‹ Histoire de René d'AnjouChapitre 13 sur 41 · TOME I. 'J · texte numérisé non relu

TOME I. 'J

Corbeil et de Melun d'ètréfait prisonnier et jeté dans les cachots de la forteresse de Château- Gaillard. Le vieux guerrier qu'on avait privé de la lumière du jour pendant près de neuf ans entiers, se présenta à son souverain, portant encore l'empreinte de ses chaînes et de ses longues souffrances j il brûlait de se venger de la déloyauté du Roi d'Angleterre, et de prouver à Charles VII qu'il saurait se servir de la magnifique épée qu'il venait d'en recevoir C).

Malgré la disproportion de leur âge, une secrète sympathie lia bientôt étroitement René et Barbazan(**)qui retrouvait avec joie un fils du Roi de Sicile, avec lequel il avait longtemps combattu^ Charles VII , qui comptait peu de capitaines plus expérimentés que lui, le vit avec satisfaction s'attacher au jeune duc de Bar, lui donner des conseils et lui servir en quelque sorte de guide. .

Réunis dans le même corps de troupes, René et Barbazan (qui n'avait pu partager les derniers exploits de l'armée ) supportaient impatiemment leur inaction^ ils résolurent donc

(*) Ces mois y étaient gravés: ut lapsu grauiore ruant, (♦♦) « Ce bon chevab'er , dit WaSsebourg, vaillant et preux, bien « ajme'de chascan, vint à Chdlons, de quoy Kecé iiist menreilJeuse- « ment content, car il y avait grosse amitié et familiarité avec ie * Harb;.zin . qin n''avaieiit jamais aymé les Bourguignons. »

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de se signaler l'un et l'autre par quelque expédition particulière, et prenant congé du Itoi qui était retourné à Gompiègne, ils se détachèrent avec quelques milliers de soldats, et furent ensemble Msiquer PontsurSeine dont ils ne tardèrent pas à se rendre maîtres.

Après avoir fait flotter les étendards Français sur les tours de celte ville, ils transportèrent leurs (troupes devant Anglure^ place importante qu'il était essentiel d'assurer au parti royaliste; mais des renforts considérables envoyés par Tarmée anglaise ayant empêché René et Barbazan de songer à donner Passauf , ils levèrent le siège et rejoignirent Charles VII. Après cette rapide expédition , le duc de Bar, toujours accompagné de Barbazan , s'empara encore de ChantiUy , de PonUStr-Maxent et de Choisjy dont ils chassèrent les garnisons anglaises,- puis étant revenus à Senlis,OLi se trouvait Charles VII, ils entrèrent avec lui à St.

Denis.

Ce fut le 25 Août 14^9: mémorable journée, où afflua de toute part dans la vénérable basilique, dernière demeure de tant d'aïeux du jeune monarque, une foule de Français

Daniel, hist, de France. Tom. VII. p^ 78. Belieforest. fol. 344* liist. de Charles VII. Chartier.p. 33.

lOO HISTOIRE (î4'>.9)

avides de contempler enfin leur souverain!.. Là, comme à Rheinis, Charles, entouré de la flenr de ses guerriers, se prosterna devant l'autel de l'apôtre de la France et implora le secours céleste pour reconquérir sa capitale, dont il voyait presque les remparts!..

Jamais sans doute la fête du Saint Boî n'avait été célébrée d'une manière plus touchante et plus solennelle.

Le camp royal ne demeura pas long*temps à St. Denis, et s'étant transporté du côté de Corbeil,le roi de Sicile, Louis III d'Anjou, surnommé Vescarboucle de gentillesse ^ se si-

gnala par l'action la plus éclatante peut-être de toute la campagne, et qui rappelle les hauts faits d'armes des anciens preux.

