‹ Histoire de règne de Louis-PhilippeChapitre 19 sur 38 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

Mai 1837.

Procès de

Meunier

devant la

Chambre des

pairs.

646 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1837.

Mai 1837. tourné à Auch dans sa famille. Il n'y aA'ait pas l'ombre de charges sérieuses contre eux ; MM. Ledru-Rollin et Chaix-d'Est-Ange, chargés de les défendre, n'eurent pas de peine à obtenir leur acquittement. Quant à Meunier, que son avocat, M. Delangle, présenta comme atteint de folie, il fut condamné à la peine du parricide. Mais il avait témoigné tant de repentir devant ses juges, il avait paru en proie à de si sincères remords, que sa peine fut commuée en celle de la déportation, et, dans le lieu de son exil, il reçut encore, parait-il, des marques de la bienfaisance royale. Que de pauvres martyrs de la destinée n'ont pas été si heureux ! Le ministère A quelques jours de là, une question toujours irritante, du 15 avril et ^gjjg ^^g fQj^^jg gecrets, mettait aux prises le ministère fonds secrets, du 15 avril, non seulement avec les membres de l'opposition, mais encore avec quelques-uns de ceux qui n'avaient pas hésité à s'associer à lui pour réclamer les mesures les plus opposées à l'esprit de la Révolution de 1830. Le ministère demandait une augmentation de 800,000 francs sur ce chapitre, et le rapporteur de la commission chargée d'examiner cette demande, M. Duvergier de Hauranne, proposait de les lui allouer, certain qu'il en ferait bon usage. C'était donc une question de confiance qui se posait.

Que des membres de l'opposition, comme MM. Havin et de Salverte, attaquassent le ministère à propos des fonds secrets, le sommassent de faire connaître son système politique, et lui demandassent ce qu'il comptait faire de la loi d'apanage et de celle de non-révélation, c'était naturel; et lorsque, dans la séance du 3 mai, M. de Sade vint du haut de la tribune refuser hautement l'allocation, craignant que ces fonds ne fussent employés à des tentatives de corruption, à des influences illégitimes et à la solde d'une presse destinée à discréditer dans les départements les membres de l'op-

position, personne n'en fut surpris : il était dans son rôle.

Mais l'étonnement fut grand quand on entendit M. Guizot, plus solennel que jamais, faire amèrement le procès au ministère dont, il était permis de le dire, il avait été le complice. Il ne venait pas combattre les fonds secrets. Oh! non; il les voterait des deux mains. Mais il reprochait aux ministres actuels leur mollesse et leur indécision. Pour lui, il se serait bien gardé de retirer la loi d'apanage avant l'épreuve d'un débat public. Partisan de la politique de Casimir Périer, il s'affirmait comme l'âme du parti de la résistance, applaudissant à toutes les lois de compression faites depuis six ans, témoignant son regret profond du rejet de la loi de disjonction, et se proposant bien de défendre celles de la non-révélation et de la déportation, si elles arrivaient à la discussion. Comme on le voit, c'était une lutte entre la réaction à outrance et la réaction mitigée.

On lui avait reproché, à l'occasion de la présentation de cette loi d'apanage, d'avoir voulu ressusciter le régime des privilèges et des aristocraties constituées. Mais M. Guizot s'en défendit en rappelant qu'il avait constamment soutenu la loi des élections du 5 février 1817, qui, selon lui, avait fondé en France la prépondérance politique de la classe moyenne. Il voulait, disait-il, le triomphe définitif de cette classe. M. Odilon Barrot fit bonne justice de cette erreur qui restreignait la classe moyenne à 80,000 électeurs privilégiés.

M. Guizot se moquait absolument du monde. Comment! la classe moyenne, celle qui payait 200 francs pour avoir le droit de voter et S 00 francs pour être éligible ! Nous avons démontré, au commencement de ce volume, et nous défions toute contradiction, que les classes dirigeantes, sous le règne de Louis-Philippe, étaient absolument les mêmes que sous la Restau-

Mai \HZ'i

Intervention

de M. Guizot

dans la

discussion.

