applicables. Ceux quiinterdisent le travail de nuit des boulangers et la retenue sur les salaires des employés et ouvriers rentrent dans la catégorie des règlements de police; la remise gratuite des objets engagés au Mont-de-piété est un genre de secours aux nécessiteux qu'à diverses reprises les gouvernements antérieurs avaient déjà accordé ; Tintervention de la Commission du travail dans les marchés de l'intendance se produit dans le but d'élever les salaires d'une classe intéressante d'ouvriers. Les deux mesures annoncées qui auraient eu un caractère réellement tranché et nouveau, la saisie des ateliers fermés, pour être confiés à l'exploitation des coopérations d'ouvriers, et la liquidation des monts-de-piété, à remplacer par des institutions jusqu'alors iuconnues, non seulement n'ont reçu aucune exécution, mais n'ont pu être ni préparées ni même formulées.

On est frappé, en examinant la législation de la Commune, de la distance qui sépare les théories de l'application, et on n'a probablement jamais vu d'hommes dont les espérances, les prétentions, les illusions aient été aussi complètement réduites à néant, au contact des faits, que celles des socialistes. Car il faut bien penser que les socialistes de la Commune sont les descendants et les disciples de ces révélateurs qui ont proposé des systèmes appelés, non pas seulement à changer telles lois de détail, mais à inaugurer une ère économique nouvelle et à transformer rhumanité ; il faut

penserque les plus sérieux d'entre eux.leamembresde rinternationale, ont fondé une grande association pour préparer les réformes qu'ils préconisent, qu'ils ont ensuite tenu plusieurs con^^rès, prononcé une multitude de discours, rédigé imc foule d'études et de rapports. Les Toilà enfin sortis des recherclies et de la spéculation, une révolution les a portés au pouvoir. Ils sentent parfaitemeot que l'occasion est venue pour eux. Au moment où la Commune s'établit, puis tout le temps qu'elle dure, les sections do l'Internationale, le Comité central, la minorité de la Commune dans ses manifestes, tous les socialistes inâlTiduellemeot dans leurs discours à la Commune ou au dehors et dans les articles de leurs journaux, ne cessent d'acclamer le nouveau gouvernement comme appelé à résoudre enSn la question sociale, et, quand on regarde l'application, on ne découvre plus qu'un petit nombre de décrets, sur des points absolument secondaires, tels que tous les gouvernements eu rendent chaque jour. Il n'est donc pas surprenant qu'à la vue d'une telle disproportion entre les promesses et les résultats, les membres de la majorité de la Commune n'aient uni par tenir leurs collègues les socialistes pour des rêveurs. Aussi, après les avoir exclus LL.^aTemement, se désintéressent-ils complètement ;s sociales. Ils les laissent s'en occuper iommissionsiBtdédaignentmêmed'ass la Commu on les discute (1).

'%ép"

Bietoirs parlem

En résumé, la Commune n*â point fait de socialisme. C'est qu'en effet on ne saurait en faire. Les formules du socialisme n'ont jamais été que des créations subjectives de l'imagination, mort-nées et inat)plicables. Les socialistes n'ont pu établir leurs systèmes et imaginer leurs théories, que parce qu'ils n'étaient point arrivés à concevoir les sociétés comme des organismes vivants, qui portent en eux-mêmes leurs conditions d'existence et leurs règles d'évolution. Les sociétés se modifient lentement selon des lois naturelles ; croire avec les socialistes qu'on pourrait à un moment donné les transformer de fond en comble, découle de cette antique conception qui place l'homme à part dans la nature et le soustrait à l'universel enchaînement des choses.

Versailles, depuis Je jour où l'Assemblée nationale et les réfugiés de Paris s'y étaient établis, avait pris un aspect inconnu. D'ordinaire si vide, il regorgeait maintenant d'habitants. Les lieux publics étaient encombrés d'oisifs colportant les nouvelles ou discourant des événements. Une grande activité régnait dans tous les ministères et les administrations, qui avaient à réparer les désastres causés par la guerre et à liquider un long arriéré. C'était M. Thiers qui donnait partout l'impulsion. 11 se consacrait particulièrement aux affaires militaires; après avoir organisé l'armée qui assiégeait Paris, il assistait aux conseils de guerre, décidait des opérations à entreprendre et en surveillait lui-même l'exécution sur le tçrrain. Sa