L'armée française, rapprochée de Paris, se voyait serrée de près par ses ennemis qui ne la laissaient jamais un seul jour sans la harceler, ou sans faire des démonstrations d'une attaque prochaine. Parmi les Anglais les plus ardents à la provoquer par des insultes et des menaces, était, entr'aulres (*J, un cbev*ilîer,

(*) « On y voyoit, dit Bourdignë , ung grant et puissant Angiojs (( nommé Lancelot, lequel esioit renomme estre la plus mde rente contre qui se trouvast en tout Tost. U sailly hors de son camp, u sa lançesur la cuisse, pour chercher jouxfe, et les Angloys le re- « garcloient comme ung spectacle, attendant de luyveoir faire que!- « que beaucop. »

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nommé Lancelot, aussi célèbre par sa force prodigieuse que par sa féroce bravoure. Armé de pied en cap , il s^approcha des tentes françaises, comme s'il eût voulu en défier les chevaliers en champ clos. Ses compagnons l'applaudissant de toutes leurs forces, excitaient encore son orgueil, lorsque le roi de Sicile , acceptant le combat, s'élanca vers lui la lance à la main, du premier choc l'abattit roide mort au pied de son destrier, laissa les Anglais consternés d'une pareille défaite, et revint triomphant auprès du roi Charles, qui lui témoigna hautemenl sa satisfaction aux acclamations unanimes de l'armée entière.

René demeura encore quelque temps au camp du roi qui, s'étant transporté sous les murs de Paris, allait en commencer le siège. Il assista peut-être à la revue que Charles VII

<c Le roy de Secile le voyant, désira moult d'esprouver quMI sça- « voit faire, et s^ adressa k luy.... si coururent sus, qu'il sembloist ti que la terre deust. fendre soubs eulx, et se attaquèrent si alertes , <r que PAngloysrompist sa lance et le roy de Secile le frappa si fu- « rieusement qu'il luy passa la sienne au travers du corps et Tabbat- « tit mort, dont les Angloys fureut bien esbahys , et les. François « fort joyeulx, et moult prisèreal le roy de Secile qui si puissant clie« « valier avoit occis, et le roy Charles mesme, lui en donna grant « Icënge. »

Bourdigoé,fol. iSg. Wulson delà Colombiére, Théâtre d'hoor uour p. 353.

fit alors de toutes ses troupes O ; cependant aucune autorité historique n'en donne la certilude^les auteurs contemporains gardant également le silence sur la présence du duc de Bar à Tassaut de Paris, il parait à peu près certain qu'il ne s'y trouva point (**).

Mais son absence momentanée de l'armée française ne fut point la suite d'un traité qui venait de se conclure entre le cardinal de Bar son grand oncle, el le duc de Betford, régenf du royaume, comme on l'a rapporté par erreur, en ajout&nt que René « avait paru dans « l'intérieur de Paris pour stipuler lui-^niènie

('^) Le poète ChapeJain, qui donne ce dénombrement k sa manière, a confondu le duc de Bar avec son frère Louis lîl qui conduisait Jes> ftoldat& angevins.

« ... Lk, dit-il, marche la fîère bande « Que le prince angevin, Je fierïtené commande. * Les troiâ couronnes d^or qu'elle déployé au yent (I Représentent Sicile, Angleterre et Levant. « Là, paraissent d^ Angers, les brigades sçavantes. n LU , des ponts de César, les gardes vigilantes.

<« On voit Ik de Saumur , Pélite courageuse. »

C*^*) Chapelain le met néanmoins au nombre des chefs qui y commandaient.

« Saintrailles, Darbazan, Vignoles, Rieux, Aymard,

René doit après eux, assaillir la courtine.

( La Pucelle. ) Chapelain, liv. II. p. 45a. — Ib. livre VI. p. a33.

Abrégé de Thist.de Charles VU. p. 333. Paradin, annales deBourgogne, IbJ. 713. Registre manuscrit de Dijon. Toni. XXII. compte IV. p.ô^i.Hist. de la maison de Vergy, André du Chesne, liv. V.p. aie. — Le père Auselme , Tom. I«r. fol. 665.

