LIVRE
(I) Fils du roi Jean et de Donne de Luxembourg, ce prince, dont les historiens ont parlé si d iversement, naquit à Vincennes le 23 Juillet 1339. — « 11 se trouva <i moult bien jeune, dit Froissart, à la bataille de Poi* « tiers (ainsi que ses frères Charles, Philippe, et Jehan « deBerry), là oùfeist le roi Jehan de sa main se véant n en dur parti, merveilles d'armes et tenoit une hache « d'armes dont bien se d^endit. »
Louis qui servait d'otage à son père, s'ëtant soustrait à sa prison, fnt/Cn partie cause du retour de ce prince à Londres, où il mourut le 8 avril 1364.
Quatre ans auparavant, Louis avait eu le duché d'Anjou en apanage, en épousant, le 7 Juillet 1360, Marie de Chatillon^dite la Cloppe ou la boiteuse) fille puînée de Charles de Blois et de Jeanne de Bretagne.
Les annalistes d'Anjou et de France, qui racontent fort au long,avec de curieux détails, l'origine de Tinimitié qui régna entre Louis et son frère Philippe, et les singulières prophéties qui parurent à cette époque, paraissent croire que Charles V préférait le duc de Bourgogne au duc d'Anjou. Ce prince fut cependant nommé gouverneur du Languedoc, et Bourdigné assure que(( le roi de France se fioit du tout à lui, à cause de sa » « prud'hommie, hardiesse, et bonne chevalerie. »
« Entr'autres, ajoute-t-il, estoient à ses gaiges, Ber- « trand du Guesclin et Olivier de Clisson. N'estoit prince r( ^u monde qui plus hanltement salariast ung bon servi-
TOiSlE, I. ^A
« ce, ne plus large, ne plus abandonné aux gendar- « mes. » Nommé régenl du royaume en I3A0, mal. gré la concurrence des ducs de Bourgogne el de Bourbon, Louis d'Anjou fut adopté, le 23 Juin de la même année, par Jeanne d'Anjou^ héritière de la seconde tige de la maison d'Anjou, qui descendait de Charles l"^^ frère de Saint Louis.
Le pape Clément Vil contribua puissamment à décider la reine de Naples à ce choix*, mais elle ne put voir son successeur qui allait se rendre auprès d'elle. Charles de Duras qui prétendait à son héritage, comme son plus proche parent, la fit étrangler ou étoufler entre deux matelas, le 22 mai 1382, au moment où Louis quittait Avignon à la tetc de 13000 chevaux, de 2500 arbalétriers, et d'un grand .nombre de chariots ou de mulets chargés d'or^ d'argent et de meubles précieux.
Son entrcîc en Lombardîr», eut l'air d'une marche triomphale, h laquelle une }ule de seigneurs provençaux ou napolitains voulurent s'associer.
A peine Louis arrivait- il en Italie/ ç Charles de Duras l'envoya défier en chaini» clos,w qu'il accepta avec joie, en choisissant pour son sccomljAméVI de Savoie,dit le comte verd. Mais Charles ne voulait que gagner du temj>s, éviter une bataille rangée, fatiguer rarmtkî firançaise et l'attirer dans un pays dénué de ressouiTCS.
Bientôt, en efl'et, ces richesses que Louis s'était appropriées en s'emparant à force ouverte du trésor de Melun, qui s'élevait, dit-on, à un million huit centmille francs, ne purent plus suffire aux besoins des soldats. L8 duc d'Anjou r(»duit à la plus extrême détresse après une abondance excessive, vendit ses équipages, sa vaisselle, sa couronne, môme ses vêtements. Il ne conserva de tant de joyaux précieux, qu'une rotto d'armiîsen toile peinte, seinée de (leurs de lys.
