‹ Histoire de René d'AnjouChapitre 17 sur 41 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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geon se serait nécessairement dispersée d'ellemême, faute de vivres, et Ton conjecturait avec fondement que les habitants de la place ainsi que la garnison, réduits à la dernière extrémité, n'attendaient que le départ de leurs alliés , pour se soumettre à une capitulation pure et simple.

Juge expérimenté dans l'art de la guerre, Barbazan ouvrit l'avis de laisser à la misèi'e et à la disette seules, le soin de chasser Toulongeon, et surtout de ne pas abandonner la favorable position où René s'était placé. Mais touché des maux sans nombre qui pesaient sur ses sujets du Barrois, impatient de se voir délivré des prétentions d'un rival, entraîné peutêtre par une ardeur naturelle à son âge, ce prince changea précipitamment ses premières dispositions ; il laissa le commandement du siège de Vaudémont à Hennement de Lenon-court ^ ainsi qu'au marquis de Bade, et ne songeant plusqu'à se mesurer avec son compétiteur, il marchaà sa rencontre (*), tandis que quelques

DomCalinet. Uist. de Lorraine. Tom. II. fol. 769, [^) Cependant qu'on feroit k Bar un tel mesrage, ce rint ïi la notice « de René , lequel incontinent monsta k cheval et k pointe d^esperons a avec son armée en Barroys arriva : mats e marécliai de Bourgoii. « gne adyerti de sa venue ne osa T attendre ainsi «^enfuist k sou « grant (Jeshonneur; le duc René acertené de sa retraite, devant U « Tille de Bftr , y tnt parquer son siège., et chevauchèrent tant qu^ik

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jours de retard auraient suffi pour vérifier la prédiction de Barbazan.

Loin de soupçonner la brusque déterminalion du duc de Lorraine, Antoine de Toulon- G;eon , qui ne pouvait plus faire subsister ses soldats dans un pays qu'il avait ruiné luimême, venait de donner l'ordre de battre en retraite, lorsqu'à la grande surprise du maréchal, ses espions accoururent lui annoncer que René, en personne, s'avanrait vers lui. Une nouvelle aussi heureuse, aussi inattendue, lui parut tellement invraisemblable, qu'il ne pût d'abord y ajouter foi^ il fallut qu'un second rapport d'un détachement envoyé pour s'en assurer, vînt lui en rapporter la confirmation* Suivant l'inspiration de son cœur , Hené ( ainsi que Toulongeon l'avait d'abord prévu ) se transporta rapidement au secours des habitants du Barrois qu'il délivra des pillards et <les incendiaires qui y étaient demeurés. Il se dirigea ensuite vers le gros de l'armée bourguignone^ le comte de Vaudémont et le maréchal feignirent alors une terreur soudaine , afin de l'attirer plus loin et dans un lieu plus favorable à leurs desseins 5 ils parurent donc s'en-

« fîirent au derant des Bourguignons, Savojsiens et Picards. . . Et » quant le« dits Bourguignons sçeurent que le dit duc de Bar «estoit près d^eulx, ils s^ea cuidèrent retourner, n Bourdigné. Annales d^ Anjou. Chartier. P. 8i.

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fuir en désordre, mais se ralliant bientôt, ils s'arrêtèrent, le 29 Juin au soir, entre Sandrecourt et Bulgnéville O, où ils firent caînper leurs soldats auprès d'un bois nommé le grand Fay^ et derrière un ruisseau de peu de profondeur, qui traverse la plaine de ce dernier bourg.

Le lendemain ( dimanche 3o Juin ) Toulongeon et Antoine de Lorraine , avertis par leurs espions de la prochaine arrivée de René, se retranchèrent dans une position formidable et se rangèrent en bataille.

Leur armée s'élevait, dit-on, à quatre mille chevaux et à deux mille ou même sept mille fantassins picards et anglais, car les auteurs contemporains n'ont pas été d'accord sur le nombre des troupes réunies sous les bannières de Vaudémont et de Bourgogne (**j.

