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son seul aspect semblait ramener l'espérance, et jusques dans les moindres villages, on s'empressait de lui apporter des prés^ts, et de lui rendre des hommages dont la sincérité dut toucher sensiblement son cœur.
Mais , ainsi que l'a prouvé l'expérience des siècles, le moment où le destin semble nous avoir élevés au dernier degré de la prospérité, est souvent celui qu'il choisit pour nous en précipiter avec plus de force. René, jusqu'alors si complètement heureux, fut soumis à cette loi fatale.
Ce haut rang auquel il venait d'atteindre dans un âge où l'on est plus habitué à obéir qu'à commander, la puissance dont il était investi, et cette pompe dont il se trouva toutà-coup environné , semblèrent le premier présage ou le signal des constantes adversités qui le poursuivirent, et qui parurent s'accroître dans la suite, à chaque nouvelle farveur de la fortune , comme si cette bizarre déesse devait presque toujours faire chèrement acheter ses bienfaits.
Nous avons déjà eu occasion de remarquer que le comte Antoine de Vaudémont n'avait pas attendu la naissance du premier fils de René, pour annoncer hautement ses prétentions formelles sur la Lorraine. En apprenant
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que le baptême de Jean d'Anjou avait été célébré comme celui de l'héritier présomptif du duché 9 son ressentiment s'était manifesté avec plus d'amertume encore; mais il ne garda plus de mesure, et ne crut pas devoir dissimuler davantage, dès que la mort de son oncle eut laissé le champ libre aux projets qu'il méditait depuis tant d'années.
Le 22 Fé^vrier, le jour même où René vehait de quitter Nancy pour parcourir la Lorraine, Antoine arriva en personne dans cette ville, escorté de plusieurs gentilshommes dévoués et de quelques soldats. Il avait déjà pris les armoiries pleines de ce duché , et il invita, par un manifeste, « toute la noblesse « de Lorraine à venir lui rendre foi et hom- « mage, comme à son légitime souverain. »
Sachant que son apparition inattendue avait fait assembler sur le champ le conseil et les éfats, Antoine les envoya sommer ainsi que la duchesse douairière, Marguerite, de le reconnaître pour leur duc, fondant toujours ses droits « sur ce que la loi salique avait été en « vigueur de tous temps dans la Lorraine, et é « que ce duché étant un fief masculin, ne pou- < vait en aucune manière passer en d'autres «< mains que les siennes, comme le plus proche tf parent du feu duc Charles. »
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La délibéralion du conseil qui repoussait à runanimité cette sommation hardie , ayant été rapportée au comte de Vaudémont^ce prince Siortit en colère de la ville, jurant par son âme, « qu'il serait bientôt duc. » — Il partit aussitôt pour Dijon où se trouvait alor§ le duc de Bourgogne, dans l'appui duquel il avait une entière confiance.
A peine s'éloignait-il de Nancy, que René, instruit de ses démarches, se hâta de reparaître dans sa capitale j, puis ayant réuni ses conseillers ainsi que toute la cour,^illeur çxposa succinctement l'état des affaires, et sa résolution d'aller de son côté en France, réclamer le secours du roi Charles VII ^ qu'il ne pouvait invoquer en vain (f) . Mais avant d'eutreprendrc ce voyage, ce prince redoubla de précautions et d'activité afin que son rival ne pût rien tenter contre lui pendant son absence^ il fit même reprendre les travaux du siège de Vaudémont qu'il avait interrompus depuis deux ans, à l'époque où il conduisit ses troupes au roi de France. Le 8 Avril , suivi, d'une partie de ses gentilshommes, René ar-
(*) La Chronique de Lorraiae fait exprimer B.eué eu ces termes:. « Je sujrs bien asseuré que de ce le, comte me veult guerre mener. Je *( serai secouru de Charles, roy de France , car c''est mon beau- frère». « Je me veulx apprcster . . . Vers luy , m''en veulx aller ».
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riva à Charmes et se fit rendre hommage par Thiébaut de Neuf-Châtel, qui paraissait vouloir prafiter de l'embarras oii il voyait le due pour se soustraire à son obéissance. Jean d'Haussonville, maréchal de Lorraine, porta la parole en cette circonstance, démontra la justice de la prétention de René et en profita pour ranimer l'esprit des Lorrains en faveur de son maître. Ce princeamena ensuite lui-même, le mois suivant , de nouveaux renforts devant Vaudémont et Vézelise où il demeura environ quinze jours > occupé à faire achever deux forteresses en bois dont il avait ordonné la construction. Y laissant une forte garnison , certain de la sagesse de son conseil et de la fidélité de tous ses gentilshommes;, il recommanda sa famille et le soin de ses états à Henri de Ville, et partit pour Tours oà Charles VU séjournait depuis quelque temps.
