‹ Histoire de René d'AnjouChapitre 12 sur 41 · TOME I. G · texte numérisé non relu

TOME I. G

Sa HISTOIRE (14^9)

au sujet d^une hottéede pommes (*) 9 et s'indiguant sans doute d'avoir été retenu si longtemps loin de l'armée Française, prit soudain la résolution de combattre sous les étendards des lys, et de se dévouer à la cause royale^ brisant tout-à-coup ce cercle étroit de légers intérêts qui enchaînaient sa valeur, on le vit du moins abandonner le siège de Metz , emmener toutes ses troupes , et le bruit courut dès lors qu'il se rendait auprès de Charles VII.

On ne peut guère attribuer qu'à son propre mouvement ce généreux et hardi dessein, puisqu'en même temps le cardinal de Bar achevait de conclure, au nom de son neveu, un traité de paix et d'alliance avec le roi d'Angleterre (18).

Quoiqu'il en soit , il parait certain que René, ayant pacifié ses états, renouvelé ses alliances avec ses voisins, et établi Louis de Harau court, son ministre et premier conseiller, s'éloigna de la Lorraine sans déclarer ses projets , ce qui a laissé quelque doute sur la date précise du départ de ce prince pour la Champagne où

(^) ((le duc avait moult puissance ,

(c De gens et fait moult grand despense. (( Aussy faict la cité, grand^sommes, « Et tout pouruQg panier de pommes. »

( Chronique manuscrite de Metz. )

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se trouvaient alors les troupes royalistes (*j.

VIII. La ville d'Orléans, ce vieux boulevard delà monarchie, que tant de traits de fidélité et de valeur illustrèrent à cette glorieuse époque de son histoire, venait d'être délivrée, le dimanche 8 Mai 14^9^ cet important succès replaçait Charles Vil sur le trône, mais ne l'y affermissait point encore. Ce prince digne de plus en plus de sa destinée, prenant la prudence pour guide et ne voulant point hasarder de nouveau le salut de son armée, avait convoqué à Bourges une assemblée générale de ses alliés et de ses capitaines, afin de décider au milieu de l'élite de la France, quel était le plan de campagne qu'il fallait adopter pour arriver au noble but vers lequel tendaient tous leurs efforts.

Quelques auteurs ont prétendu que René assista à cette sorte de confédération avec le duc d'Alencon, Charles do Bourbon, comte de

(*) Dom Calmct et le père Daniel se sont trompe's en disant, l'un, « que René ne quitta le siège de Metz que le ao Juillet i4^9- et ne « put arriver k Rbeims qu'après le sacre de Charles VU , et l'autre, « qu'il parut dans cette rille peu après le roi. »

Voyez Chronique de St. Thiébault Jean Chartier , Hist. de

Charles VII. fol. 32, — Belleforest. fol. 34 ^. —

Collection des mémoires historiques. Tom. VII. p. j5i» — Bibliothèque instructive par le père Menestner,p. go, — Relation du sacre do Charles VII.

Clermont, le connétable de Richement, Charles d'Anjou, Dunoiset le cadet d'Armagnac^ mais ils ont partagé l'erreur des historiens qui ont cité le comte de Guise dans la réunion des mêmes princes à Troyes, peu de temps après celle de Bourges. Retenu par les longueurs qu'avait entraînées le rappel de ses soldats, René ne rencontra F armée Française que la veille de son entrée à Rheims, et au moment où les clefs en étaient présentées à Charles VII, alors au château des Sept Sauloc ^ à peu de distance de cette ville. Le jeune duc de Barétait suivi du Damoisel de Commercy et de plusieurs autres seigneurs (*).

René ne trouva point son auguste sœur au milieu de cette cour triomphante, quoique l'héroïne d'Orléans eiit, dit-bn, manifesté le désir de voir la reine orner de sa présence la cérémonie du sacre. Des nuages domestiques qui naissent dans le palais des princes aussi souvent que chez de simples particuliers, obligèrent alors Marie d'Anjou à retourner à Bour-

(*) « Les ducs de Bar et de Lorraine , <f Commercy, et de grands scigneiTrs, « Vinrent \ son service et règne , « Iceulx offrir et d^aultres plusieurs...

