TOME î. 'Il
3aa HISTOIRE (i44îj
sue secrèfè coildnisail, de sa ptopté ùtàisc^ , à un aqueduc voisin du camp d'Alphôttsrcl.
Transparlé de joie , lé fonfainier conrt se eonyaincre de la possibilité d'introduire dés troupes par ce souterrain , femeiteie là veuve, rassure de la reconnoissance dû roi d'Aragon dont il exhalle Ist )ii>éralilé aux dépens de René , et sort de Na|^d , pônr aller instruire de ce qu'il vient â^apprtïïAte le prince Ferdinaiid, fil» natiïrél d'Alpltonse., Admis auprès de lui , il fe conduit à PoViterture indiquée , lui démontre la facilité d'y faire pénétrer assez dé soldats potir s'éittparer de là porte dé Capoué, vers laqudle aboutissait ce chemin ihcoiinù , et ayftsft Jftré au prince lé plus profond sééréf , il tSeirtré âàhî la calpitale avec une forte récompense , ef des promesse^ f^Itis brillantes encore.
( D'autres historiens ont rapporté qrié deul mafçôns prisonniers d'Alphonse lui découvrir rent cette Issne généralement ignorée, etquc^ René, prévenu dé la trahison projetée , aiiisî que de l'ei&istënéë du souterrain, doublsT le nombre des gatdes. On ajorite iaêmé qti'îl fit
garnir de barreaux de fer l'ouverture de l'aqueduc , auprès duquel il plaça des sentinelles. )
II paraît cependant que la première version
(i442) DE RENÉ D'ANJOU. 3îi3
est 1.1 véritable , et que rien n^ayant transe pire de cette perfidie, elle éclata au commencement du mois de Juin , au moment où toutes les circonstances se réunissaient pour la favoriser.
Informé de la confidence du fontainier, Alphonse fit appeler Diomède Caraffa , et Mathieu Gennaro ( tous deux bannis de Naples h cause de leur défection ), et les chargea de tenter les hasards de l'entreprise à la fête de deux cent cinquante soldats , formant dix compagnies d'infanterie.
Instruit de son côté de ces dispositions, Annello se rendit de nouveau au camp du roi pour servir de guide au détachement
Vers le milieu de la nuit , ils descendent tous ensemble dans Faqueduc , par une large excavation située à environ un mille de Naples. Armés de sabres, d'arbalètes et de pertiii^anes, ils parcourent silencieusement, à la lueur de torches et de lanternes , l'étendue du souterrain, saus avoir entendu le moindre bruit. Ils arrivent enfin à la file les uns des autres , auprès d'un puits à sec , aboutis-^ sant à la maison d'un tailleur , non loin de la porte S.'« Sophie.
Quarante des premiers Aragonais sortant alors , montent l'escalier où ils ne rencon-
324 HISTOIRE (,44a^
treiit qu'une femme et une jeune fille que leur aspect glace d'effroi. S'emparant de ces malheureuses , ils les menacent de les égorger , s'il leur échappe le moindre cri.
Au même instant, le tailleur rentrant paisiblement chez lui , trouve sa maison remplie de soldats étrangers; mais conservant une rare présence d'esprit, il retourne brusquement sur ses pas , s^enl'uit dans la rue , et bientôt tout le quartier répond à ses cris d'alarme.
LesAragonais n'hésitent plus à se montrer,
et courent altaquer la porte de S.*« Sophie, l^s gardes surpris les reçoivent néanmoins de pied ferme , et sans se laisser intimider à la vue du reste du détachement qui se précipite sur eux. La résistance qu'ils leur opposent calme leur audace , suspend leurs progrès , et bientôt René lui-même arrive au secours de ses braves soldats.
Averti qu'on avait vu flotter Tétendard d'Alphonse dans la ville, ce prince s'était levé à la hâte , avait revêtu sou armure, el s'élançant sur son cheval de bataille il accourait
presque seul. Donnant ses ordres avec un admirable sang-froid, il rallie autour de lui
les officiers et les soldats qui se présentent en
tbule , fond avec eux sur les ennenvs,.le5
disperse et les force à s'éloigner dans le plus
gr;nid désordre.
Ci 44^) tE REESÉ D'ANJOU. SaS
En quittant le camp d'Alphonse, Annello avait pramis à ce prince de lui indiquer par un signal convenu y le moment où l'entreprise aurait eu le succès dont il se flattait^ L'arrivée fortuite de René empêcha le fontalnier de tenir sa parole^ et Alphonse, placé sur une hauteur, attendit en vain la pro-. me^se qu'on lui avait faite. Persuadé de lia trahison d'Annello, il se disposait à revenir dans sa tente , lorsque des cris redoubléSvttn bruit confus d'armes et de chevaux l'obligent à rassembler quelques escadrons et à march(sr au secours de Uiomède Caraffa qu'il croit poursuivi.
Ce mouvement provenait d'un nouvel engagement entre René et les Aragonais qui, à la faveur de l'obscurité , étaient parvenus à s'introduire dans la tour voisine de la porte Sainte-Sophie. Ce prince les en chassa une seconde fois, les poursuivit vigoureusement , et les mit en pleine déroute. Pendant ce temps , l'alarme était devenue générale dans la ville, les bruifs les plus, sinistres y circulaient, et les espions ennemis répandaient une telle épouvante, que trois cents Génois, chargés de garder la porle Saint-Janvier , s'enfuirent précipitamment au Château-Neuf.
