JUILLET-AOUT
Vote flu budaret.
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tel, lui aussi, dénonçant d'avance les effets de l'agiotage comme une conséquence fatale des concessions aux compagnies, jugeait infiniment préférable l'exécution des grandes lignes de chemins de fer par le gouvernement. Mais la Chambre des députés de 1837 sacrifia honteusement les intérêts généraux du pays à ceux de quelques financiers. Elle engagea l'avenir en décidant que notre réseau de chemins de fer serait livré comme une immense proie aux spéculateurs et à l'agiotage. Le bon marché des transports, la diminution de l'impôt, conséquence forcée des ressources que l'Etat aurait trouvées dans l'exploitation des chemins de fer, après l'amortissement des frais de premier établissement, tout cela devait être sacrifié à la voracité de quelques financiers. Le pays se trouva frustré ; mais, en revanche, de scandaleuses fortunes s'élevèrent comme par enchantement aux dépens de l'épargne publique. Nous verrons toutefois le gouvernement de Louis-Philippe livrer encore, l'année suivante, une dernière bataille pour tenter d'arracher aux loups-cerviers cette entreprise nationale; mais la Chambre de 1838, comme celle de 1837, sacrifiera sans pitié à la féodalité financière les intérêts les plus sacrés du pays.
La Chambre reprit la discussion du budget aussitôt après cette suprême iniquité. Le budget des dépenses était évalué, pour l'année 1838, à 1,037,258,050 francs; celui des recettees à 1,053, 340, 078; ce qui faisait un excédant d'un peu plus de seize millions. Sans entrer dans des détails fastidieux, nous donnons à dessein, chaque année, les chiffres budgétaires, pour permettre à nos lecteurs de se rendre compte, d'année en année, de la progression de nos budgets. L'ensemble des lois de finances pour 1838 fut voté à une immense majorité, dans la séance du 30 juin. Nous sommes loin de ces heureux temps financiers où un budget d'un milliard
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session de 183/
suffisait à la France. Et, il faut bien le dire, l'année 1837 fut une année exceptionnellement prospère, au point de vue matériel. Mais il s'en fallait de beaucoup que la situation fût aussi bonne au point de vue moral et politique. La monarchie de Juillet, qui n'avait pour elle ni la tradition ni la sanction nationale, semblait comme isolée au milieu du pays.
Dans le cours de la discussion du budget, un des clôture de la membres de l'opposition, M. Glais-Bizoln, exprima le vœu de voir la Chambre actuelle se retremper dans de nouvelles élections. Et bientôt le ministère, dans un intérêt tout personnel, et pour essayer de faire ratifier par une majorité plus docile son système de gouvernement, n'hésitera pas à faire appel au corps électoral. Lorsque la Chambre des pairs eut voté, à son tour, les lois de finances, il se hâta de prononcer la clôture de la session, sans daigner répondre à une interpellation du vicomte Dubouchage, qui aurait voulu savoir quelle politique les ministres entendaient suivre dans l'intervalle de la session actuelle à la session prochaine.
Cette politique devait être, sans peine, un peu plus libérale que celle des doctrinaires. M. Mole semblait prendre un plaisir extrême à se venger des blessures que son amour-propre avait reçues de M. Guizot en montrant combien son système était plus conforme que celui de M. Guizot à l'esprit de la Révolution de Juillet. La presse, poursuivie avec tant d'acharnement en ces dernières années, semblait avoir ses coudées plus franches. Les lois de septembre, il est vrai, avaient mis bon ordre à l'audace des journalistes. Cependant la presse de l'opposition n'en avait pas moins attaqué le ministère avec un certain acharnement. Deux journaux de nuance libérale, le Siècle et le Charivari, avaient été livrés à la justice : le premier pour avoir fait remonter jusqu'au roi la responsabilité des actes de son gouvei-
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Procès et
condamnation
du général
Donnadieu.
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nement ; le second pour avoir outragé les membres de la famille royale, dans un article relatif à l'apanage du duc de Nemours et à la dot de la reine des Belges, et ayant pour titre : Un million^ s'il vous piait. Défendus, l'un par M. Odilon Barrot, l'autre par M. Ledru-Rollin, ils avaient été acquittés tous deux.
Le jury de la Seine se montra moins indulgent à l'égard du général Donnadieu, l'un des plus furieux réactionnaires du temps de la Restauration (1). Commandant d'une de nos principales divisions militaires, au moment de la Révolution de Juillet, le général Donnadieu n'avait pas hésité à reconnaître le nouveau gouvernement. Mais il avait contre lui le souvenir de sa conduite à Grenoble, et son horreur trop souvent manifestée des principes de la Révolution. Aussi avait-il été laissé de côté par le nouveau régime. De là d'immortelles rancunes, et une haine qu'il s'efforça d'assouvir largement dans un livre publié sous ce titre, au commencement de 1831 : De la vieille Europe^ des rois et des peuples de notre époque. Le général n'y ménageait ni la personne du roi ni les droits problématiques que Louis- Philippe tenait d'une assemblée sans mandat. Dans un pays libre on n'y aurait pas fait attention.
L'ouvrage avait même passé inaperçu lorsqu'à la fin de juin 1837, le journal la Quotidienne, à propos des affaires d'Algérie et du traité de la Tafna, récemment passé par le général Bugeaud avec Abd-el-Kader, en cita quelques passages des plus amers. Le parquet s'émut plus qu'il n'aurait fallu, et, le 14 juillet, le général Donnadieu, l'éditeur, l'imprimeur et le gérant de la Quotidienne, comparurent devant la cour d'assises de la Seine. Le général Donnadieu fut seul condamné, en dépit ou peut-être à cause d un discours qu'il prononça pour sa
(l) Voy. noire Histoire delà Restauration.
défense, et où il vanta outre mesure les bienfaits des gouvernements absolus et conservateurs. Deux ans de prison, 5,000 francs d'amende et deux ans d'interdiction de ses droits civiques, lui apprirent à méditer sur les régimes où la liberté n'était qu'un mot vide et sonore.
Et, comme par ironie, on allait célébrer pour la septième fois l'anniversaire d'une révolution faite pour restituer à la France toutes ses libertés. Ce fut la répétition des fêtes accoutumées, moins la revue de la garde nationale, qui se trouva supprimée comme l'année précédente. On eût dit que l'on redoutait une nouvelle entreprise contre la vie du roi.
A quelque temps de là avait lieu une solennité d'un caractère tout nouveau. Le 16 août, fut inauguré le chemin de fer de Paris à Saint-Germain, que quelques voyageurs privilégiés avaient déjà parcouru deux ou trois fois. Une foule innombrable était accourue pour assister à l'ouverture publique du second chemin de fer construit en France. Beaucoup hésitaient encore à se servir de ce mode de locomotion. Plus de dix mille personnes cependant firent, ce jour-là, dans les wagons de la compagnie, en trente minutes, le trajet de Paris à Saint-Germain. Elles purent juger ainsi par ellesmêmes de la supériorité de ce moyen de transport sur l'ancien système de traction par les chevaux, et sourire de l'opinion, un peu arriérée, de M. Thiers, qui assurait qu'une ligne de fer était bonne tout au plus pour amuser les Parisiens de Paris à Saint-Germain.
Pendant ce temps le duc d'Orléans allait présenter sa jeune femme aux populations du Nord. Il visita avec elle Rouen, le Havre, Saint- Quentin, et, dans tous ces foyers d'activité industrielle, ils reçurent l'accueil le plus empressé. On croyait saluer en eux l'avenir du pays. Partout, sur leur passage, retentirent d'enthou-