(i429) Ï)E REJN'É D'ANJOU. io3

« les conditions de ce nouveau traité (*).» Outre l'invraisemblance d^une telle assertion, si bien démentie par la conduite récente du duc de Bar, un document des plus authentiques (20) prouve que dès le commencement du mois d'Août, il avait lui-même renoncé à toute alliance avec le prétendu roi de France, sans s'inquiéter des suites qui pouvaient résulter de cette démarche. Son départ de l'armée royaliste eut un but plus utile pour la France. Voyant combien le siège de Paris traînait en longueur, et sachant que Charles Vil se retirant sur la Loire, allait séjourner à Gien, René, toujours suivi de Barbazan, résolut de tenter un coup de main en Champagne dont ce guerrier était gouverneur. Leur premier projet avait été d^abord de fondre à l'improviste sur tin détachement de Bourguignons qui allaient commencer le siège de Compiègne^ mais sachant qu'une division de huit mille Anglais menaçait Châlons, ils conçurent la résolution hardie d'aller les en chasser. Ils s'éloignèrent

(*)Voyez.lanole(i8).

Histoire manuscrite de Lorraine, Duplessis. — Chroniques de S. Denis, Toui.II. Wassebourg, p.478. Montfaucon,Toui.III.foî.ai6. Bellcforest, fol. 345. Art de vérif. les dates, fol. 563. Daniel, hist. de France , Tom.Al f. p. 34.--Seévolc de Ste. Marthe, hist. de la maison de France, lir. VI, p. 439. — Chroniques et annales de France. ( Nicolas Gilles )

102 HISTOIRE (i4!29)

fit alors de toutes ses troupes O ; cependant aucune autorité historique n'en donne la certitude^ les auteurs contemporains gardant également le silence sur la présence du duc de Bar à Tassant de Paris, il parait à peu près certain qu'il ne s'y trouva point (**).

Mais son absence momentanée de l'armée française ne fut point la suite d'un traité qui venait de se conclure entre le cardinal de Bar son grand oncle, et le duc de Betford, régenf du royaume, comme on l'a rapporté par erreur, eti ajoutant que René « avait paru dans « l'iiltérieur de Paris pour stipuler lui-^mènie

('^)Lepoët€ Chapelain, qui donne ce dénombrement k sa manière, a confondu le duc de Bar avec son frère Louis lîl qui conduisait Jes. fioldat& aiigevins.

« ... Lk, dit'il, marche la fîère bande « Que le prince angevin, le fierïtené commande, c Les troiâ couronnes d^or qu'elle déployé au yent (I Représentent Sicile, Angleterre et Levant. a Là, paraissent d^ Angers, les brigades sçavantes. c( Lk, des ponts de César, les gardes vigilantes.

« On voit Ik de Saumur , Pélite courageuse. »

C*^*) Chapelain le met néanmoins au nombre des chefs qui y commandaient.

« Saintrailles, Darbazan, Vignoles, Rieux, Aymard,

René doit après eux, assaillir la courtine.

( La Pucelle. ) Chapelain, liv. IL p. 45q. — Ib. livre VI. p. a33.

Abrégé de Thist.de Charles VIL p. 333. Paradin, annales deBourgognej'ol. 713. Registre manuscrit de Dijon. Toni. XXII. compte IV. p.ô^i.Hist. de la maison de Vergy, André du Chesne, liv. V.p. aie. — Le père Auselme , Tom. h^, fol. 665.

(i439) Ï)E REJN'É D'ANJOU. io3

« les conditions de ce nouveau traité (*). » Outre l'invraisemblance d^une telle assertion, si bien démentie par la conduite récente du duc de Bar, un document des plus authentiques C^o) prouve que dès le commencement du mois d'Août, il avait lui-même renoncé à toute alliance avec le prétendu roi de France, sans s'inquiéter des suites qui pouvaient résulter de cette démarche. Son départ de l'armée royaliste eut un but plus utile pour la France. Voyant combien le siège de Paris traînait en longueur, et sachant que Charles VU se retirant sur la Loire, allait séjourner à Gien, René, toujours suivi de Barbazan, résolut de tenter un coup de main en Champagne dont ce guerrier était gouverneur. Leur premier projet avait été d^abord de fondre à Fimprovisle sur tin détachement de Bourguignons qui allaient commencer le siège de Compiègne^ mais sachant qu'une division de huit mille Anglais menaçait Châlons, ils conçurent la résolution hardie d'aller les en chasser. Ils s'éloignèrent

(♦) Voyez la note (i 8).