Les escadrons de Mathieu Gennaro se di-
326 HISTOIRE (i44î)
rigent alors avec impétuosité yers la porte abandonnée y en poussant d'faenrîbles •clameurs auxquelles répondent les tcaraliers d'Alphonse qui arrivaient . au pôed ^des ranparts. Tous essaient à la fois de surfironter le seul obstacle qui s'oppose à leur jonction ; ne pouvant y parvenir à cause du terre-fileûi, ils allaient abandonner cette entreprise , lorsqu'un gentilhomme de Sfontagno, WNBBié Marin Spizzinaso^ aidé de quelques traîtres, jette du haut des créneaux un grandnomlbre et cordes , à l'aide desquelles Pierre de Cardonm et plusieurs braves parviennent k escalader la muraille. Ce capitaine faisant retentir Taîr des cris : Aragon 1 Aragon ! court aussitôt vers ^ne place oà l'on combattait encore. Il y rencontre Surra Branoazzo ( Pun des tSRciers les plus dévoués de llené), qui , monté sur tm grand palefroi , et armé de tontes pièces, demandait à Tiaule voix ce qn^aît devenu ce prince.
Voir ce guerrier, s'élancer vers lui, le désarmer ^ sans lui doniler le temps de se re^ connaître , fut l'affaire d'un instant pour Kerre de Cardonne, qui s'emparant du destrier fle Brancazzo, rejoignit son détachement et continua de parcourir les rues de Naples.
Arrivant près de ia tour de Saint-Janvier^^
(i44^) DE RENÉ D'ANJOU. 327
qu^il sait menacée, René aperçoit l'officier Aragonais à cheval, et ne peut plus dputer <me les portes de la yille n'aient €té ienfqnc^s. Çéspend^it , loî^ d'être .effrayé par, ce nûfuyeau p^ril,, il aittaque les soldats àe Gardo^ue , les culbute et repousse avec la même intrépidité u^ p:eiifort considérable qui leur si^coè^e.
Au ^n^lieu de ces efforts héroïques, .dig^^^^ d'upe meilleure fortune, la trahison liyre les .autcqs po^rtes de Naples aux ennemis, 4o^t te nombre sVccroit com,me un torrent^ des .escadrons entiers apparaissent et l'on voita Jeur tête (t«ois des plus illustres Àjragonais, Loup- Ximènés d^Urrea^ Raymond Boyle,.6t]^ij<Bic>ne {ierez4e Corella.
Malg]?é Tépouvante qui se majiifestè ^ors autour de lui, René anime encore le reste de ses soldats, et se porte ^sur les ppints les plus exposés. Partout il se signale en injtrépide guerrier ou donne des ordres comme le capitaine le plus habile. Sans cesser
Dé^lj. Ton», ni. p. a3o. a3i. Buffi. Hist. des comtes de Pro Tcnce. Fol. 867. Gaufridi. Hist de Provesce. Fol. 3ix.Bourdignë. i46.;Colléiiucu. P. 294. Foreras. Uist. d'fjspagjpe X^un. YI. P. 497. Bouche. II. Fol. 457. Chronique de Piçoy«nGe. fol. 6f5thampier. fol. 73. Burigny. II. p. 33i. ili»t. du roj^^ume de ^a pies. III. 4o3. Mathieu Turpin. aSa. Le Gouvello. p. i3. Papon. III. p. S60.
3îi8 HISTOIRE (1441)
de haranguer ou d' exciter ses troupes , il met hors de combat, de sa propre main, un grand nombre d^ assaillants , et son sang-froid , sa valeur, produisent un tel effet ,que ses ennemis reculent frappés d^admiration et de crainte.
Mais tant de généreux exemples , tant de glorieuses actions ,ne pourront faire révoquer l'arrêt fatal du destin. Cerné de toute part, René voit se grossir à chaque instant les escadrons de ses adversaires, et ne pouvant lutter contre une armée entière, se résout enfin à céder. Ne voulant point cependant tomber vivant entre les mains des Aragon ais, il s'élance encore contr'eux l'épée nue, en renverse plusieurs , les force à ouvrir leurs rangs, et se fraie un passage sur leurs corps (*).
Un soldat catalan , nommé Spégio, fiirieux de ce qu'une pareille capture va s'échapper, se précipite vers le destrier de René , en saisit les rênes , et menaçant le prince d'un poignard, il le somme de se rendre.
!( Retire-toi, dit le roi, sans s'émouvoir*
(*) « D une nature magaani.tne et bouillante, dit un Initorien, h n roi René se fait alors jour, son espëek la main, et d'une hardiaiM » merveilleuse qui ne cognoissoit nulle sorte de danger. • • Taoant <( ia bonnâ espée aupoiug, sur eu!x si vigoureusement chargea qnM « It's despartit^ et se fist faire voye par force, et tant en accist qu'on n le suÎYoilàla trace. »
(144-^) I^E REÎ^É D'ANJOU. 329
« retire-toî » misérable , je te l'ordonne. >» — Spégio redouble d'eÉForls pour l'arrêter , il appelle d'autres aragonais et la perte de René
paraît certaine j mais ce prince assène un
tel coup d'épée sur le catalan, que son poignet sanglant roule sur la poussière (*). Alors , le monarque, à côté duquel plusieurs chevaliers (entr'autres Aaron Cibo ) venaient d'être pris, court s'enfermer dans le Château -Neuf (**), seul asile que lui laisse cette funeste nuit du Samedi, 3 Juin 144^ (***).
