‹ Histoire de René d'AnjouChapitre 25 sur 41 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

portât la chevelure d'un crucifix placé sur l'Autel, sans endommager la. tête en aucune manière. Frappés de ce prodige, les bons moines crièrent au miracle , appelèrent les fidèles, et le boulet l*ut suspendu aux voûtes de l'antique édifice qui recèle encore les cendres de l'iniortuné Conradin. Quelle fut la surprise des Carmes , quand le lendemain , ( 27 Octobre ) à pareille heure, l'artillerie placée sur les terrasses de la même tour , lança un boulet, qui , tombant d'abord à terre , fit trois bonds sans toucher personne, et, du quatrième, étendit roide mort l'infortuné Don Pèdre en lui enlevant toute la chevelure !..(*) Le roi d'Aragon entendait la messe dans le couvent de S'^ Madeleine , lorsqu'une vive rumeur et des cris de désespoir l'instruisirent du tragique événement qui venait de se piasser. Malgré sa douleur, ce monarque demeure toujours à genoux et en prières. Mais aussitôt que le saint sacrifice est achevé, Alphonse s'élance sur le corps de l'Infant, le serre dans ses bras, l'arrose de larmes et s'écrie ensanglotfant. ce O mon frère! 6 mon ami! nous pcr-

Mariana. Hîsf. d'Espagne. P. 333. Jean de Ferreras. T. VI. P. 443- (^) On ajoute même que sa tête voL dans ta mer et ne fut jamaù retrouyce.

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« dons en toi la fleur de la ehetalerie ! le « plus digne ornement de FEspagne! que Dieu ^ veuille te faire jouir d'un repos éternel ! pour « nous, faisons pleurer ta mort à nui ûtihe* « mis. »

Surmontant sa juste affliction , Alphdttâè déposa le corps de Don Pèdre datis^ tm simple cercueil de bois , le conduisit lui-même ati (château de rOËuf , et ajourna les obsèques AtL m«u ment où il serait entièrement maitref de Naples.

Quoique le trépas de Tlnfant ptivfti lès Ai^agonais d'un de leurs plus y aillants Mutiend^ té ne fut point sans une douleur mêlée de pitié qu'Isabelle apprit la fin déplorable d'un prince h peine âgé de TÎngt-sept ans. Ne voyant plij^ dans Alphonse qu'un frère malheareux, elle lui envoya un de ses officiers, ponr le complimenter sur cette cruelle perte. Elle ajovta à ce témoignage d'égards et de sensibililé, l'offre de suspendre let hostilités pendant quelques jours» et de permettre ]'iiihumatk>n de Don Pèdredans Téglisede Naplesquele roi d'Arafgon désignerait, en l'assurant que « tout le clergé « de la capitale tiendrait ài honneur d'assister « à cette pompe funèbre ».

Alphonse ne daigna pas ré^ndre à l'envoyé de la reine f s'adrcMist seulement airt capitaines q»i l'entouraient: « C'est bienf mon in-

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« tention , dît-il , que mon frère soit enseyeli à « Naples^ mais je saurai m'en faire ouvrir les ce portes. » Cependant, comme l'ambassadeur d'Isabelle était demeuré, le monarque. le pria de remercier celle qui l'envoyait , essuya ses larmés^et ne songea plus qu'à tirer une éclatante vengeance de la mort de l'Infant.

Déployant les ressources d'un génie habitué aux succès, Alphonse donna alors un nouvel élan, à son armée, serra Naples de pflus près, parvint à s'emparer de quelques points importants, Qt allait même tenter un assaut général, lorsque des pluies excessives qui durèrent près de quarante jours , le forcèrent de se replier sur Capoue, et delà vers GaCte.

Devenue libre de communiquer avec René, la reine instruisit aussitôt ce prince de la posiition critique de sa capitale, dont les murs ofiFraient déjà une large brèche causée pafPabondance des eaux; il quitta donc l'Abbmzze , où, partout vainqueur, il avait pacifié des troubles suscités parles agents de son compétiteur, et s'empressa de venir ranimer par sa présence,l'esprit des Napolitains que la crainte d'une dernière attaque commençait à décourager.

Prévenu que René devait traverser un défilé très étroit entre Montefascoloet Arpaïa, le roi d'Aragon y envoya Jean de Yintimille»

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^vec un nombreux escadron d'Italiens , en lui Tccommandant de garder ce passage, ce qui forcerait le roi de Sicile à rétrograder , et permettrait de recommencer les opérations du siège. Mais sans paraître surpris de cette embuscade , René attaqua lui-même, le premier, le détachement du comte de Gérace, « le rompit « furieusement avec-swiépée, dit un historien, « le contraignit de se réfugier à ]Nole,ets'emcc para du château de TOEuf, dont le rpi d'Ara- « gon avait confié le commaiidement.au. capi«- (t taine Arnaud Saaz. »•

