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partie civile. M** Lavaux demanda, en leur nom, que

M. Armand Marrast fût condamné à leur payer la

250 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1831.

Septembhe somme de dix mille francs. Comme le président de- '^'^'- mandait à l'accusé s'il avait des observations à présenter

sur ces conclusions? Aucune, répondit Marrast, si ce n'est que les dommages-intérêts réclamés me paraissent bien peu considérables. Les rires de l'auditoire accueillirent cette raillerie.

La cour, en ce qui concernait l'action publique, condamna Marrast à six mois d'emprisonnement et trois mille francs d'amende. A l'égard de l'action civile, elle se contenta de le condamner h vingt-cinq francs de dommages et intérêts. Cette allocation presque dérisoire causa dans l'assistance un mouvement général de surprise. On y vit comme la condamnation des ministres.

Nomination Les fusils Gisquet sont passés à l'état de proverbe; de M. Gisquet [\^ resteront comme l'un des plus curieux spécimens

comme préfet i i i> •

de police. des scandales d un régime qui devait se montrer fécond en tripotages et en corruptions de tout genre. Eh bien! c'est à M. Gisquet, à ce spéculateur avide et élionté, que M. Casimir Périer allait confier l'une des fonctions les plus importantes et les plus délicates de son administration. Dans le courant de septembre, à la suite de quelques dissentiments avec le préfet de police, M. Vivien, nommé quelques mois auparavant par son prédécesseur le comte deMontalivet, il le déplaça, et, voulant avoir dans ce poste un homme entièrement à lui, il y appela son ancien commis M. Gisquet, sans se préoccuper de la réprobation qu'un pareil choix était de nature à soulever dans l'opinion publique.

S'il est une fonction qui ne devrait être confiée qu'à des mains pures, c'est précisément celle de préfet de police, parée que, par sa nature même, cette magistrature est pleine de périls, et peut trop souvent donner prise à l'arbitraire. Entre les mains d'un homme sans conscience, sans scrupule et sans foi, elle devient le fléau

AN.NicE 1831. CHAPITRE QUATRIÈME. 251

des citoyens. Nous verrons plus tard M. Gisquet obligé Septemhhk de quitter honteusement cette place à la suite de nou- ^^'^^' veaux scandales, et le choix de ce fonctionnaire indigne ne sera pas sans peser quelque peu sur la mémoire de M. Casimir Périer.

Deux autres affaires, de nature plus honorable, occu- Les cendres pèrent l'attention publique vers cette époque. La pre- ^° empereur. mière avait trait aux cendres de Napoléon. Le 13 septembre, la Chambre élective discuta une pétition tendant à ce qu'elles fussent réclamées à l'Angleterre pour être inhumées sous la colonne de la place Vendôme. La commission chargée de l'examiner concluait à l'ordre du jour, et Lafayette, non sans quelque bon sens, appuyait ces conclusions en disant que Napoléon avait comprimé l'anarchie et qu'il ne fallait pas que ses cendres vinssent l'accroître. Mais il y avait alors un courant irrésistible qui ramenait toutes les pensées vers le souvenir de l'empereur. Divers orateurs invoquèrent l'honneur, le devoir, la reconnaissance du pays, les sympathies populaires, et la proposition fut renvoyée au conseil des ministres. Telle fut la première pensée publiquement exprimée du retour des cendres de l'empereur, qui, à quelques années de là, devaient être accueillies avec un si aveugle enthousiasme.

Peu de temps après, la question de la liberté de l'en- La liberté seignement se trouva implicitement en cause à la Cliam- ''^ l'enseigne-

, ^ ment et

bre des pairs. MM. Charles de Montalembert, Lacordaire m. de Monet de Coux avaient été condamnés par défaut à cent taiemiiert. francs d'amende par la chambre correctionnelle de la cour royale pour avoir ouvert une école gratuite sans l'autorisation de l'Université. Au moment où l'arrêt allait être rendu, M. de Montalembert entrait, par la mort de son père, en possession de la dignité de pair de France, dont l'hérédité n'était pas encore abolie. Mais, sur l'opposition au jugement par défaut, la cour s'étant

i252 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1831.

Septembre déclarée incompétente à raison de la qualité d'une des

1831. parties en cause, la Chambre des pairs avait évoqué

l'affaire conformément à un réquisitoire du procureur

général Persil, et les débats s'ouvrirent devant elle le

C'était certainement une noble cause, et digne d'un puissant intérêt, que celle de la liberté de l'enseignement. Malheureusement, les prévenus l'entendaient dans le sens le plus restreint et avec la seule préoccupation de l'esprit de parti. Tout en invoquant la Révolution de Juillet, par laquelle devaient disparaître toutes les entraves apportées jusque-là à la liberté civile, politique et religieuse, ils se réservaient de la combattre par ses propres armes; la liberté d'enseignement pour eux n'était qu'un moyen de réagir contre les principes de la Révolution française. Aussi la Chambre des pairs ayant purement et simplement confirmé le premier arrêt de la cour royale, cette sentence, contraire pourtant au principe de la liberté, laissa l'opinion publique profondément indifférente. La violence et le fanatisme que les prévenus avaient apportés dans la défense de leurs droits rendaient singulièrement suspect leur amour pour la liberté.