Histoire manuscrite de Lorraine, Duplessis. — Chroniques de S. Denis, Toui.II. Wassebourg, pJ^']^» Montfaucon,Toui.III.foî.ai6. Bellcforcst, fol. 345. Art de vérif. les dates, foL 563. Daniel, hist. de France , Tom.YI f. p.34.— Seévole de Ste. Marthe, hist. de la maison (I« France. lir. VI, p. 439. — Chroniques et annales de France. ( îSicolas Gilles)

fit alors de toutes ses troupes C) > cependant aucune autorité historique n'en donne la certitude^ les auteurs contemporains gardant également le silence sur la présence du duc de Bar à Tassant de Paris, il parait à peu près certain qu'il ne s'y trouva point (**).

Mais son absence momentanée de l'armée française ne fut point la suite d'un traité qui venait de se conclure entre le cardinal de Bar son grand oncle, et le duc de Betford, régenf du royaume, comme on l'a rapporté par erreur, en ajout&nt que René « avait paru dans « riiitérieur de Paris pour stipuler lui-^mènie

('^)Lepoëtfi ChapeJain, qui donne ce déuombrenieiit k sa manière, a confondu le duc de Bar avec son frère Louis II I qui conduisait Jes> ftoldaU angevins.

« ... Lk, dit-il, marche la fîère bande « Que le prince angevin, le fierïtené commande. « Les troiâ couronnes d^or qu'elle déployé au yent u Représentent Sicile, Angleterre et Levant. « Là, paraissent d^ Angers, les brigades sçavantes. (( LU , des ponts de César, les gardes vigilantes.

« On voit Ik de Saumur , Pélîte courageuse. »

{**) Chapelain le met néanmoins au nombre des chefs qui y commandaient.

« Sainti'ailles, Darbazan, Vignoles, Rieux, Aymard,

René doit après eux, assaillir la courtine.

( La Pucelle. ) Chapelain, liv. IL p. 45q. — Ib. livre VI. p. a33.

Abrégé de Thist.de Charles VIL p. 333. Paradin, annales deBour-> gogne.fol. 713. Registre manuscrit de Dijon. Tom. XX 11. compte IV. p.ô^i.Hist. de la maison de Vergy, André du Chesnc, liv. V.p. aie. — Le père Auselme , Tom. I«^r. fol. 665.

(14^9) BE REJN'É D'ANJOU. io3

« les conditions de ce nouveau traité (*).» Outre l'invraisemblance d^une telle assertion, si bien démentie par la conduite récente du duc de Bar, un document des plus authentiques (20) prouve que dès le commencement du mois d'Août, il avait lui-même renoncé à toute alliance avec le prétendu roi de France , sans s'inquiéter des suites qui pouvaient résulter de cette démarche. Son départ de l'armée royaliste eut un but plus utile pour la France. Voyant combien le siège de Paris traînait en longueur, et sachant que Charles Vil se retirant sur la Loire, allait séjourner à Gien, René, toujours suivi de Barbazan, résolut de tenter un coup de main en Champagne dont ce guerrier était gouverneur. Leur premier projet avait été d^abord de fondre à l'improvisle sur im détachement de Bourguignons qui allaient commencer le siège de Compîègne; mais sachant qu'une division de huit mille Anglais menaçait Châlons, ils conçurent la résolution hardie d'aller les en chasser. Ils s'éloignèrent

{♦) Voyez la note (i 8).