LZ GOUVERNEUENT DE U COMMUNE. 163

tâche était immease. Au moment même oti l'iesue du coDÛit avec la Commune paraissait encore douteuse, il avait dA poursuivre la Dëgociation du traité de paix avec les Allemands devenus de plus en plus ezigeautSi puis contenir une insurrection qui éclatait en Algérie. Jamais l'avenir n'avait paru si sombre pour la France, déchirée par la guerre civile, occupée par l'ennemi, endettée d'une énorme rançon et contrainte de se surcharger d'impôts pour combler ses déScits. Dans de telles difQcuItés, tout le monde avait les yeux sur M. Thiers; son activité, son expérience, son esprit de ressource, la variété de ses connaissances et de ses aptitudes, en faisaient l'homme indispensable. On attendait doue tout de lui et il était en quelque sorte k lui seul tout le gouvernement.

Les tentatives de paix poursuivies auprès de M. Thiers avaient k peu prés cessé du côté de Paris. Une dernière démarche avait été faite par des francsmaçons le 29 a,vril; réunis avec leurs insignes et leurs bannières devant l'Hôtel de ville, ils s'étaient dirigés, par la porte Maillot, vers les avant- postes et avaient obtenu une suspension d'armes, pour envoyer leurs délégués à Versailles (1). M. Thiers s'était, comme toujours, refusé & une transaction et, rentrés à Paris, ils avaient solennellement adhéré à la Commune. Les tentatives couLiuuaient ccpeudaut par ailleurs; elles T WÛUBllt maintenant des départements. Les répablid^^^^BKiiloS de pcovince se de-

mandaient avec angoisse ce que deviendrait la République, lorsque Paris, la citadelle de la Révolution, serait au pouvoir de TAssemblée monarchique de Versailles. Des délégués, choisis parmi les conseillers municipaux de plusieurs grandes villes, s'étaient donc rendus auprès de M. Thiers, pour lui exprimer leurs craintes et essayer d'en obtenir des concessions favorables à la République. Désireux d'obtenir une importante manifestation d'opinion, les délégués des villes projetaient de se réunir en congrès à Bordeaux. Ils délibéreraient sur les meilleurs moyens de terminer la guerre civile, de garantir les libertés municipales et de consolider la République. Ce dessein avait jeté l'alarme à Versailles. On y craignait que le congrès ne se posât en rival de l'Assemblée nationale, aussi le ministre de l'intérieur, M. Picard, était-il venu dire, à la tribune de l'Assemblée, que le Gouvernement l'interdisait expressément. Les délégués des villes durent renoncer à s'assembler et quelques-uns, ayant persisté à se rendre à Bordeaux, furent arrêtés en route sur Tordre du gouvernement.

Malgré l'interdiction qui frappait le congrès de Bordeaux et les réunions projetées dans d'autres villes, les délégués des conseils municipaux de seize départements du sud-est, étaient parvenus à se grouper à Lyon. Ils avaient, dans un manifeste, affirmé la République comme seul gouvernement légitime et possible, demandé la cessation delà guerre civile, la dissolution de la Commune, les élections municipales à Paris et l'élection d'une constituante dans toute la

France. Ils avaient envoyé des commissaires soumettre le résultat de leurs délibérations à M. Thiers à Versailles, à la Commune à Paris. M. Thiers continuait à se refuser à tout accommodement et il déclarait, avec plus de fermeté que jamais, qu'il ne mettrait fin ii la lutte armée que quand Paris serait rentré sous ^e régime légal. Cependant, s'il repoussait toutes les concessions qui auraient pu fltre favorables à la Commune, il s'efforçait, dans ses entrevues et ses conveiv sations, de ne point indisposé les délégués qui lui étaient envoyés. Les grandes villes commençaient à ressentir une telle aversion pour l'Assemblée de Versailles que, si on ne calmait leurs craintes au sujet de la République, on risquait de les voir s'insurger. M. Thiers cherchait donc à les apaiser, en protestant de ses sympathies personnelles pour la République. Il parlait de sa tristesse à verser le sang de ses concitoyens, il déclarait qu'il n'était point animé de sentiments de vengeance, et qu'il ne voyait à Paris de punition indispensable à exercer que coutre les meurtriers des généraux Lecomte et Clément Thomas.