M. Guizot et la classe moyenne.

648 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, annék 1837.

Mai 1837. ration, aug-mentées de quatre-vingt-dix mille électeurs environ. Elles formaient l'aristocratie de la fortune, dans laquelle se trouvait englobée la presque totalité de l'ancienne aristocratie de la naissance. Mais les classes moyennes proprement dites, comme les classes laborieuses, étaient réduites à l'état de parias ; et nous verrons M. Guizot tomber du pouvoir, entraînant dans sa chute la monarchie de Juillet, pour s'être obstinément refusé à l'adjonction des capacités^ qui formaient l'élite de ces classes moyennes, dont il prétendait vouloir le triomphe définitif. En répondant à M. Odilon Barrot, M. Guizot prouva combien peu il comprenait l'esprit de la Révolution, et combien surtout il avait l'horreur instinctive de la démocratie.

L'amendement M. dc Yatry proposa de réduire de 150,000 francs Vatry. l'augmentation demandée. C'était la somme à laquelle il évaluait les subventions secrètes payées à certains journaux. L'adoption de cet amendement renversait le ministère de M. Mole. Celui-ci trouva dans M. de Lamartine un défenseur, sinon très ardent, du moins fort utile. L'illustre poète signalait alors l'opposition comme un obstacle à tous les gouvernements, avant et depuis la Révolution de Juillet. Mais le ministère dut son triomphe surtout à M. Thiers, qui, tout en admettant, lui aussi, la nécessité des lois de résistance, s'éleva vivement contre la politique dont M. Guizot s'était fait l'organe. M. Odilon Barrot avait déclaré qu'il souhaitait de voir à l'épreuve le système de M. Guizot. « Je ne vous souhaite pas, dit assez brutalement M. Thiers à ce dernier, dans la séance du 6, et à cause de cela, je donne ma boule blanche au cabinet du 13 avril. »Le mouvement d'adhésion qui accueillit ces paroles fut comme le présage de la victoire du cabinet. Les fonds secrets furent votés intégralement à l'imposante majorité de 250 voix contre 112. C'était la défaite des doctrinaires.

ANXÉE 1837.

Au moment où cette loi des fonds secrets était portée à la Chambre des pairs (12 mai) mi grand acte, réclamé depuis longtemps par l'opposition, venait d'être accompli.

On n'a pas oublié la résistance que l'amnistie pour les crimes et délits politiques avait rencontrée jusque-là dans les sphères ministérielles. Après son succès à la Chambre, M. Mole eut l'idée de l'opposer au système de rigueur dont M. Guizot s'était montré l'incarnation. Son rival l'avait accusé de faiblesse, il tint à prouver sa force en poussant le roi dans les voies de la clémence. Le roi s'y montrait d'ailleurs personnellement tout disposé, ne voulant pas qu'à la veille du mariage de son fils une foule de condamnés politiques continuassent à être privés de leur liberté. Le 8 mai 1836, parut une ordonnance royale portant amnistie pour tous les individus actuellement détenus par suite de condamnations politiques. L'idée de rattacher cet acte de clémence au prochain mariage du duc d'Orléans était certainement une idée heureuse. Elle fut accueillie dans toutes les classes de la société comme un gage de paix et de conciliation et prépara la France à faire bon accueil à la jeune princesse destinée à devenir la compagne de l'héritier du trône.

C'est une habitude invétérée dans les maisons régnantes, et principalement dans celles de France, d'aller chercher à l'étranger leurs alliances matrimoniales. Il en est résulté que la plupart des princes qui ont régné dans notre pays n'avaient pas que du sang français dans les veines. La monarchie de Juillet, après avoir échoué dans ses tentatives auprès de la cour de Vienne pour obtenir la main d'une archiduchesse d'Autriche, s'était rabattue sur une petite cour allemande. Après d'assez longs pourparlers, dont son orgueil eut plus d'une fois à souffrir, elle avait fini par décider le grand-

L'amuistie.