L'histoire remarque qu'environ neuf siècles auparavant, Bélisaire s'introduîsant à Naples par la même issue souterraine , expulsa sans retour les Goths du sol de l'Italie.
Ivre de son succès, Alphonse n'imita point l'humanité du célèbre général de Justinien : oubliant même sa générosité naturelle, il permit, trois jours entiers, le pillage d'une malheureuse cité, encore en proie aux horreurs
(^) Amputauit manum iUiex braehio, ^adio vehementer vibrato. ( Collenucii. )
(♦*) « Puis, dit Bourdignë, qaandil Tcist ses ' adversaires cstre « ea si grand nombre que proësse q'^y ayolst mestier , fort çt valeu- « reusement il traversa par Je milieu ses ennemis assembles en la <( place du marche et se retira au Chàteau-Neuf , dont les Aragonais « eurent grand deuil , cognoissant que s^ils Peussent peu prendre, n ils eussent esté au-dessus de leur guerre. »
(***) M . de Buriguy se trompe évidemment en plaçant ces évène^ inents au 6 Février i443» H se trouve en cqutradictiou avecpresq^^ tous les historiens,
33o HISTOIRE (,44a)
d'une famine et d'un siège. Il est c^alement à regretter pour la gloire du ,rioi .d'Aj^gon quje , se livrant à ^^n sentimeiiU d^ vengieance indigne de lui, il ait abandonné à ses.pgrlj^aDs tous les biens des gentilsjioamies nfipoUt^iiis attachés à Bené. Mais ce ^ystèni^ odieux de spoliation est ordinairemept la b^fte siir laquelle les usu rpateurs fondent leur empire, comme si l'iniquité pouvait jamais former une chaîne indivisible d'intérêts entre un dépote et ses peuples !....
Empressé de jouir des fruits de la yictoire, Alphonse fît son entrée à Naples sur un char attelé de quatre chevaux blancs. Les principales rues étaient parsemées de fleurs; de riches tapisseries ornaient toutes les façades j l'encens et les parfums exquis fumaient sur le passage du triomphateur. Toutefois des larmes coulaient en secret pour celui qu'il dépo^ dait du trône ; un voile de deuil semblait couvrir la ville entière , et un morne silence répondait seul aux acclamations brutales de soldats avides de meurtre et de débauqhe.
VIII. Prêt à s'éloigner de l'Italie, René sut prouver .encore que sou infortune nerle rendait pas insensible aux maux des antres, et le dernier acte ,de sa puissance fut signalé par un dernier trait de bonté.
(i44^) DE RENÉ D'ANJOU. 33 1
Jean de Cossa , qui commandait le château Capouan, ayait juré de s'ensevelir sous ses ruines plutôt qœ d'en ouvrir les portes aux Aragonais. La famine y exerçait cependant ses fureurs 9 au point quUl ne restait plus que quel* ques soldats pour sa garnison.
René ne voulut pas ei^ser Cossa, qui avait auprès de iui sa femme et ses enfants , à devenir victime de sa courageuse fidélité j il se hâta de lui envoy«er un de ses chevaliers pour l'autoriser à livrer la citadelle au roi d'Aragon, moyennant dix mille pièces d'or. Jean de Cossa obéit à son maître , et revint aussitôt le rejoindre avec une famille qui lui devait la vie.
I>mix jours après , des bâtimients Géaokois chargés 'de vivres entrèrent dans le port «de Naples. Thomas de Frégoee les envoyait à flené en l'râvitant, en cas de onalheur, « à se iréfuif gierdans ses états où iî trouvera, lui •écri<- « firait-iL, de bons loyaux :ftmis et confrèpes. »
Alphonse n'ayant pas jiH^gé à propos de s'-exnpurer de ce convoi , ( pour fadlitw 'Sans daute à René les m^yiects de s'éciiapiper ) le maUieureuK roi 4e Sicile s'emharcpjafiurtP.nne des galères , et quitta le Château-Neuf, emmenant avec lui le reste de ses officiers et de ses soldats. Un petit nombre de seigneurs oa poli-
tains (parmi lesquels se trouvaient Othoii Carraccîoli, Jean de Cossa, Georges de Lamagnsi el Arleluche d'Alagonîa ), se dévouèrent alors à sa fortune et , renonçant à leur patrie^ ue voulurent plus se séparer de lui
René qui devait une somme considérable à Antoine Calvo ( ou le chauve ), capitaine Génois , lui confia le commandement de h forteresse qu^il abandonnait, en Tautorisant à capituler sous peu de jours, s'il obtenait d'Alphonse des conditions avantageuses. Maisà peine le monarque franchissait-il la porte de la citadelle, que la bannière de son heureux compétiteur fut arborée sur les erénaux. La nef du roi de Sicile, contrariée par un calme prolongé, demeura quelques instants stationnaire dans la rade de Naples, oh les pavillons d'Aragon flottaient de toute pqrt.
