‹ Histoire de René d'AnjouChapitre 29 sur 41 · HISTOIRE (i<ii · texte numérisé non relu

HISTOIRE (i<ii

douée d'une pénétration extraordinaire, el capable de régénérer un royaume.

« Peu d'hommes, a-t-on dit, égalaient Mar- « guérite en courage, et elle surpassait toutes « les femmes en beauté. Il semblait même « que le ciel Teût formée à dessein de ce qui (c manquait à Henri pour devenir un grand roi...»

Quelle destinée plus glorieuse paraissait ré' servée à cette princesse! quel avenir plus fortuné le sort pouvait-il lui promettre? Gage d'une paix durable entre deux nations jusqu'alors rivales^ objet d'amour pour son époux; déjà l'idole de ses nouveaux sujets, aurait-on jamais prédit à la fille de René, l'épouvantable catastrophe qui devait la précipiter de ce trône, où l'Angleterre n^avaitpaâ vu de princesse plus digne de l'occuper ?... Suifolck eut-il pu lire dans les pages sanglantes de rhistoire que Marguerite signerait elle-même dans peu d'années, la sentence qui ferait tomber sa tête?

Monstrelet. II. Toi. 170. 17^. Uist. de Charles VII. Foî. 49- 5i, Jean Bouchet. Annales d^Acqnitaine. Bourdignë. Fol. i4S. Cluv ri juedc Berry héraut d'armes. f\^6. Art de vérifier les dates. Fd. 78^ Anselme. ler.Fol. 7.56. Ib. II. Fol. 934. Bellefbrest. FeL 79 Matthieu Des couchy. P. 5^i. Chron. deProTence. Fol. 617. Benclie Tom. IL Fol. 459. Gaufridi. liv. VIII. Fol. 3i5. Hist. de France, Tom. XV. P. 368. 384. Hist. des révolutions d'Angl«!errc. P. {49.

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Mais alors, cette union , source de tant de larmes , se montrait à Bené et à sa fille comme l'aurore d'une félicité sans mélange, et rien ne saurait peindre l'allégresse qu'elle excita de toute part (*).

Quoique les historiens aient varié sur le lieu et l'époque où le mariage se célébra, (i3) il parait certain que Louis d'Haraucourt , évoque de Toul, bénit cette union à Nancy, vers le commencement du printemps , en présence de Charles VII, de Marie d'Anjou , du roi René, d'Isabelle de Lorraine, de Char-

(^) « Et fk , fîireDt les rois réuols et antlres, dLt MoiBtrelet, en « moult grants et somptueux états, et très riches liabiUemensî et et tout y fut superbe, ajoute Larrey, habits, festins, tournois, en ntt « mot tout ce que Je luxe et la joie ont coutume de déployer en de « semblables occasions; et de plus en plus croissoitla feste ,La danse « et la pompe , continue Olivier de la Marche , et fust en ce temps « t{ue les chevaux de parage se vendirent si cfaiïr en France, et ne <c parloit-on de] vendie un cheval de nom , que de cinq cents, « mille k douze cents réaux ,et sembloitbienk ung gentilhomme, « que s'^il se monstroit sur ung bon cheval, il en seroit mieulx co- « gneu , querry et recueilli , et d^autre part dames avoyent bruyct « en France. »

<c Le roi de Secile festoyoit de jour en jour le roi de France et les « autres seigneurs, et sVsforçoit de rencontrer diverses manières « de nouveaux jeux et esbattement. Mèmement il se trouvoit assex « souvent eu personne aux joustes, fesant faire merveilleux festins, « de danses et tournoys; quand est de banquets^ on y estoit servi « de divers et somptueux mets , entant de manières différentes qaH(s « estoient inestimables. »

Mém. d'Olivier de la Marche. Liv. I,»»" P. 1 39.

TOMEL ^3

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les d^Orléans, de Jean d'Anjou et Marie de Bourbon, des ducs d'Alençon et de Bretagne, de sept comtes, douze barons, vingt évéqnes et d'un concours extraordinaire de dames et de gentilshommes.