Les grades et Mais ce qui excita bien autrement l'attention générale, décorations ^^ f^^ jj^ nouvelle de l'irréparable désastre des Polonais, Cent jnnrs. surveiiuetout à coup à Paris au moment où la Chambre des députés discutait une question du plus haut intérêt : il s'agissait de réparer une des plus criantes injustices de la Restauration. M. Boissy d'Anglas, se fondant sur ce que le gouvernement de Napoléon, pendant les Cent jours, avait été un gouvernement de droit, reconnu par le pays, avait saisi la Chambre d'une proposition tendant à la reconnaissance des grades et décorations conférés par l'empereur durant les Cent jours, et dont les titulaires avaient été arbitrairement dépouillés en 1815

par deux ordonnances royales. Malgré son caractère d'incontestable équité, cette proposition rencontra des adversaires passionnés. La commission chargée de l'examiner en adoptait bien le principe, mais elle y apportait beaucoup de restrictions. On objectait l'impossibilité d'une reconnaissance en masse, l'embarras d'établir les titres des individus pourvus de grades et de décorations à cette époque, le danger de revenir sur des faits accomplis. Combattue par M. Dupin et par le garde des sceaux Barthe au nom du gouvernement, la proposition rencontra dans le général Lamarque son plus éloquent défenseur. « Messieurs, dit le général en terminant, Napoléon, l'élu de la nation, fut dans les Cent jours le souverain légitime; et le ministre de la guerre, qui ne peut avoir d'autres sentiments que le maréchal Soult, reconnaîtra qu'il était à Fleurus et à Waterloo le chef d'état-major, non d'un condottiere, non d'un chef de bandes, mais d'un puissant monarque que la fortune abandonna, mais qui succomba en défendant les droits les plus sacrés de la nation. » Les acclamations dont furent saluées ces paroles indiquaient assez le sentiment de la Chambre. La proposition de M. Boissy d'Anglas fut adoptée le 17 septembre, avec certaines modifications, qui n'en altéraient pas d'ailleurs le caractère primitif.

C'était la veille qu'était arrivée dans Paris la nouvelle de la prise de Varsovie ; elle y avait causé une indéfinissable et bien légitime émotion.

Depuis le mois de février, l'insurrection polonaise s'était poursuivie avec des alternatives de succès et de revers. La bataille sanglante et incertaine de Grochow avait permis aux Russes de se rapprocher de Varsovie. Mais les Polonais étaient parvenus à couvrir leur capitale. Les Russes avaient essuyé de grandes pertes devant Praga, et le plan de leur généralissime Diébitch pour

bEPTEMBHE

L'insurrection polonaise.

254 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1831.

Septembre s'emparer de Varsovie avait échoué complètement. Mal- ^^'"" heureusement, les forces des Russes se renouvelaient

sans cesse tandis que l'armée polonaise s'épuisait par ses succès mômes. La Pologne avait contre elle toutes les puissances, sauf la France, dont la sympathie muette ne lui était d'aucun secours. Le général Guilleminot, notre ambassadeur auprès du sultan, avait été rappelé pour avoir excité les Turcs contre la Russie. Réduite à ses seules ressources, la Pologne continua de lutter en désespérée. Elle avait remporté d'assez importants succès en avril, quand une maladie terrible, le choléra, qui sévissait dans les rangs de l'armée russe, envahit également ses troupes, et ne contribua pas peu à les décimer. Ainsi un double fléau lui venait de la Russie.

Une bataille terrible eut lieu, à la fin de mai, sur les bords de la Narew. Les pertes furent énormes de part et d'autre, et le résultat demeura incertain. Mais ce devait être le terme des succès des Polonais. Quelques jours après mouraient du choléra, à deux semaines d'intervalle, le généralissime russe Diébilch et le grandduc Constantin, dont le despotisme intolérant avait été la cause première de l'insurrection.

Cette double mort suspendit les opérations pendant quelque temps. Elles reprirent dès l'arrivée du général Paskéwitch, le nouveau commandant en chef de l'armée russe. Varsovie était la clef de la situation; cette ville prise, c'en était fait de l'insurrection; il dirigea donc tous ses efforts de ce côté. Pour éviter de perdre inutilement du monde en essayant d'emporter les fortifications de Praga, il alla franchir la Vistule à quelques lieues plus loin, et revint, en suivant l'autre rive, investir Varsovie, isolée désormais et sans espoir de secours.

La malheureuse ville était en proie à de violentes divisions intestines. Les généraux, que la fortune avait trahis dans les derniers combats, étaient devenus sus-

pects à la population. Le général Skrzynecki, battu à Ostrolenka, s'était démis de son commandement en recommandant à ses soldats une obéissance entière au général Dembinski, désigné pour lui succéder. Mais cette démission ne suffit pas à désarmer les furieux. La démagogie s'empara de la cité, de véritables horreurs se commirent à Varsovie dans le courant du mois d'août. Ce n'était pas le moyen de prolonger la résistance. Il fallut, pour rétablir l'ordre à l'intérieur, affaiblir de quelques régiments l'armée qui luttait au dehors contre les Russes. Ceux-ci n'étaient plus qu'à une lieue de la capitale.