A l'aspect du magnifique amphithéâtre circulaire qui se déroulait aux regards de René, de ces jardins couverts d'orangers et de citronniers en fleurs, dont la brise lui envoyait les suaves parfums, ce prince ne put, dit-on, se défendre d'un vif mouvement de sensibilité.... Admirant la beauté de la cité superbe qu'il
M.Turpiu. P. u5-2. Burigiiy. II P. 33i. Dcg'y. lîl. P. a3». Hist du roYauine de Naples. Ili. P. 462.
;i44^) i>E RENÉ D'ANJOU. 333
était obligé de fuir, regretlaut la douceur inexprimable de son climat , et se plaignant douloureusement de la fatalité qui le condamnait k s'en éloigner ainsi, il voulut demeurer sur le pont du navire ^ aussi long-temps que ce tableau si cher frapperait sa vue- (*)
Les yeux constamment fixés sur Naples, il lui adressait sans cesse les adieux les plus touchants, lorsque ses courtisans vinrent se placer en foule devant lui, sur le tillac du vaisseau. Cherchant à le distraire de tant de pénibles réflexions, ils l'arrachèrent comme par force à un spectacle qui brisait son cœur, et bientôt un vent favorable ayant secondé les efforts des rameurs, les clochers de Naples , ses tours élevées, Fafttique palais des rois, les collines délicieuses de la Campanie, disparurent à la fois dans les vapeurs légères de l'horizon.
En quittant le golfe de Naples , René fit voile sans s'arrêter jusqu'à Porto-Pisano , où il relâcha pour se rendre directement k Flo-
(*) a Regardant tousjours ses tours et clochiers, dit G. Nostrr. « damus, avec souspirs et maudissons contre Ja noire fortune qui « l'avoit si malheureusement trahi. — Il Toulust, ajoute Mathieu « Turpin. estretousjours sur la poupe pour considérer Naples. I' « ploroitjabundamraeut, disant: adieu, Naplesî objet de tous m( s u contentemens et désirs! adieu, le plus digûc objet de mes aflfèctions « adieu, Naples! adieu lout! »
334 HISTOIRE (i44u)
rence. Son intention était d'avoir ane entrevne avec le pape Eugène IV qui , déposé par les prélats rassemblés à Bâle , ayait , depuis près de trois ans, convoqué un autre concile dans la capitale de la Toscane.
(Jean Paléologue empereur d'Orient , le patriarche de Constantinople, et une fonle dMllustres personnages qui y assistaient, reconnurent alors Eugène comme Primat de Téglise universelle. )
Le pontife reçut René avec la plus bante distinction et lui donna même solennellement l'investiture du royaume auquel il renonçait Mais ce fut en vain qu'Eugène voulut persuader au monarque fugitif de ne point abaadonner l'Italie, et lui promit l'assistance de puissants alliés; René annonça sa détermination de retourner en France , et comme le pape le pressait encore vivement:» je reviens en mes « états, lui dit-il^afin de ne plus être le jouet (( de l'infidélité et delà perfide des capitaines « Italiens. »
De Florence , René se transporta à Gênes , oîi son retour causa d'autant plus de joie, que ce prince y avait passé pour mort. (*}
C^) Il y fust reçu magnifiquement, dit la chroniqae, de tootft la seigneurie.
0144-^) ^^ ï^E^É D^ANJOU. 335
Thomas de Frégoze l'accueillit avec Teffusion du plus tendre intérêt , et chercha surtout à lui faire oublier la déloyauté d'Antoine Calvo, à laquelle René avait élé très sensible. Ces^deux illitstres amis ne se quittèrent point pendant le peu de jours que René put passer à Gênes au sein de la confiance et de Faffectîon.
Ils étaient loin de prévoir sans doute alors, qu'à côté d'eux , dans Tobscur village de Cugurétto, venait de naître le grand homme destiné à conquérir tin nouveau monde et à produire une sorte de révolution dans les idées de l'ancien; Christophe Colomb, voyait le jour au moment où un àUtré phénomène , l'imprimerie , allait frapper l'univers d'admiration , en donnant un essor rapide à toutes les connaissances humaines , et les propageant comme par enchantement sur toute la surface du globe. (*)
IX. Ayant pris congé du vénérable doge, et s'étant remis en mer, René ne tarda pas à reconnaître les rivages de cette Provence, dont la fidélité éprouvée lui préparait le seul dédommagement qui put convenir à son cœur.
{*) Quelques auteurs oui fait naître ce grand honlme k Cucarro» dans le Mont-Ferrat. Voyez Hi8t littéraire d^Italie. Gingnenë.l om* 111. P.5j3.
Il débarqua à Marseille les premiers jou rs de Novembre, environ quatre ans et demi après son ai-rivée sur le sol de l'Italie. C)
On ne saurait décrire le profond attendrissement qui se peignit sur tous les visages à l'aspect de ce prince , paraissant dans une voiture d'emprunt, suivi d'un équipage tout délabré , offrant sur sa propre personne les f races d'un déplorable dénûmént, mais conservant toujours cette sérénité d'esprit, appanage des âmesl'ortes. Les états de Provence s'assemblèrent aussitôt et présentèrent soixante mille florins au malheureux monarque; une somme de vingt mille florins fut également donnée an duc de Calabre, et à Marie de Bourbon, /?tfr losremontar(**)j dit un manuscrit du temps.