Histoire manuscrite de Lorraine, Duplessis. — Chroniques de S. Denis, Toui.II. Wassebourg, p.47S» Montfaucon,Toui.III.foI.ai6. Belleforcst, fol. 345. Art de vérif. les datcs,fol. 563. Daniel, hist. de France , Tom.YI f. p. 34.--Seévolc de Ste. Marthe, hist. de la maison (I« France. Ht. VI, p. 439. — Chroniques et annales de France. ( Nicolas Gilles.)

io4 HISTOIRE (t4^)

donc du grand quartier de l'armée française» emmenant avec eux un corps de quatre mille soldats sur lesquels ils pouvaient compter.

Les Châlonais que le prince d'Anjou et Barbazan , retranchés secrètement dans l'abbaye de St.-Mauge, avaient mis dans la confidence de leur dessein, ne tardèrent pas à les avertir que le moment de surprendre lesennemis^ (Hait arrivé. Aussitôt , le duc de Bar et son* vieux compagnon d'armes s'élançant à leur rencontre , les attaquèrent au village de la Croisette^ entre Châlonset l'antique église de Notre-Dame de l'Épine. L'action s'engagea sur le champ de part et d'autre, avec une égale intrépidité^ mais René et Barbazan y firent de tels prodiges de valeur, (*) que malgré la supériorité du nombre, les Anglais taillés en pièces, leur laissèrent près de six cents prisonniers. Le frère du brave Lahire, Bourg de Vignoles,se trouvait au nombre des chevaliers de René, qui ne perdit qu'environ quatre-vingts soldais dans la mêlée.

Après cet éclatant succès, les vainqueurs, toujours jaloux de se signaler ensemble, se dé-

(*) Ils allèrent courir sus, et te]len>exit se pertèrent, dit Bclie- ' forest, que les Angloys forent déconfits, et que guères u^en échap- " pa; d'icculx furent prisonniers de cinq à six cents, et ne mouru» fc rcnt de Français que qualre-vingt ou cent.

14^9) I>E RENÉ D'AJNJOU. io5

(idè renia aller attaquer la forteresse de Chap^ peSj à quatre lieues sud-ouest deTroyes,dont Jacques d'Aumont, conseiller et chambellan du duc Philippe^ était capitaine et seigneur (*}.

Le vieil ami du duc de Bar avait à cœur de s'emparer de cetle place importante qui défendait Troyes du côté de la Bourgogne, et tenait encore pour le parti ennemi dans la province qu'il commandait. 11 engagea donc René à marcher sur elle, et à la cerner étroi' tement.

D'Aumont et son frère Guillaume opposèrent d'abord une vigoureuse résistance aux forces qui les attaquaient, et pendant près de deux mois, ils se flattèrent que les assiégeants se retireraient d'eux-mêmes^ mais se voyant bloqués de plus près de jour en jour , ils envoyèrent réclamer des secours en Bourgogne, el bientôt toute la noblesse de ce duché

(*) D'Aumont était seigneur de Méri . conseiller et chambellan du duc de Bourgogne et capitaine de Châtillou-sur-Seine^ il avait épousé Catherine dame d^Estrabonne de Montaigne.

En 1 1 14 < Chappes appartenait k CJérambaut de Chappes , mari (l'Alix de Chappes et père de Clérambaut J/i le ladre. Cette terre devint une baronnie, et ensuite un marquisat dépendant du duchéd'Aumont.

Sa navigation sur la Seine avait rendu assez considérable par son commerce, ce pillage dont Tancieu seigneur était M. le marquis de Mcsgrigny,

On voit à peine les vestiges du château que J. d'Aumont défendit

io6 HISTOIRE (1419)

s'empressant de se rendre à leur appel, se réunit sous les ordres d'Antoine de Toulongeon, maréchal de Bourgogne, qui avait déjà com-^ battu sous les étendards d'Angleterre à la bataille de Crevant. On comptait parmi les autres seigneurs qui voulurent défendre Chappes, Jean de Vergy et son oncle Antoine ( maré^ chai de France pour le régent ), le Beau de Bdr, le seigneur de ChastelucCy le comte de Joigny^ et une foule d'autres guerriers (^ii).