Bicais.HisK manuscrite de Ren^.Dom Galiuet fol. 769. Dom Plancher IV. P. i4.9'

^) <( ^i j avolt une rivière entreulx, et le lendemain au point du « jour se mirent en chemin pour retourner en Bourgogne, et lors le « duc de Bar et ses batailles chevauchèrent après eulx , et leur furent « audevant à une petite forteresse nommée hélix: Nuevilie, »

« Les dits Bourguignons et Je comte de Vaudëtnont, quand ï\s « veirent l'ordoaoance du duc de Bar , si tournèrent le dos à une pc- (c tite rivière et de Taustre costé se fortifièrent de ienr charroy et « d^un grant fossé. »

{**^) Les historiens ont également vaste sur le nombre des corabaf. tants que René conduisait. Le doyen de St Thiébaiilt le porte k douze mille cavaliers et dix mille fantassins armés d''arcs . d^arbalettes et de gros maillets de plomb.

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Quoiqu'il en soit , il est hors de doute que rarmée lorraine excédait infiniment celle que commandait le comte Antoine, puisque le dimanche au soir, le conseil de ce prince ayant mûrement réfléchi sur le danger qu'il courait^ décida qu'il fallait absolument se replier sur la Bourgogne, afin d'y recruter de nouvelles troupes. Antoine fut à peu près le seul à combattre cette résolution. N'ayant pu ramener personne à son avis, le lundi, (jour de St. Martial ) , il employa encore son éloquence et ses prières, le mardi de grand matin, pour faire changer la détermination de ses alliés, quoique convaincu lui-même de la nécessité qui la leur prescrivait; mais le conseil persista unanimement dans l'opinion d'éviter un com^ bat que la supériorité numérique des ennemis rendait trop hasardeux.

Au moment où ces discussions s'animaient de plus en plus, un bruit confus de voix et de fanfares guerrières se fait entendre et parvient jusqu'au centre du camp des Bourgui-

L^faistoire manuscrite de René citée par Dom Galmet, l^é value k quinze miUe en tout. D^autres, le portent contre toute vraisemblance k vingt-quatre mille, méme^ k trente huit mille hommes. Chartier, k huit mille cSeyaux et quatre mille fantassins. Enfin la chronique de Lorraine qui paraît s^approcher le plus des probabilités, k neuf mille hommes. Des écrivains ont assuré que l*armée lorraine était inférieure k celle d^Antoinc. Monstri-let ne lui domine ({ue six. mille combattants.

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gnons... Bientôt, dans le lointain, brillent à rhorizon de la plaine 9 des armures d'acier sur lesquelles le soleil levant darde sesrayon& et laisse distinguer les étendards de Lorraine-^ Ils annoncent l'avant-garde de René. Dèslors, il n'est plus question de retraite, le conseil est dissous, chacun se prépare à une prompte défense, et le cointe de Vaudémont s'applaudit de ce hasard, tandis que le maréchal deToidongeon redoutant peut-être l'issue de la journée, ne songe plus qu'à profiter de sa position militaire devenue la seule chance du salut de l'armée (*)•

Alors un nouveau débat s'engagea encore entre les chefs, sur la manière de commencer Faction^ Les gentilshommes Bourguignons ^ ainsi que les lorrains, désiraient combattre à cheval i les picards et les apglais préféraient

Monslrelct/ôl. 33. Charticr. Hist. de Charles Vil. P.83. Dom €•!met fol. 769.

(*) Quant le comte et Bourguignons vireni. Son ost, ses gens et son arroye , Derrière uue eauc, se encloirent, De grands fossés et de cbarroys.

Lk tous ensemble se rangèrent Afin des aulkres recueillir, Et si bien se fortifièrent Qu'Yonne les povoit as^aiiiir.