Ayant épuisé les sommes que le comte de Savoie e* d autres seigneurs lui avaient avancées, Louis envoya en France Pierre de Craon,run de ses chambellans, pour demandcF des secours à Marie de Blois. Cette princesse « lui bailla, dit-on, grant nombre de pecune, maiscecJiett Valier infidèle à ses devoirs s'arrêta à Venise, où il (( prodiguasses goûts voluptueux, les dernières ressour. li ces de son maître. ,
Louis voyant périr son armée de faim et de misère, ue put résister à la douleur qui le consumait, il tomba, dit Bourdigné, « en griève maladie de desplaisir, dont il « mourut le 22 Septembre 1384, au château de Taiesine, c( ouàBiselia,près l*arry,dans la Fouille. » On a prétendu aussi ^ qu'il fut empoisomié en buvant dans une fontaine; qu'il mourut de la peste le 30 Septembre 1384, ou le 9 Septembre 1383, ou enfin qu'il succomba aux blessures reçues dans un combat singulier contre Albéric, comte de Barb'ian. Lue dernière tradition honorerait davantage la mémoire de ce prince; elle rapporte qu'il mourut d'un échauffcment de sang qu'il se donna en voulant sauver Biselia du pillage.
Quoiqu'il en soit, la date de cet événement est consignée d'une manière certaine par la note suivante, de la main de René, dans des heures manuscrites qtS lui ont appartenu:
(( Trespassale 22 Septembre 1384, Loys père deLoys » 11, jadis duc d'Anjou, et puy roy de Secile. »
( Pierre de Craon cité en justice par Marie de Blois, convaincu de félonie, condamné au bannissement et à la restitution de 100,000 ducats d'or, parvint bientôt non-seulement à se soustraire à ce jugement, mais à obtenir des lettres de rémission ).
Louis I^*^ d'zVnjou qui se qualifiait dans ses actes, de fils de roi, pair de France, fils de la reine de Jérusa-
lein, laissa en mourant, la réputation d'un prince rempli de g^'andes qualités malheureusement ternies par une ambition sans bornes. Il possédait^ dit-on^àanhaut degré, le talent de Véloc[uence, et tant qu'il ne fat que duc d'Anjou^ il avait su mériter le titre de père du peuple. Ses exactions sans nombre, les énormes subsides qu'il leva, le lui firent perdre promptement.
Charles de Duras porta publiquement son deuii et fit «élébrer en son honneur de magnifiques obsèques. Le corps de Louis , enfermé dans un cercueil de plomb, fut apporté à Angers, dit Bourdigné, par ses a domestia ques esplourez, et enterré dans Téglise de Saint Han- (( rice à droite du grand autel. » Il avait cependant ordonné par son testament qu'on l'inhumât à Paris, dans la chapelle basse du palais.
Louis d'Anjou, dans un Iiommage du comte de Qermont à Charles V, est représenté revêtu d'une cotte d'azur fleurdelisée d'or: 11 porte les cheveux courts ettouffus, ses traits sont fortement prononcés, mais l'expression de sa physionomie est plutôt mélancolique que guerrière.
On peut voir dans Montfaucon, la ehevaucliée de ce prince^ en Gascogne, où Bertrand du Guesclin raocoin>« pagna.
Le duc d'Anjou avait donné au roi son frère, une grande croix d'argent garnie de camayeux, de saphirs et de perles du poids de 135 marcs. (*)
(♦) Voyez le père Anselme , Histoire des grands officiers delà couronne, tome H. fol. le»", ibid. aa;. — Art de vérifier lies dates, fol. 679,689, a65. — Chronique de Froissart, tome I»*". foi, 109, ii4, II 5, —Manuscrit de Froissart, N<». 83ao, représeutaot la bataille de Poitiers. — Papon, Histoire générale de provence tomt, I•^ p. 817. III. p. 245» "" Bourdigné, Histoire aggrëgaline d'Anjou, fol. II 3, ii5, ne.--* Anecdotes des reines et régsatet dt
(2) Louis II, né à Toulouse, le 5 Octobre I377,alleigiiait à peine sa 12'' année, lorsque Charles VI voulut Tarmer chevalier, ainsi que son frère le prince de Tarenle.S étant alors rendus Tun et l'autre à Saint Denis, le 2 Mai 1389, vers le déclin du jour, revêtus d'une longue cotte gris-brun, tombant sur leurs talons, ils prirent une robe de velours cramoisi doublée de menuvair, et assistèrent ainsi au banquet royal; où Tancienne ordonnance exigeait que « le nouveau chevalier ne « mangera, ne boira, ne se remuera, ne regardera ça « et là, non plus qu'une nouvelle mariée. »
Après les avoir plongés dans le bain et les avoir laissés quelque temps dans l'église pour la veille des armes, Charles VI leur ceignit le beaudrier , et le sire deChavign y les éperons. Ferry de Cassinel, archevêque de Rheims, oQiciait pontificalement.