« Lh fust sacré et couronné. »

( Vigiles de Charles Vif , p. io8. )

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j;es. Ce voyage fut coloré de prétextes spécieux j mais il paraît que la jalousie de Georges de la Trémouille, favori du roi, contre le connétable Artus, que la reine et sa mère lui préféraient, devint, à cette époque, l'origine du refroidissement de Charles VII poursaver-^ tueuse épouse.

Si René fut déçu dans l'espérance de revoir Marie d'Anjou, il eut la consolation de se réunir à deux de ses frères qui faisaient en ce moment partie de l'armée Française. Charles, le plus jeune, s'y était montré depuis quelques années , et Louis III , roi de Sicile , qui venait de remporter une victoire signalée a Aquila, dans PAbruzze ultérieure, avait quitté l'Italie avec la fleur de sa noblesse (*) qu'il conduisait au Roi de France.

Ces trois princes de la maison d'Anjou, qui semblaient s'être donné un si glorieux rendezvous dans les plaines de la Champagne, marchèrent à côté de Charles VII, quand il enlra

(*) « Avec belle compaignie de gens d'armes, dit Bourdignc, ap- « pamst au camp Français, et quand le roy de France le cogueust, « il en ftist très joyeulx, car il Taymoit de grand amour , tant pour ! a <( proximité du Hgnaige, et afiînité de enlie euJx, que pour sa « proësse. Si luy fist grant recueil. »

Rapin de Thoiras dit que Louis III arriva en France aussitôt après la bataille de Patay.

VoyexHist. dWuglelerre. Tom. IV. p. 23cv. — Bojudigné, HiÀ

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en triomphe dans la ville de Rlieinis, le iG Juillet i4î^93 au soir.

Le lendemaina^ 17, jour de dimanche, le roi de France, Louis III roi de Sicile, René duc de Bar, Charles d'Anjou , les autres princes , le Damoisel de Commercy, Gilbert de Lafayette , maréchal de France, Georges de la Tréinouille(*) grand chambellan , ( les maréchaux deRayz(**), de St.-Sévère, et l'amiral Culant qui avaient été chercher la sainte ampoule), Jean Malet, le sire deGraville, grand panetier de France et grand maître des arbalétriers, et une foule d'autres seigneurs, se rendirent à Tantique cathédrale. Le respectable archevêque , Renaud de Chartres, qui les attendait devant le magni^ fique portail, l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture chrétienne, les introduisit dans les

(* ) Il avait épousé Jeanne , comtesse d* Auvergne , veuve de Jean duc de Berry. Cette princesse étant morte en i4^3, Georges de la Trémouilie se remaria k Catherine de Liste -Bouchard, veuve de Giac.

Le favori de Charles VII ,fils de Gui de la Trémouille, garde de Poriflamme et grand makre des eaux et forêts , avait été pris à Azin. court. Il mourut le G Mîii i44^> exilé dans sa terre de Sully.

( Vie des hommes illustres de France. D'Auvigny Tom. I«'j

{**) Il s^appelait Gilles de Laval et était aussi cliambellan du roi. Il venait d''être nommé maréchal de France.

Convaincu du crime de magie et d"* abominations dont la seule idée fait frémir, « il-fut condamné, dit Monstrelet,k cstre pendu et « cslrauglé tant qu'il fut mort, et après son corps arsen ung feu. — . « Le diable lui avait promis met veilles, ajoute Bodin. m

L'cxcculioii eut lieu a Nantes le 23 Décembre i^^o»

(Voyca) Dcmonomauie de Bodiu, livre II. p. 202.

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vastes nefs de la métropole, au milieu de laquelle se pressaient déjà la plupart des habitants de la ville et des environs.