Avant d'attaquer la ville de vive force, Paskéwitch essaya d'entrer en arrangement avec la diète; mais ses propositions ayant été repoussées, il fit donner l'assaut, dans la matinée du 6 septembre, aux fortifications qui couvraient Varsovie. Maîtres des premiers retranchements, après une lutte acharnée, les Russes attaquèrent, dans la journée suivante, la seconde ligne des Polonais. De part et d'autre on se battit avec le même acharnement que la veille, des torrents de sang furent répandus. Supérieurs en nombre, les Russes finirent par l'emporter. Le soir, ils étaient maîtres de toutes les positions ; Varsovie était à leur merci. Une capitulation eut lieu, pendant la nuit, qui livrait la ville aux Russes et permettait à l'armée polonaise de sortir avec ses armes et ses munitions. Dembinski se retira derrière la frontière prussienne, non sans avoir tiré quelques coups de fusils en chemin pour protéger sa retraite, les derniers de cette guerre de l'indépendance.

C'était la fin de la Pologne. Quand, le 16 septembre, cette lugubre nouvelle fut connue dans Paris, une immense désolation se répandit dans la ville. Il y avait quelques jours à peine que la Chambre des députés exprimait l'assurance que la nationalité polonaise ne

Seitejibiu-;

Troubles dans

Paris à

l'occasiou

de la Polosne.

Septembre périrait point, et c'en était fait de l'indépendance de la 1831. Pologne. Chacun se sentait comme frappé au cœur, tellement, dans ce noble pays de France, on éprouve le contre-coup de toutes les douleurs de l'humanité ! Des groupes se formèrent sur divers points, en proie à une surexcitation extraordinaire. Des cris : aux armes! se firent entendre, une boutique d'armurier fut livrée au pillage; on parlait de marcher sur le Palais-Royal, comme si le gouvernement français était responsable des malheurs de la Pologne. Le soir, le poète de Némésis écrivait ces vers brûlants :

Destinée à périr!!! l'oracle avait raison !

Fa ut -il accuser Dieu, le sort, la trahison?

Non, tout était prévu, l'oracle était lucide.

Qu'il tombe sur nos fronts le sceau du fratricide !

Noble sœur! Varsovie! elle est morte pour nous!

Morte un fusil eu main, sans fléchir les genoux !

Morte en nous maudissant à son heure dernière ;

Morte en baignant de pleurs l'aigle de sa bannière,

Sans avoir entendu notre cri de pitié,

Sans un mot de la France, un adieu d'amitié !

Cachons-nous, cachons-nous ! nous sommes des infâmes;

Rasons nos poils, prenons lu quenouille des femmes,

Jetons bas nos fusils, nos guerriers oripeaux,

Nos plumets citadins, nos ceintures de peaux;

Le courage à nos cœurs ne vient que par saccades ;

Ne parlons plus de gloire et de nos barricades ;

Que le teint de la honte embrase notre front ;

Vous voulez voir venir les Russes; ils viendront !

C'était beau comme imprécation; mais ce n'était pas juste; ni nos cris de pitié, ni l'expression de nos sympathies ardentes n'avaient manqué à la Pologne. Une intervention armée était-elle possible alors ? Nous ne lo croyons pas. Mais une énergique action diplomatique aurait pu être engagée; on s'était borné à quelques vaines suppliques. Ce fut surtout cette sorte d'indifférence de la part du gouvernement qui exaspéra l'opinion. Les scènes tumultueuses recommencèrent le len-

demain dans la rue. Une seconde boutique d'armurier Septembre fut pillée, et quelques barricades furent ébauchées. Dans '^'^''

la journée, MM. Casimir Périer et Sébastiani étant descendus de voiture place Vendôme, devant l'hôtel de la Chancellerie, se trouvèrent grossièrement apostrophés. La fermeté de leur contenance en imposa à la foule menaçante.

De grandes précautions, du reste, avaient été prises contre l'émeute. La masse populaire resta sourde aux excitations des agitateurs, qui finirent par se disperser devant l'attitude résolue de la garde nationale et de l'armée. Pas un coup de fusil ne fut tiré. Les troubles s'apaisèrent insensiblement; le 19, tout était rentré dans l'ordre accoutumé. Mais de la rue l'agitation avait passé à la Chambre des députés. Ce jour-là, en efTet, M. Mauguin interpellait les ministres sur leur conduite dans les affaires de Belgique, et leur demandait compte des événements de Pologne.

Depuis l'avènement de la dynastie nouvelle, M. Mau- L'interpeiiaguin s'était multiplié pour faire triompher une politique *J!°" *^*^. conforme aux principes dont la Révolution de Juillet avait été la revendication. C'était surtout dans les questions extérieures que sa parole éclatait avec le plus de retentissement. Ministre de la résistance au progrès social et politique, M. Casimir Périer l'avait trouvé au nombre de ses adversaires les plus acharnés. M. Mauguin apportait à la défense de ses convictions une fougue qui, plus d'une fois, souleva entre ses contradicteurs et lui des violences inouïes.

