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GOG

Août 1830.

Chute de M. Thiers.

SErXE.MUItK

Le

ministère Mole.

de la quadruple alliance. D'accord avec tous ses collègues, sauf M. de Montalivet, soutenu môme par le duc d'Orléans, il voulait que les corps réunis sur la frontière d'Espagne se tinssent tout prêts à pénétrer dans la péninsule, du moment où la révolution nouvelle, s'affirmant comme un gouvernement régulier, réclamerait notre assistance. Mais il rencontra, dans le roi, une résistance insurmontable. La nouvelle révolution espagnole ne s'était pas faite sans effusion de sang. A Madrid, pour avoir tenté d'y résister, le général Quesada avait été massacré. Louis-Philippe, oubliant ses origines révolutionnaires, ne voulait pas prêter son appui à un gouvernement né d'une révolte sanglante, et il exigea le licenciement des troupes réunies à Pau qui déjà, sous les ordres du général Lebeau, se disposaient à entrer en Espagne. M. Thiers crut devoir alors donner sa démission. C'était le 25 août.

M. Thiers partit pour l'Italie dès que le roi lui eut fait connaître le nom de son successeur. Il avait exercé pendant six mois le pouvoir comme président du conseil; il le quittait sans que son passage y eût été marqué par de grandes choses. Mais, comme membre du ministère précédent, il avait attaché son nom à ces funestes lois de septembre, dont on ne manquera pas de se faire une arme contre lui quand plus tard il essayera de stipuler au nom de la liberté.

La chute de M. Thiers n'était pas le résultat d'une défaite du ministère dans une bataille parlementaire. Elle était due à un dissentiment personnel du roi avec ses ministres. Louis-Philippe avait donc les coudées plus franches dans le choix de ses nouveaux conseillers. Il s'adressa, pour composer son ministère, à un homme de souplesse merveilleuse, qui avait été tour à tour ministre de l'Empire, de la Restauration et du régime de Juillet, M. Mole. Nous avons dit ailleurs ce qu'était

ANNÉE 18:jG. chapitre NEUVIÈME. 007

ce personnage. Il avait publié, tout jeune, un livre de Septe.vibhe prétendue philosophie qui n'était autre chose que le code ' ^"

de l'arbitraire et du despotisme. Napoléon, dans son orgueil de parvenu, était infiniment flatté de voir venir à lui les représentants de l'ancien régime et de parer son édifice impérial des grands noms monarchiques et parlementaires. Tour à tour directeur des ponts et chaussées et grand juge, ministre de la justice, le descendant de Mathieu Mole s'était montré l'un des courtisans les plus assidus de l'empereur. Cela ne l'avait pas empêché de passer avec empressement au service de la Restauration; il n'hésita pas davantage à prêter à la royauté sortie des barricades de Juillet le concours de son zèle et de son dévouement. Il était, comme tant d'autres de ses contemporains, de l'école du prince de ïalleyrand, qui pensait qu'il était parfaitement inutile de tomber avec le gouvernement auquel on devait sa fortune. Homme de haute distinction d'ailleurs, d'une intelligence remarquable, suffisamment instruit, écrivain grand seigneur, ferme et modéré à la fois, habile à ménager les susceptibilités des principaux personnages du temps, M. Mole, sans appartenir à la secte des doctrinaires, avait sa place marquée d'avance dans un ministère à côté et même au-dessus de M. Guizot.

Une ordonnance du 6 septembre 1836 le nomma ministre des affaires étrangères et président du conseil. Il eut pour collaborateurs : à la justice, M. Persil; à l'intérieur, M. de Gasparin; à l'instruction publique, M. Guizot; aux finances, M. Duchâtel; aux travaux publics, au commerce et à l'agriculture, M. Martin (du '

Nord); à la marine, le vice-amiral de Rosamel, et à la guerre, le général Bernard. Ce ministère, fort incolore, ne comprenait aucun nom qui se rattachât directement à la Révolution de Juillet. Aussi fut-il accueilli avec une extrême méfiance par les feuilles d'opposition, qui.

HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 183G.

Septembre

Révocation de M. Gisquet.

Actes diver?.

Octobre 183G.

Grâces accordées

aux condaiiiucs politiques.

sans l'attendre à l'œuvre, le qualifièrent de contre-révolutionnaire.

Cependant ses premiers actes témoignèrent des meilleures intentions. Il commença par révoquer le préfet de police Gisquet, cette ancienne créature de M. Casimir Périer, compromis jadis, on s'en souvient sans doute, dans une fourniture scandaleuse de fusils, auxquels son nom est resté attaché comme une injure. Malgré l'espèce de flétrissure imprimée à ce nom par le procès auquel avait donné lieu cette fourniture, le gouvernement l'avait maintenu à son poste à cause de l'énergie déployée par lui dans les moments de troubles. Mais un nouveau scandale, auquel il se trouva mêlé, obligea le cabinet de M. Mole à se priver de ses services. Il fut remplacé par M. Gabriel Delessert, député tout dévoué à la dynastie des d'Orléans, et qui, du moins, jouissait d'une réputation d'incontestable honorabilité.