Le premier soin de René , à son retour en Provence , avait été de convoquer les corps de l'étal, afin d'arrêter les mesures propres à repousser les troupes catalanes qui menaçaient de faire une excursion sur les côtes. La seconde pensée de ce prince généreux fut de répandre les dons récents de ses peuples sur les fidèles
('^) M. Chêvricr, toujours exact et impartial suivant sa coutume, (lit au sujet du retour de René: « Enfin, le roi dnc, ayant rempli « toutes les petites idées que sa manie lui suggérait , repassa en Lor-
u raine en i44^* ^* (♦♦) Pour le conforter.
(144-^) t>E RENÉ D^ANJOtJ. 337
serviteurs qui avaient tout abandonné pour Je suivre.
Sentant l'impossibilité de les dédommager entièrement, il les réunit dans son palais, les remercia de la manière la plus touchante des services qu'ils lui avaient rendus, et termina son discours en leur témoignant , que s'il regrettait la perte de Naples, c'était surtout parce qu'elle l'empêchait de se livrer à Teffusion de sa justg libéralité: puis, il promut Jean de Cossa à la dignité de sénéchal, en lui donnant les terres de Marignane, de Gignac et la riche baronie de Grimaud. Il confirma à Jean d'Arlatan, ( son maître d'hôtel^ l'un de ses plus braves chevaliers ) la cession de la terre de Barbentane, qu'il lui avait faite à Naples , le 29 Juillet i44o. Georges de Lamagua et OthonCarraccioli participèrent également aux dons de René, quoiqu'ils n'eussent pasledessein dé se fixer pour toujours auprès de lui. Les trois frères du Bellay, Vitalis, et plusieurs autres seigneurs reçurent aussi des récompenses considérables. Enfin, Alagonia, comte dePolicastro, fut gratifié du château de Meyrargues , Tun des plus importants des domaines du roi. Loin
Art de vérifier les dates. FoL 647. Gaufridi. Fol* 3f3. Liv. VIIT. Trésor Chron. set liist Tom. lU, Fol. 3ao. Notes manuscrites de Dom Cal met.
TOîVîE T. 32
338 HISTOIRE (i44i;
d'être oITensé des plaintes d'Ârteluche qui, il la vue d^un manoir élevé et percé d'une grandequantîtéde fenêtres, s'écria: « qu*on lui «f donnait un gélinier ( un gallinero) pour « tout ce qu'il laissait à Naples , René ajouta à ce présent, celui de quelques autres terres, iit y réunit dans la suite des droits féodaux, dont la famille d'Alagonia a joui jusqu'au commencement du XVII siècle.
Ce fut sans doute ve»s la même époque, qu^il céda à la reine Isabelle qui , dit-on, était venue le trouver en Provence, les villes de Barjols, de BrignoUes et de St.-Remi , comme un nouveau gage de sa constante tendresse.
(En s'abandonnant à un sentiment si naturel de reconnaissance et de générosité, après une campagne désastreuse, René consultait bien plus son cœur que ses moyens. Aussii on remarque qu'il se vit alors tellement obligé d'aliéner ses domaines du duché de Bar, qu'ils furent rdduits à trois mille florins de revenu , au lieu de vingt mille , et ceux de Lorraine à cinq mille florins, quoiqu'ils lui en rapportassent cinquante mille auparavant ).
Ayant désiré visiter les principales places de la Provence, René se trouvait àTarascon les premiers jours de Février i443> lorsque l'évêquc de Verdun, Pierre de Beaufremont,
(i 44^-1 443) DE RENÉ D'ANJOU. 339
et Antoine de Gaudri, secrétaire du duc de Boiu-gogne, y arrivèrent eux-mêmes, chargés de négocier l'union de Marguerite d'Anjou et de Charles, comte de Nevers.
René accepta avec empressement cette proposition, et le contrat provisoire du mariage fut signé le 4 Février, Mais comme on y avait, inséré une clause qui excluait de la succession du roi de Sicile, les enfants qui pourraient naître de Ferry de Vaudémont et d'Yolande d'Anjou, Charles VII ne voulut point le ratifier. Il réclama l'exécution des articles par lesquels il avait fixé, en i44i , les prétentions réciproques d'Antoine et de René , et , avant la reprise des négociations , les circonstances s'opposèrent à ce qu'on donnât suite au projet du duc de Bourgogne.
Il parait que René séjourna le reste de l'année, soità Aix soit à Marseille, livré aux travaux de l'administration, et prenant surtout les mesures les plus sévères pour epipêcher le débarquement des troupes aragonaises.
Un manuscrit de l'abbaye de Lerins nous fait connaître que ce prince recommandait aux moines de celte île, ce d'exercer eux-mêmes •( très exacte garde de jour comme de nuit; « de munir la grande tour d'armes, de har- « nois, de provisions, etc., puis, de ne laisser
aa*
U44^) DE RENE D'ANJQIT. 34 1
d'Anjou , marquis de Pont-à-Mousson , venait de descendre au tombeau, au moment où il donnait des preuves d'un courage extraordinaire, et d'une prudence que l'âge mûr ne nioutre pas toujours.