Passionné pour les tournois et les joâtes, René offrit plusieurs divertissements de ce genre à la cour de France, dont le séjour dans sa capitale devint un enchantement continuel. Les preux guerriers, qui quittaient à peine le siège de Metz, se montrèrent, dit-on, aux Pas d'armes de Nancy , sur des palefrois magnifiques, sorle de luxe qui s'éleva au plus haut degré en cette mémorable circonstance.

On présume que les fêtes chevaleresques ordonnées par le roi de Sicile, eurent lieu dans l'emplacement que forme maintenant la place Carrière.

Charles VII y parut plus d'une fois, et on l'y vit entr'autres portant sur son écu les armes de la maison de Lusignan , reconnaissables au serpent de la fée Mélusine. Par un échange usité dans ces exercices , le comte d'Anjou, contre lequel jouta le roi de France, avait pris le blazon d'Aragon.

Charles VII courut aussi une lice avec René qui obtint presque toujours l'honneur du tournois.

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Ferry de Lorraine, le duc de Calabre, Jçan de Cossa , Fouquet d'Agoult, Gaston V duc de Foix, les sires de la Tour, de Bassom-* pierre, de Laval, Prégent de Coëtivi , P oton de Saintrailles, Gilles de Mailly, Pierre de Beaufremont , se distinguèrent dans les autres joutes. Mais Louis de Luxembourg, comte de St.-Paul , enleva la palme de l'adresse, de la force et de la grâce. Ce jeune seigneur remporta plus d'une fois Cet peut-être contre Louis XI qui devait un jour le faire exécuter à mort), le grand prix d'honneur, décerné par la reine de France ou Isabelle de Lorraine.

La ville de Nancy, qui comptait à peine trois siècles d'existence, était loin d'offrir alors aux regards des étrangers cet ensemble régulier, ces monuments imposants, ni cette étendue que lui donnèrent successivement les règnes de Charles III, de Léopold et de Stanislas. Néanmoins les avantages de sa situation, ses riches plaines, le riant aspect de ses coteaux boisés, la faisaient déjà reconnaître comme la capitale de l'antique Austrasi'e. La chevalerie lorraine s'y était transportée à l'occasion du mariage de Marguerite^ toutes

les châtelaines avaient abandonné leurs go-

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thiques manoirs C"^), et Ton assure quVu milieu des touruois dont elles firent l'ornement, la plupart des courtisans français, provençaux ou angevins , éblouis par Féclat de leurs charmes , perdirent sans l'etour leur liberté C*>

Mais il est des hommes appelés à de hautes destinées, qui, par un contraste frappant avec ce qui les entoure, ne se montrent jamais plus sensibles à la gloire, qu'au centre des séductions dont ils sont environnés.

Ainsi, Pierre d'Aubusson (i4) ^Tun des plus aimables seigneurs de la cour voluptueuse de Charles Vil, conçut, à vingt-deux ans, au sein des fêtes de Nancy où il s'était montré avec honneur, la noble résolution de venger les

('*') La fesle si dura hait jours

Tant en dances, déduits, esbats, Que aultres gradeulx séjours, Et tant que chascun estoit las. . .

De seigneurs de France avait moult , Barons , cheyaliers , escujrers.

Seigneurs, dames, et damoiselles, Pour faire grant chière k merveilles. . Les roynes de France, Cécile , La fiancée, la daupliine , Et d^autres dames belles filles.

Si en firent deroir condigae.

Vigiles de Charlet VU.

{**) Agnez Sorel n^ assista point aux fâtes de Nancj. Pr^te k donner a Charles VII un nouveau gage de sa coupable tendreste, elle u''osa point se moatrer k la cour de la reine de Sicile.

victimes de la barbarie musulmane. Naturellement porté à la guerre, enflammé par le récit des exploits récents de Jean Huniade et deScanderberg, on le vit quitter la Lorraine, accourir à* Rhodes, et mériter bientôt le titre de bouclier de V É glise ^ et de libérateur de la Chrétienté.., U Europe ne tarda pas à admirer ce héros, devenu grand maître de St. Jean de Jérusalem, et dont la valeur fit tant de fois pâlir Fastre de Mahomet.