En déposant, dès le 16 septembre, sa demande d'interpellation, il avait amené le ministre des affaires étrangères à faire cette singulière déclaration : « L'ordre règne à Varsovie », pour dire que cette ville était au pouvoir des Russes. Cette expression malheureuse, dont le général Sébastiani, à coup sûr, n'avait pas prévu la I. 17

238 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1831.

Septembre portée, iiWait pas peu contribué à exaspérer les esprits, ^^^^* et elle ne fut pas étrangère à l'acrimonie des débats de

rinterpellation, qui se prolongèrent durant quatre jours. Après avoir demandé aux ministres ce qu'ils comptaient faire pour empêcher l'incorporation de la Pologne à la Russie, M. Mauguin ne put s'empêcher de s'indigner de la solution antifrançaise donnée aux affaires belges et de la promptitude avec laquelle nos troupes avaient évacué Bruxelles sur une injonction de l'Angleterre. M. Sébastiani répondit que la France continuerait d'insister pour le maintien de la nationalité polonaise. Quant à la Belgique, on y avait été conduit par la bonne foi, dit le ministre ; la bonne foi nous en avait fait sortir ; mais on était tout prêt à y rentrer à la première agression des Hollandais. La réponse était banale. Réponse de M. Mauguin avait demandé la mobilisation immédiate de la garde nationale, et le général Lamarque, dans un discours d'une éloquence pompeuse, avait chaleureusement appuyé ses conclusions, lorsque M. Thiers monta à la tribune. Il venait prêter au ministère l'appui de sa parole abondante, de sa dialectique serrée, mais contradictoire, et de son érudition historique un peu légère. Parce que la République, avec ses quatorze armées, et l'empereur, dans toute sa puissance, n'avaient pas reconstitué la Pologne, il en concluait qu'il était impossible de le faire. C'était, à ses yeux, une immense plaine sans frontières, comme si de la mer Noire à la Baltique, la Pologne, enfermée entre deux grands fleuves, n'avait pas de solides limites naturelles. Bref, l'ancien libéral ardent de la Restauration, devenu ministériel non moins ardent, trouvait que tout était pour le mieux dans le meilleur des gouvernements possibles, à l'extérieur comme à l'intérieur, depuis qu'il détenait lui-même une petite part du pouvoir.

Le général Lafayette répondit avec sa vieille expé-

rience aux assertions trop souvent hasardées du néophyte de la politique de résistance. Il le fit, d'ailleurs, avec son urbanité accoutumée, ne voulant pas envenimer le débat. L'intervention de M. Guizot donna tout à coup à la discussion un caractère d'irritation qu'elle n'avait pas eue jusque-là. Le geste hautain, le défi à la bouche, M. Guizot venait, non pas défendre le minisr tère, mais attaquer les idées, les intentions et les actes de ses adversaires. Si la cause de la liberté avait échoué en Espagne, en Italie, en Belgique et en Pologne, la faute en était, dit-il, à l'opposition, et ce ne serait jamais à elle que les peuples devraient leur indépendance et leur affranchissement. Il rejeta sur elle la responsabilité de tous les troubles, de tous les désordres auxquels le pays était en proie depuis la chute de la Restauration. M. Odilon Barrot n'eut pas de peine à réduire à néant ces téméraires accusations. Mais le lendemain — c'était le 21 septembre — le président du conseil prit à son tour la parole, et, avec plus d'âpreté, plus d'amertume encore, il refît le procès à l'opposition. La discussion présente n'était, selon lui, que la répétition de celle de l'adresse. Il demanda à la Chambre de consacrer de nouveau, par un ordre du jour motivé, la politique ministérielle. « Que votre majorité, s'écriat-il, se lève une dernière fois pour le système de la paix, et la France sera rassurée, et l'anarchie sera vaincue. »

Le président du conseil trouva dans M. Eusèbe de Salverte et dans M. Mauguin de redoutables contradicteurs. Ce dernier, surtout, apporta dans sa riposte une véhémence extraordinaire. On avait accusé les hommes de l'opposition d'être des fauteurs d'émeute, il se fit accusateur à son tour et retourna contre le ministère et ses amis le reproche d'avoir compromis l'indépendance et la liberté des peuples. Et quels étaient les

Septembre

Intervention du général Lafayette.

Appel à la majorité.

Réplique de M. Mauguin.

Septembre

M. Dupiu repousse l'enquête.

260 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, annék 1831.

hommes qui s'efforçaient de rendre l'opposition responsable de l'agitation du pays? S'attaquant alors directement aux personnes, M. Mauguin reprocha aux hommes du pouvoir et à leurs amis d'être restés attachés par leurs sympathies au système de la Restauration ; il montra dans M. Casimir Périer le négociateur secret et dans M. d'Argout le négociateur ostensible de' Charles X à l'heure suprême de sa chute, et il fit, non sans quelque raison, un crime à la monarchie de Juillet d'avoir choisi comme représentant de la Révolution, auprès de la cour de Londres, l'homme néfaste qui, en 1814, avait été le principal instrument du retour de la légitimité. Comme son collègue M. de Salverte, il conclut à une demande d'enquête parlementaire sur les causes des troubles persistants dont le pays souffrait.