Les tentatives de médiation des délégués des villes inspiraient un grand mécontentement aux députés de la majorité. L'horreur que l'Assemblée tout entière resseolait pour la Commune s'accroissait à mes'aliandonnait aux violences revoir Allant plus loin, les monarchistes de la I iudéûnimentleur haineà tous les r oaraissaient avoir quelque afât, au premier rang de ceux-là,

figuraient les promoteurs d'une transaction. Les délégués des villes réclamaient du reste l'établissement définitif de la République. Or les monarchistes, après avoir remporté contre la Commune un triomphe qui leur paraissait maintenant prochain, étaient plus résolus que jamais à profiter de leurs avantages pour s'attaquer à la République elle-même. Aussi, lorsque M. Thiers parlait de clémence, méconnaissaitil leurs intentions, car ils voulaient, par des châtiments généralisés, dçbarrasser le pays du plus grand nombre de révolutionnaires et de républicains possibles, afin de mieux préparer les voies à la monarchie. Lorsque surtout il affirmait que la République ne courait aucun risque entre ses mains, et manifestait son attachement personnel à cette forme de gouvernement, il leur paraissait se livrer à une véritable trahison, en manquant aux promesses de neutralité qui constituaient le pacte de Bordeaux. L'Assemblée suivait donc M. Thiers d'un œil inquiet et savait lui témoigner le mécontentement qu'elle éprouvait de ses complaisances envers les républicains. Elle avait nommé une commission de quinze membres chargée de se tenir en rapport aveclui, pour tous les événements qui concernaient l'insurrection. Cette commission s'acquittait de son rôle avec un soin jaloux, elle voulait être non seulement informée des faits accomplis, mais encore avertie par avance des décisions à prendre; elle présentait ensuite des observations et donnait des avis. L'Assemblée tenait elle-même à connaître toutes choses par le

détail ; elle s'attendait chaque jour à recevoir otâciellement communication des nouvellea. Cette sollicitude domiait naissance à des incidents significatifs.

M, Thiera, le 27 avril, avait pailé à la tribune de l'émotion pénible qu'il éprouvait à faire tirer sur des Français, ses paroles avaient soulevé des murmures à droite (I). Puis, ayant aVaucé que les insurgés à Paria étaient en petit nombre, que la Commune était sans racines, un légitimiste, M. de Kerdrel, était venu contredire expressément cette opinion : selon lui l'insurrection trouvait au contraire dans le pays un criminel écho; de mauvaises passions, & l'état expectant, étaient prêtes à faire cause avec elle. Il avait enfin dépassé la Commune dans ses attaques et laissé entrevoir que la forme républicaine n'avait nul droit au respect de l'Assemblée qui, après avoir organisé l'Etat et affermi la société, saurait compléter l'édifice. Et tout le monde avait vu là une allusion au rétablissement de la mo-' □archie.

Les froissements répétés qui se produisaient entre M. Thiers et une partie de la majorité donnaient lieu à un éclat le 11 mai. M. Mortimer-Terneaus, un des députés les plus violemment animés contre la Commune, avait eaBByréi le 10 mai, de lire à la tribune un journal, ren^ftttlttbP] Vune déclaration de M. Thiers 9UX délégi]|j^^^^H 8 droits d( i. Il n'avait

pu BQ^Ai^^^^^l mai» >ain, re-

moaté à la tribune, il Lisnit l'extrait d'une lettre do M. Fourcaad, maire de Bordeaux, publiée par les journaux et rapportant une conversation de M. Thiers. M, Fourcand, avec les délégués du coaseil mnaicîpal de Bordeaux, s'était rendu auprès de M. Thiers qui leur avait dit : « Si lea insurgés voulaient cesser « les hostilités, on laisserait ouvertes toutes les portes « pendant une semaioe, excepté pour les assassins des u généraux Lecomte et Clément-Thomas. » M. Mortimer-Teroeaux pensait que c'était là une promesse qui sérieusement n'avait pu âtre faite, et il provoquait à un démenti. La persistance mise à incriminer ses moindres paroles et à le contraindre de s'expliquer sur les rapports de simples conversations, fut ressentie par M. Thiers comme une telle indignité que, pâle et plein de colère, il monte à la tribune : « Je demande « pardon à l'Assemblée, dit-il, de l'émotion que j'é- « prouve. J'espère qu'elle la comprendra quand elle ■ saura que, consacrant jour et nuit ma vie au service « du paya avec un désintéressement que je crois éviu dent, je rencontre ici, pardonnez-moi le mot, une « tracasserie. — M. Mortimer-Temeaux : Je proteste « contre l'expression dont M. Thiers vient de se serre vir. — M. Thiers:J'airaison,je l'affirme, j'ai raison. « Je maintiens le mot. Oui, Messieurs, lorsijue, pré- « voyant les ingratitudes, je dévoue ma vie au service odu public, il ne faut pas du moins que vous m'affai- « blissiez. Je demande à l'Assemblée un ordre du jour « motivé. Madémission est toute prête. — Une voixà « droite : Remettez-la! — M. Thiers : J'eiiteuds ua» J