Parmi les députés provençaux qui assistèrent à ccUe cérémonie, on vit Jean Tune ou Tenque, consul deMartigues, de la même famille que Gérard, premier hospitalier de Tordre de Saint Jean de Jérusalem. • Un de ces députés écrivit alors à ses compatriotes:
*< Vous seriez enchantés de la contenance ^ de la « bonne mine, et des reparties du jeune Loys.. C*est « bien le plus joli enfant que oncqueson ait vu.. Prions « Dieu qu'il le conserve et qu il l'aide. Nous eu avons « bien besoin »
France, tome IIf,|>. i'î5. — Atlas historique de Lesage. Tahicau X. — Rufïi. Histoire des coiutcs de Provence , Ibl^^Qi.k 3i5. — Gianone , Histoire civile du roj^aume de Naples, IIÏ , p. 44^' — ^^oréri. Dictionnaire historique, tome, III, fol. 85o. — Bodin, Recherches sur TAnjou, tome !«'. p. I08. — Gaufridi, Histoire de Provence, fol. 147. — Dégly, Histoire des rois des deux Siciles. Heures manuscrites du roi René. Montfaucon, Monuments de la monarchie française , tome III, fol. 181 , plandkcs, 3i , 34» — Suppleine. il au Catalogne de M*". Gaiguat, tome ï*-». p. 56.
En effet, la Provence était alors dans Tctat le plus déplorable 9 tant à cause de la mort prématurée de ^ Louis P'qui la laissait sans défenseur ^ queparla jjuerre que Raymond de Beaufort, vicomte de Turenne, surnommé le Fléau de son pays, y suscita à la tète des célè- I)res brigands appelés Tuchins.
En vain Ceorge de Marie, chancelier et g^rand sénéchal de Marie de Blois, rallia-t-il sous ses étendards un grand nombre de fidèles seigneurs provençaux, Raymond était si puissant, ses partisans se battaient avec un tel acharnement, qu'on se vit réduit à ordonner l'incendie ou la démolition de tous les châteaux ou l'on ne pouvait se défendre contre les rebelles.
Enfin, le jeune Charles d'Anjou, prince de Tareute, atteignit les troupes du sire de Beaufort , les défit, poursuivit leur chef jusqu'à Tarascon, et le força à se précipiter dans les eaux du Rhône où il trouva son tombeau. ( On prétend cependant qu'il eut la sépulture dans Téglise de Saint Martial d'Avignon ).
Louis II fut couronne à Avignon, dans l'église de Notre-Dame des Dons, le 25 Octobre ou le 2 Novembre 138!). Clément VU, qui était venu y recevoir Charles VI, en (( fust si joyeulx, dit un historien, que plus ne (( povoit, et lui donna sa bénédiction en le baisant sur « la bouche. Le roi témoigna sa satisfaction en chan.. (( tant ré\ angile a la messe du couronnement. » Philippe. le-Hardi, le duc d'Orléans et le roi d'Arménie y aai sistèreiit.