Certains autres actes furent comme des signes avantcoureurs d'améliorations, de réformes et de progrès depuis longtemps réclamés par l'opinion publique. La réforme du régime défectueux des prisons fut mise à l'ordre du jour. Des commissions furent instituées pour aviser aux moyens de prévenir la contrefaçon des livres français à l'étranger et pour préparer un projet de loi destiné à protéger la propriété littéraire.

Enfin les nouveaux ministres, comme don de joyeux avènement, appelèrent la clémence royale sur un certain nombre de condamnés politiques, républicains et royalistes. Soixante-deux d'entre ces condamnés obtinrent remise de leur peine. Peut-être le droit de grâce aurait-il pu être appliqué avec plus de largesse et de libéralité ; mais, suivant le rapport du garde des sceaux, l'indulgence exercée d'une manière aveugle risquait de multiplier les crimes et d'éterniser les causes de discorde. Une telle restriction ne pouvait que paralyser

les salutaires effets d'une mesure excellente en soi. Octobre 1836.

Les vaincus de Juillet bénéficièrent également de la Mise en liberté clémence royale. Il y avait six ans que les ministres de drcharles'x! Charles X, enfermés dans le château de Ham, y subissaient la peine de leur défaite. Une ordonnance, en date du 17 octobre, mit en liberté MM. de Chantelauze et de Peyronnet, et les autorisa à résider, le premier dans le département de la Loire, et le second dans celui de la Gironde. A quelques semaines de là, M. de Guernon- Ranville reçut l'autorisation d'habiter sa propriété de Ranville, dans le Calvados. Le prince dePolignac obtint également sa mise en liberté ; mais, moins favorisé que ses anciens collègues, il dut se résigner à s'éloigner de France pendant vingt ans. Plus heureux que le roi son maître, il devait pourtant venir y finir ses jours. La raison d'Etat n'exigeait pas impérieusement que les derniers ministres de Charles X fussent voués à une captivité éternelle; la mesure de clémence dont ils furent l'objet n'avait aucun inconvénient pour la dynastie régnante, et elle fut 'généralement approuvée.

La politique extérieure du nouveau ministère offrit Conduite du beaucoup plus de prise à la critique. Il s'empressa de ^ lé^ard de licencier la légion formée à la frontière des Pyré- l'Espagne nées pour aller, sous la conduite d'officiers français, ^suis>e^ prêter aide et assistance à la régence de la reine Christine. Louis-Philippe ne voulait pas avoir l'air de pactiser avec la révolution victorieuse qui venait de restituer à l'Espagne la constitution de 1812, à laquelle il trouvait un caractère trop républicain ; aussi les puissances continentales, auprès desquelles il tenait à rentrer tout à fait en grâce, au risque même de froisser l'Angleterre, lui en surent-elles un gré infini.

Elles ne se montrèrent pas moins satisfaites de la conduite de son gouvernement à l'égard de la Suisse. On se rappelle le différend pendant encore au moment 1. 39

610 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE. ANiNÉE 1830.

OcroBKE 183G. de la chute de M. Thiers, à propos des réfugiés politiques et de l'espion Conseil. En réponse à une note comminatoire de notre ambassadeur, la diète avait flétri hautement les manœuvres policières dont l'administration française avait usé à son égard, manœuvres où, suivant elle, l'honneur de la France et celui de son roi étaient également compromis. Irrité de cette réponse, M. Mole rompit avec la Suisse toute relation diplomatique. Il fit même entendre des paroles de menace, et, pour les appuyer, des régiments français furent massés sur notre frontière du Jura. On crut à une guerre imminente; un souffle belliqueux circula dans les cantons helvétiques; le patriotisme exalté y rappela le souvenir des victoires sanglantes de Granson et de Morat, où les Suisses vainqueurs avaient bâti un monument avec les ossements des compagnons de Charles le Téméraire. Le roi Louis- Philippe fut violemment pris à partie. Un journal vaudois le traita de transfuge de Famars et d'apostat de l'Hôtel-de- Ville. Poursuivi sur la plainte de l'ambassadeur français, il ne fut condamné qu'à une amende dérisoire. Toutefois le gouvernement helvétique recula devant les conséquences d'une rupture définitive avec la France. Une diète extraordinaire, réunie le 17 octobre 1836, revint, après un certain nombre de séances orageuses, sur la fière réponse dont M'. Mole s'était montré si blessé. Elle déclara que la Suisse n'avait jamais eu l'intention d'offenser le gouvernement français, et qu'elle avait l'espoir de voir se rétablir les bons rapports entre les deux pays. Le droit ici cédait devant la force.

Le gouvernement français ne pouvait exiger davantage. Il avait, au grand contentement des monarchies absolues, humilié une démocratie; il accepta donc, comme satisfaisantes, les explications de la diète. Ainsi se termina cette querelle, qu'on aurait pu se dispenser

de soulever. Il en resta au cœur de la Suisse, notre ocroBnE issg. vieille alliée séculaire, une amertume que le temps a eu toutes les peines du monde à dissiper.