« voix: remettez'lal Oui, mais ce n'est pas à vous qui « m'avez iaterrompu, c'est au pays que je ta remettrai. « Nous sommes dans une situatioa où il faut une ab- « solue frauchise. Eh bien, Je vous le déclare, il m'est « impossible de me dévouer au service public, lorsque a je ne recueille que des traitements comme celui dont «je suis l'objet en ce moment. Si je vous déplais, dites- « le-moil II faut nous compter ici résolument. Il no H faut pas nous cacher derrière une équivoque. « Je dis qu'il y a parmi vous des imprudents qui sont « trop pressés. 11 leur faut huit jours encore. Au bout n de ces huit joui's, il n'y aura plus de danger, et la H tâche sera proportionnée à leur courage et à leur ca- « pacité. »

Les parolesde M. Thiers avalent, à diverses reprises, suscité des protestations à droite, et la dure apostrophe de la fin y était accueillie par des murmures et deseiclamatious. M, Mortimer-Terneaux, tout en disant qu'il ne voulait point continuer le débat, affirmait de nouveau qu'un document de l'importance de celui qu'il avait signalé, méritait un démenti à la tribune. M, Berthaud lisait alors le décret, rendu la veille même par le Comité de salut public, qui ordonnait la démolition de la maison de M. Thiers. Plusieurs ordres du jour motivés avaient été déposés. M. Thiers déclara qu'il n'acceptait que le premier, ainsi conçu : « L'As- Dt pleine conflauce dans le chef du pour exécutif de la République française, passe à Toryour.» — M.Thi " ■ Messieurs, il nefautpas

l^e. 11 faut or ui n'ont pas confiance

(( dans ma politique le disent hauteinent. Non, il ne « faut pas d'équivoque, je n'en accepte point, et je « supplie tout le monde d'avoir le courage de son vote ' « et de ne pas se réfugier derrière l'abstention. Mes- (( sieurs, il pèse sur ma tête une responsabilité acca- « blante. Je suis obligé d'ordonner des actes terribles; (c je les ordonne parce que j'ai la conviction que je re- « présente le droit contre le crime. Il faut que ceux (( qui veulent que j'aie la force de remplir tous mes « devoirs, aient le courage de me la donner. S'ils dou- « tent de moi, qu'ils le disent. Ce n'est pas là un « crime; qu'ils viennent le déclarer par leur vote; je « veux que tout le monde ait le courage de son opi- <( nion, » M. Thiers obtenait le vote de confiance qu'il demandait et il retrouvait tout son crédit ; mais le débat, qui avait eu lieu, n'en révélait pas moins un commencement d'incompatibilité entre lui et la majorité.

Les discussions de l'Assemblée de Versailles entretenaient le sentiment de révolte des partisans de la Commune à Paris; aussi s'abandonnent-ils à toute leur fureur à mesure qu'ils s'affaiblissent et voient approcher l'heure où ils tomberont aux mains de ces adversaires, qui réclamaient d'avance des châtiments implacables.