Mav liai d"* Auvergne. Vigile de Charles VÏI. P. i3o<

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que ce fût à pied (*;,et chacun s'obstina dans sa résolution. Mais le dernier parti ayant été soutenu chaudement par un des chels Anglais, nommé «/eari Ladan^ capitaine de M ontignf de-Roi, le maréchal de Toulongeon se décida à le suivre. On fit aussitôt mettre pied à terre à tous les hommes d'armes qui ^ avaient chacun un certain nombre de cavaliers à leur suite. Les chevaux et les bagages furent placés devant l'arrière-^garde commeun retranchement^ on entoura le camp eu entier d'un large fossé, garni d'une énorme quantité de charriots et de pieux assez élevés pour que les archers (**; et les arbalétriers pussent s'y tenir cachés^ ceux-ci , soutenus par plusieurs pièces de canon et par de longues, coulevrines placées sur les ailes ainsi qu'au centre, formèrent le front de Parmée. (L'histoire remarque que cette disposition fut à

(*)«iCefut, ditMonstreJetyUn gentil Angloys, nonuné messire c( Jehan Ladan, capitaine de Montigny-le-Roi, qvà opina pour ce « dernier parti. » .

(♦♦) Les arcliers étaient couverts d'un tricot d'acier.Ils portaient une bâche k la main, une dague k la ceinture et leurs haruoi* étaient garnis d^argent ou de cuiyre doré»

Les Arbalétriers avaient la trousse ou carquois de dix huit flèches. Leur casque était sans visière. lis portaient uu tissu de mailles de fer et par-dessus , un hocqueton de gros drap où étaient brodées les armoiries de leurs yillos ou de leurs seigneurs.

Gaule poétique. Tom. IV. P. 3aa. 325. A'oycz aussi cet ouvrage p^ur ce qui concerne le s^stciue militaire de la féodalité*

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peu-près semblable à celle qu'adoptèrent les Anglais à la journée de Poitiers, où les archers se retranchèrent aussi derrière des pieux. On a observé également que c'était la première fois que l'artillerie avait été employée de cette manière, (du moins les annales contemporaines n'en ont pas cité d'au- Ire exemple.)

Le lieu du combat n'esl point désigné clairemeni dans les anciennes chroniques. Monstrelet et Paradin le nomment Fillefnan ou Villemant; d'autres, l^ plaine de Madon^ et les modernes l'ont appelé plus justement Bulgnéville. En effet, l'aspect topographique du pays démontre d'une manière incontes-table que cette mémorable bataille n*a pu s'être livrée que dans la vaste plaine circulaire située entre Saulocurey Sandrecourty La Motte, Beauf remont et Bulgnéçille (i), doni la haute tour, dite du Géant ^ subsiste encore presque en enlier, ainsi que d'autres fortifications plus ou moins ruinées de ces divers bourgs.

III. L'armée bourguignone avait à peine eu le loisir d'achever les dispositions dont nous venons de parler, qu'un des hérauts d'armes de René , accompagné d'un trompette , se présenta aux chefs en annonçant que le duc

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de* Lorraine, qui n'était pas éloigné d'un quart de lieue du camp , leur demandait le combat. La réponse des Bourguignons tardant tpop au gré de l'impatience du jeune prince, il fit de nouveau provoquer le comte de Vaudémont à une afl'aire décisive. Le héraut lorrain lui raj^orta pour toute réponse « quHl « était prêt, et n^ attendait que sa venue. »

René s'étant alors avancé jusqu'à la portée d'un trait d'arbalète , examina atlentivement avec Barbazan, Tordre et la position retranchée de ses ennemis, que le sage capitaine jugea inexpugnable^ aussi chercha-t-il à modérer l'impétuosité de René qui , irrilé de l'immobilité des troupes bourguîgnones , voulait à toute force donner le 'Signal de l'attaque, et fondre sur elles. Le vieux guerrier Texhorta surtout à ne pas combattre à jour nommé: « TenezJes bloqués, lui dit-il, et « temporisez; la faim vous en défera sans « coup férir (*)• » mais tous les motifs et les avis que la sage circonspection de Barbazan put lui suggérer, échouèrent par un concours de circonstances singulières, et, nous devons

Martial d'Auvergne. — Paradin. — Monstrclet. T. II. Fol. 6a. (*) F.t lui mettait au-devant, dit Paradin, plusieurs besoignes et Taisons , lesquelles, il ne voulut point croire.

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ajouter aussi par l'impétueuse ardeur du due de Lorraine (*).

