c Que si cette dernière n'existait plus
68 HISTOIRE (i4a5)
« le duché serait remis entre les mains des c< gentilshommes et barons Lorrains , pour «c en déférer la souveraineté au plus proche « héritier^ ( clause déjà insérée dans ses « premières dispositions testamentaires.}
Ce prince ne s'en tint pas à cet acte authentique^ portant sa prévoyance plus loin,
il convoqua la noblesse de ses états le i3 Décembre 14^5, lui fit part de ses intentions et en obtint rengagement solennel que s'il mourait, sans laisser de fils légitime^ sa fille aînée Isabelle, ou la seconde à son défaut, hériterait sans contestation de tous ses états. Il ne lui fut pas difficile de prouver que l'ordre de cette succession reconnu depuis un temps immémorial, était la sauve-garde de leurs droits, comme de l'indépendance de la Lorraine.
Aussi, les gentilshommes réunis à Nancy applaudirent-ils unanimement à la prudence qui dirigeait les desseins du duc ^ tous l'assurèrent de leur ferme résolution de les appuyer, et firent serment de reconnaître après sa mort Isabelle, pour dame et souveraine de la Lorraine.
Cette mesure fut à peine connue du comte de Vaudémonl, que prenant sur le champ un parti extrême, il s'occupa de réunir tous ses vassaux auprès do lui, commença les pré-
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paratifs de guerre, fil un appel à ses alliés, et parut ne pas douter du succès de sa téméraire entreprise. Ces dispositions offensives et ses propos contre le jeune duc de Bar, ne laissant plus de doute à ce prince sur les intentions bostiles de son cousin, celui-ci se mit également en devoir de vider cette nouvelle querelle par le sort des armes. Il fît rassembler toutes ses troupes sur le même point, les organisa sans perdre de temps, et soit qu'il suivit les conseils du cardinal de Bar 01F du duc de Lorraine, soit de son propre mouvement, il conduisit sa petite armée sous les murs de Ve^ selisey la place la plus importante des états du conite de Vaudémont. Cette ville était défendue par un fort château flanqué de cinq grosses tours dont il ne reste plus que les ruines.
Il parait que René fut rappelé peu de temps après en Lorraine par d'autres événements, ou parce qu'il jugea que le siège de Véselise traînerait trop en longueur^ mais quoiqu'il y eut laissé pour le continuer un chevalier digne de toute sa confiance ( Jean de Remicourt, dit Pélégriu, sénéchal de Lorraine), il fit cependant i>ar intervalle quelques apparitions dans son armée. 11 en
PomCaluust. T. II. Fol. 76).
7^ HISTOIRE (i J'i6-i4'i7)
détourna même une partie pour se porter sur Vaudémont, afin d'en commencer également le siège.
Véselise n'avait guères qu'environ huit cent hommes de garnison à opposer à près de deux mille trois cent soldats réunis par Hené^ néanmoins la vigoureuse résistance des assiégés fit prolonger ce blocus pendant trois ans , au bout desquels, la ville s'étant rendue faute de vivres, la garnison en fut conduite à Nancy. Le brave Jean "de Remicourt ne goûta pas la satisfaction d'être témoin de ce succès j il était mort, durant le siège, atteint d'un coup de flèche. René qui le regrettait vivement, ordonna qu'il fût enterré à l'endroit même où il était tombé , ainsi qu'il en avait témoigné le désir dans son testament. Une croix fut plantée au-dessus de sa tombe , sur laquelle on plaça également, par les soins de René, une épitaphe et les armes du valeureux sénéchaL
L'an i4î^6 s'écoula ainsi pour ce prince, dans la surveillance active qu'exigeait le siège de Véselise et les dispositions ennemies du comte de Vaudémont^ mais un événement plus heureux attendait René Tannée suivante; la duchesse son épouse lui donna un fils le 2 Août O \^i^.
(*) « Un veuclredi, dit la chronique de St. Thiébaut , la duchesse
;;i4'a6-i427) DE REINE DANJOU. 71
Cette naissance, si impatiemment désirée, fut célébrée en Lorraine comme dans le Barrois, par des réjouissances extraordinaires: elle était en efiel le gage du plus heureux avenir j on la regardait comme la fin de tous les maux, et l'on devait s'en féliciter comme d'un véritable bopiheur public.
L'illustre rejeton de la ipaison d'Anjou naquit vraisemblablement à Toul, où il fut baptisé le 5 du mên\e mois , ayant pour parrains Conrad Bayer ^ évoque de Metz, et Bouchard de Calze-Esteiriy éveque de Strasbourg, qui Iqi donnèrent le nom de Jean(*),ÇLsL fécondité d'Isabelle se prolongea pendant plusieurs années de suite, et en mettant le comble à la satisfaction intérieure des deux époux , elle raffermit encore davantage l'espoir de tous Içiirs futurs sujets ),
Ce fut vers le même temps (le 16 Octobre,^ çpie René conclut un nouveau traité de paix
« de Bar eust ung bel fils, et fust un gl'ant joie dans ses duchîés, % car c^estoit de la plus haute Ugné de la chrétienté* »
(*] "Vqjcz la note (5) sur Jean d'Anjou; Tome II.