Aussi bien le gouvernement se créait-il inutilement des hostilités, à l'heure où son principe était de nouveau violemment contesté. Au moment même où le différend avec la Suisse allait prendre fin, une conspiration éclatait à Strasbourg. Cette fois, ce n'étaient ni les républicains ni les légitimistes qui se mettaient en état d'insurrection contre le gouvernement établi, c'était le drapeau bonapartiste qui se déployait hardiment en face de la monarchie de Juillet.

Nos lecteurs n'ont pas oublié la visite de la reine Le prince lîortense en France à la suite des événements d'Italie, '^^léoii'''^' où son fils aîné était mort d'une maladie inconnue. Elle Bonaparte. était venue accompagnée de son second fils Louis-Napoléon. On n'a pas oublié non plus que, tandis que la mère recevait du roi Louis-Philippe l'accueil le plus hospitalier, le fils était en conférence avec les principaux chefs du parti républicain. Après une courte excursion en Angleterre, la femme de l'ancien roi de Hollande et son fils étaient allés se fixer au château d'Arenenberg, sur les bords du lac de Constance. La mort du duc de Reichstadt avait désigné le prince Louis- Napoléon comme le successeur de Napoléon. On sait, en effet, que l'empereur, avant son mariage avec Marie- Louise, avait adopté, pour le cas où il ne laisserait pas de descendance directe, les enfants de sa belle-fille, la reine Hortense. Le jeune Louis-Napoléon jouait donc au rôle de prétendant dans ce riant château d'Arenenberg, dont les loisirs pesaient à son activité et à son ambition.

Nature mélancolique et concentrée, il avait publié des Révélées politiques, suivies d'un projet de constitution, où la République et l'Empire étaient fusionnés. Nul

612 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1836.

Octobre 1830. doute qu'il ne se crût dès lors destiné à devenir l'empereur de la République française. C'était comme un appel aux républicains et aux bonapartistes, qui, depuis la Restauration, marchaient, comme on l'a pu voir, la main dans la main. Le jeune prince avait eu pour précepteur le fils du conventionnel Philippe Lebas. Plus tard, sous les ordres du général Dufour, il avait appris l'art militaire au milieu des troupes suisses, et, en souvenir de l'arme où son oncle avait commencé sa prodigieuse fortune, il s'était fait nommer capitaine d'artillerie dans un régiment du canton de Berne. Il venait de publier un Manuel d' artillerie , à l'occasion duquel les journaux de l'opposition, en France, ne lui avaient pas ménagé l'éloge. Il crut l'occasion favorable pour essayer une restauration napoléonienne, et, s'arrachant à la tendresse craintive de sa mère, il vint s'établir à Baden- Baden, où le voisinage de l'Alsace lui permettait d'avoir des communications plus faciles avec ceux qui, en France, s'étaient associés à ses projets.

Il était parvenu à gagner à sa cause le colonel Vaudrey, commandant du 4" régiment d'artillerie en garnison à Strasbourg, le commandant Parquin, le lieutenant Laity et quelques autres officiers qu'éblouissait le nom magique de Napoléon. Une cantatrice de talent, madame Gordon, qui avait chanté à Bade dans les concerts, s'associa à sa fortune, et mit au service de la conspiration toute l'influence dont elle disposait à Strasbourg, où elle avait de nombreuses relations. Encouragé par ces premiers succès, le prince Louis-Napoléon se hasarda à faire des ouvertures au général Voirol, vieux soldat de l'Empire, qui commandait le département du Bas-Rhin. Mais, loin de répondre à ses avances, celui-ci s'empressa d'avertir le préfet de Strasbourg, M. Choppin d'Arnouville, et le gouvernement se trouva ainsi prévenu.

La conspiration

de Strasbonrg.

ANXÉE 1836. CHAPITRE NEUVIÈME. 613

Malgré cet échec, et les difficultés de l'entreprise, vi- Octobre isio. vement signalées par le colonel Yaudrey, le jeune prince ne voulut pas renoncer à son projet; pressé d'en finir, il en fixa l'exécution au 30 octobre 1836. Il arriva à Strasbourg dans la soirée du 28, et le 30, dès 6 heures du matin, revêtu d'un uniforme d'officier d'artillerie, et, suivi de ses complices, il se rendit à la caserne du 4' régiment. Le colonel Yaudrey attendait, à la tête de sa troupe sous les armées. A peine le prince a-t-il paru qu'il le présente en s'écriant : « Soldats, une grande révolution vient d'éclater en France. Louis-Philippe n'est plus sur le trône ; vous avez devant vous le neveu de l'empereur. Il vient prendre les rênes du gouvernement. Criez avec moi : Vive l'empereur ! » Et tous de répéter ce cri, qui leur rappelait tant de souvenirs de gloire et de grandeur militaire.