Louis 11 revint peu de temps après à Paris, où il fit son entrée comme roi de Sicile*, « aorné d'enseignes et (( veslements royaiiK, dont la bonne royne sa mèi-e, de (( joyc et de piété, les larmes aux yeulx, remerciait Dieu a de tout son cœur... Et fist Loys le baucifuet aux Pâte risieiis... Il leur prc'ïiCutail plusieurs beaulx donse^
« présents > avec une si bonne faconde et bénignité « qu'il gaigna tous les cœurs. »
Rien n'était cependant encore décidé sur son avènement au trône de Naples> que Ladislas de Duras disputait au jeune roi. Le doge de Gènes conçut alors le des. sein de faiie épouser à Louis il^ Jeanne, sœur de Ladis* las^ qui devait être sou béritière^ ce prince n ayant point d enfants; mais cette union qui eut éteint tout germe de discussion ^ fut repoussée par Marie de Blois^ qui préféra pour son fils la main d'Yols^nde d'Aragon, héritière du roi Jean !«'. Quoique Froissart et Bourdigné aient rapporté que ce mariage se célébra à Barcelone, il est certain que la cérémonie eut lieu à Arles le 2 Décembre 1400. Le cardinal Nicolas ue Brancas, camérier du pape y oflicia poutificalement. ;
Le prince de Tarente avait été au-devant de Tauguste fiancée jusqu'à Perpignan, et Louis U déguisé eu simple chevalier, fut rallendre à Montpellier. Il y arriva incognito, vit la princesse dans la foule, la trouva charmante, et revint éperdùment amoureux d'elle, « car « c'estoit, dit Juvénal des llrsins,'une des plus belles « créatures qu'on put venir. »
La joie que ce mariage causa en Provence ne peut se décrire, et l'on y invita des fêtes et des divertissements de toute espèce. Les états accordèrent cent mille florins aux jeunes époux, et toutes les principales villes leur offrirent de riches présents. Quatre ans a près, le 19 Mai 1101, Charles d'Anjou^ frère de Louis U, mourut à Angers, emportant les regrets universels. Sa mère en fut si aflligée, qu'elle ne lui survécût .que quinze jours.
Celte princesse laissa dansle trésor Ténorme somme de deux millions deux cent mille livres , ce qui Ta fait accuser d'avarice et de talents bornés. On ne peut néanmoins
qu applaudir à la conduite qu elle tint pour pacifier la Provence 9 à la modération pleine de fermeté quelle dé* ploya pendant la régence 9 et à sa tendresse envers se» enfants, a Sachiez, dit Bourdigné» que c'estoit une dame « de grantfaict, et de moult grant pomt^has, car point K ne dormoit en poursuivant ses besoignes. »
Ce ne fut qu'en 1409 , que Louis Use rendit en Italie» où le pape le reconnut pour légitime souverain de Napies» le créa gonfalouier de Féglise^ et se déclara en sa faveur contre Ladislas de Duras.
Le duc d'Anjou ainsi appuyé» chassa son rival de Rome» le poursuivit et le défit complètement à Rocca- Secca. (( Les Français» dit le moine de Saint Ceni8»y me- (4 nèrent leurs ennemis d'une telle vigueur» qu'on edt « cru qu'ils avoient à dos le feu et les foudres dudd. »
Mais n'ayant pas su profiter de la victoire» Lonia donna à Ladislas le temps de se reconnaître» de s'enfermer à Naples» d'y réparer sfô pertes» et de robligio'à son tour à revenir en Provence.
Cette retraite fut d'autant plus fâcheuse pour œ prince, que son oncle Martin» roi d'Aragon 9 venait de mourir, laissant Yolande sa nièce héritière de ses états» et que ne pouvant faire valoir ses droits à la couronne, Ferdinand dit le juste» cousin germain de la dncheaie d\4ifjou» y fut appelé à sa place.
Louis n obtint de nouveaux succès dans une seconde campagne en Italie, et entra même en triomphe à Naples; mais pendant qu'il voulait achever la conquête du royaume» la légèreté naturelle auxNapolitaius les porta à embrasser de nouveau le parti de Ladislas. Le roi revint donc encore en France, s*y occupa exclusivement du soin de ses états» se fit adorer en Anjou comme en Provencc> et mourut à Angers le 29 Avril t H7, âgé seulement de quarante ans» avec la réputation du plus frnnc» comme du plus loyal prince de son temps.
Charles VI, qui l'aimait tendrement, voulut assister aux magnifiques obsèques qu'Yolande lui fit célébrer, Hardoyn de Beuil, évêque d'Angers, y présida. ( Louis H Tavait nommé son exécuteur testamentaire conjointement avec Gui de Laval, Pierre de Beauvau, Barthélémy et Gabriel de Valori ). »
Bon, généreux^ plein de pieté, juste et éclairé, Louis II était si peu vindicatif, qu'on le voit dans son testament exhorter tant qu'il peut, « conseiller et avertir a de faire accord avec le duc de Bourgogne, auquel il « pardonne tous les maux qu il a faits. Il prie le dit seic< gneur de lui pardonner également ses injures. Il par- <( donne aussi au comte de la Marche ( Jacques de « Bourbon, mari de Jeanne de Duras sœur de Ladis- « las ) quant à Dieu, mais non pas au droit de ses ence fants au royaume de Sicile. »
Outre Louis III^ IVIarie, René, Charles et Yolanded' Anjou, on donne encore à Louis II, une fille légitime qui, suivant une chaile de son successeur, épousa le comte, de Genève. Son nom est resté inconnu.