Les efforts d'Antoine de Toulongeon , et la prudente lenteur que Barbazan et Bené lui opposèrent, firent traîner en longueur toutes les opérations^ le siège dura près de trois mois, pendant lesquels René reparut au camp de Charles VII, fit des incursions en Champagne et amena de nouveaux renforts à son compagnon d'armes qui , ne voulant rien donner au hasard, s'était refusé plusieurs fois à accepter le combat offert par le maréchal de Bourgogne.

Irrité de ne pouvoir pénétrer lui-même dans Chappes, Toulongeon chercha du moins à y jeter un fort détachement qui pût au besoin faire une sortie et se joindre à lui^ mais les troupes qu'il dirigeait vers la forteresse, le i3 Décembre 14^9, tombèrent inopinément dans une embuscade^ il voulut alors voler à

(F4a9) DE RENÉ D'ANJOU. 107

leur ^cours , la bataille s'engagea , la mêlée devint générale, et, après un choc violent, les Bourguignons, attaqués à la fois par René, Barbazan cl Beaudri court, furent forcés de plier^ leur chef, entraîné dans la déroute, n'eut que le temps de se sauver à Châtillon avec les débris de son armée, ayant perdu plus de deux cents hommes, ses tentes, ses drapeaux et toute . son artillerie.

Jacques d'Aumont et son frère, qui avaient voulu tenter une sortie au premier bruit de lattaque, furent l'un et l'autre faits prisonniers, ainsi que les seigneurs de Rochefôrt, de Plancj et de Polignjr-^ mais Barbazan et René, qui les traitèrent avec les plus grands égards^ n'en exigèrent qu'une forte rançon et les renvoyèrent aussitôt au maréchal de Toulongeon (*).

Selon Chartier, Louis III d'Anjou assistait à cette mémorable action; mais il est constant que René et Barbazan en eurent seuls tout l'honneur. Suivant le système qu'il paraissait

(*) « Et fnst Tissue de la besoignev, dit Paradin, que les Botvgui- « gnons furent déboutés, et la place de Ghappes rendue au duc R Riiéné. »

Le duc Philippe témoigna sa satisfaction a Jacques d^ Autnont sur sa courageuse défense , et afin de le dédommager de la prise de son château et de sa persoune,illui assigna uue pension annuelle de trois cents litres.

io8 HISTOIRE (i4^9-i43o)

avoir adopté dès sa première campagne, le duc de Bar fil raser et démanteler le château de Chappes.

X.René ne se trouva point présent à la prise de l'héroïne qui, cruellement blessée d'un javelot, s'écriait encore: <( Français , ce n^ est pas « du sang qui coule de ma plaie y c^est delà <( gloire!,,, » mots admirables et qu'on ne saurait trop répéter!...

On sait que Jeanne d'Arc, faite prisonnière le 24 Mai i43o, au siège de Compiègne, dont: le duc de Bourgogne s'était rendu maître , fut achetée par Jean de Luxembourg, comte de Ligny , ancien ennemi de René , et que ce prince la revendît aux Anglais moyennant dix mille francs et six cents livres de pension! (*)

Ce déplorable événement ne précéda que d'un mois la mort du bienfaiteur de René , le cardinal de Bar, et s'il fallait s'en rapportera quelques historiens, ce jeune prince parta*geant les nouveaux succès de l'armée française en Dauphiné, se serait alors trouvé à la glorieuse bataille d^Anthon^ gagnée le jour de

1» Trinité, le 11 Juin i43o.

Au milieu des troubles et des désastres de

(*) « Ceux ci , dit Martial d'Auvei^gnc, (( ^îe reussent donnée pour Londres, <( Car cuidoient a\oir tout gaij^né. »

la France, le duc de Savoie el Louis de Chaloas, prince d'Orange (22) , partisans dévoués du duc de Bourgogne, s'étaient crus assez puissants pour s'opposer aux conquêtes de Charles VII, et s'emparer presque sans coup iérir de toutes les places du Dauphiné qu'ils comptaient se partager.

