T. III. V
à la Commune, qui s'assembleraient à l'entrée des troupes et faciliteraient leur action. Un officier de marine, Domalain, prétendait avoir de son côté plusieurs milliers d'hommes sous la main, prêts à agir (1). Les divers chefs de groupes qui se présentèrent successivement furent adjoints à ces premiers. Cependant un des conjurés, Lasnier, chargé de faire confectionner des brassards tricolores comme signe de ralliement, fut découvert par les agents de la Commune et émprisonné. La conspiration dès lors avorta.
M. Thiers se tenait en communication directe avec un colonel, chef de légion de la garde nationale fédérée, qui, pour 500 mille francs, s'était engagé à livrer une des portes de Passy. A deux reprises (2), M. Thiers^ informé que la porte allait être occupée par desaffidés» avait averti les généraux, qui avaient mis des corps d'armée entiers en mouvement; mais chaque fois des contre-temps déjouèrent les combinaisons du chef de légion.
Le gouvernement de M. Thiers avait particulièrement cherché à gagner le G'^ Dombrowski. Il lui avait d'abord envoyé un de ses compatriotes, Branislas Wolowfeki, qui Tavait inutilement engagé à abandonner le service de la Commune (3). Puis il s'était servi d'un des agents qu'il entretenait à Paris, Georges Veysset, pour essayer de l'amener à livrer deux des portes de la ville (4). Veysset s'était facilement assuré
(1) Gesner Rafina, Une mission secrète, p. 19.
(2) Jules Simon, Le gouvernement de M. Thiers^ t.I, p. 434.
(3) B. Wolowski, Dombrowski et Versaillesy p. 74. {4) Georges Veysset, Un épisode de la Commune ^ p. 11.
la complicité d'un des aides de camp de Dombrowski, Hutsinger, qui avait transmis à son général les propositions de Versailles. On lui donnerait quinze cent mille francs et des sauf-conduits à partager avec son •état-major, en échange il dégarnirait de troupes le rempart du Point-du-Jour à la place Wagram. Dombrowski avait fini par recevoir et entretenir Veysset (l), mais il avait en même temps informé le Comité <de salut public des offres qui lui étaient faites (2), sans révéler toutefois par qui elles lui venaient. On ne saurait dire si l'opinion que Ton a eue d'une trahison fondée sur celte conduite est justifiée, et il y a tout autant lieu de croire que Dombrowski cherchait à profiter de ses rapports avec Veysset, pour attirer les Versaillais dans quelque embuscade (3)- La police de la Commune sut pénétrer la trame de Veysset et d'Hutsinger; renseignée par une femme qu'ils employaient, elle les arrêta à Saint-Ouen, où ils s'étaient donné rendez -vous.
Le 21 mai la Commune jugeait le G**Cluseret accusé de trahison et détenu depuis le 30 avril. Les membres de la minorité étaient présents, fidèles à la promesse qu'ils avaient faite de revenir siéger, lorsqu'il s'agirait de statuer sur le sort d'un collègue (4). Le citoyen Miot avait lu le rapport de la commission chargée d'instruire le procès. Aucun des chefs d'accusation n'était sérieux ; l'accusé s'était facilement disculpé. Il est sept heures, lorsque Billioray réclame la parole et
(1) Georges Veysset, Un épisode de la Commune, p. 18.
(2) Lissagaray, Histoire, Appendice, pag. XIII.
(3) Arthur, Idem, ibid.
(4) Arthur Arnould, Histoire, t. III, p. 89.
lit, pâle et tremblant, une dépêche reçue par le Comité de salut public. Elle émane de Dombrowski qui annonce l'entrée inopinée des Versaillais par la porte de Saint- Cloud. Un silence plein d'angoisse succède à cette lecture. Le G»i Cluseret est bientôt après acquitté et mis en liberté. Des groupes se forment. On commente la dépêche (1). Puis, sans plus délibérer, les assistants, se reposant sur le Comité de salut public du soin de la défense, lèvent la séance et se séparent. La Commune avait vécu.
(1) Lissagaray, Histoire^ p. 241.