Ce jeune prince, à l'exemple de La Hire, Poton , Dunois , et tant d'autres guerriers ses frères d'armes, avait puisé dans ses premières campagnes contre les Anglais cet esprit chevaleresque et aventureux qui ne permet ni d'envisager les dangers , ni d'écouter la voix de l'expérience. C'était d'ailleurs la première affaire importante où René se trouvail à la tête de plusieurs princes alliés, et « il estpil « si très avide de combattre , dit la chroni- « que, qu'il luy sembloist qu'il n'y serait ja- « mais à temps. »

Doit-on être surpris de cette généreuse impatience, dans un prince français, à peine âgé de vingt-deux ans ; et quel guerrier français ne serait pas tenté de l'absoudre du reproche d'imprudence et de témérité?

On rapporte,, cependant, que ne voulant pas faire prévaloir sa seule opinion, il rassembla-

{*) Nëaat moins le duc ordonna

Que Ton iroit frapper dessus;

Mais Ëarbazan conseil donna

Qu^on ne leur de voit courir sus.

Vigiles de Charles Vil. P. i3i.

Baleicourt P. 169. — Le Père Benoit de Toul. P. 399.. — Che^rièr. Hist. litt . et PoL de Lorraine. P. i'j5. — Dam Calnict.Tom. IL FoL

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son conseil pour discuter le parti le plus avantageux à prendre^ on ajoute même que réfléchissant sur les avis de Barbazan, ainsi que sur la disposition des forces des ennemis, il sentit lui -.même le danger auquel il s'exposerait en précipitant Tattaque, et qu'il voulut remettre le combat: ( On a aussi écrit qu'il se borna seulement à faire reconnaître de nouveau le camp du comte de Vaudémont par le Damoisel de Commercy et le bâtard de Thuillières, qui lui en firent un rapport infidèle.)

L'évêque Bayer de Boppart, le comte de Salm, et en général tous les seigneurs âgés, qui faisaient partie du conseil réuni par René, se rangèrent unanimement à l'opinion de Barbazan^ mais les jeunes chevaliers de l'armée, entr'autres, Jehan d'Hausson ville, le bâtard de Thuillières, et surtout le Damoisel de Commercy, s'écrièrent; « qu'il fallait sur-le-champ « s'élancer sur les Bourguignons T). — Oui, « continua Robert de Sarrebruche, d'un ton « méprisant , précipitons-nous vers eux sans « balancer j ils ne soutiendront pas notre pre- « mier choc... il n'y en a pas pour nos pages. »

{*) (( Ces gens nous fmilt assaillir ( ai4>uta Robert de Sarrebruche». " dit la chronique ). De la première Tenue nous les emporterons. . ^ « ils Qe sont mie pour nos pages. . . Je vous promettons. »

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Barba zan élevant alors la voix au milieu de cette jeunesse inconsidérée, voulut démontrer les motif» et l'avantage d'une sage temporisation... Interrompu tout-à-coup par une sourde rumeur , le vieux guerrier entend exprimer des doutes sur sa bravourej on ose le taxer de manquer de courage!.... C')qui apaourse reiire^ répéta-t-on plus d'une fois devant lui....

( On attribue ces propos outrageants à Jean d'Haussonville , qui avait déjà reproché au brave capitaine de ne donner que des conseils timides ).

L'indignation colore aussitôt le front vénérable du guerrier blanchi dans les périls... Il jette autour de lui des regards étincelaats, puis d'une voix émue mais ferme: «Je redouterais le «danger! s'écria-t-il...moiquiai vécu soixante « et quinze ans sans reproche? (**} on me verra

(*) Si dict raison et manière

Du dangier qui estoit cdle part; Mais je ne scay, qui par derrièr e, Luy dict: qu''il estoit trop couart.

. . . Lors dist que Le premier iroi st,

E t que persomie de la feste ,

Son cheval bouter n^oserai t

Oà mestroist la queue de sa beste. — » ('^'^)(( A Dieu ne plaise quHl soit dit aujourd'hui que par ma couar^ K dise la maison de Lorraine k esté mise k déshonneur!. . . Je veniJ «et entends combattre raiOammeiit. . Gela dict, il pren d Tistemeni <( Taruiet en teste, etc. etc. — Jeaa d^Aucj. Manuscrit P. a69.