Mais cette enquête, M. Dupin la repoussa comme odieuse. Les causes des agitations, il les Aoyait uniquement dans le carlisme, le républicanisme et le bonapartisme. Quant à l'oubli complet de toutes les promesses de 1830, quant à l'esprit de résistance obstinée opposée aux aspirations les plus légitimes, aux réformes et aux améliorations réclamées par l'opinion publique et si impatiemment attendues, M. Dupin s'en souciait peu ou point. Est-ce que ses amis et lui n'étaient pas abondamment pourvus des charges les plus enviées et les plus lucratives? De quoi donc se plaignait-on? C'était bien là le caractère profondément égoïste, non point de la bourgeoisie en général, mais de cette fraction de la haute bourgeoisie qui déjà, sous la Restauration, faisait cause commune avec les anciennes classes privilégiées.

Nous avons dit combien le bonapartisme avait tenu peu de place dans la Révolution de 1830. Nous avons montré ses adeptes se confondant en quelque sorte, depuis la Restauration, avec les républicains. Le gouvernement de Louis-Philippe ne contribua pas peu à le

faire revivre en remettant en pleine lumière les hommes et les choses de l'épopée impériale. Il s'imaginait évidemment se rendre populaire en relevant la statue de l'empereur, et il est de fait qu'à cette époque le nom de Napoléon semblait impliquer ces trois grandes idées : patrie, indépendance et liberté ! Le Napoléon des Cent jours faisait oublier le Bonaparte de Brumaire.

Dans sa réplique à M. Mauguin, le président du conseil eut précisément l'occasion de raconter un acte de générosité du roi Louis-Philippe à l'égard de la belle-fille et du neveu de l'empereur. La reine Hortense, femme de l'ancien roi de Hollande, était récemment venue à Paris, avec son fils Louis-Napoléon, fuyant l'Italie, où il n'y avait plus de sécurité pour le jeune prince. Elle était descendue à l'hôtel de Hollande, rue de la Paix. Son premier soin fut d'avertir le roi de sa présence. Le roi ne crut pouvoir se dispenser d'en informer le président du conseil. Celui-ci s'empressa d'aller rendre visite à l'ancienne reine de Hollande. Ses manières, d'abord un peu sèches, deyinrent bientôt de la plus parfaite urbanité. Comme la reine Hortense lui disait : « Vous avez le droit de me faire arrêter, ce serait juste; » il lui répondit : <( Juste, non; légal, oui. » Il la laissa enchantée, en lui promettant pour le lendemain une entrevue avec le roi. Cette entrevue eut lieu en effet. Louis- Philippe se montra poli, gracieux même à son égard. Il lui dit que, connaissant les douleurs de l'exil, il serait heureux de faire cesser le sien, lui témoigna tout le plaisir qu'il aurait à l'obliger, et l'engagea à lui adresser à lui personnellement une note de tout ce qui lui était du. « Je m'entends en affaires, ajouta-t-il, et je m'offre d'être votre chargé d'affaires. » La reine Hortense lui apprit que son fils était à Paris avec elle, mais qu'il ne l'avait pas accompagnée parce qu'il était indisposé. Le roi alors lui recommanda de tenir secrète leur

Septembre

La reine Hortense et le prince Louis- Napoléon à Paris.

HISTOIRE DU REGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1831.

Septembre

Triomphe du ministère.

présence à Paris. Puis, il lui amena sa femme et sa sœur, qui lui témoignèrent l'intérêt le plus affectueux. La reine Marie-Amélie était d'une grande bonté ; elle ne put s'empêcher d'être émue au récit des dangers qu'avait courus le jeune prince Louis-Napoléon. « J'aurais pu me croire au milieu de ma famille, » a raconté plus tard la reine Hortense elle-même. Enfin elle quitta la famille royale, ravie de son accueil et toute reconnaissante de la sympathie qu'elle avait rencontrée auprès d'elle.

Or, tandis que la mère recevait du roi Louis-Philippe et de sa famille un si gracieux et si cordial accueil, le fils était en conférence avec quelques-uns des membres les plus influents du jeune parti républicain. Le prince Louis-Napoléon était alors dans toute reff"ervescence de ses aspirations républicaines et démocratiques ; mais peut-être le moment n'était-il pas très bien choisi pour en faire part à ceux qui, n'étant pas, eux, les obligés de la dynastie d'Orléans, n'avaient aucun ménagement à garder à son égard.