Déconcerté de la marche rapide de son rival; Alphonse ne songeant plus à continuer le blocus de Naplés, fit attaquer la ville de Caivanoet s'en rendit maître. Ainsi, vainqueurs ou défaits tour-^à-tour, ces deux princes balançaient mutuellement leurs pertes et leurs avantages. Mais peu de jours avant sa rentrée dans les remparts de sa capitale , René avait perdti un de ces hommes rares dont la haute capacité, l'influence et la droiture doublent pour ainsi dire les forces d'une armée entière , et dont l». mort semble l'annonce prochaine des plus grands malheurs. Soutien de la monarchie légitimer» plein encore de vigueur conune d'activité et de zèle, Jacques deCaldora venait de terminer subitement sa glorieuse carrière, à l'âge de

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soixante aus, emportant les regrets universels et surtout ceux de son souverain. (")

Jaloux de reconnaître les services et d'honorer la mémoire de ce vaillant capitaine, Hené transmit à son fîis unique , le titre de duc 4e Barry, en lui accordant une confiance aussi entière qu'à son père. .

Malheureusement Antoine Caldora n'avait hérité que de sa bravoure , et de Paffisction des troupes , qu'il avait commandées pendant tant d'années. Voilant sous l'apparence de la franchise et d'une aveugle soumission des intentions cruellement perfidesj'ambitieux courtisan accessible aux promesses du roi d'Aragon, tramait déjà sourdement la perte de René et songeait à le précipiter du trône, au moment même où ce prince l'accablait de bienfaits^

Tout semblait d'ailleurs concourir à seconder ses lâches complots. En enlevant à René un hçgoime aussi influent sur l'armée» la mort

Jean de Ferreras. HisL d'Espagne. Tou. VI. P. 45^ Burigi^ Tom. If. P. 329. Uist. du royaume de Naples. Tom* III. P. 46i. Dégly. Tom. Iir. P. aoa. 304. Mariana. Hist. d'Espagne. P. 358

(*) I^ly <lit qu'il mourut d'un coup de sang le i5 Octobire» el ae u sentant aussi plein de coiiragc et de force que s*il u'aTftît çpie « trente ans . »

(Wdora avait pris pour devise ce verset de David: Cœlum cœà Domino, tic. Il le portait sur ses arçous, pendant qu'il était eu campagne.

( Dégljfi. m. P. 302. ChfoniqpAe de Provence. FoL 6ti)%.

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i3e Caldora y avait produit une sensation d'autant plus pénible, que le choix de son successeur, n'était pas fait pour dissiper les craintes. Une foule de ces hommes que leur seul intérêt attachait à René, ne rougirent pas de l'abandonner dès qu'ils le virent privé de son plus ferme appui , ou qu'ils purent Soupçonner les vues d'Antoine.

Toujours basée sttr les mêmes principes de justice, de courage et de modération, la conduite de René n'avait cependant pas varié un moment. Ses talents militaires, son activité, sa valeur, s'éfaient montrés avec tout leur éclat dans sa dernière campagne ; mais son étoile avait pâli: l'enthousiasme qu'il avait excité d'abord , ( sentiment trop peu durable de sa natui'c , chez les peuples qui s'y livrent surtout sans réflexion ), s'était insensiblement refroidi,' l'impatiente avidité des barons qui s'attendaient à voir répandre sur eux les dignités et les richesses, n'avait point encore été Satisfaite; chacun alors tourna ses regards vers celui qui possédait les moyens de réccttnpenser ou de séduire (*).

(*) « Qoand on vît, dit Mofatori, tjœ ce jntmce ctoit paitfre , et « ({oesa bourse ne distiioit pas cette Fosée d^or à laquelle ont s^at- « tendoit, et qu^il n'*apportoit que son courage et ses talens militai- « res , le «èfe des Napo^ttins ne t&tâi pvs k ^^àfi^iblir. w

28o ' HISTOIRE (i43g)

Serait- il donc vr^i que, dans tous les siècles, comme chez tous les peuples, l'intérêt personnel étouffant les sentiments de la recoanaissance,, dût paralîser tout élan généreux qui sauverait une nation, et jeter dans l'oubli,, les efforts, les sacrifices» les travaux que le succès n'a point couronnés?

Trop clairvoyant pour ne pas s'apercevoir du changement opéré pendant son absence, le roi de Sicile ne recevant aucun secours, et ayant épuisé toutes ses ressources^ réfléchit douloureusement sur sa position au milieu d'une nation inconstante, qu'on cherchai t à soulever , et qu' il n'avait aucun moyen de soumettre par la force. Aussi, apprit-il avec joie que Charles VII envoyait une ambassade au roi d'Aragon pour lui offrir d'être le médiateur de leur querelle. René crut devoir de son coté proposer à Alphonse de cesser, les hostilités pendant un an.