Le mariage

du duc d'Orléans.

Mai 1837.

Réouverture de Saint- Germain

l'Auxerrois.

650 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1S37.

duc de Mecklembourg-Sohwérin à accorder la princesse Hélène, sa fille, au duc d'Orléans.

Bonne, aimable et charmante, la jeune princesse avait toutes les qualités de cœur et d'esprit qui devaient en faire une épouse accomplie ; mais elle était protestante, et cela, peut-être, pouvait froisser certains conservateurs catholiques. Voltairien dans Fâme, Louis- Philippe n'avait pas de ces scrupules. Il semble même qu'il ait voulu donner une preuve de sa tolérance religieuse en mariant son fils aîné à une jeune fille élevée dans la religion luthérienne. Mais un tel mariage, sans précédent dans la maison de France, était de nature à offusquer les catholiques fougueux. Pour les désarmer, le roi imagina, par une ordonnance en date du 12 mai, de rouvrir au culte l'église de Saint-Germain l'Auxerrois, dont les portes étaient fermées depuis le sac du 14 février 1831. Les vitraux brisés, les sculptures mutilées du vieux monument, d'où était parti le signal de la Saint-Barthélémy, affligeaient beaucoup d'âmes pieuses. L'ordonnance de réouverture produisit le meilleur effet.

On put croire un moment que républicains et légitimistes désarmeraient devant cette double mesure : l'amnistie et la restitution de Saint-Germain l'Auxerrois au culte catholique. L'archevêque de Paris, si boudeur jusque-là, se rendit aux Tuileries pour remercier le roi, et M. de Montalembert, à la Chambre des pairs, ne craignit pas de prononcer quelques paroles de reconnaissance envers la monarchie de Juillet. Il y avait une sorte d'accalmie dans les cœurs. Comment la France n'aurait-elle pas souri à l'arrivée de la jeune princesse, dont la venue était précédée de ces deux actes de clémence et de pacification ?

Le 24 mai, la princesse Hélène de Mecklembourg mit pied sur la terre de France à Forbach, et, le 29, elle

Célébration

du mariage du

duc

ANNÉE 1837. CHAPITRE NEUVIÈME. Gol

faisait son entrée à Fontainebleau, où devait être celé- Mai i837. bré le mariage. Le duc d'Orléans était allé au-devant d'elle jusqu'à Ghfilons-sur-Marne, et il avait été témoin des acclamations et des témoignages de respect prodigués à sa fiancée par les populations. Louis-Philippe vint la recevoir au bas de l'escalier du vieux palais de François I", et comme elle se baissait pour lui baiser la main, il la pressa contre son cœur et l'embrassa avec effusion.

Le lendemain même, à 8 heures et demie du soir, le mariage civil eut lieu dans la galerie de Henri II, en présence de toute la cour, plus brillante qu'elle ne l'avait d'Orléans et de jamais été depuis 1830. M. Pasquier, chancelier de ^H^Jène.^^*' France, remplissait les fonctions d'officier de l'état civil. Le duc d'Orléans avait pour témoins les maréchaux Soult, Gérard, Lobau et le prince de Talleyrand; ceux de la princesse étaient le baron de Rantzau, maréchal de cour du grand-duché de Mecklembourg, le duc de Choiseul, et M. Bresson, ministre plénipotentiaire près la cour de Prusse. Immédiatement après, fut célébré le mariage religieux, selon le rite catholique, dans la chapelle de Henri II par l'évêque de Meaux, et, selon le rite protestant, dans une des salles du château, par le pasteur Cuvier. Cette double cérémonie fut suivie de divertissements de tout genre, qui rappelèrent un instant les magnificences de la cour de Louis XIV.

A cinq jours de là, le 4 juin, le prince royal et sa juin 1837. jeune femme, à la suite du roi, firent dans Paris leur entrée solennelle par l'Arc de triomphe de l'Etoile. Les légions de la garde nationale formaient la haie depuis l'Étoile jusqu'au pavillon de l'Horloge des Tuileries. Sous l'Arc de triomphe, Louis-Philippe présenta celle qu'il appelait sa fille adoptive au conseil municipal et aux principales autorités venus pour la complimenter. Le soii% un dîner de deux cents couverts réunit la famille

Juin 1837.