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« bientôt dans la mêlée... Gjuxqui ne craignent (f pas de m'insuUer, oseront-ils m'y suivie? « c'est dans l'action, continna-t-il, qu'on dis- « tinguera ceux qui ont du cœur, de ceux qui « n'ont qu'un vain babil >k —

< — Marchons donc vers les ennemis et sans « plus attendre, répéta le Damoisel de Corn- « mercy. (*) » —

te — Sans doute, reprit Barbazan, et afin « qu'on ne m'impute plus aucune lenteur, je « demande à commencer moi-même l'attaque. — « Jeune homme, ajouta-t-il, en s^adressant au

« Damoisel, le cœur se voit au combat, et la « prudence au conseil. » — — Le premier alors à demander qu'on en vint aux mains, Barbazan qui n'ignorait pas que beaucoup de ses soldats enrôlés à la hâte ne s'étaient jamais trouvés au feu, proposa à René quelques changements dans l'ordre des troupes.

Ce prince, le comte de Salm, l'évêque de Metz formèrent le centre^ Barbazan se plaça

Tom Plancher. Tom. IV. P. i5o. Pexon. Hist. de Lorraine. P ii5.

{*)(i Faut les assaillir, répéta le Damoisel de Commercy, et sans, « plus attendre. — Bien, puisque vous le voulez, reprit Barbozan, « dit la chronique , et afin que, ne dites que K moi ne tienne , moy et « mes gens voulous estre les premiei's h douner dedans. — Sonnez «trompettes subitement. . . AunomdeDieu, demeurons dedans, u

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à la tête de l'aile droite, et la {jauche fut confiée à Robert de Sarrebruehe.

Bientôt l'armée entière se déploya dans la vaste prairie, et au-dessus d'une forêt de lances flottèrent les bannières de Lorraine, de Bar, de Metz et de Salm , portées par Varry de Lonnois, Henri Bayer, Conrard Bayer et le Sire de Sarley. Une foule d'autres étendards agités dans les airs annonçaient la multitude d'illustres chevaliers et barons dévoués à la cause de René.

En face du camp lorrain, les mêmes dispositions avaient également lieu, sous la direction du comte de Vaudémont, et les deux armées se trouvant en présence, n^attendaient plus que le signal, lorsqu'un héraut bourguignon vint avertir René que son compétiteur lui demandait une conférence seul à seul entre l'espace qui séparait leurs troupes.

Revêtus tous les deux d'une riche armure les princes, la tête nue, s'avancèrent l'un vers l'autre à la vue de leurs armées immobiles et silencieuses. Les yeux attachés sur leurs mouvements, chaque capitaine, chaque soldat,semblait vouloir interpréter des paroles qui n'arrivaient pas jusqu'à lui. Tous attendaient avec une vive anxiété le résultat de cet entretien,

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quand soudain on vit les deux chefs se quilter brusquement , reparaître à la tête de leurs camps plus ennemis que jamais, et décidés à en venir sur le champ aux mains.

( On a toujours ignoré quelles propositions le comte Antoine voulait faire acceptera Mené, et que ce dernier refusa. ) C)

Il était neuf heures du matin et la chaleur éiait déjà si excessive ce jour là (2 Juillet), que le comte de Vaudémont fit apporter plusieurs tonneaux de vin dont il distribua d'amples rations à chaque cavalier ou fantassin ,en ordonnant aussi qu'on leur donnât à manger. Puis, monté sur un cheval de petite taille, il parcourut tous les rangs les uns après les autres, invitant chacun , dit Monstrelet, <c à faire paix « et union ceux qui avoient ha y ne ensemble.» Haranguant plus particulièrement les Bourguignons, il leur exprima en peu de mots com- « bien il s'estimait heureux d'avoir de pareils

(*) « Antoine, dit Jean d'Aucy, voulait gagner de bonne grâce << Hené ayec doulces paroles, ou promesses mesme , ou bien lui • faire paour de ses meuaces. — On assure qu^il lui offrit de s'ar «Tanger avec lui moyennant certaines conditions. Que René s'y re- « fusant, Antoine avec hauJteneté se pricstk le menacer, luy disant « (pi'il dëferoit son armée , le prendroit , puis le fer oit mourir , sachant « que par sa mort il entrerott en la grâce de tous ceulx de la ligue du « duc de Bourgogne.