Mais ce prince venait d'obtenir un véritable triomphe politique, en décidant le pape Eugène IV à demeurer neutre entre lui et son rival. Ses agents, en outre, lui rapportaient des nouvelles de plus en plus encourageantes. Se regardant désormais comme souverain de Naples, sa réponse aux ambassadeurs français, fut de nature à ne laisser aucun espoir d'^ccommodemeuU

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V. Réduit à l'alternative de tenter un dernier effort, ou de renoncer à la couronne, Séné rassembla son conseil aussitôt après le retour des ministres du roi son beau-frère, leur exposa sa situation et demanda ensuite à Caldora, quel était son avis sur les moyens de s'opposer aux progrès d'une sédition qui avait éclaté déjà sur plusieurs points. « Sire, a répondit le duc de Barry , ( qui ne cliêr- « chait qu'un prétexte pour l'éloigner encore <f une fois de Naples } , l'intérêt de l'étaf « exige que Votre Majesté ne demeure^ pas << davantage dans une capitale dont les chçis « lui sont dévoués 5 où de nombreuses force leresses ne permetlent aucune surprise, et « où d'ailleurs vous pouvez laisser votre coûte rageuse épouse pour la défendre. Il est plus « important d'aller parcourir les provinces « qui tiennent encore ouvertement pour vous , « afin de les affermir dans leur fidélité, ou « d'en obtenir par votre présence des subsides w en argent et en vivres, d'une indispensable « nécessité. Laissez une garnison suffisante à <( Naples, mais concentrez sur un autre lieu « le restede vos troupes disséminées jusqu'ici « en plusieurs détachements. »

Ce plan, quoique médité par un traître, offiait cependant des avantages qui ne pou-

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tratioiis, et satisfait du succès. de son épreuve^* René n'avait point cherché à rassurer pleinement les Napolitains^ afin que les agents d'Alphonse fussent persuadés qu'il allait effcctÎTement repasser en France. Il laisse donc le pcuiple et même toute la noblesse incertains des événements qui se préparent Mais à l'entrée de la nuit, il fait annoncer aux principaux. seigneurs qu'il a un projet important, à leur communiquer. Tous accourent avec, empressement^ arrivent dans la vaste cour du palais, et à la lueur des flambeaux reconnaissent leur roi armé de la tête aux pieds, l'épée nue à la» main et entouré d'environ quarante chevaliem» finançais, angevins ou provençaux, dont plusieurs portaient les bannières déployées. Dès que René q^erçoit les barons napolitains, il s' élance sur son cheval de bataille qu'un ipage tenait aupi^ès de lui, et de son épéefaitsigne qu'il va parler. Les regards se fixent sur lui^ chacun garde un religieux silence ; le prince prononce alocs ces paroles d'une voix assurée: « Amis,: ne « croyez pas que votre roi. ait dégénéré de la « vertu de ses ancêtres. Comme eux, il n!est « point de périls que je n'aflronte pour con- « server une couronne aussi glorieuse , un « royaume aussi florissant, et surtout unpeur '<- pie si dévoué j mais je ne vous quitte iiu

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< moment que pour mieux vous servir. L'în- K térêt du trône, m'assure-t-on , exige ma V présence dans les provinces voisines. Je K pars sans hésiter. J'espère être bientôt de « retour parmi vous , mais en attendant , mon € cœur vous confie ce qu'ail a de plus cher., « Votre fidélité me répond de ma capitale.. • « Votre amour veillera sur la reine et sur mes « enfants^ je vous les recommande en les lais- « sant entre vos mains. »

A ces mots , les spectateurs électrisés font retentir les airs des cris de vice le Roi! Tous adressent à leur prince le serment de se sacrifier pour sa défense... Ils s'en approchent, le pressent, le conjurent de demeurer au milieu d'eux... Mais René donnant des éperons à son destrier, franchit le seuil de la cour, et accompagné des vœux de tout ce qui l'entoure disparaît avec une telle rapidité, que ses chevaliers ont de la peine aie suivre.

Entraînés parleur enthousiasme, les gentilshommes napolitains ayant à leur tête Raymond de Bartelle , n'hésitent pas à aller le rejoindre.

Jean de Ferreras. Tom. VI. P. 466. Papoa. Ifl, P. 356. Dégly HI. P. aoy.

2 8C HISTOIRE (i43|

Cette mémorable scène se passait à Tenlréi de l'hiver, qui s'annonçait comme deyant être-^s extrêmement rigoureux. René dirigea cepen — dant son escorte du côté des Apenniiis, vers - FAbbruzze ultérieure, pays froid , très montagneux , coupé de torrents et dont tous les abords offraient le plus difficile accès.

Après avoir voyagé la nuit entière , et s'être approché plus d'une fois sans s'en douter des postes occupés par les Aragonais, le prince et sa suite arrivèrent auprès de Nôle aux premiers rayons de l'aurore. Devant traverser au grand jour la ville de Bayane, ils prirent poiu* cri de guerre : Ursins! Ursins ! (famille toute puissante qui tenait alors, ainsi que Bayane, pour le parti d'Alphonse f").)