Ouverture

du musée de

Versailles.

632 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1837.

royale et tous les hauts dignitaires de l'époque. A diverses reprises le roi quitta la table et parut au balcon avec la nouvelle duchesse d'Orléans, que l'immense foule, répandue dans le jardin, salua de ses acclamations enthousiastes. A ces acclamations, qui paraissaient si sincères, la jeune princesse put croire à l'immortel amour des Français pour leurs princes. Qui lui eût dit alors qu'à onze ans de là, elle devrait quitter en fugitive cette royale demeure où elle venait d'entrer si joyeuse et si fêtée ?

Quelques jours plus tard, elle assista à une solennité ayant un caractère tout historique.

Depuis les sombres journées d'octobre 1789, où la royauté s'était vue contrainte de quitter le palais de Versailles, la somptueuse habitation de Louis XIV était restée dans un état presque complet d'abandon. L'empereur avait songé, paraît-il, à y établir sa résidence d'été. Les événements ne lui permirent pas de donner suite à ce projet. La Restauration avait eu la même pensée, et, sous le règne de Louis XVIII, des travaux assez importants et des agrandissements avaient été entrepris. Mais l'œuvre de réparation fut tout à coup interrompue, et le château présentait un lugubre aspect de délabrement au moment où les descendants du grand roi prirent la route de l'exil sans fin.

Fallait-il permettre au temps, cet inexorable destructeur, d'achever son œuvre? Fallait-il, pour le plaisir de quelques archéologues, laisser tomber pierre à j^ierre ce monument qui avait été témoin des splendeurs et des hontes de la monarchie française? Fallait-il enfin laisser disparaître sous l'herbe les marches de marbre où avaient traîné les robes flottantes de tant de grandes dames, depuis la duchesse de Montespan, dans tout l'éclat de son altière beauté, jusqu'à la veuve Scarron, vieillie et dévote? Louis-Philippe ne le crut pas, et il eut rai-

son. Les monuments attestent la vie d'une nation; ils Juin i837. tombent avec elle. Quand l'Acropole d'Athènes s'affaissa sous le poids des années, la Grèce elle-même n'était plus qu'une ruine.

Louis -Philippe eut une grande et généreuse pensée, ce fut de faire revivre par la toile et le marbre, dans ce palais qui avait coûté si cher à la France, toutes les gloires qui l'avaient illustrée, depuis les premiers temps de la monarchie jusqu'à l'époque contemporaine. Ni la Révolution, ni l'Empire, ni la Restauration ne furent oubliés. Quelques grandes figures, victimes de la légende et des préjugés, quelques . scènes grandioses manquent encore à la période révolutionnaire, c'est une lacune à combler. Mais l'œuvre en elle-même est digne de la reconnaissance du pays. Les frais énormes de réparation du palais, les tableaux commandés aune foule d'artistes de talent, furent payés des deniers de la liste civile et sur les revenus du domaine privé. C'étaient là de nobles dépenses, et l'histoire impartiale doit dire qu'elles affaiblissent singulièrement les accusations d'avarice et de parcimonie dirigées par l'esprit de parti contre le roi des barricades.

Ce fut le 10 juin 1837 qu'eut lieu l'ouverture de ce musée ouvert à toutes les gloires de la France. Tout ce que le pays comptait d'illustrations en tous genres, écrivains, artistes, généraux, magistrats, avait été convié à cette solennité vraiment nationale. La jeune princesse venue des profondeurs de l'Allemagne put être éblouie des splendeurs du passé de sa nouvelle patrie. Tout le monde sut un gré infini au roi Louis-Philippe de les avoir remises en pleine lumière, et cette résurrection du palais de Versailles, avec son évocation de toutes les grandeurs nationales, suffirait à sauver de l'oubli la monarchie de Juillet.