Toujours est-il que M. Casimir Périer, en faisant part à la Chambre des députés des mesures hospitalières prises par le roi et ses ministres envers la fille adoptive de l'empereur, trouva moyen de toucher profondément l'Assemblée. Son vote s'en ressentit certainement. Satisfaite des explications ministérielles, et confiante dans la sollicitude des ministres pour la dignité extérieure de la France, elle passa à l'ordre du jour par 221 voix contre 136; soit une majorité de 83 voix. C'était une victoire sans doute, qui avait été chèrement disputée; mais ce triomphe ne fut pas sans quelque mélange d'amertume.

Restait la question de la politique intérieure, que la majorité avait refusé d'associer à son vote de confiance absolue sur la politique étrangère. M.Laurence s'efforça,

le lendemain, de démontrer qu'à l'intérieur tout le péril Septembue était dans le parti carliste, rendu plus redoutable chaque jour par les ménagements dont le ministère usait à son égard. Il somma donc les ministres de rompre sans retour avec le passé ou de se retirer. M. Thiers, avec son ardeur de conservateur néophyte, sans méconnaître les agitations carlistes, auxquelles le Midi et l'Ouest étaient présentement en proie, attribua surtout le mal au « parti national exalté. >y II fallait, dit-il, réprimer à la fois l'un et l'autre parti. Nous verrons bientôt comment il s'y prendra pour écraser les légitimistes dans l'Ouest et les républicains à Paris. Il insista donc auprès de la Chambre pour obtenir en faveur du ministère un vote motivé analogue à celui de la veille. Mais la majorité se montra rebelle cette fois, et, à la demande de M. de ïracy, elle se contenta de paeser à l'ordre du jour pur et simple. C'était un léger échec déguisé.

A ces graves débats, où s'étaient trouvées enjeu toutes les passions qui animaient nos pères, à cette époque de tant d'illusions trompées et d'espérances déçues, succéda la discussion d'une question en suspens depuis plus d'une année, et dont le pays attendait ]a solution avec impatience, nous voulons parler de l'hérédité de la pairie. Mais, avant de passer à la discussion de cette Vote du question, la Chambre eut à voter le budget de 1831, dont les événements avaient retardé l'examen. On touchait aux derniers mois de l'année; elle n'avait donc qu'à sanctionner, pour ainsi dire, l'emploi des dix douzièmes provisoires précédemment alloués par elle. Le budget des dépenses ordinaires et extraordinaires de la présente année s'élevait à un milliard cent soixante-douze millions en chiffre rond, dépassant de près de trois cents millions le dernier budget de la Restauration. Ainsi commençait l'effroyable progression des budgets de la France. C'est une fatalité que, dans notre

budget de 1831.

Septembrg

Abolition de l'hérédité de la pairie.

264 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, anmîe 1831.

pays, chaque révolution se traduise par un formidable accroissement des charges publiques. Passe encore s'il s'agissait de la défense du pays ; personne n'y trouverait à redire, au contraire. Mais la plupart du temps ce sont des appétits à satisfaire, des créatures à caser, des besoins nouveaux auxquels il faut donner satisfaction. On économise quelques millions sur une liste civile, comme nous l'avons dit plus haut, et l'on en ajoute des centaines au budget des dépenses, sans aucun profit pour la prospérité nationale. Nous savons bien qu'il est une école qui ne s'efîraye pas outre mesure de ce surcroît des charges publiques. Elle s'imagine volontiers qu'une nation est d'autant plus riche qu'elle paye plus d'impôts. C'est là une de ces erreurs économiques contre lesquelles on ne saurait trop réagir. Mais on n'eut pas le temps de s'appesantir beaucoup sur le bien fondé des augmentations réclamées. Les ministres mirent en avant la crise commerciale non encore apaisée, la nécessité d'organiser et d'entretenir une armée de plus de quatre cent mille hommes, dont on ne se servit pas beaucoup, par parenthèse, pour remettre la France à son rang, et le budget fut voté, dans son ensemble, le 29 septembre, à une importante majorité.

Le lendemain môme, commença la discussion solennelle du projet de loi concernant l'hérédité de la pairie. On se rappelle que, lors de la revision de la Charte, l'article 23, ayant trait à cette hérédité, avait été réservé. Depuis, la question avait été longuement débattue dans la presse ; et, aux dernières élections législatives, la plupart des candidats s'étaient prononcés nettement pour l'abolition de l'hérédité des fonctions de pair, devenue un non-sens depuis la suppression de la monarchie légitime. Le gouvernement s'était enfin décidé à présenter, le 27 août, un projet concluant dans ce sens, mais il le faisait avec toute la mauvaise grâce possible. En efîet,

dans les considérations dont il avait enveloppé son projet Sepïembrk de loi, M. Casimir Périer ne cessait de s'étendre avec complaisance sur les avantages de l'hérédité, quil considérait comme un élément essentiel de la pairie. Tout en constatant la vivacité avec laquelle le pays s'était prononcé pour l'abolition, il le blâmait, en quelque sorte, de sa précipitation, et, laissant passer l'espérance d'une modification prochaine dans l'opinion publique, il demandait à la Chambre de ménager la possibilité d'un retour au principe de l'hérédité. Quant au mode de nomination des pairs, il laissait au roi seul le droit absolu de les nommer suivant son bon plaisir. Et c'est après s'être efforcé de démolir pièce à pièce le projet de loi réclamé par l'immense majorité du pays, que le président du conseil engageait la Chambre à déclarer, sous sa responsabilité, que la pairie cessait d'être héréditaire.