On croît que le mariage de Ferry de Vaudemont et d'Yolande d'Anjou , arrêté neuf ans auparavant, fut célébré à Nancy en même temps que celui de la reine d'Angleterre (i 5). On a prétendu cependant (nous ignorons sur quel fondement), que Ferry, blessé des délais successifs apportés à son union, avait enlevé sa fiancée, assisté de quelques gentilshommes, et causa ainsi à René un chagrin des plus cuisants. Mais au lieu d'ajouter foi à un récit romanesque , d'autant plus invraisemblable que l'action de Ferry aurait eu pour témoin l'élite de la France , il est plus naturel de penser que le comte de Vaudémont réclama

MaDuscritsde Tordre du Croissant. Bib. rojale* Chanipier. Fol. 8.i. Bouche. II. Fol. 4i3. Anselme. !.«*' Fok 33a. Benoit de Toul . Suplëment k Tbist. de la maison de Lorraine. P. 117. Jean le Paige. Manuscrit. Foi. Vi'^,^.

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alors Fexécution du traité de i^36 , dont cette alliance était une des principales clauses. La loyauté de René est trop connue pour croire qu'il eût voulu manquer à sa parole , malgré la'conduite d'Antoine pendant son absence. On sait d'ailleurs qu'il vécut toujours dans la plus parfaite harmonie avec Ferry devenu son gendre.

• Le départ de Marguerite pour l'Angle^ terre, (*) plongea dans une telle tristesse, la cour de Charles Vil et celle de René que, si la raison admetlait la possibilité des pressentiments , on en trouverait uu très

{*) Puis vint le comte de Suifolck , Prendre la royne d^ Angleterre , Pour ramener, dont pleurs k fort, L^eust yealik tomber h terre. . .

Lors les dames et damoiseiles, La vinrent au partir baisier, Dont aToient douleurs si cruel es Qu^on ne les sçayoit appaisier.

Cestoit grand^ borreur et pitié, De les veoir ainsi lameuter.

A tout prinst congié et partit, Et les festes qu^on avoit faicte , Lors en larmes se conrertit. .

Las! quelle liesse imparfaite !.• .

Qu^est-ce de chière et d'appareil , Dp ce monde qui bien y pense ?• . .

DVvoir huy feste et demain deiiii?. . , L^un souvent pleure et Tautre danse.

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marqué dans le récit des historiens qui rap-portent la séparation du roi de Fraiice et de sa nièce C)-

Ce monarque ayant accompagné Marguerite à plus de deux lieues hors de Nancy, la serra plusieurs fois dans ses bras, la regarda long-temps sans pouvcnr parler et prononça enfin ces paroles , les yeux mouillés de pleurs . « je fais peu pour vous , ma fille , en vous « plaçant sur un des plus grands trônes de ce l'Europe, puisqu'il n'en est pas de. digne « de vous posséder. » La douleur ne lui permît pas d'en dire davantage.. Les sanglots étouffèrent sa voix... La jeune reine lui répondit par un torrent de larmes, et ils se sé> parèrent pour jamais.

René ne quitta sa fille qu'à Bar (*)-, làî, il la recommanda à Dieu, disent les historiens,, sans que ni l'un ni l'autre pussent proférer

('*') Là , le roy dit adieu à la royiie sa niepcé en larmojaat et pieraut Tung Tautre très piteusement,. . et la baisa en grand^ tris* tesse. . . Il retourna k Nancy les jeulx très piteux et très pleureux. ( Bourdigné et Martial d'ÀuTergne.)

Bourdigné. Fol. i48. Chartier. Hist.de Charles VU, P. i55. Monstrelet. JI. Fol. 170. Hist. de Marguerite d^Anjou. (**) « Son père et elle si plorèrent ,

(( Quand ce vint k renibrassemeui }

« Et h peiae ung seul mot parlèrent,

u Taiit sentoit leur cueur grant tourment..

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un seul mot, et Marguerite continua sa route, avec le duc de Galabre son frère , et le duc d^Aleuçon, qui la conduisirent jusqu^à St. Denis.