Quelques manuscrits rapportent que ce roi laissa aussi un fils naturel appelé Louis duMaine, seigneur de Maizières, et une fille nommée Charlotte, que René fit épouser en I46I au fils de Pierre de Brézé. (Elle devait avoir environ 41 ans à cette époque.
On trouve dans les porte-feuilles de Mr de Gaignièrès, un dessin représentant Louis H, dans un costume oriental. Une large fraise entoure son col, et une espèce de turban couvre sa tête. 11 est debout, la main gauche posée sur un livre placé sur une table. Sa figure est aussi douce que régulière.
On voyait encore à Angers, avant la révolution, dans 1 église de Saint Maurice, le tombeau de ce prince et d'Yolande d'Aragon. Sur le mur contré lequel il était
adossé^ clait peint un guerrier aux armes de Beau\an, le genou en terre, et portant un {piidon aux armes du roi et de la reine. Tous les lundis^ ce tombeau devait être orne d'un tapis aux mêmes armes.
Les portraits de Louis et d'Yolande docoraîent aussi les vitraux de Tcglise des Prêcheurs d'Angers.
Louis II possédait un livre d'heures in 4**, orné de belles miniatures en vélin, et qui passa de la collection Gaignal dans celle delà Vallière. Il était curieux par leS « enseignements de monseigneur Saint Louis et l'histoire « moult merveilleuse et horrible des trois morts vivants. » Dans une des miniatures 9 l'église est dessinée sous la figure d'une femme tenant un étendard dans ses mains- Une autre peinture représente un concert ou,ron distingue la plupart des instruments en usage au XIV* siècle.
Ce magnifique manuscrit relié en violet et tabis doré, fut autrefois orné de pierreries. Charles Ill^ducde Lorraine, amiuel il a appartenu, le^t garnir de coins d'argent et de fermoirs d'argent doré, en 1606. On avait cru que ce livre d'heures venaitnde Louis !•' d'AnjoU) mais on lit sous l'une des miniatures: Loys, 1390.
On conservait dans les archives de l'église de Chartres, une lettre de Louis 1*^'^. en date du 26 Janvier IllO,qm accompagnait Teuvoi à Jean duc de Berry, d'un ange d'argent tenant un reliquaire de cristal garni d'or et de pierreries , et d'une grosse perle au-dessus. Ce reliquaire renfermait une partie de la main de Saint I^mis «k Marseille, (*)
(*) Voyez sur Louis II, Le père Anselme, Histoire des g. off* tome !«••. 230. — Art de vérifier les dates, fol. 690. — Sainte-Foixi Essais sur Paris, tome le»-. 365. — • Pa|X)U, tome III, p. 269, acjg- 3o5, 5 10. — Bourdigné, fol. 126, 128, 129, i32. — Heures manuscrites de Reué. — Froissart , tome [II, fol. i34. — Gaufridi,fol. 271, 9,85 — Bouclie , Histoire de Provence , tome II, fot, Ifio^
(3)Les tours du château d'Angers, ruinées maintenant jusqu'à la hauteur de la plate-forme, sont entourées pour * la plupart à l'extérieur d'un lierre énorme.Du côlé de l'ouest, il en existe deux pareilles nommées les jumelles. La terrasse en demi-lune qu'elles forment offre un point de vue magnifique qui se prolonge sur le cours de la Mayenne.
Les rochers et les mars des tours qui subsistent encore, ont environ cent vingt-cinq pieds d'élévation. Les fossés en ont quatre-vingt-dix de large et trttte trois de profondeur.
Le gothique donjon qnarré où René vint au monde, et qui formait l'habitation des ducs d'Anjou, existe presqu'en entier. C'est un petit pavillon régulier avec quatre tourelles inégales, placé vers le milieu de la plate-forme^ et entouré d'un jardin étroit. Sou escalier tournant est assez curieux, mais rien n'y rappelle la splendeur des souverains qui l'habitèrent. Par une de ces vicissitudes devenues si fréquentes de nos jours, ce pavillon c;t ses dépendances servent de maison de détention pour de vils criminels.