Dans Tenceinte du chœur se placèrent successivement ces chevaliers , l'honneur de la France, et entr'autres ce La Hire (*) (le plus grand en armes qu^on eut oncques vu^ disent les historiens). Suspendant, pour un moment, les jurements habituels qu'il faisait entendre dans les camps, il adressait peut-être alors au

Dieu des armées la singulière prière que ITiistoire a recueillie. A côté de lui, le courageux et aimable Dunots, frémissant au nom d'un Anglais, et ne croyant pas proférer un vœu bar* bareen désirant teindre son épée de leur sang.

('^) Etienne de Vignolles, autrement dit La Hire : était seigneur de Montmorillon et écuyer d^écurie de Charles VI r.

Il vécut et mourut pauvre k cause de son excessive libéralité. II. jurait très Tolontiers, dit-on, et Jeanne d'Arc n'obtint qu'avec peine de lui, qu'il jurât /?«r son bâton.

Ce célèbre guerrier mourut k Montaubanle 1 1 Février i44^*

On a dît ff que M ontauban fut le sépulcre de son corps et tout « Tuniyers J^épitaphe de ses louanges. L^ dicte sépulture (dit un « vieux auteur) , est garnie de ceps de vigne et force raisins tout au- « tour. »

On sait que voyant Charles VII k Chinon occupé k répéter un ballet, La Hire lui dit: u que jamais on n''avait vu ni oui qu'^aucun prince perdit si gaiement son estât.

On doit r anecdote suivante aux savantes recherches de M**. Delort.

— « Au temps du roi Charles VU , Pothon et La Hire furent deulx a gentils capitaines qui aydèrent bien k chasser les Anglois de

courbait son front vietorieux devant l'àii tel de^ la Vierge-Mère. Auprès d'eux , les regards cherchaient les traits mâles de Faventureux. Poton de Sain ïrailles; ceux du superbe laTrémouille, si fier de son élévation^ du comte d'Alençon, renommé par sa beauté comme par sa conduite à la journée de Verneuil^ du comte de Vendôme Louis II de Bourbon ( échappé comme par miracle des prisons d'Angleterre dans lesquelles il était plongé depuis la bataille d'Azincourt),et d'une foule d'autres guerriers non moins illustres ni moins braves.

Mais à l'apparition de Charles , naguères proscrit et fugitif, maintenant revêtu de la pourpre royale^ tous les cœurs furent éleclrisés, toutes les voix firent retentir d'acclamations pieuses les voûtes de l'antique métropole, et des larmes de joie inondèrent les yeux de

« France. Lahire dit ung jour a Pothom moa compaignon, oons « combattrons demain les Anglo^^s qui ont si gros nombre d^archiers (c que leurs flèches nous feront perdre la clarté du soleil. — Potbon H répondit : ce sont bonnes nouvelles. Nous combattrons bien à « Tombre. •— Ung temps après, ils trourèrent les Âugloys dans ung « fort où il les falloit combattre k pied. Lahire qui estoit boiteulx « mit pied k terre. — Potbon pour sa revanche luy dict: mon cornn paignon, pourquoy estes-vous descendu qui estes boiteulx? Labire « répond: je suis descendu pour combattre, non pour m^enfu;yr. »

Essai critique sur Thistoire de Charles VII. p. i3.

Jean le Paige , fol. a33. — Cérémonial de France, p. 166* — Moreri. Tom. III. fol. 21. — Le père Anselme, hist. des gr. off. Tom. I foi. 116. 577. — Dom Romuald^ Trésor chr. Tom. 111. fol. 267.

er.

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milliers de Français qui ne pouvaient se rassasier du bonheur de contempler leur souverain. L'émotion fut à son comble envoyant ce prince faire approcher de lui Vhéroïne de Doni- Fcmi, dont la phisionomie ordinairement calme et mélancob'que rayonnait de joie en ce moment et annonçait la loi vive qui remplissait son cœur. Vépée de S^«.-Catherine de Fierbois (*), marquée de cinq croix, brillait dans ses mains. Jeanne d'Arc était précédée de Louis de Contes son page, chargé de l'élendard blanc qu'elle portait toujours, et sur lequel des anges offraient des lys sans tache à la mère du Sauveur. Les mêmes cris d'allégresse se répétèrent encore dans le saint parvis, lorsque l'archevêque, assisté de Jean de Sârrebruche évêquede Châlons, de Jean de St.-Michel évêque d'Orléans, et de Robert de Rouvres évêque de Seez , posa la simple couronne trouvée à Rheims , sur le front auguste du jeune roi entouré de ses pairs, représentés par le duc d' Alençon , le comte de Vendôme, les sires de Laval, de la Trémouille, de Gaucourt, de Mailly ou de