La Commune avait ordonné le 27 avril la démolition de l'église, construite avenue d'Italie, comme monument expiatoire, sur le lieu où le 6** Bréa avait été assassiné en 1848 par les insurgés de Juin. Le 5 mai le Comité de salut public décrétait la destruc-

tien de la chapelle expiatoire, élevée sur remplacement où les restes du roi Louis XVI et de sa famille avaient été inhumés en 1793. Du reste on tarda tellement à entreprendre les travaux de démolition, que les édifices ne subirent aucune atteinte, la grille qui entoure la chapelle expiatoire fut seule détachée. Des gardes nationaux fédérés avaient envahi Thôtel de M. Thiers, place Saint-Georges, dès le 14 avril ; ils avaient hissé un drapeau rouge à la façade, saisi les papiers et envoyé l'argenterie à la Monnaie. M. Thiers, comme chef du pouvoir exécutif élu par l'Assemblée nationale, était absolument odieux au parti de la Commune, les fédérés ne prononçaient son nom qu'accompagné d'injures et d'imprécations. L'armée de Versailles, en poursuivant l'attaque de Paris, avait été amenée à bombarder non seulement les remparts, mais le terrain en arrière, où la défense pouvait placer ses, réserves et ses soutiens; des obus étaient ainsi tombés à Auteuil et dans les quartiers voisins de TArc-de- Triomphe, jusque dans les Champs-Elysées. Des habitants avaient été tués. Les partisans de la Commune après cela n'appelaient plus M. Thiers que le bombardeur, le massacreur de femmes et d'enfants. Ne pouvant porter la main sur lui personnellement, ils s'en prenaient à sa maison. Le 11 mai le Comité de salut public en décrétait la démolition, après m objets mobiliers, et celte fois il veilla à l'exécu médiate de son décret ; en peu de jours les^m furent rasées, sans qu'il en subsistât un^ t^'* Cependant la colonne de la place ^

le premier monumeot auquel la Commune se fût attaquée. Elle en avait ordonné la chute lel2 avril, la considérant comme « un monument de barbarie, ua sym- « bole de fausse gloire, une affirmation du militarisme, « une négation du droit international, une insulte ■K permanente des vainqueurs aux vaincus. » Cet acte n'excitait point dans le moment une indignation sans réserve. Le monument, eous sa concise et populaire appellation « la colonne », a servi de piédestal au Napo léou idéalisé qui a tenu une si grande place dans l'imagination. Il a été par excellence l'autel du culte bonapartiste ; en lui le mytbe s'est réalisé et la légende coulée en bronze. Pour les républicains qui, acbarnés à combattre le second empire, exécraient tout ce qui glorifiait les Napoléons, elle était deveoue un objet d'borreur; aussi après le 4 septembre avalent-ils plus ou moins parlé de la faire disparaître : le peintre Courbet, nommé alors président de la commission des Beaux-Arts, avait proposé de la « déboulonner». Ces velléités de destruction n'avaient eu aucune suite et n'en eussent jamais eue, sous tout autre régime que celui de la Commune ; mais puisque l'idole tombait, nombre de républicains ne pouvaient s'empêcher de jouir de sa chute.

La colonne fut renversée le 16 mai, en présence de membres de la Commune et d'une grande foule massée rue de la Paix et place de l'Opéra. L'ingénieur chargé des travaux avait dégarni, à la base, le fût âfitO uerie de son revêtement de plaques do 1 pratiqué, dans la pierre, une profond;

biseau. Le joui- 6xé deux grands câbles furent attachés au sommet du monument, l'ua emroulé à un cabestan, l'autre remis à des hommes tirant par saccades. Sous cette action combioée, le fût fléchit légèrement du côté de l'entaille eu lifseau, et, s'inclinant, se brisa en deux ou trois tronçons. Les habitants du quartier s'étaient attendus à une énorme commotion; ils craignaient de voir les maisons s'ébranler, les vitres voler en éclats. Il n'en fut rien. On avait disposé, sur la place, un lit de sable, recouvert de fumier, qui reçut les débris sans choc, sourdement.

Sauf un décret prononçant la séparation de l'Eglise et de l'État, la suppression du budget des cultes et déclarant les biens des congrégations propriété nationale, la Commune s'était abstenue de mesures d'ensemble contre la religion cathohgue. Mais elle laissait sur ce point libre cours à l'initiative de ses membres, dans leurs quartiers respectifs et à celle des administrateurs des mairies d'arrondissement ; aussi la plupart des églises de Paris étaient-elles visitées par des gardes nationaux qui, après avoir fait des perquisitions, sous préteite de rechercher des armes cachées, avaient enlevé l'argent des troncs, saisi les vases sacrés et les ornements pour les envoyer à la Monnaie ou au gardemeuble. Des églises avaient ensuite (1) été fermées; d'autres laissées ouvertes servaient à tenir des clubs. La violence et la grossièreté de langage du public qui iguentait, indignaieul les fidèles, qui ressentaient