Charmé de revoir un prince qui lui était si cher, ce monarque, qui n'avait alors plus d'en-^ nemis à redouter dans son royaume (*), accueillit René avec le plus vif intérêt, et pour lui en donner des preuves solides, il lui promit des
[*) « Il a tant chévaulché , dit U Chronique de Lorraine t que k « Tours en France est arrivé. . . Le roy a salué , et a copipté com» « pient le comte la duchié lui vouloit lever. • Je scays que ses vay^ «est allé quérir, .je \ousprie que me yueuJliez aidier. — Le roy
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renforis considérables , et le brave Barbazan pour les commander.
Revenu en Lorraine avec là certitude d'être soutenu par la cour de France, René somma lui-même à son tour le comte de Vaudémont de comparaître à INancy, afin de lui prêter foi et hommage comme son vassal. Mais Antoine de Lorraine se laissa d'autant moins intimider, qu'il était certain de Passisfance du duc de Bourgogne, et qu'il ne présumait pas qu'il fût de rintérêt de Charles VII de dégarnir les places fortes où presque toutes ses troupes étaient en garnison, pour donner aucun secours à son beau-frère. ( Il ignorait d'ailleurs que Barbazan , ayant sollicité lui-même l'honneur de défendre son illustre compagnon d'armes, était déjà en marche à la tête dequel-^ ques centaines de cavaliers et d'un grand nombre de fantassins.)
Aussi, loin de répcmdre à l'injonction impéralive de René , le comte de Vaudémont se disposa à prendre lui-même l'oflensive , aussitôt que ses alliés l'auraient rejoint^ il fit
« luy disl: Beau-frère je vous veulx aidier.. .Veici Barbazan, de mes <i capitaipes le plus asseurc; en Lorraine Pemmencz. . . et Vy coin- « mande qne k vous soit obéissant.-.
« Le duc de Lorraine a tant chévaulché, que en Lorraine est ar- « rive: la seigneurie volontiers l'ont yeu., Sy lui or t die t : mainlciMait « le comte, ne fanlt doubter. »
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agir à la fois auprès de tous ses parents afin de les attacher à sa cause, et la Lorraine enlière se trouva en quelque sorte soulevée par les prétentions de ce prince.
Nous avons déjà dit plus haut , que René n'avait pas été témoin de la prise de Jeanne d'Arc qui 5 lâchement vendue à ses plus cruels ennemi$ par un seigneur français, gémissait dans une déplorable captivité^ pendant que de si grands événements absorbaient les pensées de son jeune compagnon d'armes.
Le digne historien de cette héroïne, en retraçant toutes les tentatives de Charles VII pour la délivrer ou la racheter, disculpe de tout son pouvoir la mémoire de ce monarque sur laquelle planaient, il faut l'avouer, de trop justes reproches^ mais s'il ne parvient pas à le justifier entièrement , gardons-nous de l'accuser nous-mêmes. Plaignons plutôt l'impuissance d'un souverain dont les intentions ne purent être que magnanimes. Qui oserait présumer, en effet, que seul de tous les princes de son royaume , il n'eut pas tressailli d'indignation au récit de l'inique sentence qui condamnait une vierge aussi jeune, aussi pieuse, libératrice de la France, captive et sans défenseur, à être brûlée vive, comme « invocatrice ^fdolastre, dissolue y coupable en un mol des
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« crimes les plus odieux que l'animosité et la « calomnie puissent inventer!...»
La position critique où se trouvait Bené à cette époque, s'opposa seule , n'en doutons pas, à ce qu'il volât à la délivrance de cette valeureuse fille; lui-même était déjà près de tomber dans les fers, lorsque la nouvelle de la fin tragique de Jeanne d'Arc arriva jusqu'à lui. Quels regrets ce prince généreux ne dutil pas donner à cette infortunée, brûlée à Rouen, le mercredi 3o Mai i43i , avec un tel rafinement de cruauté, que plusieurs de ses juges ne pouvant soutenir ce cruel spectacle, s'éloignèrent, e» frémissant, de cette scène, épouvantable.
FiN DU LIVRE PREMIER..
(■430 DE RENÉ D'ANJOU. la