Le 4" régiment d'artillerie était précisément celui où Napoléon avait fait ses premières armes. Le prince le lui rappela en quelques mots; puis, prenant l'aigle des mains d'un des conjurés : « Yoici, dit-il, le symbole de la gloire française ; il deviendra aussi désormais l'emblème de la liberté. » Et les acclamations de redoubler. Cependant le régiment se met en marche. Il faisait à peine jour. Tandis qu'un des conjurés, à la tête d'un faible détachement, court s'emparer de la préfecture, le prince, avec le gros de la troupe, se rend au quartier général de la division. Là il essaye de nouveau d'entraîner le général Yoirol. Sur son refus de s'associer au mouvement, il le laisse prisonnier dans son appartement, sous la garde de quelques artilleurs, et il se dirige vers la caserne Finkmatt, où allait finir son odyssée.

Tout d'abord on put croire au succès de l'entreprise. Déjà la préfecture, le télégraphe et différents postes importants appartenaient aux conjurés, et les soldats

HISTOIRE DU REGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 183G.

Octobre 183C.

Arrestation des conjuré?

Complot de Vendôme.

du 46' de ligne, qui occupaient la caserne Finkmalt, saluaient des cris de Vive l'empereur! l'arrivée du prince Louis-Napoléon, quand le lieutenant-colonel Taillandier accourt, et, en quelques mots, les fait rentrer dans le devoir. Aux cris de Vive l'e

mpereur !

succèdent ceux de Vive le roi! En un clin d'œil tout changea de face. Vainement deux des conspirateurs, MM. de Gricourt et de Querelles, proposèrent au prince de lui ouvrir un passage l'épée à la main, il refusa, et se laissa arrêter sans résistance, non sans avoir été quelque peu maltraité. On lacéra son uniforme, et ses insignes lui furent arrachés. Le colonel Vaudrey, le commandant Parquin, le lieutenant Laity, madame Gordon, et les autres conjurés furent également arrêtés. Seul un ancien sous-officier tout dévoué au prince, M. de Persigny, parvint à s'échapper. Ainsi avorta instantanément cette folle équipée.

Par une coïncidence étrange, un complot militaire échouait plus piteusement encore le même jour à Yendôme. Une douzaine de soldats d'un régiment de hussards, entraînés par un brigadier du nom de Bruyant, avaient formé le projet de s'emparer de la ville et d"y proclamer la République. Mais l'autorité avertie se tenait sur ses gardes. Tous les conjurés furent arrêtés dans la soirée du 30, au moment oii ils se disposaient à agir, tous, à l'exception de leur chef, qui parvint à s'échapper en tuant un brigadier qui lui barrait le passage. Homme d'une énergie peu commune. Bruyant traversa la Loire à la nage et put gagner la campagne. Mais n'étant point parvenu à trouver un asile, il revint se constituer volontairement prisonnier.

Bien qu'on affectât, dans les régions officielles, de ne pas prendre au sérieux l'entreprise insensée du jeune Louis Bonaparte, ce qu'on appelait son échaufîourée n'en eut pas moins dans le pays un profond retentisse-

ment. La facilité avec laquelle un régiment tout entier Novembke

s'était soulevé au seul nom de Napoléon prouvait '^'^^•

combien ce nom éclatant était puissant encore. Nous ^^ P^ncc

Louis-Napoverrons bientôt la monarchie de Juillet contribuer elle- léon e?t

même à en entretenir le prestige. Elle eut l'air de transporté n'attacher qu'une médiocre importance à la tentative États-Unis. insurrectionnelle de celui qui revendiquait si audacieusement l'héritage impérial. Déjà la cour de Colmar avait évoqué l'affaire. Mais le gouyernement de Louis- Philippe, voulant épargner au neveu de l'empereur une comparution devant la cour d'assises, résolut d'agir à son égard comme il avait fait à l'égard de la duchesse de Berry, avec cette différence toutefois qu'il lui épargna les rigueurs d'une longue captivité.

Le 9 novembre 1836, le prince Louis-Napoléon fut extrait de la prison de Strasbourg et conduit en poste à Paris. Il fut reçu avec toutes sortes d'égards par le préfet de police M. Delessert, qui lui annonça l'intention du gouvernement de le transporter en Amérique, où il serait mis immédiatement çn liberté. Dans sa reconnaissance, le prince écrivit au roi une lettre pour le remercier de sa clémence. Dans une autre lettre adressée à un tiers, il exprima le regret de ne pas partager le sort des amis qu'il avait entraînés à leur perte ; mais, en même temps, il avouait sa culpabilité envers le gouvernement, et témoignait toute sa gratitude de la générosité dont on usait à son égard. Quelques jours après, il était conduit à Lorient, oii il devait s'embarquer pour les Etats- Unis. Est-il vrai que, au moment où il allait partir, le sous-préfet de Lorient lui ait remis de la part du roi une somme de quinze mille francs en or, afin de pourvoir à ses premiers besoins lors de son arrivée en Amérique (1)? Cela a été dit et n'a pas été démenti. Le

(1) Histoire de la monarchie de Juillet, par M. Thureau Dangin, t. III, p. 3.3.