(*) On croyait que cette épée avait appartenu&rua deuosaucieus preux, et quelques chevaliers étaient persuadés que c^était ia célèbre Joyeuse de Charlemagne.

Daniel, Hist. de France. Tom. VII. p. 7$. — Vigiles de Charles VII. p. 108. — Gaule poétique, Tom. VIII. — Hist. de Jeanne d'Arc.Tom. II. p. 3 18.

Beaumanoir, On se transporta alors, parla pensée , au jour mémorable où le premier de nos rois chrétiens obtint l'onction céleste des mains d'un nouvel apôtre; on crut entendre une seconde fois ces paroles de Clovis recevant le baptême : « Jusques à quand durera la monar^ « chie française ? » et la réponse prophétique de St-Remi: «r Tant que la justice et les lois «f jr régneront! »

Comme Clovis à Tolbiac , Charles VU venait de sauver la France et de la délivrer du joug de l'étranger.

A la suite de cette imposante cérémonie , le duc d'Alençon eut l'insigne honneur de conférer à son souverain l'ordre de la chevalerie. Il paraît que René et ses frères en faisaient partie depuis long-temps , puisque Charles VII ne les y admit pas lui-même, quoiqu'il honorât de cette dignité, Charles duc de Bourbon, le Damoisel de Commercy , ainsi que deux autres seigneurs.

André de Laval reçut en même temps le bâton de maréchal de France (*).

La solennité du sacre s'achevait à peine, que la jeune guerrière de Dom-Remi , s'age-

(*) Et fust ce jour Ik ordouué, « De faire chère inestimée. »

\ igiies de Charles V IL

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uouillant devant le roi C)^ '^ supplia, les larmes aux yeux, de lui laisser la liberté de quitter l'armée et de s'en retourner dans le vallon paisible où ses sœurs toujours heureuses jjardaicnt encore leurs troupeaux.

Sentant que sa mission venait de s'accomplir, et que l'esprit divin qui l'avait en quelque sorte j usqu'alors entraînée et soutenue, se retirait d'elle, Jeanne insista vivement auprès du monarque^ mais soit par l'effet de la confiance, de la gratitude ou de la politique, Charles l'engagea d'une manière si pressante à ne pas abandonner l'armée, que l'amazone attendrie se laissa persuader et demeura au milieu de ses compagnons de gloire.

Qui eut pu prévoir les suites fatales de cette prière? sans elle, l'inexorable histoire ne perpétuerait point l'ineffaçable honte dont se couvrirent les Anglais en livrant aux flammes, une infortunée captive sans défense, et n'adresserait pas à un roi de France le juste et sévère reproche de n'avoir pas tout tenté pour sauver la libératrice de son royaume!

(*)EI]e Tembrassa par les jambes, dit ia Chronique, et ploraat »• a cliaudes larmes, elle s'écria: ores est exécuté le plaisir de Dieu « qui vouloit que je levasse le siège d'Orléans et que je vous amcu nasse eu cette cité; plust k Dieu, ajoula-t-elle que je pusse aller tt garder les troupeaux avec ma mère et mes sœurs?., tellement 0 que moult faisoit graut pitié k tous ceux qui 1 a regardoient. »

9^ HISTOIRE (i4'î9Î

IX. En qiiitlant Rheims à la tête de son armée , ( le mardi matin , 20 Juillet ) Charles VII suivant l'antique usage de ses prédécesseurs, visita l'église de- Corbeny , pour y remercier le ciel auprès des reliques de St.- Marculfe , auquel on attribue le miracle d'avoir transmis à nos rois le don de guérir lesécrouelles. Le lendemain, le monarque prit la route de VaillY( à quatre lieues de Soissons), où il apprit que cette ville , Laon , Provins et une foule- d-autrcs avaient arboré le drapeau san$ tache.