Malgré cette ruse et la promptitude de la marche de René, l'indiscrétion de qudques soldats napolitains, ou la pénétration des espions ennemis, firent soupçonner que le rai lui-même conduisait cette petite armée. Déjà on voyait se former des groupes eonsidérafalcs, tout était en rumeur , et l'on s'ameutajit pafticn-

(^) Celte illustre maison ayait embrassé la cause du roi d'Aragon René roulait faire présumer qu'ail était chef d^un détachement mu ordres du seigneur des Ursins, qui allait sVmpaFer de St. Ang«lo d^ 3paU , baronie possédée par Othou Carraccioli.

Hèrement autour d'un pauvre moine deMonte- X^irginie, appelé le frère Antonello, qui, dé- "V-oué àla maison d'Anjou , s'était volontairement offert à servir de guide à son souverain.

Ce conlre-tempa imprévu forçant René à renoncer k la route la plus directe, qui était par Monteforte, l'obligea à se détourner considérablement , et à gravir une montagne voisine couverte alors de plus de quatre pieds de neige.

Cette résolution ayant été prise, le a8 Décembre au soir , il fallut, malgré la nuit la plu» obscure, se résoudre à marcher pendant plusieurs heures dans des sentiers étroits, escarpés, couverts de glace et de neige, et tracés entre des précipices d'une hauteur eflFrayante, On n'arrivait qu'en tremblant sur la cime de ces rochers, dont Taffreux silence n'était interrompu que parle sifflement du vent, ou le bruit des avalanches roulant dans les cavités des montagnes.

On parvint toutefois heureusement au sommet le plus élevé et René y fit mettre pied à terre, autant pour garantir ses soldats d'unfroid insupportable, que pour ne pas les exposer à être entraînés par les chevaux qui , exténua de fatigue , tombaient sur le verglas, ou dispa^ raissaient toot-k-eoup au fond des crevasses^

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La route était même devenue tellement inabor "

dable, qu'on fut obligé de s'en frayer une nouvelle à travers les pointes à pic dont cette partie des Apennins est hérissée. Là, des périls d'une autre sorte attendaient T avant-garde de René, car cette entreprise si pénible était en même temps si dangereuse, que plusieurs hommes robustes y succombèrent, et qu'un grand ncunbre de mulets périrent dans les gouffres profondî» masqués par la neige. »

Durant ce long trajet, au milieu duquel des plaintes ou des cris d'alarme s'échappaient par intervalle, René conservant presque seul sa sérénité ordinaire, marcha constamment à la tête de sa troupe découragée. Ranimant tout le monde par son exemple, on le voyait adresser tour à tour aux simples soldats comme à leurs chefs les paroles les plus affectueuses. ..«Mes « amis, leur répétait-il , en se tournant vers eux c< d'un air riant, ceux qui partagent mon sort « en ce moment, les fidèles compagnons de mes « dangers, peuvent compter qu'ils le seront « un jour des fruits et des douceurs de la vict< toire. »

Enfin, malgré la pluie glaciale qui tombai^ par torrents, un orage impétueux et des obstacles de tous genres, la petite armée de René, après deux nuits entières, se trouva réunie au

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"as de la montagne. Ce prince laissant alors à

^ulmonte ceux de ses soldats dont les chevaux

avaient péri ou étaient hors d'état d'aller plus

loin, continua sa route et ne s'arrêta qu'à St.-

jingelo-di-Scala , baronnie qui appartenait

ainsi que Sulmonte à Othon Garracciqli.

Au bruit des destriers qui galoppent sous les murs de la forteresse , le gouverneur se montre, reconnaît Cafracciolî, ouvre les portes, e1 charmé de l'honneur inattendu qu'il reçoit, î;itroduit Iç.prince dans l'unique appartement du château. Transi de froid, ayant perdu tous ses équipages , ne possédant plus , dit-on , une seule chemise, René se revêt gaiement des habits que lui offre le gouverneur , s'assied devant un large foyer où séchaient ses vêtements,et mourant de faim, il se met à faire cuire lui-même des œufs pour le souper commun, pendapt que tout le monde était occupé, soit à veiller à ce que les soldats pussent trouver un gîte, soit à soigner les malades.

L'usage des verres à boire était encore peu répandu, et la petite ville de St.-Angelo ignorait cette espèce de luxe. On ne s'y servait donc que de grossières tasses de terre; mais le gouverneur, fier déposséder un hôte tel que René, était parvenu, à force de recherches, à se procurer un verre qu'il présenta au monarque en TOME I. 19

se félicitant de la découverte. « Non, dit ^1a^ cf Benéen souriant, je ne m'en servirai pbin -^ (c on ne doit jamais déroger aux antiques us£v « gesl »

Après avoir achevé son frugal repas, en persistant à boire dans sa tasse, il reprit ses habits, et aussitôt que le détachement laissé â Sulmonte Peut rejoint, il remonta à cheval, quoique le temps fût aussi horrible que la veille.

Il parait que des espions étaient parvenus à connaître la direction suivie par René, car à peine était-il arrivé à peu de distance de PietraStortina^ lieu sauvage et désert, qu'une embuscade de paysans , rassemblés pour l'as* sassiner , vint fondre sur lui, chercha opiniâtrement à l'atteindre , et occasiona une sorte d'alarme qui retarda un moment sa marche.