Cette façon toute jésuitique de se rendre au vœu de la France était peu digne du chef responsable du gouvernement. Aussi la singulière attitude de M. Casimir Périer fut-elle et devait-elle être sévèrement jugée. Il eût été certainement beaucoup plus digne de sa part de se montrer conséquent avec ses prémisses et de conclure, sauf à heurter de front le sentiment général, au maintien de la pairie héréditaire. Comme lui, la commission chargée d'examiner le projet de loi abandonnait au roi le droit de nommer les pairs, seulement, comme on le verra, elle en restreignait considérablement l'exercice. Enfin, en se ralliant à la suppression de l'hérédité, elle repoussait la proposition du gouvernement tendant à en laisser le rétablissement facultatif. Du reste, partisan de l'hérédité, comme M. Casimir Périer, le rapporteur de la commission, M. Bérenger (de la Drôme), un des membres les plus distingués de l'ancienne opposition libérale, ne put s'empêcher lorsque, le 19 septembre, il présenta son rapport, de développer des considérations

Octobre 1831.

Arguments

contre l'hérédité.

266 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1831.

personnelles sur les avantages de l'hérédité; mais les murmures improbateurs qui accueillirent ses paroles durent l'édifier suffisamment sur le sentiment presque unanime de la Chambre.

La commission s'était tout d'abord demandé si la Chambre des pairs concourrait, elle aussi, à la revision de l'article 23 où son existence était en jeu. La réponse ne pouvait être douteuse. De môme qu'elle avait participé à la revision de la Charte, de même elle devait être appelée à se prononcer sur la re vision de l'article 23, qui avait été réservé. M. de Cormenin démontra fort bien, dans un pamphlet fameux, que la Chambre élective n'avait pas plus que la Chambre des pairs le caractère constituant. C'était par une véritable usurpation de la souveraineté nationale que l'une et l'autre avaient, l'année précédente, substitué une dynastie à une autre; l'usurpation continuait, voilà tout. Leur décision pouvait avoir l'autorité du fait accompli, mais elle n'en demeurait pas moins contraire au droit éternel, et la dynastie nouvelle n'en était pas moins viciée dans ses origines.

La discussion, comme nous l'avons dit, s'ouvrit le 30 septembre; elle devait durer près de trois semaines. Les plus puissants orateurs de la Chambre, MM. Thouvenel, Lherbette, Audry de Puyraveau, les généraux de Thiard etLafayette, le maréchal Clausel, MM. Bignon, Marchai, de Brigode, Tardieu, Yiennet, Eusèbe de Salverte, Odilon Barrot et de Rémusat, employèrent à combattre l'hérédité les armes de la raison, de la logique et du bon sens.

Étant admise une Chambre haute, à titre de pouvoir pondérateur, encore faut-il qu'elle soit composée de telle sorte que ses membres offrent le plus de garanties possibles d'expérience, de sagesse et de savoir. Est-ce que ces garanties, on les rencontrerait dans une assem-

ANXKE 1831. CHAPITRE QUATRIÈME. 2G7

blée issue en partie des hasards de la naissance, et Octobre 18:ji. dont la majorité pourrait, à un moment donné, dépendre de tout jeunes gens peu disposés, en général, par leur vie oisive, aux études politiques et sociales ? Qu'une chambre imprégnée d'aristocratie nobiliaire et féodale ait sa raison d'être dans un pays comme l'Angleterre, où l'aristocratie existe encore à l'état de caste, cela se comprend; mais dans un pays de démocratie comme la France, où les journées de Juillet avaient renoué la chaîne, un moment interrompue, de la Révolution française, c'était inadmissible. Vainement comparaiton les avantages d'une pairie héréditaire avec ceux de la royauté héréditaire. Encore ceux de la monarchie sont-ils tout à fait contestables. Y eut-il dans notre pays, pour ne prendre des exemples que dans les temps modernes, d'époque plus troublée que celle des minorités de Louis XIII et de Louis XIV ? Et que venait-on parler des garanties de stabilité qu'offrait au trône le voisinage d'une pairie héréditaire? C'était puéril. Est-ce que la Chambre des pairs avait arrêté d'une minute la chute de la Restauration? Il était difficile d'opposer à ces raisons irréfutables quelques arguments sérieux.

Ce ne fut pas cependant le talent qui manqua aux partisans de l'hérédité. MM. Thiers, Royer-Collard, Guizot, Rerryer, s'élevèrent avec éloquence contre la suppression de l'hérédité de la pairie. Ils y voyaient une véritable calamité publique. Les trois derniers étaient des hommes de la Restauration, ils étaient dans leur rôle. L'illustre Royer-Collard n'avait pas vu tomber sans un profond chagrin le régime où il avait brillé d'un si vif éclat parmi les défenseurs de la liberté. Pour lui, la pairie périssait avec l'hérédité, et peut-être, avec la pairie, la monarchie héréditaire. Il voyait de loin venir la république. Mais M. Thiers, par quel chemin de Damas avait-il passé depuis une année? Ilélas! par le

M. Thiers

défenseur de

l'hérédité.