Le roi s'étant reposé trois jours à Soissons, se dirigea le 24 Juillet vers Château-Thierry qui se rendit d'un accord unanime; de là, il fut s'établir à Provins, où il demeura depuis le 25 Juillet jusqu'au 3 Août, occupé à y réorganiser l'armée qui s'augmentait d'uu moment à l'autre.

De Provins, l'armée alla camper au château de la Motte-Nangis, et ce fut là, qu'ayant reçu de nouveaux avis, le roi parut indécis s'il continueraità marcher en avant, oùs'il se replierait sur la Loire ( ainsi que la majorité de son conseil, présidé par là Trémouille, l'y engageait), afin d'y former un centre d'opérations plus étendu, et de donner aux troupes un repos, dont elles éprouvaient le besoin.

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Les dues d'Alençon, de Bourbon, Jeanned'Arc et Kené, impatients de voler à de nouveaux succès, et de poursuivre une armée étrangère dont la présence en France semblait accuser leur courage, s'opposèrent vivement à cette timide décision. Mais le roi, seduit par les raisons spécieuses de son favori, ne les écouta point. Déjà on se disposait à passer la Seine à Bray , lorsqu'au milieu de la nuit, un détachement d'Anglais se montra sur l'autre rive, et empêcha le monarque d'exécuter un projet dont on ne pouvait calculer les suites funestes: le duc de Bar, la Pucelle et les autres princes qui avaient combattu cette résolution , pleins de joie de l'obstacle imprévu qui la faisait abandonner, ne cessaient de répéter hautement , « que le roi devait continuer sa glo- « rieuse marche, en soumettant par les armes « tout ce qui tenterait de s'y opposer (*). ^

L'armée retourna alors à Château-Thierry, où elle devait traverser la Marne, et s'avancer par la Ferté-Milon vers Crespy en Valois.

Le passage de la Marne eut lieu le i3 Août, au milieu des plus touchantes acclamations. Les villageois accourus en foule sur les deux

(^ Car dit BeUeforest, « ils estoieat courroucés de la dicte cou- « dusion , et voulaient que le roy suivit sa bonne fortune , est an « (l^opinion qu'il devait passer oultre et toujours conquester. »

94 HISTOIRE (i4?,9)

bords de la rivière, versaient des larmes de joie à l'aspect de leur souverain, et l'on entendait s'échapper de toutes les bouches le cri de Noël! Noël! mêlé aux chants du Te Deum, par lequel on remerciait l'Éternel du miraculeux retour du roi. Ce spectacle ravissant d'une affection si générale, émut tellement Jeanne-d' Arc , qu'elle ne put s'empêcher de s'écrier: « Je n'aurai plus de regret de mourir c< maintenant 3 plût à Dieu que je fusse assez « heureuse, quand je finirai mes jours , pour V être ensevelie dans cette terre! »

De Crespy en Valois, le roi et son armée se rapprochant toujours de Paris , se transportèrent près de Dammartin ; là , ayant appris que le duc de Betford s'était fortifié au village de Mittry, Charles quitta Dammartin et poussa sa cavalerie jusqu'à Lagny-le-Sec où ses troupes avaient probablement ordre de le rejoindre. Mais le régent ne jugeant point à propos de les attaquer, retourna à Paris, et le roi étant revenu à Crespy envoya sommer Compiègne de se rendre.Cetle ville reconnut avec empressement l'autorité royale , et Beauvais ne tarda pas à suivre sou exemple.

Histoire de Jeanne d^Arc Tom. II. p. 363. et 354' — Daniel hist. de France. Toni.V II. j^. 78.81. — BeUeforestfol. 344. 345. Charlier, hist. de Charles VII. p. 33. Chroniques et annules de France. (Nico.'as Gilles) fol. 86.