Apprenant la cause de ce désordre, René ne daigna pas s'arrêter pour combattre ces misérables. Sans témoigner la plus légère émotion, il se contenta de donner ordre à un chevalier français, nommé Guy, de rester à l'arrîèrcgarde avec quelques hommes, et continua paisiblement sa route.

Malgré la vigilance de Guy, les mêmes vagabonds s'étant ralliés dans les rochers voisins, reparurent bientôt , annonçant le projet de

♦fT"

^^emparer de Bené , mort ou vif. Maïs Guy içs prévint, courut sur eux, en tua plusieurs, ^! fit cinq prisonniers qu'il amena au roi, ;alors campé sous les murs d'un bourg fortifié, nommé Hautenlle.

A la vue du monarque, les paysans que les soldats furieux menaçaient d'égorger, se jetèrent à ses genoux; puis implorant à grands cris sa miséricorde , ils cherchèrent à atténuer l'horreur de leur criminelle tentative , en assurant qulis ne le connaissaient point.

René , les relevant avec bonté , calma aussitôt leur effroi, et leur adressa ces paroles mémorables:

« Roi , je veux remplir tous les cjcvoirs « que ce titre m'impose. La clémence en est <x un des premiers et des plus doux. Loin de « vouloir faire périr aucun de mes sujets , « je ne désire que leur bonheur... AUpz, mes « enfants, continua-t-il , allez consolervosfa- « milles alarmées , et devenez à l'avenir , < entr'elles et moi , un gage constant de paix « et d'amitié. » Puis ordonnant que ces malheureux fussent mis en liberté, il les renvoya en leur distribuant quelque argent.

Cette scène avait lieu, comme nous l'avons dit, sous les antiques remparts d'Hauteville, dont les habitants, attirés par la curiosité^

29* HISTOIRE (i^ ^1^

avaient pu entendre le pardon de Bené. Pénétrés de respect et d'attendrissement , ils firent ouvrir les portes de la ville , ( quoique sujets du comte de Haute ville, zélé partisan du roi d'Aragon), et pleins de confiance, ils sortirent en foule, apportant à l'envi desrafaîchissements à René et à ses troupes. Bientôt leurs acclamations se mêlèrent à celles des soldats , leurs éloges se confondirent , et doonèrent une nouvelle preuve que les hommes les plus grossiers et les plus iniensibles au prestige de la victoire ou de la puissance, sont toujours subjugués par la clémence et l'humanité.

Poursuivant sa route à travers des chemins resserrés ou presqu'impraticables , Bené passa le Volturne , et n'arriva à Benevent qu'à deux heures du matin. Il descendit à l'archevêché, où il comptait séjourner le lendemain (à cause de la solennité du Dimanche). Il devait d'ailleurs être curieux de visiter l'emplacement de la célèbre bataille remportée, le I o Août 1 268 , par Charles d'Anjou sur Mainfroi O.

(*) La ville de Benerent prétendait avoir été fondée par Diomède. G^esteatre Benevent et AveJine que I^ année Fomaine passa tons Jes ourdies caudines.

Au sortir de l'église , où il Tenait tfentèndre la messe, René aperçoit son fidèle guide le moine Antonello, qui s'approche des courtisans et des capitaines. Désirant savoir ee qu'il leur demande, il s'arrête dans la foule, et entend le pauvre frère qui les invite humblement, mais avec vivacité, à accepter un repas dans sa modeste chaumière.

(Ce bon religieux, né à Benevent, était tellement affectionné à la maison d'Anjou, qu'il avait exposé plusieurs fois sa vie dans le trajet de Naples au fond de l'Abbruzze ).

Touché de la franche cordialité de son offre, René s'avance vers Anlonello, et lui dit avec enjouement : « J'en suis aussi , et notre t( ami peut me compter au nombre de ses con- « vives. »

Muet d'étonnement et de joie,Antonello ne peut d'abord répondre. « Quoi! s'écriç^t-il en- <f fin, serait-il possible! Votre Majesté daigne- « rait.... » — « Du meilleur de mon cœur , « ajoute René en lui serrant affectueusement « la main ; Je vous suis trop redevable « pour ne pas m'en faire une véritable fête. »

Au comble du bonheur, frère Antonello accourt vers sa maisonnette , l'arrange le plus

Ptrpdn. lïl. P. 356. Jouruaî d'Angers. 9® aunë«. 9 Mai 1810.

proprement possible , et ne se possède pas l'idée de recevoir son souverain.