Sa mère accoucha le 11 Septembre de Tannée suivante à Bar, d'une fiite nonmiée Yolande comme son aïeule. On a prétendu qu'elle vint au monde avec un frère jumeau, qu'on appela Nicolas et qui mourut très jeune empoisonné.
Louis et Marguerite les suivirent de près.
( Manuscrit Provençal. — Le père Anselme. HiMi. générale de la maison de France, Toin. I", fol. a3a. — Bouche, hist. de Provence, fol. 4i3. — Benoit 4c Tbulj p. i35.
avec le Damoisel de Commercy , que de sévères leçons n'empêchaient point d'élever encore d'imprudentes prétentions sur son indépendance du souverain de Bar.
VII. La guerre continuait cependant en France,- elle semblait même y avoir pris un nouveau degré d'animosité, depuis que Charles VII, manifestant hautement l'intention d'en expulser les Anglais, avait vu accourir autour de' sa personne plusieurs princes jaloux de combattre sous ses drapeaux. La bataille de la Graçille^gSignée par l'armée française, avait ranimé la confiance, et présageait sans doute de nouveaux succèst mais on n'ignorait pas qu'un seul revers pouvait faire évanouir tous ces avantages. Le roi ne l'éprouva que trop après la malheureuse journée des Harengs (*),repoussé de toutes parts et obligé de disséminer ses troupes sur plusieurs points afin de tenir tête à ses divers ennemis, Charles VII envisageait surtout avec douleur l'impossibilité de faire lever le siège d'Orléans , où l'élite de ses guerriers était enfermée, tandis que plusieurs de ses capitaines» prisonnier!^ dans d'autres forteresses françaises tombées
(* ) Elle eut lieu auprès de Rouvrai , et commença p»r l'attaque (ruii zt^wyfox de hmen^s , ce qui en fît donner le nom a cette bataii.'c.
(44^2fc^«4'i7) ^^ ï^ENÉ D'ANJOU. 78
au pouvoir des ennemis , gémissaient depuis long-temps dans la plus affligeante captivité.
Accablé par tant de désastres, il ne restait à Charles que sa fermeté et son courage à opposer à la mauvaise fortune^ il ne savait même plus où fixer sa destinée erranle, et prêt à céder à la fatalité qui le poursuivait, il avait alors songé à se réfugier en Dauphiné, en: Languedoc, puis en Espagne et même en Ecosse, dans Tespoir que les alliances de sa maison avec ces deux derniers royaumes^ lui feraient trouver un asile et des appuis. Mais 3farie d'Anjou opposant à cette résolution pusillanime tous les efforts de sa raison et de son noble caractère, avait réussi à la lui faire abandonner par le seul ascendant de ses vertus. Toutefois, elle commençait elle-même à redouter les suites de ses héroïques conseils, quand le ciel sembla vouloir la justifier, par un de ces événements merveilleux dont on ne trouve que ce seul exemple dans l'histoire des peuples, et qui vint tout-à-coup changer comme par enchantement la face totale de la France.
Née dans le village deDom-Remi (enclavé entre le diocèse de Toul , les frontières du Barrois et celles de Lorraine ), Jeanne d'Arc C*), .
('*') Ce que nous rapportons ici de Jeanne d \rc ne dlifére quej>ar de très Idgères circonstances de Thistoire de l'hérouie de Dom-
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presque la vassale de René , était déjà conSue au<-delà du vallon obscur où elle avait* passé son enfance, par ses ver lus, s on cou rage, l'exaltation extraordinaire de son esprit, et surtout par ses visions mystérieuses auprès de l'arbre antique4es Fées. Enceinte d'elle, sa mère avait rêvé', disait-on, qu'elle enfantait la foudre, et une foule d'opinions plus ou moins singulières se propageaient? chaque jour sur le compte d^ la jeune bergère. Mais si les uns la tenaient pour yb//e, deswyée de santé <, ou la regardaient comme sujette à des accès de manie, les hommes pieux qui l'avaient suivie dèsFâgele plus tendre, ou qui F ayant vue de près connaissaient sa conduite tout entière, ne doutaient point qu'elle ne fût animée delà foi céleste et dirigée par l'esprit du Seigneur.
Sa taille était svelte et élevée^ ses grands
^emi par M»". Lebrun de ChRrmettes. qui n'a rien nqgligc^ pour faire connaître cette fille vraiment extraordinaire;
J^an de Molinet dit: Que sainte fust aornée
Par Içs œuvres que fist*.
Le père Frontin-lc-djic composa.ea iS^q, wve histoire tragique de lapuceUcy qoi fut représentée K Pont-k-Mousson en présence de- Charles ni dit le Grand. — Ce prince en fut si cqntent, qu'il fit faire un habit neuf complet au poète.