Auprès du donjon on voit Téglise de Sainte Geneviève parfaitement conservée. Les armes deBené y sont sculptées sur la voûte.
Au-dessus d'une des tours du pont levis, on montre encore une espèce de guérite ou tourelle en maçonnerie
424* ~^*'^"S(A'^* ^^ Bertrand Boisset d'ArJes.— Alain Giartier, fol 10. — Chronique de Provence, fol. 48a. — Moreri, tome III, foL 681. IV. fol. 120, 173.-^ Dégly, tome IL p. 483, 489. — Ruffi. Histoire de Marseille , tome I", fol. 267. — Montfaucon ,tomc III, fol. 181, pi. 26. — Manuscrit proyençal de P. Roubaiit, p. 78. — Catalogue de la ValUère, tomelcr, première partie, N<*. 284*» p. i3. — Supplément au catalogue de Gaignat, tome \^, |). 56. — Notes manubcritesd^Arles, etc. etc.
38o NOTES.
qui servait^ dit-ou» d'oratoire à René, et où ce prince allait prier tous les matins.
Quelques auteurs ont prétendu que son tombeau e( celui d*lsabelle de Lorraine furent placés dans une autre des tours. On a aussi écrit qu^on y coniervait une cage en fer^ où un roi de Sicile avait fait enfermer sa femme 9 pour avoir fait réparer trop magpDifiquement Tcglise de Saint Maurice^ et la tradition ajoutait que cette princesse était Tépouse du bon roi René.
On ig^nore ce qui a pu accréditer ces contes populaires si faciles à détruire. (*)
(1) Après la mort de Thiephaine arrivée le 13 mars 1 458, René lui fit élever un tombeau dans Téglise de Notre-Dame de Nantillé à Saumur. La vieille nourrice y était représentée coucbée et tenant dans ses bras deux jeunes enfants (René et Marie d'Anjou).
Ce monument de reconnaissance a dispara en 1793; mais Tépitaphe envers^composéeaussi, dit-on, par Bené lui-même 9 se voit encore sur un des piliers de régUae^ On en doit la découverte à M. Bodin (auteur des essais historiques sur Saumur, etc.), qui fit enlever lepaîsae couche de chaux qui la cachait. Elle est gravée surooe table de pierre en caractères gothiques^ la voici teUeque nous l'avons copiée:
Cy gisl la nourrice Thivpliaine^ La-niaginey qui ot gi'ant paiue, A nourrie de let en enfance, Marie d'Anjou, royne de France, Et après, son frère René, Duc d'Anjou, et depuis nommé,
(*) 1 iganiol de la Force, tome V. \u i5i. — D'Kxpilly, Wclionr uaire des Gaules, p. i8.i.
NOTES. 58i
Comme enccnres roy de Secile»
Qui a voulu en œste ville 9 Pour g^and amour de nourriture^ Faire faire la sépulture, I)e la nourrice dessus dicte.
Qui à Dieu rendit l'âme quitte, Pour avoir {p[*àce et tout dëd^ief.
MCCCLVHI.
Du moys de Mars treizième jour.
Je vous pry tous, par bon amour, Affin quelle ait ung pou du vostre, Donirez-luy une patenostre. (*)
(5) Louis de France, duc de Guienne et dauphin, né à rhôtel Saint Paul le Lundi 22 Janvier 1396, épousa très jeune Marguerite de Bourgt^ne, fille alnéede Jean* Sans-Peur (qui se remaria le 10 Octobre 1423 ji Artusde Richement et mourut à Paris ^ hôtel du Porc-Épic, le 30 Janvier I14I).
K Louis ( dit le registre du pai'lement, ) estoit bel de « visaige, suffisant 9 grand et gros, de corps pesant, « tardif, peu agile, volontaire et moult curieux et ma- « gnifique d'habits et joyaulx, désirant grade d'honneur f( de par-dehors, et grant de^nsier à ornements de sa « chapelle privée ^ qui moult grant plaisir aToit à son <( d'orgues, lesquels entre les autres obligations mon- « daines, hantoit diligemment... S avoit-il musiciens de n. bouche et de voix et pour ce avoit chapelle de grant « nombre de jeunes gens. Et si avoit bon entendement
(*) Voyez Bodin, Essais historiques sur Saumur, Piganîol de I« Force, toine V, p. !20$. Voyagtur français, tome XXX. Y, p. ^16, etc.