(Epitome des ducs de Bourgogne par Jean d^Aucy, confesseur des ducs, François I. et Charles III.)

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<c défenseurs, et^ leur rappela qu'ils Pavaient « toujours vu au milieu d'eux combattre pour « la cause de leurs ducs Jean -Sans-Peur et Phi- « lippe. » Adressant ensuite des paroles flatteuses aux Anglais, ainsi qu'aux Picainis, il termina son allocution, en jurant « par la •t damnation de son âme que sa querelle « estoit bonne et juste (*). »

Pendant qu'Antoine animait ainsi ses troupes, Benése transportaitaussisur les divers points de l'armée lorraine d'un air martial et résolu, exhortant tous ses capitaines à se montrer glorieusement dans cette journée. Il fit plus encore, et hâtant pour quelques unsd'entr'euxle prix d'une victoire qu'il regardait comme assurée, il les reçut chevaliers de sa main, leur donnant Taccolade en rase campagne, aux acclamations des soldats, juges toujours sincères du mérite récompensé.

Le comte de Vaudémont ne voulant pas se montrer moins généreux , ni laisser à René seul une prérogative de souverain, fit sortir des

Monstreiet II. Fol. 63. Le père Anselme, Tom. IL Fol. ii5o« (^) » 1 uis, dit Moostrelet, ilremonstra amyablemeot k tous oeolx- « ik estant, quUls combattissent de bon courage. . . que le duc de « Bar le vouioit sans cause desbéiiter. . et si avoist toujours tenu « le part y des ducs Jehan et Hiilippe. Pour laquelle renconstmnce « géuéraieraent, tous les Bourguignons eurent k coeui* très grand « liesse — »

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rangs Mathieu d'Huinières, Gérard de Maiigny son fils , et un petit nombre d'autres guerriers auxquels il conféra l'ordre de la Chevalerie. Deux heures s'étaient ainsi rapidement écoulées, au milieu de ces préliminaires, et dans une mutuelle observation; cep^endant, malgré l'ardeur des deux cliefs, épiant l'un et Tau re le moment décisif, le combat aurait pu être différé encore, lorsqu'un incident qui semble romanesque et qui paraît néanmoins avoir influé sur les résultats de cette journée ( au rapport de Monstrelet qui l'a entendu assurer à cette époque ;, vint précipiter l'attaque el en donner le signal (*).

Bodrdigné. Monstrelet II, Fol. 63. 64* — Champier. Chroniques ^Âustrasie, Fol. ^i. Yojageur français. Tom. 38. P. 192» Hist. de France. Tom. XV. P. 87.

(*) « Ainsi comme les batailles estoieut IWe devant Pautre , prestes «Ji choquer, arrive ung merveilleux présage , car ung très bel et grand «cerf s''apparust entre les deux armées, et Ik, se arresta tout cojr "quelque temps sans partir; puis frappant trojs fois du pied de « devant en terre, advisant tout au long ceste bataille , vers Post des <( Barrojs prinst la fuite, et oultre Ik passa, et retourna férir k tra. ^ Vers eulx. . . Il fust alors après le dict cerf, faicte une très grand « huées. . Alors le comte de V'audémont voyant les Lorrains et Bar- <( roys en désordre , escrye k ses gens : Or frappons sur eulx , mes amy s , ^ car ils sont nostres et suivons n/ostre fortune, car Dieu par ceste ^ beste, nous monstre signe que lafiiite touirnera aujourd'hui du eus- < té de nos ennemis. »

Sans vouloir admettre en totalité le merveilleux de ce récit, il ne Qoil point sembler extraordinaire que si Tapparilion du cerf a eu lieu, le comte de Vaudéuiont ait profité habilement du dépordi-e moïnentané qu^elle dût orcasioner pour donner le premier élan k ses

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