Louis de Gaucourt, gouverneur de cette province ( Tun des illustres défenseurs d'Orléans dont il fut nommé Bailly), Pierre II de Terrait ^ surnommé VÉpée (*) ( digne aïeul de l&^Yarà);HuTnbert de Groslée, gouverneur de Lyon et grand maréchal de l'armée royale , les seigneurs du Bouchage, de Bressieux^Im^ hert de Poissieuac, dit tête d'or, Jean de Ze- 9is^ baron de \2i Voulte , ^es sires de Joyeuse, de Tournon, et une foule d'autres chevaliers, accoururent défendre leur patrie, et ayant rencontré le prince d'Orange, ils l'attaquèrent sur les bords du Rhône, entre Colombiez et Anthon.

(*) Charles Vil afTectionnalt particulièrement VÉpée Terrait et remploya dans toutes les occasions. — Ce clicvalier périt gf or ieusement le 16 JuiJlet i465 , k la bataille de Montihery. — T.a plupart de ses ancêtres étaient morts aussi sur ie champ du combat.

C'était VEpée Tcr/w/ qui avait acquis le château et la terre de Bayard. Son fils Aymon épousa Hélène d"'AiIeman, et c'est de ce mariage que naquit en i4;6, le chevalier sanspeur et sans reproche^

iio HISTOIRE (i43o)

Malgré l'intrépide valeur qu'il y déploya et la supériorité de ses soldats deux fois plus nombreux que les Français, la victoire la plus complète couronna les armes de ces derniers. Louis de Châlons perdit dans cette journée près de huit cents genLilshommes, et plus de cent mille écus de butin. Lui même, revêtu de ses armes blanches qui le faisaient reconnaître, futpoursuiviTépée dans les reins, et n'eutd'autre ressource que de s'élancer dans le Rhône, sur son cheval, et la lance à la main. Peu d'instants après, on le vit se montrer sur l'autre rive, laissant les vainqueurs saisis de surprise et d'admiration pour une action aussi hardie.

Quoique à la rigueur René eût pu se trouver à ce combat, la "^érité nous oblige à dire que la plupart des historiens sa contentent de rapporter « que lui et ses deux f rèrcis se dis(in- « gucrent surtout contre le prince d'Oran- « ge. »

Rappelé dans ses états par la mort du cardinal de Bar, René consacra les premiers moments d'une trop juste douleur, à pleurer celui qui lui avait tenu lieu de père, et à lui rendre les devoirs suprêmes. Les obsèques du cardinal furent magnifiques , et dignes du haut rang de ce vénérable prince de l'Église.

(ï43o-i450 I>E RENÉ D'ANJOU. m

Son successeur parcourut ensuite le Barrois, afin de dissiper par sa présence les alarmes qu'y causait la perle récente de l'ancien souverain, et entretenir ses vassaux dans la fidélité qu'ils lui avaient jurée.

Mais si la plus profonde paix régnait alors dans le duché de Bar , il n'en était pas de même en Lorraine, où Charles s'apprêtait à se venger d'un traité défavorable que les habitants de Metz lui avaient, disait-il, arraché par surprise (*). René qui ne pouvait se dispenser de suivre son beau-père dans cette expédition , se disposait, quoiqu'avec répugnance , à le seconder de tous ses efforts , lorsque la mort presque subite du duc de Lorraine vint tout-à-coup changer la position où il se trouvait lui-même. A peine René eut-il appris que Charles venait d'expirer, que, suivi d'un très grand nombre de gentilshommes, il accourut à Nancy, et y arriva au moment où Henri de Ville achevait les funérailles de son souverain.

Malgré son affliction et son deuil, la duchesse Marguerite, précédée d\\ prévôt de Si. Georges, ainsi que des chanoines en habits de

Dom Calmet, Tom. II. fol. 691- 767.

(*) « O les traîtres! s''écria-t-il, m'*ont-iIs ainsi déçu? je cuîJois « afoir de Metz la jouissance. . • il tira sa dague. . . après luy la «jetta je promets, dil-il, à St. Georges (juc je m'en vengerai.

Chronique de Lorraine.

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