Chronique de Lorraine. Monstrelet. fol. 333. Tom. II. — Hist. de Jeanne d'Arc. ( Lebrun de Channettes) Tom. II , p. ^,^3, ai 5. — Jean de Serres, inventaire général de 1 hist. de France, fol ai 4- — Dom Ko muai d. Trésor chronologique, T© m. III, fol. i87.~Hist. de f^;ancc. Tom. XIV p. 3^5. —Causes célèbr*». Tome. XIV. p.a33.
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yeux bruns élaient à la fois doux et empreints d'une sorte de mélancolie; de longs cheveux châtains flottaient sur ses épaules ; sa voix était touchante, et tout son extérieur contrastait fortement avec ses grossiers habits de bergère.
Sa réputation de piété et d'enthousiasme s'accroissant de plus en plus, parvint enfin jusqu'à Robert de Beaudricourt , gouverneur de Vaucouleurs. Ce guerrier, partageant bientôt lui-même l'étonnemcnt général qu'inspirait cette fille extraordinaire, la fit amener près de lui, l'entretint long-temps, et, frappé de ses réponses (*); — • « Ma fille, lui dit -il, je * veux vous conduire vers le duc de Lorraine « votre souverain seigneur, disposez-vous à «entreprendre ce voyage. » — La bergère éprouvant une vive joie à la proposition de Beaudricourt , s'apprêta aussitôt à le suivre , et adressa alors les adieux les plus touchants à sa famille en pleurs.
Il parait pourtant, qu'avant de se présenter au duc de Lorraine, Jeanne désira aller faire ses dévotions à St.-Nicolas-de-Port, petite ville située à deux lieues de Nancy, et célèbre par
(*) « Vous veux mener vers le duc CharLes k Naoc^, ( ditla Clirou Ddque de Lorrains, ) qui est votre sottTeraitt seigotur. • • et la « fille bien joyeuse fast. »
la foule de pèlerins qu'y attirent annuellement les nombreuses reliques de son église. Ce pieux devoir accompli, elle arriva à Nancy, accompagnée de Laœart^ son oncle, et de Jea» de Metz, seigneur de Novelonpont (*).
Averti par le gouverneur de Vaucouleurs, le duc Charles ( qui avait envoyé à Jeanne un cheval noir et un sauf-conduit ^, Fadmit avec la plus grande bonté auprès de lui, et désirant s'assurer par lui-même de la vérité des rapports qui circulaient sur elle, il P interrogea à plusieurs reprises sur tous^ les évè^ nements de sa vie.
Mais craignant que ce prince ne cherchât
(*) Si Jeanne a vouTu assister k la fête de St. Nicolas , qui se célèbre le Lendemain de la Peutec6ter> elle dut exécuter son pèlerinagevers le milieu, du mois de mai , Pâques se trouvant le 4 Avril, Tan^ née 14^8.
Su. Nicolas est un bourg considérable k deux li^eues de Nancy.. Son église qui mérite Tatteution des voyageurs, possédait autrefois des objets très précieux, en tr' autres la nef d^argent offerte par Joiaville d'après le vœu de Marguerite de Provence.
Depuis rage de 12 ans Louise de Vaudémont allait une fois par semaine visiter Téglisc de St. Nicolas, ordinairement habillée en villageois^, accompagnée seulement d'un gentilhomme, de. ses de^ moiselies et d^un laquais.. Elle en revenait k pied, lorsque du Guast, ( favori et ambassadeur de Henri III roi de France ) yint au nom de son muitre demander la main de Louise au comte de Vaudér mont.
Cette princesse employait en aumônes vingt cinq écus qu'on lui donnait par mois pour ses menus plaisirs.
( Mémoires et anecdotes des reines de France. Tom..'V. p. 6a; Mallet, économies spirituelles des grands p. iSg.)
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à s'opposer à ses desseins, a cause de son attachement bien prononcé pour le parti du duc de Bourgogne qu'elle avait en horreur, Jeanne ne lui confia point d'abord le véritable objet de son voyage^ elle parut même ne s'être présentée à la cour du duc de Lorraine, que pour lui faire entendre des leçons hardies que la simplicité d'une villageoise pouvait seule faire excuser. Elle s'expliqua surtout avec une sévère franchise sur la conduite de Charles envers la vertueuse duchesse Marguerite (qu'il traitait avec une extrême froideur à cause de la belle Alizon du May. dont il était
alors éperdument amoureux). Le prince ayant détourné cette conversation pour demander à la bergère le moyen de guérir les infirmités qui le tourmentaient, Jeanne ajouta qu'il ne devait point « espérer d'en être délivré, tant « qu'il persisterait k vivre ainsi dans le dé- » règlement. »
Encouragée par l'indulgence de Charles, et pressée de nouvelles questions, elle lui fit part ensuite des h autes destinées auxquelles elle se sentait appelée par le ciel mêmej puis elle conjura de permettre que le prince René (*) l'accompagnât à la tête de ses troupes, vers
(^) L^histoire dit ie prince son/ils^ mais le duc de Lorraine, a^ayaiit ^e des fîUes, ce passage ne peut se rapporter qu^au duc de fiar.