HISTOIRE (142B
le camp de Charles VII , où elle l'engageait aussi à se rendre avec elle (*)-
Surpris d'une pareille résolution, le duc de Lorraine ne put s'empêcher d'exprimer à Jeanne la crainte qu'elle ne succombât dans une enireprise aussi périlleuse, elle, jeune paysanne qui n'avait sans doute jamais monté à cheval, ni sçu manier les armes. — Faites- * « moi amener un de vos destriers, répondit- <r elle, sans se déconcerter, et Ton verra si je ic mérite qu'on ait confiance en mes paroles. * — Toujours plus étonné, Charles ordonna alors qu'on fût chercher un de ses meilleurs chevaux; il fit rassembler toute sa cour autour de lui, et chacun partagea son admiration, en voyant cette fille d'un extérieur doux et timide, s'élancer sur un haut cheval de bataille sans se servir des étriers, s'emparQr,d'un air martial , d'une lance qu'on lui présentait et exé-
{*) « Commeat, reprit le duc (dît la chronique de Lorraine), ta n ne portas jamais armes, ne à cheval ne fîiz? — la fiUe répondit: « quand j'aurai ung cheval et ung hamoys , dessus je monterai.. Ik, ver- « ra-t-on,si jene sçay. ce que je dis.— Le duc lui donna ung hamoys « et ung cheval et la fist armer. On amena le cheval et des meil- « leurs, tout sellez, bridez en présence de tous. Elle estait légère, d et sans mettre pied en Testrier, dedans la selle se rua. — On loi « donna une lance, elle vinst en la place du chasteau, elie la couce rust. . jamais homme d^ armes mieulx ne la courut. Toute la note blesse esbahy estoient: le duc bien cogneust qu^elle avait vertu et « dist k messire Robert: Or Temmeoez, Dieu lui vueilJe accomplir « ses désira. »
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cuter devant la place du château , plusieurs courses et évolution^, aussi bien que Fhommc d'armes le mieux exercé.
Tous les gentilshommes applaudirent à la contenance belliqueuse de la future héroïne dont les yeux élince' aient de feu ^ Charles luimême , entraîné par Tascendant de cette simplo villageoise sur ceux qui l'approchaient, n^ put méconnaître en elle quelque chose de surnaturel;... << Couduisez-la, dit-il, en la re- « commandant à Robert de Beaudricourt; que « Dieu veille sur elle^ et lui donne Taccom- « plissement de ses généreux desseins!...»
Si le jeune duc de Bar assistait à cette mémorable en trevue> comme il n'est guère permis d'en douter, l'héroïne de Dom-Remi dût communiquer son noble enthousiasme à un prince français rempli lui-même de bravoure et d'ardeur. Il çstvrqiseipblable que René aurait alors sollicité du duc Charles l'honneur de guider ou de suivre la .jeuuç guerrière vers le roi de France,. auquel elle allait apparaître comme Fange dei l'espérance et de la victoire, si une guerre imprévue, occasîonée par ^n sujet aussi léger que bizarre, n'eût éclaté entre le duc de Lorraine et la ville de Metz. Le duc de Bar s'éloigna donc de Nancy afin de rassembler sesiroupes, au moment où Jeanne d'Arc, pour-
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suivant sa glorieuse mission, arrivait sous 4es tentes françaises.
A la prière de Hené sans doute, Yolande d'Aragon, sa mère, qui s'empressa d'accueillir la jeune héroïne, n'hésita pas à répondre de sa vertu devant toute la cour de Charles VII réunie Ci 7).
René ne pouvant rassembler assez de Ibrices pour voler au secours de son beau-père, et continuer en même-temps le siège de Véselise et de Vaudémont, abandonna pour le moment Fat* iaque de cette dernière ville et marcha sur Metz (*), ayant auparavant envoyé son héraut noblement vêtu et portant sa cotte d^ amies ^ défier les gentilshommes et les bourgeois qui, sous le nom de maître échevin et de jurés ,
Chronique de St. Thiébaut. Hist. deLoffraine^ Il^fd. 6S7. — Hist. général de Metz.
C*) Cette vif]e,qai se regardait alors comme iadépendante, avait on gouveraement particulier composé d^ua maître échevin et de treize Jurés, doat sept d^entr^eux veillaieut k sa défense, ce qui les faisait appeler les sept de la guerre. Les lettres de défi ou de déclaratioD d^ho6tiiités , leur étaient adressées. Dans la dernière qv^e Charles H duc de Lorraine leur envoya , en date du 3o Mai 14^9, on voit la signature de Jehan d^Aussonviile sénéchal, Gérard du Gh&telet ma-^ récfaal. Ferry de Savigny, Ferry de Ludes (ou Ladres ) et dHme feule de chevaliers.
Les Sept de !a guerre répondirent au défi de Vieaé qualifié duc de Bar, le 10 Juin i^^g» Dans le traité de paix qu^il conclut avec eux le 11 Mars de Tannée suivante, il appelait Tévéque, son cher com père et grand amy.
Uisloire de Metz. Toin. V, p. 9v'>, 23S.
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étaient chargés de veiller à sa défense. Le marquis de Bade, le duc de Bavière et l'archevêque de Cologne, tous alliés du due de Lorraine, avaient envoyé le même défi aux sept de la guerre.(On appelait ainsi sept des treize jurés, dont l'autorité regardait spécialement tout ce qui concernait la guerre). On voyait au milieu de ces princes l'intrépide Charles, porté dans une chaise à cause des douleurs de goutte qui l'accablaient, mais voulant encore assister au
combat décisif qui semblait se préparer. Les sept de la guerre ne Payant point accepté sur le champ, Tarméc Lorraine qui s'élevait, dit- ^Djà dix mille cavaliers et trente mille fantassins, s^empara de tous les environs de Metz, les ravagea impitoyablement , et attendit ainsi le signal d'un assaut général, après lequel soupiraient surtout les aventuriers dont la plupart tics armées étaient alors obligées de se servir.
Heureusement que le sage évêque, Conrad Bayer, proposa son intervention aux membres ^u gouvernement de la ville , et devint leur înédiateur auprès du duc de Lorraine et de René qui vénéraient ce vertueux prélat.
Pendant la trêve qu'il obtint, et les négociations de paix qu'il venait d'en lamer, René, témoin malgré lui de tant de désastres causés