616 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 183C.

Novembre 21 novembre, le prince Louis quitta la France sur la frégate V Andromède^ dont le capitaine avait ordre de le déposer à New-York.

La mise en liberté du prince Louis Bonaparte souleva les mêmes récriminations qu'avait excitées jadis l'élargissement de la duchesse de Berry. Il y avait là une dérogation au droit commun qui trahissait des tendances de plus en plus marquées au pouvoir absolu. La presse ministérielle répondit en invoquant la loi de 1832, qui mettait hors du droit commun les membres de la famille impériale et de la branche aînée des Bourbons. Mais cette loi ne prévoyait pas le cas oîi l'un de ces membres ferait à main armée irruption sur le territoire français. La logique et le bon sens se refusaient à admettre que les simples complices d'une conjuration fussent livrés aux tribunaux alors que l'auteur principal était mis en liberté. L'acte de clémence dont bénéficiait le prince Louis Bonaparte pouvait être considéré comme le verdict d'acquittement des accusés de Strasbourg.

Mort du roi \x^ moment où la dynastie napoléonienne se réveillait tout à coup, après un sommeil de plus de vingt ans, le dernier roi de la monarchie légitime entrait dans l'éternel repos.

Depuis quatre ans déjà, le vieux roi Charles X avait quitté le sombre château d'Holyrood, où l'avait relégué l'hospitalité peu gracieuse de l'Angleterre. Il était venu demander asile à l'Autriche, et l'empereur François II lui avait offert pour demeure le château de Prague en Bohême. Cette année, il était venu s'établir à Goritz en Styrie, sous un climat plus salubre et plus chaud. Les vicissitudes de la fortune, le chagrin qu'il avait ressenti de l'équipée de sa belle-fille la duchesse de Berry, que son mariage avait fait bannir de la famille royale, n'avaient pas altéré sa robuste santé. On le voyait tous les

Charles X.

jours, malgré son grand âge, faire seul, à pied, de longues promenades dans les environs. Mais tout a coup, le 1" novembre 1836, il éprouva d'assez vives douleurs d'entrailles. C'était l'indice d'une attaque de choléra. Il n'y fit pas attention, et ne changea rien à ses habitudes.

Le 4 était le jour de sa fête ; il voulut recevoir les Français venus à Goritz pour la lui souhaiter. Mais après cette réception, son état s'aggrava subitement ; il fut pris d'un frisson violent, sa voix s'éteignit, et son visage prit une teinte cadavéreuse. Sa famille vit tout de suite que sa mort était prochaine. Il reçut l'extrème-onction des mains du cardinal Latil. Le lendemain, il put encore faire ses adieux à son fils le duc d'Angoulême et à sa belle-fille, bénir ses deux petits-enfants, le duc de Bordeaux et sa sœur, puis il entra dans une lente et tranquille agonie. Il mourut le 6 novembre, à une heure du matin, emportant, avec lui, on peut le dire, la légitimité au tombeau.

Le roi Charles X -avait supporté dignement son exil. Résigné, il s'était abstenu de ces manifestations stériles qui sont ordinairement le jeu et la consolation des royautés proscrites. Toutes les cours de l'Europe portèrent son deuil, comme s'il était encore pour elles le roi de France, toutes, excepté celle des Tuileries. Le conseil des ministres avait jugé, après délibération, que la royauté de Juillet ne pouvait rendre cet hommage à un prince que la France avait frappé de déchéance, et les ambassadeurs des puissances étrangères furent invités à ne pas se présenter à la cour de Louis- Philippe avec un deuil que le roi ne portait pas. Le duc d'Angoulême, sous le nom de comte de Marnes, garda dans l'intérieur l'autorité du père de famille. Mais le véritable roi, aux yeux des fidèles, ce fut le duc de Bordeaux, sous le nom de Henri V, roi in par-

NOVE.MBRK

Le comte de Marnes et Henri V.

NOVEJIBRE

Première expédition de Constantine.

618 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, annke 1836.

tibus, qui devait, durant de longues années, traîner à l'étranger sa royauté honoraire.

La mort de Charles X ne changea rien à la situation. Ce fut à peine si l'on y prit garde en France. Le parti légitimiste aurait bien voulu y produire une certaine agitation en célébrant des services solennels en l'honneur du vieux roi; mais des ordres sévères furent donnés à l'archevêque et aux curés de Paris pour qu'ils eussent à s'abstenir de toute démonstration religieuse pouvant avoir un caractère politique. La tentative avortée du prince Louis Bonaparte avait à peine ému l'opinion publique. La presse, muselée, il est vrai, par les lois de septembre, avait singulièrement perdu de son audace et de son acrimonie. L'année s'achevait donc dans un calme profond, au milieu d'une certaine indifférence, quand la nouvelle d'un désastre de nos armes en Afrique vint raviver les passions, jeter l'inquiétude dans les esprits, et fournir contre le ministère un texte d'accusations violentes et plus ou moins justifiées.