L'inauguration du musée de Versailles fut suivie de

Go4 HISTOIRE DU RÉGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1837.

Juin 1837. près des fêtes données par la ville de Paris, qui avait Les fêtes de tenu, elle aussi, à célébrer dignement l'arrivée de la ^Pad ^^ nouvelle duchesse d'Orléans dans la capitale. C'était le 14 juin. Toute la journée se passa en distributions de secours aux indigents, en jeux, spectacles gratuits et divertissements de toutes sortes. Plus de deux cent mille personnes étaient accourues y prendre part. La plus franche gaieté avait présidé à cette fête populaire, et tout s'était passé dans le plus grand ordre. Nul ne prévoyait l'affreux malheur qui devait en être le couronnement. Catastrophe ^^^' ^^^^ attention délicate, la municipalité parisienne (lu Champ de avait eu ridée de donner au Champ de Mars une représentation du siège d'Anvers, auquel, on s'en souvient, le duc d'Orléans avait pris une part fort honorable. Il était environ 9 heures et demie du soir. Ce simulacre de guerre et le feu d'artifice qui l'avait accompagné s'étaient terminés sans le moindre accident. Mais au moment où s'écoulait l'immense flot de population répandu dans l'enceinte du Champ de Mars, des cris sinistres se firent entendre. La foule se trouva tellement pressée aux grilles de sortie, insuffisantes pour livrer passage à une pareille cohue, qu'un grand nombre de personnes se trouvèrent renversées et foulées aux pieds. Malheureusement vingt-trois d'entre elles, hommes, femmes et enfants, furent relevées à l'état de cadavres. La plupart appartenaient à la classe ouvrière, toujours avide de ces grands spectacles patriotiques. Il n'était pas possible de voir se terminer d'une façon plus tragique une journée consacrée à la joie et au plaisir. Comme toujours le mal, déjà si grand, avait été exagéré par les colporteurs de nouvelles. Il y eut dans Paris une véritable consternation. On se rappela involontairement qu'aux fêtes données par la ville de Paris à l'occasion du mariage du dauphin et de la dauphine, depuis Louis XYI et Marie-Antoinette, une foule de personnes

avaient également péri, et la catastrophe du 14 juin Juin i837. parut de bien mauvais augure à nombre de gens supersti tieux.

Le lendemain, un banquet et un bal devaient avoir BatsàiHôteilieu à l'Hôtel-de- Ville; mais ils furent ajournés sous ^^ ^Wnéra l'impression du malheur terrible arrivé au Champ de' Mars, et n'eurent lieu que le 19. Cent quatre-vingts couverts avaient été dressés dans la grande salle de Henri II, où s'étaient passés tant d'événements depuis la Ligue et la Fronde jusqu'à la Révolution française, et où la dynastie nouvelle avait été acceptée par une municipalité improvisée. A ce souvenir, le roi se plut à rappeler que Paris était sa ville natale, et il but à sa prospérité, après avoir manifesté chaleureusement tout le bonheur qu'il éprouvait à se retrouver dans cette même salle où, le 30 juillet 1830, la France avait, avec lui, repris le drapeau tricolore.

Trois jours après, la garde nationale de Paris donnait à l'Opéra un grand bal en l'honneur du duc d'Orléans et de sa jeune femme Ce fut la dernière solennité des fêtes de ce mariage, célébré sous de si brillants auspices, et que devaient assombrir tant de deuils.

Pendant que la dynastie d'Orléans se flattait de se Le budget de fortifier par une alliance matrimoniale avec une petite ^^^'^• puissance allemande, la Chambre élective discutait laborieusement le budget de 1838. Les débats durèrent des semaines entières et, comme toujours, donnèrent lieu à toutes sortes de récriminations. L'opposition continuait de reprocher amèrement, et non sans raison, au gouvernement d'avoir trahi toutes les promesses de Juillet et de se tourner de plus en plus vers le passé, au lieu de marcher dans les voies du progrès et de la liberté. C'était, du reste, la répétition des plaintes dont ne manquait jamais de retentir la discussion de l'Adresse. Aussi le public ne prêtait-il qu'une attention distraite

636 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1837.

