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25i LA COMMUNE.
et les soldats le fusillent sur place, persuadés par le témoignage des assistants, qu'ils exécutent un membre de la Commune. Les quelques personnes restées de sang-froid, qu'un tel déchaînement de cruauté remplit d^horreur, sont obligées de dissimuler avec soin leurs sentiments. L'expression de la plus légère pitié, im appel quelconque à la mansuétude, seraient tenus à crime et mettraient en péril immédiat la vie de celui qui s'y serait abandonné.
Aussitôt que l'armée avait été maîtresse d'une partie de Paris, un grand nombre de gardes nationaux du parti hostile à la Commune, s'étaient présentés pour reprendre le service. Les soldats, qui ne les voyaient venir qu'après le danger passé, leur avaient fait le plus mauvais accueil. Comme Tordre était donné de désarmer tDute la population, on leur avait interdit de porter les armes. On n'avait fait d'exception que pour le seul bataillon formé par les employés de la Banque de France, qui, pendant la Commune, avaient conservé le drapeau tricolore et préservé la Banque de l'occupation des fédérés. On ne sait à quelles extré- , mités se seraient portés les gardes nationaux qu'on eût laissé reprendre les armes. Tout désarmés qu'ils étaient, on les voyait en uniforme, avec des brassards tricolores, faire le guet dans les rues, arrêter et fouiller les passants, aider aux recherches et aux perquisitions. Le nombre des dénonciations, sous toutes les formes, fut énorme et des gens surent, par ce moyen, atteindre des créanciers et se défaire d'ennemis personnels.
U MPRISE DE PARIS. Sj5
Dès que le progrès desVersaillais dans Paria l'avait permis,lesjûurnauxsupprimésparIaGoinmuEe avaient reparu. La plupart des rédacteurs revenaient de Versailles, où ilsavaieat vécu dans un milieu animé de passions violentes, non seulement contre la Commune, mais contre la république et contre Paris. Aussi étendent-ils immédiatement les dénonciations et lesiuvectivcs,au delà des vrais coupables, à tous les hommes qu'il leur plaît de ranger parmi les partisans de la Commune. Us ne se contentent point de retracer, dans leur réalité suffisamment horriblo, les incidents de la lutte engagée, ils ampliSeut encore et ajoutent à la noirceur du tableau. Ils donnent corps, en eu faisant l'objet de récits imprimés, à ces cauchemars et à ces visions qui s'agitaient indistinctement devant les imaginations affolées: aux pétroleuses, aux mines disposées pour faire sauter des quartiers entiers, aux empoisonnements de soldats par des boissons vénéneuses. Ils attisent ainsi les haines et accroissent la soif de vengeance (1).
Minière, arrêté le 26 au matin, dans une maison de la rue d'Ulm, est amené au Luxembourg, suivi d'une foule furieuse qui veut le mettre en pièces. Le soldat qui l'a saisi le considère comme sa chose et réclame le privilège de le tuer de sa propre main. Le G'' de Cissey déjeûnait à un restaurant en face du Luxembourg, il donne l'ordre à imde ses officiers, le capitaine Garciu, d'alkr fusiller l^^Bounior au Pau- Ihéon. Minière qui s'était ab^t
(0 Voir la n
mission de député à rÂssemblée nationale, chercha à se prévaloir de l'immunité parlementaire. On lui répondit que la qualité de député ne pouvait plus le couvrir, que sa conduite la lui avait certainement fait perdre. Il était devenu chef de la IS*» légion de la garde nationale fédérée, et son nom avait paru, avec ce titre, au journal officiel de la Commune. Il n'en fallait pas davantage alors pourqu*on prononçât contre un homme une condamnation à mort immédiate, sans s'inquiéter d'établir de charges particulières. Millière^ conduit au Panthéon, est placé entre deux colonnes, sous le périst}'le. Le capitaine Garcin veut le faire retourner, pour le fusiller par derrière ; il s'indigne et fait face à la troupe. Un