Nous avons donné plus haut un aperçu de la situation de nos affaires en Algérie; et l'on n'a pas oublié l'état précaire de la province de Constantine, dont le bey Ahmed, digne émule d'Abd-el-Kader, ne cessait d'inquiéter nos possessions et de soulever les indigènes contre nous. A son instigation, des nuées d'Arabes, descendues des montagnes, étaient venues exécuter contre Bougie une série d'attaques, infructueuses, il est vrai, mais qui ne laissaient aucun repos à nos soldats.

11 fallait en finir avec Ahmed-Bey. Pendant son séjour à Paris, le maréchal Clausel s'était mis d'accord avec M. Thiers, alors président du conseil, sur la nécessité de diriger une expédition contre Constantine. Le changement de ministère n'apporta aucune modification aux résolutions prises, bien que quelques-uns des nouveaux ministres appartinssent à cette fraction de la

Chambre qui ne cessait de critiquer le système de guerre Novembuk suivi jusque-là en Afrique. Il fut môme décidé, pour '^' ''

bien marquer l'importance que l'on attachait à cette expédition, que l'un des fils du roi, le duc de Nemours, en ferait partie. Seulement, on ne mit à la disposition du maréchal qu'un nombre de troupes inférieur à celui qu'il avait jugé indispensable, et les résultats de l'expédition se trouvèrent en quelque sorte compromis d'avance. Malgré cela, confiant dans sa fortune et dans la bravoure de nos soldats, il n'hésita pas à l'entreprendre. Aussi bien il était temps d'agir. De plus en plus audacieux, Ahmed-Bey multipliait ses incursions; il avait poussé l'audace, en octobre, jusqu'à poursuivre des colonnes françaises sous les murs de Bône. Les préparatifs de l'expédition ne furent terminés que le 8 novembre; c'était déjà tard en saison. Mais, trompé par le commandant Joussouf, qu'il avait nommé bey de Constantine, et qui, plein de confiance, ne voyait là qu'une promenade militaire, le maréchal Clausel ne soupçonnait pas les difficultés avec lesquelles sa petite armée allait se trouver aux prises. Il se mit en marche le 13 novembre, ayant à peine avec lui sept mille hommes de toutes armes. Il était d'une imprudence suprême de s'aventurer avec si peu de monde dans une pareille expédition. Un orage épouvantable assaillit nos malheureux soldats à leur premier bivouac, et dispersa une partie des bœufs destinés à leur alimentation. Les terres détrempées, coupées d'obstacles de toute nature, rendirent extrêmement pénible la marche sur Constantine, en vue de laquelle on arriva dans la journée du 20, après des souffrances sans nombre. Le mauvais temps avait continué; la neige et la pluie faisaient rage; sous le ciel d'Afrique, on éprouvait toutes les rigueurs des climats du Nord, et quelques vieux officiers songeaient involontairement à l'expédition de Russie.

Novembre 183G,

Échec de l'expédition.

La retraite

de Gonstautine.

620 HISTOIRE pu RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1836.

Du moins, en arrivant sous les murs de la ville, se croyait-on au terme de ses peines. Sur la foi du commandant Joussouf, le maréchal s'attendait encore à en voir ouvrir les portes devant nos soldats. Espoir trompé ! Il fallut essayer d'y entrer de vive force.

Constantine était l'ancienne Girtha des Romains, qui, plus rapidement que nous, avaient su coloniser ce pays. Merveilleusement fortifiée par la nature, elle était entourée par un ravin profond, où coulait l'Oued-Rummel; et des rocs taillées à pic, à l'épreuve du boulet, la protégeaient sur presque tous les points. Elle n'était guère vulnérable que par un étroit pont en pierres, aboutissant aux portes d'Er-Rahbah et d'Alcantara, que défendaient de nombreux indigènes embusqués dans les maisons et les jardins du voisinage. L'attaque de ces deux portes, confiée aux soins des généraux de Rigny et Trézel, fut vigoureusement poussée ; mais nos troupes, disposant de moyens insuffisants, s'épuisèrent vainement en efforts héroïques.

Ahmed-Bey avait laissé son lieutenant Ben-Aïssa dans Constantine avec près de deux mille Turcs et Kabyles résolus à résister jusqu'à la mort, et lui, battant la campagne, ne cessait de nous harceler par derrière. Une tentative faite pendant la nuit du 23 au 24 pour emporter de vive force les portes d'Er-Rahbah et d'Alcantara échoua malheureusement. Nos pertes furent terribles, le général Trézel, qui commandait l'attaque, eut le cou traversé par une balle. Partout où l'ennemi avait abordé nos soldats, il avait été horriblement décimé. Mais nous étions sans munitions et sans vivres. Le 24 novembre, au matin, le maréchal Clausel dut ordonner la retraite. Nos soldats s'étaient battus en héros, mais ce n'en était pas moins un désastre.