A l'heure convenue, René arrive, trouve h nappe mise auprès d'un large foyer, sur lequeF tournaient à la fois plusieurs broches chargée»» de toutes sortes de viandes, et s'assied sans cérémonie parmi les seigneurs qui l'accompagnent. Le prince lit honneur au repas rustique, autant par son appétit que par sa bonne humeur; chacun l'imita, même le bon moine, et la petite réuniondevint une véritable partie de plaisir qui se prolongea plusieurs heures.

fc Hé bien ! dit le monarque au religieux , <( en se séparant de lui, notre ami est-il satis- « fait ? » Emu jusqu'aux larmes d'une telle honte et d'une simplicité si touchante, « Vive ^ Dieu! s'écrie Antonello hors de lui, je suis « si content que, si je mourais en ce moment, « j'irais tout droit en paradb. Oui, je regarde « le bonheur de recevoii" votre Majesté dans K ma chétive demeure, comme un gage et un « avant-goût des délices de l'autre vie !^ *

Au récit de semblables traits , n'est-il pas besoin de se souvenir qu'il s'agit de René d'Anjou, pour ne pas croire qu'on lit l'histoire du bon Henri , conquérant comme lui son royaume par la clémence, l'affabilité 9 et donnant l'exemple du courage et de la franche

'*4^9) l^E REKÉ D'AKJOU. agS

^^ieté, au milieu des dangers et de toutes les

ï^rivations ?

Pardonnons donc à ceux qui ont comparé îené au meilleur , au plus loyal , au plus grand des rois. Le Béarnais n'eût certainement pas désavoué celte partie de la vie d'un, prince du sang de France -, peut-être l'a-t-il entendu rapporter plus d'une fois avec attendrissement.

Comme noire Henri , le bon René savait inspirer cetle profonde affection qui enfante des prodiges, et ceutuple les moyens d'un chef d'armée. Les soldats surtout, à la tôte desquels il était sans cesse pour veiUer à leur bien -ôtre, le regardaient comme un père j tous brûlaient de lui prouver leur dévouement^ tous s'entretenaient de son extrême simplicité, de son zèle pour le maintien de la discipline, et jamais ils ne s'adressaient qu'à lui, quand ils avaient quelque demande ou des plaintes à former. Il était souvent arrivé que ce prince ni son escorte, ne trouvant aucun gîte, étaient forcés de passer la nuit sans une seule tente: le premier à rire de ce contre-temps, dené prenait aussitôt son parti, étendait son manteau sur la dure, et comme le plus obscur de ses soldats ne tardait pas à s*endormir

tranquillement, exposé à toutes les injures d l'air.

Ce prince s'apprêtait à quîtler la ville d Benevent, (agréablement située au conflnen 1 de trois rivières (*), et où des restes précieuse d'antiquité, tels que Isl Porta aurea^ et un arc de triomphe érigé en l'honneur de Trajan> attirent encore les voyageurs ) , Iorsqu*il se vit tout-à-coup entouré d'un concours im- ' mense de villageois. Au milieu de leurs bruyantes acclamations, il comprit qu'ils accouraient pour voir un prince dont les malheurs étaient connus jusque dans les plus chétifs hameaux de l'Abbruzze. Effectivement, la plupart de ces montagnards le supplièrent de leur permettre de le suivre , et lui déclarèrent que , malgré les dangers qui les attendaient, ils étalent résolus à se dévouer à sa cause et à raccompagner partout.

Profondément touché d'un témoignage aussi flatleur , René se mêla dans les rangs de cette multitude, et la remercia de ses offres* Mais comme un message de la reine lui apprenait que le roi d'Aragon avait recommencé le siège de Naples , il pria les villageois d'employer leur bonne volonté à faire întro-

(*) Le Sabbato^ le Tamai'o et le Calorc.

Ci 439) DE REiSÉ D^ANJOU. 3<)7

Attire quelques convois de vivres dans sa capitale.

Tous se disputèrent alors Thonneur d'exécuter les intentions du roi, et s'empressèrent de conduire leurs troupeaux sur la route de Naples. Feigfhant de les destiner aucampd^Alphonse, et trompant ainsi la vigilance des sentinelles, ils parvinrent à pénétrer dans les murs de la ville, eux, leurs moutons, leurs bœufs et une grande quantité de blé.

René, les ayant quittés précipitamment pour voler au secours de la reine, trouva sur le chemin de Benevent à Padula un prodigieux rassemblement d'habitants des villes et villages des environs. Chacun le comblait de bénédictions, invoquait le ciel pour sa conservation, et le succès de ses armes, et lui offrait tout ce qu'il possédait. Juste récompense de la conduite de cet excellent prince et de la sévère discipline qu'il faisait observer à son armée! Ces simples villageois savaient qu'il avait ordonné à chaque soldat de payer sui:le champ tout ce qu'il achèterait, et peu habitués k de pareils ménagements, ils ne trouvaient pas de termes pour exprimer leur reconnaissance. Plusieurs d'entr'eux s'y attendaient d'autant moins qu'ils

Dégly. III. P. 211.

étaieiil rocoiiiius comme partisans déclarésdu

roi d'Ara{fon.

Cet cnlliousiasme se commiiniquant de proche en proche, des officiers mêmes d'Alphonse se présentèreut à René, en le priant d'accepter deux magnifiques chevaux et sis riches tasses d'argent. Ils lui firent proposer ensuite de passer dans son camp avec troi& cents hommes d'infanlerie et cinquante lances.