soldat l'obligea à plier le genou, en exécution de Tordre du général qui avait commandé de le fusiller à genoux. Il leva la main droite, et, d'une voix ferme, cria avant de tomber : (( Vive le peuple I vive l'humanité! (1) » Treilhard, le directeur nommé par la Commune à l'assistance pur blique, fut exécuté, d'un manière également sommaire, dans la cour de l'Ecole polytechnique ; Tony Moilin, délégué à la mairie du VI™* arrondissement, passa devant la cour martiale du Luxembourg et fut fusillé sur ses ordres; Edouard Moreau, un des membres prépondérants du Comité central, condamné par la cour martiale du Ghâtelet, périt à la caserne Lobau. Le 27, dans la journée, les troupes versaillaises se rapprochaient de plus en plus de la Roquette. Ferré se
(1) Enquête parlementaire. Déposition du capitaine Garcin, p. 2T9. — Louis Mie, La mort de Millière,
rendit cette fois en personne à la prison, suivi d'un bataillon fédéré, pour y prendre tous les otages qui s'y trouvaient encore. Depuis que les otages, à trois reprises différentes, avaient vu une partie des leurs conduits à la mort, ils vivaient dans une affreuse angoisse, s'attendant, à chaque instant, à subir le même sort. La venue de Ferré produisit un mouvement de désespoir au milieu d'eux et d'indignation, ctiez ces gardiens qui étaient d'anciens employés conservés par la Gomtnune. Avant qu'on ait pu faire descendre les otages, un de ceux de la 3® section, libre à ce moment dans le corridor, tire les verroux qui ferment les portes des cellules. Les otages, prêtres et soldats, au nombre de quatre-vingt-onze (1), une fois hors des cellules, s'excitent à résister. Aidés par le gardien Pinet, qui fait cause commune avec eux, ils organisent la défense. Lo corridor où ils se trouvaient était ferm'ë à ses extré-^ mités par de solides grilles en fer, contre lesquelles ils dressent des barricades de matelas. Ils se préparent des projectiles, en enlevant les briques du parquet. Ils fendent le bois des lits pour avoir des épieux. Ils pratiquent une ouverture à travers le parquet, et se mettent en communication, à l'étage au-dessous, avec cinquante sergents de ville et soldats détenus à la 2® section, qui s'étaient à leur tour révoltés (2). Les fédérés cherchèrent inutilement à forcer les barricades de matelas, puis à y mettre le feu. Ils étaient occupés à ces tentatives, lorsque le cri : Voici les Versaillais !
(1) Abbé Amodru, La place Vendôme et la Roquette^ p. 23.
(2) IdbM) ibid,, p. 294.
258 LA COiMMUNE.
poussé à Timproviste dansla cour, on no sait par qui, jette au milieu d'eux la panique. Ferré, le directeur et les gardes nationaux s'enfuient à la .hâte.
Cependant, dans une autre partie de la prison, une vingtaine d'otages se trouvaient encore enfermés en cellule. Lorsque la prison cessa d'être gardée, deux jeunes condamnés qui faisaient le service d'auxiliaires, vinrent leur ouvrir, en leur disant de profiter de l'absence des fédérés, qui pouvaient revenir, pour s'enfuir au plus vite (1). Les otages ainsi délivrés sortent précipitamment de la Roquette. Mais on se battait maintenant tout autour dans le voisinage, et ils se heurtèrent aux barricades, à des hommes surexcités par le combat. Quatre des fugitifs sont massacrés, parmi eux, révoque Surat, archidiacre de Paris, frappé d'une balle près de la prison (2). Les autres furent recueillis dans des maisons ou purent rentrer à la Roquette. Les otages de la 2® et de la 3* section étaient restés barricadés. Quoique en proie à la soif et à la faim, ils gardaient une telle épouvante des fédérés, qu'ils refusèrent de reconnaître pour des libérateurs les marins de l'armée de Versailles, qui se présentèrent les premiers à la prison, le 28 au matin. Ce ne fut qu'une heure après, à la vue des pantalons rouges de la ligne, qu'ils se décidèrent à quitter leur réduit (3).