La retraite s'effectua en bon ordre, et ne fut pas sans gloire. Les nuées de cavaliers arabes qui s'aventurèrent

Le comuiaiidaut

à attaquer notre arrière-garde payèrent cher leur Dkckmbh audace. Un bataillon du 2^ léger, aux ordres du '^■^^*

commandant Changarnier, se voyant assailli de toutes parts, se forma en carré, laissa approcher l'ennemi à Changarnier bout portant, et fit un feu de deux rangs qui joncha le terrain de cadavres d'hommes et de chevaux. Cette rude leçon rendit plus prudents les cavaliers arabes. Ils ne suivirent plus nos troupes qu'à une distance respectable, épiant, pour leur trancher la tête, les malheureux que la fatigue, l'épuisement ou la maladie forçaient de s'arrêter en chemin.

Le corps expéditionnaire rentra à Bône le 1" décembre, avec toute son artillerie. Ses pertes, d'après le relevé officiel, s'étaient élevées à quatre cent quarantetrois hommes morts ou disparus et deux cent quatrevingt-huit blessés. Dix officiers seulement avaient été tués et seize blessés. Assurément ce n'étaient pas là des pertes énormes ; mais on apprécia le désastre beaucoup plus au point de vue moral qu'au point de vue matériel. On y vit la France atteinte dans son prestige. On s'étonna, non sans raison du reste, qu'une pareille expédition eût été entreprise sans moyens suffisants, durant la saison la plus défavorable de l'année. Ce fut un grief de plus à ajouter à tous ceux que l'opposition tenait en réserve contre le ministère du 6 septembre, et les récriminations les plus amères précédèrent, dans la presse, celles dont le parlement allait être le théâtre. Mais à cette amertume ne se mêla aucun découragement ; la France avait subi une humiliation, il s'agissait de l'en relever. Il y eut dans tous les cœurs comme une soif de vengeance; plus que jamais on se sentit attaché à notre conquête; ce fut un sentiment général qu'il fallait prendre de l'échec de Constantine une prompte et éclatante revanche.

Le pays était encore sous l'impression de cet échec

C22 IIISTOJRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, aknée 183G.

Décembre quand iiii iioiivel attentat contre la personne du roi jeta

^^"'^- dans les cœurs une stupéfaction profonde. C'était le

troisième depuis dix-huit mois.

Attentat de Le 27 décembre 1836, jour de l'ouverture des Cham-

Meunier j^^,^^ Louis-Pliilipne sortait des Tuileries en voiture

cnnti'e le roi. ' rr

pour se rendre au Palais-Bourbon, ayant avec lui ses trois fils aînés le duc d'Orléans, le duc de Nemours et le prince de Joinville. Au moment où, à une centaine de pas des grilles du château, il mettait la tête à la portière pour saluer le drapeau de la légion de la garde nationale qui formait la haie le long de la terrasse du bord de l'eau, un coup de pistolet fut tiré sur lui. La balle effleura sa poitrine et brisa l'une des glaces de la voiture, dont les éclats atteignirent légèrement les jeunes princes en visage. Cette fois encore le roi échappait aux coups des assassins. Toujours maître de lui-même, il salua la foule, dont les longues acclamations semblèrent une énergique protestation contre cette odieuse tentative d'assassinat. Peu s'en fallut qu'elle n'en écharpât l'auteur. C'était un jeune homme de vingt-deux ans, nommé Meunier. Il avait voulu tuer le roi, dit-il tout d'abord, parce qu'il attribuait aux d'Orléans les malheurs de la France. Ce justicier était un fainéant, perdu de débauches; nous le retrouverons tout à l'heure devant la Chambre des pairs, de nouveau érigée en cour de justice.

Ouverture de Un intérêt tout particulier s'attachait à la session iL^siaTiveV législative qui allait s'ouvrir. Le ministère du 6 sep- 1837. tembre n'avait pas encore paru devant les Chambres,

et l'on se demandait si la majorité acquise à l'ancien cabinet, dont le chef représentait relativement les idées de progrès et de liberté, se retrouverait pour appuyer un président du conseil qui personnifiait en lui la politique de résistance.

Des cris enthousiastes de Vive le roi! accueillirent

Le discours du roi.

Louis-Philippe à son entrée dans la salle, où déjà s'était Janvieu 1837. répandu le bruit de l'attentat dont il avait été l'objet. Les gouttelettes de sang qu'on voyait encore sur les habits des ducs d'Orléans et de Nemours attestaient le danger qu'il avait couru ; ce fut pour lui l'occasion d'une sorte d'ovation. Son discours, plein de confiance dans l'avenir et la prospérité de son règne, eut le plus grand succès. Une indicible émotion s'empara de l'assemblée au passage où il était fait allusion à l'attentat d'Alibaud, qu'un insensé venait de renouveler. Les acclamations redoublèrent; et, lorsqu'il quitta la Chambre, une foule énorme, accourue à la nouvelle du crime dont il avait failli être victime, fît retentir sur son passage de formidables cris de Vive le roi! Son retour aux Tuileries fut une véritable marche triomphale. Bientôt pairs et députés se transportèrent au château pour présenter leurs félicitations à la famille royale, félicitations auxquelles ne tardèrent pas à se joindre celles du corps diplomatique, de toutes les autorités constituées, de la garde nationale, delà France entière. Chacun parut avoir à cœur de flétrir l'assassinat, mis au service des passions politiques. Ce n'était pas d'un meurtre que le parti républicain attendait le triomphe de ses idées.