58a NOTES.
« tant en Litin qu'en français, mais Pemployoit peu, car a sa condilion estoit d'employer la nuict à veiller et à peu « faire et le jour à dormir: dînoit à trois ou quatreheures « après midi, et soupoit à minuit, et alloit coucher aa (( point du jour ou au soleil levant souvent, et pour ce, (( estoit aventure qu'il vesquît longuement. »
Jean de France, son frère, né à Thôtel SaintPaul, mourut, dil-ju, de poison à Compiègne. Il avait épousé Jacqueline de Bavière, fille de Guillaume IV comte de llaiiiauL
(6) Quatrième fils de Robert duc de Bar et de Marie de France, sœur de Louis I**^ d'Anjou, Louis de Bar se trouvait grand-oncle de René par sa sœur Yolande, reine d'Aragon, aïeule de ce prince.
Destiné àTéglise dès son bas âge, nommé administrateur perpétuel du diocèse de Poitiers en 139 1, il obtint deux ans après l'évêclié de Langres. Le 21 Décembre 1 397 , le pape Benoit XIII le créa cardinal sous le titre de Sainte Agathe.
Il venait de publier en IlOi des statuts synodaux tju'il fit exécuter avec une grande sévérité, lorsqu'il fut a p[)elé h Paris pour assister à rassemblée des princes , dont le but était de faire cesser les scandaleuses divisions des maisons d'Orléans et de Bourgogne. Il s'y employa toujours avec un zèle extrême.
Ambassadeur deCliarles Vlau conciledePise, en 1409, le pape Alexandre V mit Louis de Bar au rang des cardinaux prêtres, et changea son titre en celui des Douze Apôtres. Il fut ensuite nommé légat en France et en Allemagne pour faire cesser le schisme qui désolait Véglise.
Ses deux frères étant morts à Azincourl, le cardinal Louis se trouva duc souverain de Bar en 141 3, et c'est alors qu'il forma le projet d'adopter René d'Anjou, malgré les prétentions d'Yolande de Bar, sa sœur.
Ce prince assista au concile de Constance où il concourut à l'élection de Martin Y. U a même laissé des mémoires sur celte époc[uede sa carrière. Vers la fin de sa vie , il était devenu ^ dit-on^ fort triste^ en prévoyant les Hiallieursque devaient occasionner les démêlés de René et du comlede Vaudémont après la mort de Charles 11^ duc de Lorraine. On rapporte que deux étoiles brillantes et inconnues ayant paru alors sur le firmament^ illesre^ garda comme un signe certain de sa fin prochaine.
On a écrit que le cardinal de Bar mourut à Varennes, et « qu'il y fut enseveli avec pleurs et lamentations du a peuple. » U parait cependant qu'on transporta son corps à Verdun dont il était évêque, ayant permuté avec Jean de Sarrebruche. Ou Ty inhuma dans la chapelle Sainte Elisabeth de la cathédrale. Son épitaphe commence ainsi: Ilic sltusest, fuigens Ludovicus^laude perreni, etc. U mourut le 23 Juin 1130. Louis d'Haraucourt lui succéda. (*)
(7) Ces deux frères qu on regarde généralement comme les fondateurs de Técole ilamaude^ naquirent à Masseick-sur-IVIeuse, (ou à Vesols,pays de Gueldfes.)ns travaillaient ordinairement leurs tableaux en conunun , et ih en exécutèrent plusieurs pour le duc de Bourgogne. Jean peignit le portrait de Philippe quia été donné à Ta^ cadémie de Dijon, en 1779, par M. Houin.
Hubert mourut en 1426. Jean le cadet, cherchant un
C^) Voyez le père Anselme, Histoire de gr. off. de la coaroniie. tome IL fol. ao8. — Simphorim Ghampîer, Chroniques d^Austrasie, fol. 170. — Moréri, tome !«•. fol. 619. — André Duchesne» Histoire delà maison de Bar.— Art de vérifier les dates, fol. 644- — Antiquités de la Gaule Belgique. ( Wassebourg )fol. 447» 4?^' -" Histoire de la ville de Verdun, p. 370,375. r— Chronique des duc» de Bar «par Jean le Paige. p. aa^. — Histoire de la ville do Saint Alihicl,p. 172.