Nommé lieutenant-général du duché de Lorraine, ce jeune prince avait dû y îirriver dans le temps où cette province, foyer continuel de troubles et de désordres, était également déchirée par toutes les horreurs de la guerre civile (lo). Il serait trop long d'en détailler ici les causes et les effets; il suffit de rappeler qu'au départ de René pour Naples, le comte de Vaudémont, offensé de ne point l'aire partie du conseil de régence,avail senti accroître son mécontentement par les bruits qui circulaient généralement sui- la répugnance du roi à accorder Yolande d'Anjou à son fils. Craignant que cette princesse lui fût enlevée , ou plutôt aigri contre les ministres de René, il rassembla ses troupes, favorisa les incursions des vagabonds , en prit un grand nombre à sa solde, commença les hostilités, et entraîna dans sa révolte Robert de Sarrebruche, toujours prêt à fausser ses serments (*),
{*) Ung homme , eu malice coramuu.
Sans bleu, saus raisou, saus> mercy, Estoit seigneur de Commercy. . . ^ (Cluou. maiiUscriU de Metz. ;
Le pillage, Fîncendie, des combats meurtriers signalèrent cette triste époque, où Antoine et la régence, vainqueurs ou repoussés tour-à-tour, s'attaquèrent avec un tel acharnement, que Charles VII, résolu de terminer ces excès déplorables, les somma de comparaître devant lui. Ils semblèrent se soumettre d^abord aux conditions imposées par ce monarque^ maïs peu de temps après, la guerre se ranima avec une nouvelle fureur.
Louis d'Anjou arriva alors en Lorraine. H atleignaîtàpeinesadouzièmeannéejcependant on le vil défendre vigoureusement la ville de Bar, en faire lever le siège à son oncle, forcer Robert de Sarrebriiche de capituler dans sa^ citadelle de Comniercy, et couvrir amsi son jeune front des glorieux lauriers de la victoire. Il ne devait pas survivre à ces triomphes précoces, et la tombe s'entr'ouvrait pour engloutir à jamais tant de nobles espérances (*). La date précise de la mort de ce prince n'est point connue; on sait seulement qu'il ne goûta pas le bonheur de revoir son père, et qu'il succomba à une courte maladie, au moment où René s'apprêtait à venir pacifier lui-
{*) Le marquis de Pont-k-Mousson vivait encore dans le courant de Tété de i443 . Il était k St. MihieJ le 17 Mai de cette année; on croit qu'iJ mourut en Tanner 1 444-
(i444' DE RENÉ D'AKJQÏJ. 343
même les troubles qui désolaient eiieore la Lorraine (i i^.
Mais, soit que la douleur qu'il éproi|vait l'eût détourné de ce voyage, soit que les progrès des Anglais dans le Maine lui eussent donné des craintes sur TAnjou, René envoya Louis de Beauvau en Lorraine, avec des pouvoirs illimités, et partit pour Poitiers où l'attendait le roi de France. C On présume que la reine Isabelle se rendit alors directement à Nancy. )
X. Ayant laissé la Provence dans un élat de paix profonde , René traversa le Languedoc , visita Toulouse le 26 Mars i444jr) rejoignit Charles VII à Poitiers, et ils arrivèrent ensemble à Tours, à la même époque où Charles d'Orléans, ce prince si célèbre par les grâces de son esprit et par ses talents poétiques, reparaissait à la cour de France après tant d'années de captivité.
La tranquillité intérieure dont jouissait le
('^) René espér:iit trouver Charles VII à Toulouse où il arait tenu ta cour riiivcr d^auparavant.
Marie d^ Anjou était renu Ty rejoindre. Le jour de son entrée dans cette ville, le Dauphin la portait en croupe sur un cheval blanc superbe, et on la conduisit sous un dais magnifique. La reine était vêtue d'aune robe bleue doublée d^hermines. Son chapeao de gaze blanche, relevé des deux c6tés , formait une espèce de croifsarit.
EUsai sur 1 hist. de Charles VU , etc. Delort. P. 87.
344 ' HISTOIRE (,4/f4)
royaume , avait été nioiuentanémeut troublée par la ligue nommée Praguerie (*), dam k-< quelle on s'était justement étonné de compter les ducs de Bourbon et d'Alencon, Dn« nois, La Trémouille, Chabannes et tant d'autres capitaines. Mais cette légère révolte suscitée par le Dauphin , avait été bientôt étouffée... Le roi de Sicile revoyait donc Charles Vil, entouré de ses anciens Gompa* gnons d'armes, et se livrant avec eux à des fêtes que l'amour de la gloire avait seul interrompues.
La présence de René (**) h Tours y devint d'une grande utilité à l'occasion du traité de paix qui allait se conclure entre la France, la cour de Bome et le roi d'Angleterre. On rapporte que, spécialement chargé par Char-* les, du soin de diriger une aussi importante affaire, le roi de Sicile obtint d'abord une trêve de huit mois. Entamant ensuite le fond de la négociation, il discuta avec une rare habileté les intérêts réciproques, et parvint,
{^) Ainsi nommée, (lit«ou, parce cpi^elle ressemblait k celle 4es rebelles de Prague, aussi appelée Brigue^ Braguerie^ ou Prof^uerie,
{^'^) « De la veuue du roi de Cécile fust resjouie toute la court car <« c^estoit un prince plaiade plaisir et de deduyct, et qui a'aToiit « en son train (]ue gens d^es[ rit et de passe-temps, m
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par sa fermeté et ses lumières, à terminer des différends qui pouvaient rallumer une nouvelle guerre.