René admit à Finstant ces officiers à son audience, 1es«questionna avec affabilité, et ayant accepté leurs services, les incorpora dans- son armée en leur témoignant une confiance qui les rendit entièrement dévoués.

V. Le roi d'Aragon , auquel ces^détails furent promptement transmis par ses nombreux émissaires, en conçut un dépit d'autant plus violent, qu'il comprit toute leur influence sur res[)rit des Napolitains. En effet , revenus à leur premier sentiment envers un monarque aussi magnanime que René, ils annoncèrent la résolution de se défendre en désespérés, quelle (|ue fut d'ailleurs la disette de vivres et de m uni lions qui commençait à se faire sentir ])armi eux. Aussi les vit-on combattre dans les rangs de la garnison, la suivre dans ses sorties, et ne rentrer qu'avec elle dans les murs de la capitale.

Ci459-i44<>) t)E I^ENÉ D'ANJOU, 299

Repoussé déjà plusieurs fois, Alphonse ne 'put se dissimuler combien le retour de son rival allait ranimer l'ardeur des assiégés. Regardant comme la plus importante des opérations d'empêcher -le retour de René à Naples,il quitta le blocus, prit les régiments les plus déterminés, et se rendit en personne au pont de la Tufara , afin d'en disputer le passage.

René, en quittant Padula, ( non loin des fourches Caudines^ lieu de sinistre présage;, avait été forcé de s'arrêter à Lucera, dans la Capitanate,OLi les subsides demandés devaient être versés à la caisse générale du trésor. Mais aussitôt que cet argent eut été remis entre les mains deCaldora, René, qui venait d'apprendre l'arrivée du roi d'Aragon au pont de la Tufara, lui envoya son héraut d'armes, en le défiant de nouveau à un combat singulier.

C'était fournir à son compétiteur une occasion éclatante de se laver du reproche qu'on lui avait adressé l'année d'auparavant. Néanmoins Alphonse, comptant probablement déjà

sur le succès de ses intrigues, refusa une seconde fois de se mesurer avec un prince qu'il

s'obstinait à ne regarder que comme duc de Lorraine et comte de Provence; le héraut repartit donc sans réponse.

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Déterminé à forcer le défilé , René rangea ^ ses troupes en bataille, donna le signal de se^^ diriger en avant, et se trouva bientôt en vue ^ du passage que défendaient de fortes lignes <a d'Aragonais. Il s'aperçut alors de Phésita — tion de plusieurs capitaines, et ne put se dissimuler qu'il se tramait quelque perfidie, mais ce n'était ni le moment ni le lieu de mimtrer ses craintes; aussi se borna-t-il à donner lui-même l'exemple de fondre sur ses ennemis.

Entraînés par l'ardeur de leur roi, les lieutenants mêmes de Càldora s'élancèrent suf^s pas , appuyèrent le mouvement vigoureux qui le rendait maître de tous les retranchements , et culbutèrent avec lui toute l'avant -garde d'Alphonse.

Au bruit de cet engagement , le roi d'Aragon ( qui, tombé malade la veille, se faisait porter dans une litière ) voulut s'assurer de ce qui se passait, et envoya le reste de ses troupes soutenir ses premières colonnes. Il ne se trouvait donc plus qu'avec un seul détachement, lorsqu'il fut obligé de battre en retraite. La victoire de René et la prise de son rival i3araissaient également certaines... La couronne deNaples allait appartenir désormais à la maison d'Anjou!.. Redoublant d'ardeur, se préci-:

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pilant sur un dernier corps d'armée qui n^ opposant qu'une faible défense commençait à. plier, flené distinguait déjà dans la plaine Pambitieux Alphonse, dont l'étoUe semblait s'éclipser sans retour.

Tout-à-coup , une défection inouïe .vient cîhanger en entier la face des choses, et condamne René à s'arrêter brusquement devant un ennemi en déroute... Il atteignait les derniers escadrons des fuyards, lorsque de grands cris se font entendre derrière lui... René se retourne, se voit presque seul , et aperçoit Caldora qui^ l'épée de connétable à la main, ordonne impérieusement aux soldats de ne plus avancer. — « Que faites- vous, duc de Bar- « ry? s'écrie vivement René , en accourant « vers' lui^ ignorez-vous que la victoire n'est « plus douteuse? Je pense que vous pouvez « affronter les dangers auxquels je m'expose « moi-même?» — « Sire, répond Caldora, «f avec un calme impudent , si ce royaume « vous est enlevé, vous conserverez la Pro- « vence, ainsi que vos autres états ^ mais « pour moi , si je perds mes troupes , je se- « rai réduit à mendier honteusement ma vie. » — Achevant ces mots , il renouvelle de nouveau Tordre de s'arrêter.

Papon. III. P. 3t$^.— Dcgly. III. P. 214.