la profanation du lieu de prière, comme un outrage plus grand que sa clôture. Les congréganistes, les membres des ordres enseignants avaient été non seulement expulsés des écoles de la ville, mais même chassés des écoles libres et de leurs maisons. En même temps que l'archevêque, des prêtres séculiers, des jésuites, des dominicaiQs, des Frères de la doctrine chrétienne avaient été arrêtés et jetés en prison. Dans les caveaux des églises Saint- Laurent et Notre-Dame des Victoires, au couvent de Picpus, les fédérés avaient trouvé des squelettes qu'ils s'étaient empressés d'étaler aux regards. C'étaient de ces ossements tels qu'en contiennent les souterrains et les alentours des églises, qui servaient autrefois de lieux de sépulture, et la plupart étaient d*une grande ancienneté. Mais les partisans de la Commune avaient prétendu y voir le témoignage de crimes récents, que les prêtres avaient su dissimuler. Les journaux avaient abondé dans ce sens. Des descriptions illustrées de la découverte se vendaient dans les rues. Aucun prêtre après cela n'eût pu sortir en habit ecclésiastique, outre ceux qui avaient été emprisonnés, un grand nombre avaient dû fuir ou se cacher, et le culte catholique, persécuté, ne se pratiquait plus qu'à la dérobée dans les églises laissées ouvertes (1).

La Commune se montrait on ne peut plus sensible aux attaques de la presse. Elle avait dès le début supprimé les journaux conservateurs; puis comme, à mesure qu'elle s'abandonnait à la violence, les jour-

(I) Rastoul, L'Église deParis,^. 302.

DEUX républicains se départaient des ménagements qu'ils avaient d'abord gardés à son égard, elle les frappait eux-mêmes de suppression. La plupart des journaux interdits reparaissaient cependant en changeant de nom. Pour Tempêcher, un décret, le 19 mai, en même temps C[u'il supprimait plusieurs feuilles épargnées jusqu'alors et toutes celles qui sous des noms nouveaux continuaient les anciennes, prescrivait « qu'aucun nouveau journal ou écrit périodique ne « pourrait paraître tant que dureraient les hostilités (( avec Versailles. » Sauf quelques rares organes républicains qui, par leur réserve et les atténuations de leurs critiques, s'étaient fait tolérer, il n'y eut plus alors à Paris d'autres journaux que ceux des partisans de la Commune.

La ville de Paris, dans le courant de mai, avait pris un aspect de morne tristesse, la plupart de ses rues étaient désertes, -presque tous les habitants riches avaient fui, ou, s'ils étaient demeurés, évitaient de se montrer, éprouvant un sentiment de vague terreur. Tout travail avait cessé, la misère était générale et on ne ressentait plus, pour se dérober la vue de ses maux, cette exaltation patriotique qui avait rempli les âmes pendant le premier siège. Les Parisiens se maintenaient dans la répulsion que leur avait d'abord causée l'Assemblée nationale, comme en même temps ils s'éloignaient de plus en plus de la Commune, ils restaient absolument découragés, ne sachant quel parti prendre et ne voyant aucun moyen de s'aider. P"~ sonne ne pouvait dire comment la lutte finirait, ir

on entrevoyait instinctivement, à son terme, une sanglante mêlée au sein même de la ville, et on gémissait à la pensée des dangers qu'on aurait alors à courir. Cependant la Commune disposait toujours d'une sérieuse force militaire, car nombre d'ardents républicains, voyant plus que jamais la monarchie derrière l'Assemblée de Versailles, persistaient à combattre de son côté. En dehors de ce noyau de soldats surexcités par la bataille, elle était abandonnée. Les passions aveugles et les idées extrêmes qui la possédaient, à rétat de plus en plus aigu, ne lui laissaient pour adhérents qu'une minoritéde violents, de sectaires, de rêveurs et de déclassés. Ce n'étaient plus seulement « les ruraux, » l'Assemblée et le gouvernement de Versailles qu'elle avait contre elle, mais cette masse de la population de Paris qui avait été à son égard neutre ou indifférente, puis encore presque toutes ces fractions du parti républicain les plus exaltées, qui s'étaient d'abord laissé aller vers elle. Les membres de la Commune, portés au pouvoir par un flot qui s'était retiré d'eux, ne pouvaient donc plus se maintenir qu'en comprimant violemment la multitude de leurs ennemis. Aussi leur gouvernement est-il devenu une tyrannie dans toute l'acception du mot, et eux-mêmes laissentils voir ces traits et ces particularités de caractère que l'histoire trouve aux tyrans dans tous les temps. Ils ne peuvent tolérer la moindre critique et ils •étouffent toute voix indépendante; ils ont besoin d'inspirer la crainte, et ils remplissent les prisons de suspects et d'otages; puis, lorsqu' approche l'heure où