Pendant ce temps, le champ de bataille s'était con-
(1) Ferdinand Evrard, Souvenirs d*un otage, p. 87. — Paul Perny, Deux mois de prison, etc., p. 193.
(2) Eugène Crépin, La nuit d*un otage, p. 27.
(3) Abbé Delmas, Un prêtre et la Commune, p. 216.
LA REPniSB DE PAKIS. 2S9
stammentrétréci..Le27aa8oir, les Versaillais tenaient les hauteurs dominantes des Blattes Ghaumout et du Père Lachaiso, dernières positions sur lesquelles les fédérés pussent sérieusement se défendre, et le 28, après midi, ils achevaient d'enlever les barricades de Belteville et dn faubourg du Temple. Les membres de la Commune et du Comité central, retirés à Belleville, après l'abandon de la mairie du XI°" ariondissement, s'étaient, sans attendre, enfuis et dispersés. Fortuné Piat, du Comité central, le dernier à payer de sa personne, fui cerné et pris rue Fontaioe-au-Roi , avec une soixantaine d'hommes. Il fut conduit au colonel du 39° de ligne, qui répugnait à exécuter les prisonniers et qui lui sauva la vie, en l'envoyant à Versailles (1). Une proclamation du M" de Mac-Mahon, le 28 au soir, apprit à la population la fin de la lutte :
« Habitants de Paris,
(■ L'armée de la France est venue vous sauver, Paris « est délivré. Nos soldats ont enlevé, h quatre heures, « les dernières positions occupées -par les insurgés.
H Aujourd'hni la lutte est terminée, l'ordre est ré- > « tabli, le travail et la sécurité vont renaître. »
Les otages avaient été détenus dans cette partie do la ville que l'armée avait 'Vinfuis» la doniifire. Le massacre de l'arcJn:»'' - '.-dis ne fut
ainsi connu au qii." Malion que
le 27 dans la soirrr ■■'' ™'''i'iS
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ralement qu'à partir du 28 au matin. La nouvelle des massacres de La Roquette vint raviver l'indignation et produire un nouveau débordement de vengeance. On avait précisément, au terme du combat, fait un grand nombre de prisonniers, qu'on fusille en partie dans la journée du 28. Cent quarante-huit extraits de Mazas, où on les avait enfermés, sont exécutés au Père-Lachaise. Trois de ces malheureux qui avaient survécu aux premières décharges et qui s'étaient enfuis, furent repris et tués (1). A l'intérieur de La Roquette, on fusille deux cent vingt-sept (2) hommes et les corps, mis en tas, étaient encore surplace (3) le lendemain. La cour martiale du Châtelet envoie, toute la journée, fusiller des hommes, à la caserne Lobau (4). Dans la soirée, l'ordre vint de cesser les exécutions et d'envoyer tous les prisonniers à Versailles (5). Nonobstant, le lendemain et les jours suivants (6), on tue encore des prisonniers çà et là, et, dans la nuit du 29 au 30^ on passe par les armes, dans les fossés de Vincennes, neuf officiers (7) de la garnison du fort qui s'était rendue le 29.
Le 28, dans l'après-midi, Varlin, assis devant un café, place Cadet, est reconnu et arrêté. L'officier qui
(1) Maxime Du Camp, Convulsions, t. II, p. 421.
(2) Idem, ibid»
(3) Ulustrated London News, 17 juin 1871. Récit et dessin du correspondant Simpson.
(4) Lanscr, Unter der Pariser Commune^ p. 369.
(5) Ulysse Parent, Une arrestation en mai 1871, p. 48.