René et Charles d'Orléans, qui se voyaient alors pour la première fois à la cour de Charles VII , y contractèrent une étroite liaison, dont la constance répandit beaucoup de charmes sur leur vie.
Un événement (*) qui devait, selon toute apparence, changer totalement la position de René, et lui rendre un trône dont la foi^tune s'obstinait à le repousser, vint tout-à-coup surprendre ce prince et Charles VII. Ils étaient encore réunis à Tours, veis la fin d'Avril, lorsque le comte de Suffolck, ambassadeur d'Angleterre, y arriva chargé par son maître de demander la main de Marguerite d'Anjou.
On s'attendait d'autant moins à une pa-
Monstrelet. Tom. II. Fol* i70« l'j'à. BelIeforesU 374* Mezeruy. p. 4*28. Hist. desrévol. cV Angleterre , II. P, 449 (*j Les roisde France et d^ Angleterre Afin de toute hayne abattre Firent abstinence de guerre. . .
£t alors le roy de Secile Afin de toujours la paix qoerre.
Fiança et donna sa fille Au feu Toy Ueuri d'Angleterre.
( Vigilcsde Charles vu. )
Moustrelet et Belleforest prétendent qu ou fit les fiançailles h Tours.
reille démarche^ que Henri VI était presque fiancé à la fille unique du comte d'Armagnac.
On jugera facilement de la satisfaction de René à la certitude d'une alliance qui, éloignant l'ombre même d'une nouvelle disscntion entre la France et l'Angleterre, plaçait sa fille au rang le plus propre à flatter l'ambitioa d'un père... Henri n'exigeait d'auire dot que la cession des droits transmis à René par Yolande d'Aragon sur le royaume de Minorque, et renonçant au reste de sa succession, ilrestituait la ville du Mans à Charles d'Anjou, et à René, ce qui avait été envahi dans ses domaines.
Revenu à Angers aussitôt après le départ de Suffolck pour Londres, René se proposait d'y séjourner jusqu'à la conclusion du mariage de sa fille, lorsqu'il fut rappelé en Lorraine par un incident de peu d'importance en luimême, mais dont les suites devaient être funestes à la ville de Metz.
La reine Isabelle ayant , pendant son séjour à Nancy, soutenu secrètement Thierry des Armoises (l'un de ses gentilshommes les plus dévoués) daiîS une querelle qu'il avait avec les Messins , ceux-ci regardèrent comme une déclaration de guerre, la protection donnéeà leur ennemi. Ils s'exhalèrent en reproches et en
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menaces contre l'ingratitude de la reine qui semblait oublier leurs anciens services, et parurent chercher avidement l'occasion de se venger
Peu de temps après, Isabelle se rendit en pèlerinage à l'église de Saint-Antoine de Pontà-Mousson, dans la pieuse intention d'obtenir des indulgences que le pape venait d'y accorder, ou peut-être pour y visiter le tombeau de Louis son fils. Prévenus de son départ de Nancy, les Messins s'embusquèrent en grand nombre sur la route de Pont-à-Mousson, laissèrent passer paisiblement la reine, mais fondant sur ses bagages, ils s'emparèrent de tous ses joyaux de prix.
Isabelle réclama aussitôt une prompte et éclatante justice auprès des treize jurés de Metz. Ces magistrats , encore aigris de l'appui accordé au sire des Armoises , prétendirent que les ducs de Lorraine , auxquels René avait succédé , étaient leurs débiteurs d'une somme très considérable , et qu'ils ne pouvaient livrer les coupables , ni consentir à la satisfaction qu'on exigeait d'eux, qu'après l'entier acquittement de cette dette.
Annales, manuscrites de la yiile de Metz. Hist. générale de la ville de Metz. II. P. 642. Dom Calmet. Hist. de Lorraine. II. Fol. 83o- Chronique de lorraine. Bourdigcé. Fol. i48.?uifi. Hist. des cornles de l'roveuce.
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Vivement atleetée d'un pareil déni de justice (*j, Isabelle vint elle-même instiTiire sou époux de i'outrage qu'elle avait reçu, et supplier Charles Vil de l'aider à en tirer vengeance.
René partageant son ressentiment, résolut de punir sévèrement les auteurs du délit, et de profiter de cetle circonstance pour obliger la ville de Metz à renoncer à une indépendance dont elle faisait remonter Torigine à Godefroi de Bouillon.