De Nancy, la cour de France se transporta à Châlons-sur-Marne, où Charles VII deyait séjourner tout Tété. Ce monarque, en passant à Toul , y abolit la scandaleuse féfe des fous, dont on lui donna peut-être le spectacle licencieux (i6).

René demeura quelques jours encore en Lorraine, où il fit publier différentes or^ donnances contre les prétentions de la juridiction ecclésiastique et contre les blasphémateurs (**).

Revenu auprès de Charles VR, il s'occupa sans relâche avec ce prince des mesures les plus propres à diminuer le nombre des troupes françaises , et à organiser une véritable armée.... Avant cette époque remarquable dans Phistoire de l'art militaire, le système adopté était un mélange incohérent d'intérêts divers , d'où naissaient sans cesse des guerres civiles, et qui rendant les vas-

{^) L"* amende exigée des blasphémateurs fat proportionnée k la condition des coupables et tandis qu''un bourgeois ne payait que ' soixante sols, un gentilhomme était condamné k la somme de soixante livres.

saux redoutables à leur souverain , devenait également pour eux un foyer de discorde. Les chevaliers portant bannière ( les plus puissants feudatairesj, accompagnaient le roi à l'armée, ayant à leur solde les gens d'armes levés dans l'étendue de leurs fiefs, et ceux-ci n'obéissaient plus ces chefs indépendants.

On conçoit la foule d'abus qui découlait d'une pareille organlsaticm, et ce n'est pas une gloire médiocre à René d'avoir concouru à faire adopter ces grands principes: que les soldats ne devaient point compter de vils scélérats dans leurs rangs,et que les troupes françaises ne recevraient d'ordre que de leur rot Quinze compagnies d'ordonnance, chacune de cent hommes d'armes , se formèrent alors. Elles furent composées de gentilshommes à cheval, conduits par des capitaines^ des lieutenants et des guidons. Chaque gendarme servait avec six cavaliers. On établit aussi un corps de quatre mille archers.

Le resle de la milice, devenu un fléau pour l'état qui supportait impatiemment un fardeau aussi inutile qu'onéreux, fut rendu à l'agriculture, au commerce, à l'industrie, et la peine de mort fut même prononcée contre l'individu qui ne se retirerait pas sans délai dans son pays.

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De ce nouvel ordre de choses , auquel René et le duc de Galabre coopérèrent avec tant de succès, naquit une sévère discipline ; une subordination uniforme s'observa dans toute Tarmée; le roi de France eut enfin des troupes, réglées , et la guerre cessa d'offrir te tableau hideux d'un brigandage presque continuel.

XII. Ce monarque ne pouvait mieux reconnaître les services de son beau-frère» surtout dans cette dernière circonstance, qu'en cherchant à son tour à terminer toutes les afliûres relatives à la rançon de Bené , dont plusieurs articles n'étaient réglés que provisoirement Charles VII y mettait un empressement d'autant plus vif, qu'il avait été témoin lui-même en Lorraine, des maux sans nombre occasionéi par les garnisons étrangères chaînes de la garde des places cédées en otage. Il résolut donc d'en conférer à l'amiable avec le duc de Bour* gogne, ou son épouse, à laquelle il avait d'à* bord indiqué la ville de Rheims. Mais ce fiit au château de Sarry, près de Châlons, que se rendit Isabelle de Portugal, accompagnée de ses neveux, Jean II de Bourbon (*), et Adol" jihe de Clèves.

(*) « Moult grandement accompaiguée, dit Olivier de Ja Marche, « principalement de son beau neveu Jean II de Bourboiiy et dTAdol^

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Charles VII accueillit avec les plus grands égards cette princesse, une des plus spirituelles de l'Europe; et Marie d'Anjou, par une faveur que les reines de France accordaient rarement, la reçut toute droite y lui mit une main sur V épaule et V embrassa, ce qu'on remarqua, rapporte un témoin oculaire,, comme le comble de l'honneur.