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Octobre 1831. chemin du pouvoir. Ce fut un étonnement profond de l'entendre soutenir l'hérédité avec la passion d'un vieux royaliste. Il prêta, du reste, fort à rire en disant que la pairie se composant de deux ou trois cents familles, s'il n'y avait pas d'esprit et de talent dans une de ces familles, il y en aurait dans une autre. Bref, en terminant, il réclama pour son pays une monarchie à l'instar de celle de l'Angleterre, méconnaissant ainsi les dillérences essentielles existant dans le génie des deux peuples. L'historien un peu superficiel de la Révolution s'éloignait singulièrement des principes de cette Révolution dont il s'était dit si souvent le fils respectueux et dévoué.

Sa parole obstinée fut impuissante à convertir la Chambre, qui se sentait toute pénétrée du sentiment public; trois cent quatre-vingt-six voix contre quarante se prononcèrent, le 18 octobre, pour l'abolition de l'hérédité de la pairie. La Chambre laissa au roi la nomination des pairs, mais en l'obligeant à les choisir dans des catégories nombreuses de notabilités diverses, députés, conseillers d'Etat, préfets, maréchaux et lieutenants généraux, membres de l'Institut, maires des principales villes ; grands propriétaires et manufacturiers ayant appartenu pendant six ans au moins à un conseil général ou à une chambre de commerce, etc. Le champ était large, comme on voit, et ce mode de recrutement, qui ofFrait au moins certaines garanties de capacité, valait assurément mieux que le système héréditaire ; mais la Chambre se serait montrée plus libérale en obligeant le roi à ne choisir, comme le proposaient quelques-uns de ses membres, que des candidats désignés par le corps électoral. Quant à l'hérédité, elle était irrévocablement condamnée; la Chambre n'admit pas, comme l'aurait voulu M. Casimir Périer, que l'on pût revenir sur le nouvel article de la Charte.

ANMÉE 1831. CHAPITRE QUATRIÈME. 269

La Chambre des députés venait de porter là un coup Octobre 1831 terrible à l'institution féodale de la Chambre des pairs. Mais, avant de dire comment cette mesure fut accueillie par les intéressés eux-mêmes, qui avaient, à leur tour, à statuer sur leur propre sort, il convient d'arrêter un moment notre attention sur une autre mesure destinée à frapper les prétendants. La Chambre des députés, on s'en souvient, avait adopté, au mois de mars précédent, un projet de loi de M. Baude tendant au bannissement de tous les membres de la branche aînée des Bourbons, projet de loi auquel le président du conseil s'était empressé de donner son assentiment. Mais ce projet, voté le mois suivant par la Chambre des pairs, avec quelques modifications, n'ayant pu être soumis à temps à une nouvelle délibération de la Chambre élective, n'avait pas reçu la sanction royale. Les choses étaient donc restées en l'état.

Sur ces entrefaites, dans le courant de septembre, le colonel de Bricqueville avait cru devoir saisir la Chambre des députés d'une proposition nouvelle qui aggravait singulièrement la loi précédemment adoptée. Ainsi la peine de mort était applicable à tout membre de la famille des Bourbons coupable d'avoir enfreint la loi de bannissement. Il ne faut pas oublier que la loi du 12 janvier 1816 prononçait cette peine contre tout membre de la famille Bonaparte qui remettrait le pied en France. M. de Bricqueville ne faisait que retourner contre les Bourbons une loi qu'ils avaient faite euxmêmes. La proposition était motivée par la nécessité de mettre fin aux menées royalistes dont on avait appris l'existence dans nos départements de l'Ouest. Elle donna lieu, dans la Chambre élective, à de nouveaux débats, qui commencèrent le 15 novembre, comme si déjà elle n'avait pas été longuement discutée huit mois auparavant.

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Novembre Le rapporteur de la commission chargée de l'examen

'^■^^' de cette loi, M. Amilhau, conclut à l'adoption de la dis-

position relative au bannissement, en rejetant celle qui y donnait pour sanction une pénalité excessive. Ce fut un des membres les plus énergiques de la gauche,

M. Pages M. Pages (de l'Ariège), ancien procureur impérial, qui

^^^ euT^^^ s'éleva avec le plus d'énergie contre la mesure d'ostra-

bannisscment cisme soumise de nouveau aux délibérations de la

Chambre. Il demanda à la Chambre de passer à l'ordre

du jour sur la proposition et d'abroger en même temps

la loi de 181 G contre la famille de Napoléon. C'était

par cet acte de courage et de prudence qu'il fallait,

selon lui, témoigner son dédain des vaines paroles, des

criminelles espérances des prétendants, et prouver à

tous qu'on ne pouvait monter sur le trône français que

par la volonté de la France. Sans doute c'était là de la

politique généreuse et magnanime. Mais était-ce bien un

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