ils vont succomber, ils s'efforcent d'assurer leur vengeance, par tous les moyens, ' Le citoyen Urbain, membre de la Commune et maire du 7® arrondissement, avait pour chef d'étatmajor de la garde nationale de son arrondissement M. Barrai de Montant, un des agents que le gouvernement de M. Thiers entretenait secrètement dans Paris. M. Barrai de Montant se faisait fort peu de scrupules de compromettre les hommes de la Commune et de les pousser à des actes de violence. Il avait sur de vagues on-dit (1) rédigé un rapport, où il racontait que des parlementaires, envoyés aux Versaillais du côté d'Issy, avaient été accueillis à coups de fusil, puis qu'une ambulancière des fédérés avait été saisie, soignant des blessés, violée et massacrée. Urbain, sur ce simple écrit, qu'il ne cherche point à contrôler, proposait à la Commune, le 17 mai, qu'en représailles, dix otages fussent fusillés dans les vingt-quatre heures, cinq « solennellement » à l'intérieur de Paris, devant une délégation de tous les bataillons, les cinq autres aux avant-postes, en présence des gardes témoins de l'assassinat de l'ambulancière. Aucun membre ne réprouvait une semblable proposition. Au contraire, le citoyen J.-B. Clément l'appuyait; le citoyen Amoureux disait savoir de source certaine que les fédérés prisonniers étaient tués sur les grands chemins par les Versaillais; il fallait donc, selon lui, répondre à l'exécution de chaque garde national par celle d'un nombre triple

(1) 3* conseil de guerre^ Affaire de la Commune, déposition Barrai de Montaut.

178 LA COMMUxNE.

d'otages, choisis surtout parmi les prêtres. Le principe des exécutions d'otages admis sans conteste, la discussion avait porté sur les moyens d'application. Le citoyen Protot, délégué à la justice, observait que la Commune avait déjà rendu un décret, prescrivant que les accusés de complicité avec Versailles iraient devant un jury, qui examinerait les charges et désignerait les hommes passibles des représailles. Ce décret suffisait, il n'y avait qu'à l'exécuter. La Commune se rangeait à cet avis et votait l'ordre du jour suivant : « La Commune, s'en référant à son décret du « 7 avril 1871, en demande la mise à exécution im- « médiate et passe à l'ordre du jour. » En conséquence, le jury d'accusation se réunit les 19 et 20 mai, dans la salle des assises au Palais de Justice (1). Sur le réquisitoire du procureur de la Commune Raoul Rigault, il condamna à servir d'otages un certain nombre de gendarmes et de sergents de ville prisonniers, qui comparurent devant lui.

D*ailleurs la menace de représailles sanglantes était faite constamment par les plus violents des journaux dévoués à la Commune. Dans Tun d'entre eux, la Montagne j Gustave Maroteau avait formellement averti que, si Blanqui n'était rendu àla liberté, l'archevêque Darboy serait mis à mort.

La Commune avait créé une délégation scientifique, sous la présidence d'un de ses membres, le D' Parisel. Cette commission, chargée d'étudier les moyens de dé-

(1) De Pressenssé, Les leçons du 18 mars, p. 148.