Il n'en fut pas ainsi, dit-on, de la reine de Sicile , à laquelle la présence de la duchesse de Bourgogne rappelait trop amèrement, peut-être, la captivité de René, la perte du royaume de Naples et les malheurs multipliés qui en avaient été la suite. Elle ne se trouva jamais vis-à-vis de cette princesse y sans lui témoigner une sorte d'éloignement que les prétentions de la duchesse augmentèrent encore. Le même témoin présent à leur entrevue, « assure qu'elles ne voulurent se rente contrer ensemble dans aucune cérémonie, « où Tune d'elles aurait été obligée de céder « le pas à l'autre (17). »

René ne démentit pas en cette occasion son heureux caractère d'indulgence, de simplicité et de courtoisie. Du moins n'est-il point fait mention de ce prince dans les légères contes-

« phede Clèves, lesquels corameuçoient desjà k prendre cueur et « cstoicnt bien du^clz et bie^i adressez. »

tations qui éclatèrent alors au sein de la cour de France , et dont les détails nous ont été transmis par Aliénor deSouza,dai|ie d^Isabelle de Portugal. On y entrevoit que la reine de Sicile chercha d'autant plus à conserver la dignité de son rang, à montrer même de la hauteur, que la duchesse de Bourgogne voulait paraître son égale, et que Marie d'Anjou la comblait de distinctions flatteuses.

( On a observé cependant ^ que durant sept semaines environ que la duchesse passa à Châlons y elle ne fut pas admise une seule fois à la table royale. Les règles de Tétiquette étaient vraisemblablement trop sévères et trop rigoureusement suivies , car on assure qu'Isabelle de Portugal et la reine de France ne pouvaient se quitler ).

Comme rien n'échappe aux yeux des cour» tisans, on ne tarda pas à pénétrer que l'intimité de ces princesses avait sa source dans les rapports de leur position mutuelle. L'une et l'autre avaient, en effet, uni leur sort à des princes aimables^ spirituels et bons, qu'elles chérissaient avec une sorte de culte ; mais elles avaient également à gémir sur leurs fré» quentes infidélités (*).

(*) c( La royne de France, dit Olivier de la Marche, faisoitk « Isabelle moult grand honneur et privauté, car toutes les denxcs- « toieut dcsjk princesses âgées et hors de bmyct, et croye» bien

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Philippe était sans doute retenu par de nouveaux liens à Bruxelles, à Dijon ou à Bruges, et si Agnès Sorel n'avait pas osé figurer aux fêtes de Nancy, ni à celles de Châlons, la cause de son absence ne rappelait que trop la longue passion de Charles VII pour la belle des belles (*j.

Quoiqu'il en soit, les négociations qui avaient conduit l'épouse de Philippe en Champagne, ne purent être terminées que par l'intervention constante et l'intérêt de Charles VIL René, en présence de tous les princes, s'était hautement plaint à Isabelle de la rigueur inouïe dont on avait usé à son égard, et il était difficile de disconvenir qu'on n'eût étrangement abusé de sa position pour en exiger une rançon énorme. Ces reproches , les ré-

« quelles avoient uqc même douleur et maladie qu'on appelle jalou- « sie, et que mainte fois elles se devisèrent de leurs passions secrè- « tes, qui estoit cause de leur privauté. . . Aussi, la royne et la du- « chesse se rassembloient souvente fois, pour eulx douloir, et com- « plaindre Tuuc k PauJtre de leur crèTC-cœur. » .

(♦') « Certes , dit Olivier de la Marche , Agncz estoit une des plus « belles femmes que Tey oncques et fist en Sa qualité beaucoup de « bien au royauUne.

cuEn ceste assemblée , sur tous seigneurs du royaulme avait bruict « messire Pierre de Brezé, seigneur de la Varenne, senécbal de « Normandie , pour estre grand chevalier, honorable, et le plus « plaisant et gracieuk parleur que Ton peut nulle part trouver. , .. « Et Ik , se fièrent joustes et grands festincments. »

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ponses vives de la duchesse, qui se fit remarquer par une rare présence d'esprit, répandirent plus d'une fois de Paigreur sur ces discussions. La plupart des princes déclarèrent même qu'une nouvelle guerre était préférable à la honte de voir les troupes bourgiiignones ravager sans cesse les étals de celui qui fournissait leur solde.