(6) Albert Hans, Souvenirs d'un volontaire^ p. 205. — H. d'Ide* ville, Les prisonniers de la Commune^ p. 27. — Count Orsi, My life in Paris during and foUovoing the Commune, Fraseras maga^ zinCy decembep 1879, p. 791.
(7) Abbé Crozes, Épisode communal, p. 78.
commande le peloton d'escorte le conduit au général de qui il dépend, à Montmartre. Yarlîn était un de ces ouvriers socialistes qui avaient voulu donner au gouvernement de la Commune une allure relativement modérée ; pendant la bataille dans Paris, il avait combattu avec courage, en s'efforçant d'éviter les dernières cruautés. Mais ou ne s'inquiétait d'aucune particularité de caractère et on ne cherchait point à ce moment à faire la part des responsabilités. Avoir été membre de la Commune entraînait une condamnation à mort immédiate. Le G" Laveaucoupet, lorsque Yarlin lui est amené, désigne un mur, le long duquel l'exécution peut avoir lieu. Le prisonnier avait ramassé autour de lui une foula de plus de mille personnes. Toute cette canaille le poursuivait de huées et d'injures, lui jetait des immondices, cherchait à le frapper . Elle demande à ce qu'il soit fusillé rue des Rosiers, à l'endroit même où étaient tombés les généraux Clément Thomas et Lecomte. Les soldats chargés de l'exécution l'y entraînent. Mais la maison était occupée par les officiers d'ua étal-major, qui s'opposèrent à ce que l'exécution eût lieu sous leurs yeux. Varlin est alors conduit au sommet de la butte, toujours poitffi WYJ- de la même foule hurlante. U était resté imp^^^^^|k| '» loug supplice et il reçut la mort avei^^^^^^l - hcmmes étaient char-
tèrent. Il fut tué
Le nombre des fédérés auxquels la lutte avec l'armée de Versailles a coûté la vie, ne saurait être établi exactement. L'esprit de parti et l'imagination terrifiée par Thorreur du spectacle ont exagéré les pertes subies. Autant que les documents et les renseignements dont on dispose permettent de s'éclairer, il semble qu'on puisse évaluer les pertes des fédérés à onze ou douze mille hommes, tant tués au combat, ou morts de leurs blessures et de maladies, que fusillés pendant et après la bataille (1). L'armée de Versailles, dirigée avec prudence et habileté, avait perdu un nombre d'hommes relativement minime, 878 tués et 6,474 blessés seulement, pour toute la durée de la lutte.
Le nombre des prisonniers emmenés à Versailles devait s'élever à 38 mille, dont 850 femmes (2). On manquait naturellement de locaux appropriés pour recevoir une pareille multitude. lies captifs furent enfermés à l'Orangerie du château, dans les docks de Satory, où, entassés à l'étroit et couchés sur la paille, ils eurent à subir le plus dur traitement (3). Au bout de quelques jours, on les déversa sur les ports de l'Océan. Des officiers furent commis pour les interroger; ils en retinrent définitivement 11,070 à déférer aux conseils de guerre (4).
La plupart des membres de la Commune, du Comité
(i: Voir la nota F.
(2) G'* Appert, Rapport d'ensemble^ p. 180.
(3) M"' C. IlardouLn, La détenue de Versailles.
(4) G'* Appert, Rapport d'ensemble^ p. 213.
central et des chefs marquants, parvinrent à se soustraire aux recherches et à passer la frontière. Il est vraisemblable que beaucoup s'étaient d'avance assuré des cachettes et des papiers qui servirent à leur fuite. Âssi, pris k Passy dans la soirée du 31 , fut le premier des membres de la Commune gui tomba aUs mains des Versaillais. Jourde, Paschal Grousset, Ferré, Urbain, Billiorày, Courbet, Trinquet, Régère et quelques autres parmi les obscurs, ainsi que Rossel, furent, après la fln de la lutte, successivement découverts et arrêtés.