VIII PRÉFACE
abaissement de la France pendant ses dix-huit ans de régne.
Il valait certainement mieux que la plupart de ceux qui l'ont hissé sur le trône de Charles X. Seulement il a eu le tort d'épouser leurs passions sans grandeur et de trop prêter les mains à leur système de réaction, rompant ainsi, presque dès le début, avec les amis de la première heure qui, en le soutenant, espéraient faire de lui le continuateur couronné de la Révolution française.
Bien qu'il ait fait de sa liste civile un usage beaucoup plus large et plus noble qu'on ne le croit généralement, l'amour du lucre l'entraîna souvent trop loin ; on le verra, par exemple, pour capter, au profit de l'un de ses enfants, l'héritage du prince de Condé, descendre à des compromissions véritablement honteuses, et l'austérité de ses mœurs privées a été impuissante à efîacer l'impression défavorable qui en est restée sur sa mémoire.
Il serait, d'ailleurs, contraire à l'équité de le rendre responsable des orgies financières auxquelles son règne a donné l'élan. Son gouvernement s'efforça même, en vain, comme on le verra, d'empêcher le pouvoir législatif de livrer l'industrie des chemins de fer à la cupidité effrénée de la spéculation. La responsabiKté de cette immense spoliation pèse tout entière sur les représentants du pays. Néanmoins la cause initiale de ces orgies financières, qui n'ont fait que se continuer sous le second Empire et de nos jours, n'en remonte pas moins à la monarchie de Juillet.
Cette monarchie, dont on vante si complaisamment les bienfaits à cette heure, a-t-elle, en compensation, mieux que sa devancière, assuré l'ordre public et la liberté, dont elle avait inscrit les noms sur son drapeau?
PRÉFACb:. IX
Hélas ! la liberté n'a pas été beaucoup plus respectée ; les conspirations ont refleuri de plus belle ; les émeutes et les insurrections se sont multipliées plus sanglantes, et des séries de tentatives 4'assassinat, que n'avait point connues la Restauration, sont venues contrister le pays.
Était-ce donc là le calme et la sécurité dont les monarchies, au dire de certains publicistes, ont le privilège et le monopole ?
La troisième République n'a pas encore réalisé toutes nos espérances ; c'est entendu. La gestion financière de ceux qui l'ont dirigée n'est pas exempte de reproches; une foule de réformes promises ont été indéfiniment ajournées; les impôts ont suivi une marche ascensionnelle; et le fonctionnarisme^ si amèrement dénoncé jadis par les patriotes, n'a fait que croître et embellir ; j'y consens.
Mais tout n'a pas été aussi mal que veulent bien le dire les adversaires du régime républicain. N'est-ce donc rien que la patrie relevée, et mise en état de répondre à toutes les attaques? N'est-ce donc rien que l'ignorance vaincue, et l'instruction largement distribuée à tous ? N'est-ce donc rien que l'ordre matériel maintenu sur toute la surface du pays malgré une somme do libertés telle que jamais monarchie ne serait capable d'en supporter une semblable?
Et quand même! Est-ce que vraiment les anciens partis ont tant à se plaindre de la République ? Si l'on cherchait bien, ne trouverait-on pas, dans nos cours et tribunaux, dans toutes nos administrations, depuis le conseil de préfecture jusqu'au conseil d'Etat, et surtout dans nos chancelleries, une foule de leurs membres qui