Le roi de France et le dauphin Calors occupés, dit Monstrelet, au siège du château d*Arlay et de Montbelliard), étaient d'au lantndeux disposés k seconder René, qu'ils ne savaient comment employer activement environ trente ijîille soldats dont ils redoutaient Fiusubordination en temps de paix. IN'osant les licencier, épuisant les finances de l'état pour leur entretien , Charles s'empressa , disent les histo-
(^) u Isabelle fust esbabye et moult courrouciée, dit la chrf»iui|iM (c de Lorraine, et mauda ceuJx du conseil et leur dict: Que tous lem- « ble de ceulx de Metz qui mes babus et garde-robe kMets ont me- « ne? Le conseil dict: Madame, ne vous soulciex. . • k ceulx de Mets « escriprons. — La rojne n'obtenant justice, ordonna tous ae» tt cbarriots, dames et demoiselles, et dict: Je m'^ea Teuh. aller eu 4( Anjou vers le roy mon mari , lui compter Poutraige que ceulx de « Metz m'^ont faict. . . monta sur sts clurriats, etc. puis, U roi « Cbarles ayant ouy sa complainte , jura par St. Deuis qu'*il iroit bien u et la veii{|;ei'uil. u
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riens , de seconder les vues du roi de Sicile, « pour faire quelque chose digne de mémoire, « et punir à la fois les Messins d'avoir em- « brassé le parti du duc de Bourgogne et des . (f Anglais, dans sa première expédition con- « Ir'eux. »
La guerre ayant donc élé résolue, Charles Vil et René arrivèrent à la fin d'Août en Lorraine, où ne tardèrent pas à les joindre, Charles d'Anjou, Dunois , le connétable de Kichemont, Poton de Saintrailles, Bertrand <!e la Tour d'Auvergne ( le même qui avait défendu Corbeil avec Barbazan), Pierre de Brézé, sénéchal de Normandie, etc,etc,
Poton de Sainirailles, choisi pour diriger les travaux du siège, voulut cependant tenter un dernier moyen de conciliation, et se rendit en personne à Metz, afin d'engager les habitants à reconnaître l'autorité du roi de Sicile Sa négociation ayant été infructueuse, il échelonna treize mille hommes de cavalerie sur toutes les routes, intercepta les communications, s'empara des convois, ravagea les campagnes voisines, et cerna tellement la ville, qu'elle fût bientôt réduite à la plus déplorable extrémité. Quoique manqiiant totalement de vivres et de munitions, elle se défendit cependant six mois entiers, grâce à la valeur des
35o HISTOIKE (1444-1445)
assiégés et à la courageuse activité des Sept de la guerre qui firent même brûler les faubourgs pour y établir des redoutes. Mais, menacés d'une destruction prochaine, et ne pouvant prolonger davantage une héroïque défense, ils acceptèrent la médiati on de Pierre de Brézé, et consentirent aux conditions imposées par les deux rois(*). La paix fut signée et conclue à Nancy par Charles VII, le 27 Février 1445. René la ratifia, le trois Mars, dans l'église de Pont-à-Mousson, et les hérauts d'armes la publièrent aussitôt en Lorraine où elle répandit une joie universelle.
(Outre deux cent mille écus destinés à défrayer son armée, le roi de France reçut aussi une grande quantité de vaisselle de vermeil. René se contenta de la renonciation des habitants de Metz à une créance de cent mille francs, qu'ils prétendaient leur être dns par les ducs de Lorraine (12).
(*) Aux Messins cousta moult d^argent, Ainsy qu un loup prend un oy^on ElTestransIe. . .
( Chrou. manuscrite de Metz. )
(Durival. Tom I. P. 196. Daniel. Hist. de France. Tom. VII. Ann. manuscrites de Metz. Gaufridi. Fol. 333. Hist. générah de Metz. V. 464. Wassebcurg. Fol. 494* «lournal d'un bourgeois de 1 aris. P. 197. Belleforest. Fol. 378.379. Bouche. U. FoL 4^ Art de -vérifier les dates. Fol. ^aS. Dictionnaire du dëpartemcat ds la M ose' le. )
M éraoires d'Artui de Richemont VIII. P. 53a.
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XI. Cette guerre suscitée par Fentêtement de quelques bourgeios, maïs soutenue sivec une rare intrépidité, ayant é lé ainsi terminée à la satisfaction des roîsde France et de Sicile, ces monarques résolurent de profiter du concours de tous les princes à Nancy, pour y célébrer le mariage de Marguerite d'Anjou. ( Les articles en avaient été déjà rédigés à Châlons-sur-Marne , par Charnières, secrétaire de René)
Le superbe Suffolck(*j,dont la faveur avait décidé son maître à cette union, arriva alors à Nancy, à la tête d'une magnifique ambassade, pour y recevoir au nom de Henry VF, le serment de la future Reine. L'orgueilleux courtisan se flattait, dit-on , d'obtenir sur cette princesse le même ascendant qu'il exerrait sur son faible époux. D'autres historiens, plus justes envers Su ffolck, assurent, au contraire, que le caractère connu de Marguerite détermina le choix du favori qui voulut associer à la couronne une femme véritablement forte.
(♦) Guillaume de la Pôle duc de Suffoick avait pris le tilre d^amira] de France en i4'24< I^ ^^^i^ encore simple chevalier en i444' Mais dans le courant de i44^» ^^ ^® ^^* devenir successivement marquis^ grand chambellan, grand amiral, enfin duc en i447- ^' eut îa tête tranchée le i Mai i45i.
Son fils épousa la sœur du roi ÉdouMrd IV.
Anselir.e Tom. II. i ol. 9*^4.