Les adresses des Chambres empruntaient donc des circonstances une importance tout exceptionnelle. Celle de la Chambre des pairs fut, comme de coutume, une paraphrase élogieuse du discours de la couronne. On y félicitait surtout le gouvernement d'avoir repoussé les théories insensées et réprimé les attaques des factions. Ces théories insensées auxquelles faisait allusion la noble Chambre, c'étaient les promesses de Juillet, c'étaient les principes proclamés en 1789, dont les hommes de progrès ne cessaient de réclamer l'application. Elle ne voyait pas qu'une irrésistible puissance poussait la France vers la démocratie. Le gouvernement lui-même.

Les adresses

des deux

Ciiauihres.

HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1837.

Janvier 183"

M. Thiers

passe à

'opposition.

sans en avoir conscience assurément, et malgré ses efforts dans le sens de la réaction, favorisait cette marche en avant. N'avait-il pas ordonné la destruction des monuments qui, sur la place de la Concorde et sur la place de l'ancien Opéra, devaient consacrer la mémoire de Louis XVI et celle du duc de Berry? N'élevait-il pas, sur la place de la Bastille, une colonne triomphale pour perpétuer le souvenir des journées immortelles du 14 juillet 1789 et du 29 juillet 1830? Ah! le marquis de Dreux-Brézé le lui reprocha vertement dans cette discussion de l'adresse. Et, en effet, cette colonne de la Bastille, était-ce autre chose que la consécration, par le bronze, de cet article de la déclaration des droits qu'avait proposé Lafayette : « Quand un gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est le plus sacré des devoirs? » Beaucoup de pairs, sans oser le dire, pensaient certainement comme M. de Dreux-Brézé.

Commencée le 12 janvier, la discussion de l'adresse à la Chambre des députés fut autrement mouvementée. La rédaction de la commission était bien en harmonie avec le discours de la couronne, sauf une phrase où., en réponse à l'espérance modeste de Louis-Philippe de voir la monarchie constitutionnelle triompher en Espagne, on signalait comme un malheur la possibilité d'une contre-révolution dans la péninsule. C'était une bien légère restriction. Elle parut beaucoup trop insuffisante à MM. Havin et Glais-Bizoin. Selon ce dernier, la politique du nouveau ministère avait mieux servi les intérêts de don Carlos que toutes les puissances du Nord.

Que des hommes d'opposition au principe même du gouvernement se plaignissent de sa politique antilibérale, c'était parfaitement logique et tout naturel. Mais la surprise fut grande de voir le chef du cabinet du 22 février, M. Thiers, descendre de sa personne dans la lice,

à propos des affaires d'Espagne et prendre indirecte- janvier i837. ment à partie... le roi lui-même.

En répondant, le 15 janvier, aux orateurs de l'opposition, à MM. Havin et Glais-Bizoin notamment, le président du conseil, M. Mole, avait fait valoir que ÏEstatiito real ou la constitution de 1812, l'ordre ou l'anarchie dans la péninsule, étaient des questions toutes espagnoles dont nous n'avions ni le devoir ni le droit de nous mêler. C'était fort bien. Mais alors pourquoi nous étions-nous mêlés des affaires de la Belgique en faisant le siège d'Anvers, tout cela sans le moindre profit pour notre pays? Pourquoi surtout le gouvernement de Louis-Philippe avait-il promis son appui indirect au gouvernement d'Isabelle lorsqu'il s'agissait seulement de lutter contre don Carlos? et pourquoi le lui refusait-il depuis qu'elle avait dû accepter la constitution libérale de 1812? Ah! c'est que cette constitution, c'était l'anarchie, à ses yeux, comme venait de le dire son ministre M. Mole, et que, reniant en quelque sorte ses propres origines, il ne voulait point prêter son concours à un régime ayant un caractère révolutionnaire.

C'était sur cette question que M. Thiers s'était séparé de lui; et là, il faut bien le reconnaître, il avait raison. Mais on sentit trop percer, dans sa réponse à M. Mole, l'amer ressentiment du pouvoir perdu. Il n'était pas un homme d'opposition, dit-il ; seulement, en attaquant la politique personnelle du roi, il apporta toute l'âpreté et tout le fiel des orateurs les plus hostiles à la monarchie de Juillet. Ce qui fit dire à M. Berryer : « Le dernier chef du cabinet est rentré sous les drapeaux de l'opposition ; il y est bien ; il est dans la vérité, car il est révolutionnaire. » — Révolutionnaire, oui, quand il n'était pas au pouvoir; mais tant qu'il y fut, personne n'eut plus que lui la passion, nous pourrions dire la fré- I. 40

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