Juin 1837. à ces débats, d'une longueur infinie, sur les lois de finances, si intéressantes pourtant au point de vue de la grandeur et de la prospérité du pays.

Deux questions cependant captivèrent particulièrement l'opinion, celle de nos possessions algériennes et celle des chemins de fer. L'opinion, en France, avonsnous dit déjà, était entièrement favorable à la conservation de l'Algérie. A cet égard le parti conservateur était fort divisé. « Au point de vue financier, disait le rapporteur du budget de 1838, M. Jacques Lefebvre, qui n'appartenait pas à l'opposition, les avantages que la France peut espérer de la possession d'Alger seront certainement nuls. Alger sera toujours onéreux au Trésor, comme le sont presque toutes les colonies. » C'était une erreur profonde, de la part de M. Jacques Lefebvre, de confondre les colonies lointaines avec cette terre algérienne qui, au delà de la Méditerranée, était comme la continuation de la France, et qui aurait immédiatement donné des résultats féconds, si, dès l'origine, on avait pris à son égard de vigoureuses résolutions. Quant aux autres colonies, combien le rapporteur général du budget de 1838 avait raison! Et, lorsqu'on se reporte à ces grandes discussions, si loin de nous déjà, on ne peut s'empêcher d'éprouver un cruel serrement de cœur en voyant la trosième République, sourde à la voix de l'histoire et oublieuse des leçons du passé, gaspiller dans d'inutiles aventures coloniales le sang et les richesses du pays. Mais, nous le répétons, on ne saurait confondre notre conquête algérienne avec ces entreprises lointaines condamnées parle bon sens. Nous allons voir un éclatant fait d'armes ramener sur l'Algérie l'attention enthousiaste du pays.

La question II ne fut question des chemins de fer qu'incidemment

des chemins (j^^j^g |g^ discussion du budget. Au cours de cette disde fer. . . . , , . .

cussion, six projets de loi avaient été présentés par le

gouvernement pour l'établissement de six grandes li- Juin I8.37. gnes. On allait inaugurer la ligne du chemin de Paris à Saint- Germain. Mais c'était une ligne bien modeste, et l'on s'étonnait prodigieusement de voir un pays comme la France se trouver tellement en retard sur d'autres nations dans l'application de ce nouveau moyen de communication, qui devait exercer une si heureuse influence sur le commerce, l'industrie, l'agriculture, sur les rapports sociaux et sur les intérêts les plus élevés de l'humanité. L'établissement des chemins de fer en France rencontra d'inconcevables préventions. M. Thiers fut de ceux qui s'opiniâtrèrent le plus à traiter de chimérique cette magnifique conquête du génie de l'homme sur l'espace et sur le temps. Ces préventions, jointes à une coalition d'intérêts privés, furent cause que l'on dépouilla l'Etat de l'exploitation d'une entreprise qui était un service absolument national. La Chambre vota, presque sans discussion, les 24 et 25 juin, le principe des concessions pour nos principales lignes de fer. Ce fut un véritable vol fait au pays. Et pourtant le directeur général des ponts et chaussées n'avait pas manqué de donner aux Chambres un solennel avertissement; il avait déclaré hautement que, sous beaucoup de rapports, il était infiniment préférable que l'industrie des chemins de fer demeurât entre les mains du gouvernement. « Les chemins de fer, dit-il, sont au nombre des moyens de la puissance publique, ce sont de grandes rênes de gouvernement. Il serait à désirer que l'Etat les put réunir dans sa main. » Pour lui, il était d'avis de demander au pays, par l'impôt ou par l'emprunt, les sommes nécessaires pour réaliser notre magnifique réseau de chemins de fer.

La France regrettera éternellement que cette voix de la sagesse n'ait pas été entendue. Que d'incalculables avantages en fussent résultés pour le pays ! M. Duchâ-

Juin 1831

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