Toutefois, on parvint à s'entendre, et vers la fin du mois de Juillel , le roi de Sicile et la duchesse convinrent par un traité provisoire {*)--

i^Que les garnisons étrangères des villesqui appartenaient à Bené seraient définitivement reti rées.

20. Que ce prince céderait à perpétuité au duc Philippe la ville de Cassel en Flandre.

3®. Qu'il en recevrait , pour indemnitjé, la quittance de huit cent mille florins qui lui étaient dus encore, et que désormais tout serait oublié entre ces princes au sujet de leurs anciennes divisions.

Cet accord, si impatiemment désiré de tous

Dom Plancher. IV. P. 260. Preuves. Mathieu Desconchy. Hisl. de Charles VII. P. 54i. 542. Dom Calmet. ÏI. Fol. 841. MonstrcIeL Fol. 172. Chartier. P. 157.

(*) Il paraît qu^un premier traité avait été signé le 6 Jdn. U existe la minute <i'un2.">* du mois de Jui'Iet. Enfin, Je 4»'"*» qu'on peut regnrder comme Je dernier, est du 28 Octobre i4 ,5. Il ne fut ratifié sans doute qu'après le départ de la duchesse de Bourgogne.

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les amis de René, semblait avoir ramené à Châlons cette allégresse et cette passion des fêtes que le départ de Marguerite d'Anjou avait suspendues. Le roi s'y livrait avec un nouvel entraînement -, les tournois, les joutes se succédaient chaque jour, lorsqu'un événement inattendu vint consterner tout-à-coup cette cour brillante.

Marguerite d'Ecosse, dauphine de France, dont les grâces et l'enjouement captivaient tous les Français, excepté le seul Louis XI , revenait à pied de l'église de Notre-Dame-del'Epine, au château de Sarry, qu'elle avait

quitté le matin A peine y est-elle

arrivée, qu'une pleurésie se déclare, et l'emporte, le 16 Août 1445, à l'âge de 23 ans (*)!.

( Quelques auteurs attribuent sa mort à un profond chagrin causé par de perfides imputations faites à sa vertu ).

La jeunesse de cette princesse , la douceur de son caractère, sa rare instrtiction, la protection éclatante qu'elle accordait aux lettres, firent répandre des larmes sincères sur son cercueil

(*) Moréri dit qu'elle mourut le 16 Août 144^^ âgée de 26 aos; mais il se trompe évidemment.

DucIos,( Hist. de Louis XI, Tom. I.er P. 85.) donne des détails sur les propos indiscrets tenus sur cette princesse, k Nancjr, par .1 araetz du Tillay , bailly de Normandie.

Les derniers mots de Marguerite d'Ecosse furent: « Fi de la vie... « qu'ion ne m'ea pa; le p us. »

Charles VU, surtout, fut long-temps inconsolable du sort de cette infortunée , qu'il re« gardait comme sa propre fille. Il ne pouyait, dh-on , calmer sa douleur , ni tarir sur les éloges qu'il prodiguait à sa mémoire. Marie d'Anjou, René, tous les princes et princesses partagèrent sa juste affliction. Le dauphin seul montra une impassibilité effrayante, conune si chaque nouvelle circonstance de sa vie dut déchirer le masque dont il se couvrait.

René suivît à Tours le roi son beau-frère, qui se hâta de s'éloigner de Châlons aussitôt que les obsèques de Marguerite d'Ecosse furent célébrées. Là, après avoir envoyé une ambassade (i8)au roi d'Angleterre, afin d'entre tenir encore davantage l'harmonie qui régnait entre les deux cours, ces princes se séparèrent. René investit alors son fils de la lieutenancegénérale de la Lorraine, lui céda le marquisat de Pont-à-Mousson, et se mit en route pour Angers, résolu d'y vivre dorénavant au sein du repos, et d'y goûter enfin cette tranquillité objet de ses vœux continuels.

H aiaaut. Abr chronologique. P).263. Belleforest. FoL $79. Dom Calmet. Tom. U. Duclos. Hist. de Louis XI. Moréri, eto

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