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A la voix d'un chef qu'ils affectionneiit,!?^ Napolitains obéissent. L'occasion , mère de^ grands événements, dit Tacite, n'est plus ait pouvoir de René, et ce prince , demeuré au milieu d'un petit cercle de braves, a la douleur de voir l'heureux Alphonse s'échapper pour ainsi dire de ses mains.

Plusieurs capitaines de Caldora, aussi indignés de la déloyauté de leur chef , que remplis d'admiration pour l'héroïsme de René, vinrent le lendemain le trouver dans. son camp. Il s'y était retiré sans vouloir parler à personne, et son désespoir était tel, qu'il avait passé la nuit entière sans goûter le sommeil. II reçut cependant ces officiers qui, s'étant jetés à ses pieds , se justifièrent d'avoir obéi au connétable, renouvelèrent leur serment de fidélité, et protestèrent d'un dévouement à tonte

épreuve Ils quittaient à peine la tente de

René , qu and , à son tour , l' orgueilleux Caldora osa paraître devant son maître. Se flattant encore d'en imposer sur ses intentions , ou comptant plutôt sur l'inépuisable clémence du roi, il avoua quelques-uns de ses torts, et les attribua à un excès de prudence qu'il se reprochait amèrement , disait-il. Il s'épuisa en promesses , en serments , invoqua le ncun

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"généré de son père.... Au retour de son an- <iîence, on le vît plus fier qu'auparavant, reprendre son rang dans l'armée.

Ici , on doit Tavouer , René mérile le grave reproche d'une longanimité outrée. Jamais on n'oublia plus complètement, que la sévérité est l'àme et le nerf de la discipline. On ne pouvait sans doute exiger de ce prince cette dissimulation qui porte à s'assurer qu'on est le plus fort, avant de chercher à punir ou à étouffer son ressentiment. Mais^il n'était pas en situation d'infliger un châtimentexemplaire à Galdora, il fallait le bannir : le conserver, c'était annoncer trop hautement ou de la faiblesse ou des craintes.

Quoiqu'il en soit , l'armée s'étant remise en marche pour aller secourir Naples ,. dont les nouvelles devenaient chaque jour plu^

alarmantes, René fit faire halte à ses troupes, e* réunit à dîner les principaux seigneurs ainsi que les officiers de sa suite. 11 n'y avait probablement point invité Caldora, puisqu'en le voyant se présenter à sa table , il ne put, diton , s'empêcher de témoigner sa surprise. Trop franc pour se contenir davantage , il s'appro- ^ cha du duc de Barry , en lui adressant le^ reproches les plus amers sur sa conduite- — « J'étais venu de France , continua-t-il avec

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tf véhémence , pour porter le sceptre et noi i< pour dépendre de vos voloatés. Vous seu 1 « m'avez empêché de m'emparer de la per — « sonne du roi d'Aragon ; je cjc vrais vou ^s <( punir y mais le nom et les services di « votre père sont trop proCondéinenit gravé:

« dans mon cœur Gardez \es richesses

« gardez les honneurs dont je vous ai cpm « blé.... Je reprends seulement l'épée cje con

« nélable Demeurez aux arrêts jusqu'à et

« que l'armée ait prêté serment entre me « mains. » Caldora sortit la rage dans I< cœur.

Nous observerons de nouveau ici qqc , pa: suite d'une première imprudence , Aené s* plaçait dans une position plus fai^sse encore car s'il avait pensé que son autorité on le s lut de l'armée seraient compromis en sévissaiK-'' contre un chef aussi puissant, devait-il perdr^^ de vue les dangers qu'entraîne, la désertiQEi forcée d'un capitaine expérimenté et maître de nos secrets? Une sédition militaire se propage de proche en proche, comme un incendie, si elle n'est promptement étoufTée. René s'étant réduit à l'alternative de rendre sa confiance à un traître , ou de le voir abuser de son influence sur des soldats qu'il avait conduits à la victoire , en fit la cruelle épreuve.

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tJne sourde fermentation comriienca h se manifester dans les rangs de l^armée. Cal dora ^ sema à pleines mains l'or du roi d'Aragon-, le prix d'une première trahison en fit éclore de nouvelles , et bientôt l'insubordination éclata si vivement de toute part, que les trwupes se refusèrent au serment qu'on exigeait d'elles.

Cependant Raymond Caldora , oncle du connétable (guerrier aussi loyal que celui-ci Tétait peu), parvint, après des efforts, des menaces et des promesses multipliés , à obtenir que l'armée prêtât serment de fidélité entre les mains d'Othon Carraccioli.

Un tel soulèvement, uniquement excité en laveur du fauteur de la révolte, aurait dû engager René à abandonner son imprudent système d'indulgence ; il se contenta toutefois encore de donner l'ordre à Caldora de s'éloigner. Espérant même calmer , par ce moyen, l'effervescence des esprits, il fit expédier au duc de Barry des lettres de gouverneur de TAbbruzze.

Feignant une sorte de reconnaissance, Caldora parut obéir avec soumission, et monta à cheval sur le champ; mais arrivé au pont de la Madelaine (à peu de distance du camp de René), il y envoya le plus adroit de ses

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