58 J \OTES.
vernis pour donner plus d'éclat et de force à ses ta- })léaux^ découvrit (ou plutôt perfectionna et mit en usage) la manière de mélanger les couleurs avec de riiuile. Il employa ce procédé nouveau dans une de ses compositions dont il fit présent à Alphonse roi de Naples. Jean de Bruges fournit ensuite de ses tableaux à Thuile à la plupart des souverains de TEurope.
Cet homme célèbre, (qui avait formé en France on grand nombre d'élèves , parmi lesquels feu M' le président de Saint Vincens comptait Hené) termina sa laborieuse carrière en 1450.
Cne planche des monuments de la monarchie française, gravée d'après une peinture de Tan 1375, repi*éseiite Jean Ait Bruges offrant un livre au rai Charles
(8) Filleul de Charles V , fils de Jean duc de Lorraine et de Sophie de Wurtemberg, Charles II, dit le Hardi, naquit àToul en 1364, succéda à son père en 1392, et épousa Tannée suivante ?t!arguerite de Bavière, fille d'Elisabeth de Nuremberg et de l'emperrur Robot, ëhi le 13 Août UrtO, (mort le lO Mai I4I0. )
Attaché dès sa plus tendre jeunesse à Philippe-le-Hardi duc de Bourgogne , il assista en 1382 à Tafiaire de Rosebech, et sa vie entière offre un enchaînement continu el de guerres on d'aventures périlleuses.
L'em|)ereur Venceslas ayant voulu détrôner son beau père Roliert avec l'appui du dncl^ouis d'Orléans, Chai*les se déclara avec d autant ])lus de chaleur dans les démêlés qu'il fallait conibuttœ un ennemi du dur de
(*)Dicliohnairc des arts, p. 665.— Moréri, tomel*''. fol. go3. — Mëmoires et notices de M*", de Saint Vinceos , p. 33. -^ F^îbieu, Kntreti<*n sur la rie des peintres, tome ^«^ p. SSg. — Mmitlaacoii, tome III, p. 65. etc. Observations .sur le voyage de MilJtu..
Bourgogne. Il accepta avec joie le défi d'une bataille rangée presque sous les murs de Nancy , remporta la victoire de Champigneulle, et y fit prisonniers^ enir« au-* Ires chefs, le maréchal de Luxembourg.
(( Pendant ce mémorable combat, disent les ohronlu qu es lorraines, la duchesse Marguerite assistait pieds « nudsaux processions, et apparut aux ennemis a\cc <ï le visage en feu, si terrible ety si éclatant, qu'ils se « mirent en déroute. »
( Le confesseur de cette princesse qui passait pou? Sainte, assurait qu'étant un jour au moment de lui donner la communion, T hostie se porta d elle-même vers Marguerite ).
Peu de temps avant que le duc d'Orléans tombât sous le fer desagentsdeJean-sans-Peur, Charles de Lorraine élait revenu d'Afrique avec le duc de Bourbon. Il» avaient ensemble assiégé Tunis, délivré les prisonniers français, etTépée de connétable fut remise au duc de Lorraine par Charles VI. Mais la terrible vengeance exercée par ce prince sur les habitants de Neufchàteaa qu'il accusait de la mort de son père; la témérité avec laquelle il osa traîner dans la poussière les armes de France*, enfin sa désobéissance formelle au roi, le firent citer au parlement de Paris y et condamner à mort comme contumace.
La protection du duc de Bourgogne et les troubles qui déchiraient le royaume lui obtinrent Vimpunité de cet. délits, et, rentré en grâce, il se trouva en personne à la bataille d'Azincourt.
Vers la fin de sa vie, toujours entraîné par sa passion pour la guerre ou pour les plaisirs, Charles rendit ses sujets peu heureux , et n*eut pas pour son épouse le respect, les égards même que méritaient ses vertus^ Il vécut publiquement, dit-on , avec la fille d'une fruitière