fense que la science pourrait fournir, s'était surtout préoccupée de réaliser des explosions de mines et d'utiliser les matières inflammables ; elle avait expérimenté, dans ce but, diverses substances et était entrée en rapport avec les inventeurs de feu grégeois et de mines électriques (1). La commission annonçait le 14mai laformation de quatre équipes de fuséens, pour remploi des fusées de guerre. En même temps le D' Parisel invitait, dans le Journal officiel^ les possesseurs de soufre, phosphore et autres matières analogues à les lui déclarer. Quelques jours après, par un nouvel avis, il informait les détenteurs, qui manqueraient de faire la déclaration exigée, qu'ils s'exposeraient à une confiscation. Par un troisième avis à VOfficiel, il annonçait que la délégation scientifique accepterait toutes les soumissions de sulfure de carbone qui lui seraient faites. L'insistance mise à se procurer des matières incendiaires révélait à elle seule les sinistres projets que Ton nourrissait, mais, pour plus de clarté, le Cndupeuple de Jules Vallès disait: « Les forts peu vent être pris l'un c( après l'autre. Les remparts peuvent tomber. Aucun « soldatn'entreradans Paris. Si M. Thiersest chimiste, <t il nous comprendra. Que l'armée de Versailles sa- « che bien que Paris est décidé à tout pliitnt mie de « se rendre. » La môme feuille ajoutait q après : « Paris vaincra ou, s'il succombe «les vainqueurs dans une catastronl^" « Dernier avis aux bombardeurs^ '

(1) Louis Fiaux, Histoire de laguetre <

ses collègues, les membres de là Commune du XI"^ arrondissement, s'étaient écriés dans une adresse à leurs électeurs : «Après nos barricades, nos maisons ; « après nos maisons,' nos mines (1). »

Cependant il est une série d'affections mentales dont souffrent les hommes parvenus, par des moyens violents, à un pouvoir qui demeure précaire et disputé, c*est la crainte de la trahison, l'appréhension des trames et des embûches, le soupçon s'étendant à tout» Or les hommes de la Commune subissent, au plus haut point, tous ces tourments. Ils ne voient autour d'eux que des ennemis ou des traîtres, et dans le jugement qu'ils portent sur les événements dont ils sont témoins ou acteurs, la trahison sert à toutes choses d'explication. Si Paris a capitulé, ils ne doutent poinb que ce ne soit par suite d'une conjuration du G*^ Trochu et des membres du gouvernement de la Défense nationale, qui ont refusé d'utiliser les immenses ressources entre leurs mains, pour ne pas être contraints, après la victoire, d'établir la République telle que le peuple la réclame. Ils jugent feintes les déclarations républicaines que fait M. Thiers ; ils sont persuadés qu'au fond il conspire avec les «chouans » de l'Assemblée en faveur de la monarchie. Quand il s'agit des hommes qui les servent, leurs soupçons ne font que croître. Ils accusent successivement tous leurs généraux de trahison. Après Cluseret et Rossel, Dombrowski. Aussitôt qu'une minorité relativement

(1) Louis Fiaux, Histoire, p. 470.

LE GOUVERNEMENT DE LA COMMUNE. i81

modérée s'est formée dans leur sein, le modérantisme devient une cause de défiance. Le soupçon descend des chefs aux soldats ; il n'est pas un homme dans la garde nationale qui n'ait l'esprit tendu et l'œil ouvert pour découvrir les embûches et saisir les traîtres dont il se croit entouré; les dénonciations, les perquisitions, les arrestations sont continuelles, tout le monde s'y emploie. Les discours des clubs, les articles des journaux sont consacrés à ce thème éternel de la trahison dont la Commune est victime, jusqu'au Journal officiel (i) qui annonce gravement que les bouches d'égout ont vomi, sur divers points, des gendarmes envoyés par M. Thiers, déguisés en gardes nationaux. Avis est en conséquence donné aux fédérés de se garder des a faux frères » qui pourraient tirer sur eux par derrière.

Un certain nombre d'hommes, il est vrai, conspiraient bien réellement dans Paris, d'accord avec le gouvernement de Versailles. M. Thiers entretenait des agents et des espions répandus un peu partout, et il accueillait toutes les propositions, ayant quelque sérieux, qu'on lui faisait de l'aider à reprendre la ville. Le colonel Corbin, à Versailles, était chargé de faire converger vers un but commun les efforts des hommes qui offraient, à des titres divers, leur concours au gouvernement (2). Un ancien officier, Charpentier, avec quelques aides, Derouchoux, Galimard, s'était proposé le premier pour recruter des gardes nationaux hostiles

(1) 16 mai 1871.

(2) Dalséme, Histoire des conspirations sous la Commune^ p. TO ^t 266.

Page 1