{i/i2g) DE RENÉ D'ANJOU. qS

Après en avoir pris possession, Charles VII vint camper à 3 lieues de cette ville, auprès du iI/o72^-;?//oër (Monlespilouer, ou plutôt Montpiloir^, qui parut devoir être le théâtre d'une bataille décisive, car toute l'armée Anglaise se trouvait réunie dans les environs.

Charles VII ayant tenu conseil dans la nuit au milieu de son camp, passa ses troupes en revue au lever de l'aurore, ordonna ses dispositions pour le combat , et confia l'avant garde ou le I" corps de l'armée au duc d'Alençon, conjointement avec le duc de Vendôme. René eut le centre sous ses ordres; Tarrière-garde lut commandée par le roi , les comtes de Clermont, le sire de la Trémouille, Dunois et Jeanne d'Archet le 4* corps eut à sa tête le sire de Graville, chef des arbalétriers. Le sire Jean de Foucault, chevalier limousin, conduisait les archers, et les maréchaux de S*®. Sévère et de Rayz se placèrent aux deux ailes.

De leur côté, le duc de Beltbrd, comte de Suffolck,et le brave Talbot, s'étant retranchés auprès du village de la Victoire , avaient resserré leurs soldats dans une position formidable. Ils paraissaient aussi souhaiter avec ardeur de se mesurer avec des adversaires que leurs vœux avaient appelés depuis si long-temps.

Mais l'événement prouva que les deux princes ne voulaient point confier leur avenir au hasard d'une seule bataille; et ni Fun ni Vautre ne se soucièrent que l'action devînt générale. La journée du Mont-pîloir se passa donc pour ainsi-dire en escarmouches multipliées, dans lesquelles les plus célèbres guerriers de France et d'Angleterre combattirent en groupes isolés et à la manière des héros d'Homère. La nuit seule put calmer leur ardeur toujours croissante, et ce ne fut que lorsque l'obscurité eut plongé dans les ténèbres les Français, les Anglais et les Bourguignons, que les trompettes des deux camps sonnèrent en même temps la retraite. Chacun de son cAté crut avoir remporté l'honneur de là journée, « et la gloire re fut, dit-on, forcée de partager des coûte ronnesC^). »

Il ne périt aucun chevalier de marque dansées divjerses rencontres, et l'histoire rapporte que le seul la Trémouille T**) courut un véritable danger, ayant été renversé de son cheval. Le

(*) « Tant s'entremeslèreut de ptrs , dit un historien , que la u pouldre sortit si espesse, qu'ion n'^eùt pu cogaoistre ni discerner «c lesquels estoient. »

(♦♦) « Ce jeune seigneur qui estoit bien joly , rapporte d'Auvigny , « prit la lance et vint jasqu''au frapper; mais soi cheral, ayant été « tué, il courut risque de périr. »

Roi montra un rare courage et un très grand sang froid, en traversant plusieurs fois Tespace qui séparait les deux armées. Le lendemain, le du€ de BetFord se srelira à Paris, et Charles revint à Crespy.

Pendant les négociations qu'on crut devoir entamer alors auprès du duc de Bourg(»gne, afin de le détacher du parli anglais, les progrès de Parmée royale ne furent point suspendus: elle s'empara d'une foule déplaces importantes de la Normandie , entr' autres des forteresses ^Estrepagnf et de Chdteau-Gaillard. Celte dernière située sur un rocher escarpé au bord de la Seine, fut emportée de vive force par l'infatigable Lahire, bailly du Vermandois; il eut ainsi le bonheur de délivrer un de ses anciens compagnons d'armes les plus chers , le célèbre Arnaud de Barbazan^ que René vit sans doute peur la première fois, et avec lequel il ne tarda pas à s'illustrer (19).

Renommé dès sa jeunesse par de hauts faits d'armes qui lui valurent le titre de che^^alier sans reproche^ et proclamé plus tard restaurateur de la monarchie par le Roi lui-même > Barbazan joignait à un courage à loute épreuve, une prudence consommée, vertu plus rare à rencontrer à cette époque dans l'armée Française, mais qui n'avait pu empêcher le défenseur de

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